LA PRESSION DE L’AIR ET LES ÊTRES VIVANTS
L’oxygène à forte tension ne tue pas seulement les animaux supérieurs ; il frappe également vertébrés et invertébrés, animaux aériens ou aquatiques, végétaux ou animaux, êtres complexes ou microscopiques. Pour ces derniers, la conséquence a été des plus intéressantes.
On sait, depuis les belles recherches de M. Pasteur, que les phénomènes connus sous le nom de fermentations sont de deux ordres. Les uns sont corrélatifs au développement d’êtres microscopiques vivants ; ce sont les fermentations vraies. Les autres dépendent de l’action de substances solubles non figurées : ce sont les fermentations diastasiques. Or l’oxygène en tension arrête net les premières, et est sans action sur les secondes.
Ainsi, l’on peut empêcher complètement la fermentation des moûts, l’acidification du vin, la putréfaction des viandes, etc., par l’oxygène en tension. Et une fois que celui-ci a fait son oeuvre de mort, on peut rétablir la pression normale, en se préservant des germes du dehor# : aucune fermentation vraie ne se rétablira.
J’avais espéré conserver ainsi utilement les viandes, los œufs, etc. Illusion : ces substances ne se putréfient pas, mais elles prennent, par suite d’une pseudo-fermentation qui les acidifie, un goût peu agréable, qui enlève au procédé toute valeur industrielle.
On sent quelle importance théorique présente ce nouveau moyen de reconnaître la présence d’êtres vivants ou l’action d’éléments anatomiques vivants. Je ne puis entrer ici dans des détails, mais je suis autorisé à dire què l’histoire si complexe des ferments, des venins et des virus en tirera d’utiles enseignements.
Après ce long entretien, je ne veux plus indiquer qu’une seule considération. La pression atmosphérique
joue dans les conditions de l’existence des êtres vivants un rôle plus important qu’on ne le pense d’ordinaire. Si nous nous reportons aux âges géologiques primitifs, nous pouvons émettre comme très vraisemblable l’hypothèse que la pression était alors considérablement plus forte qu’aujourd’hui. C’est un élément de plus à prendre en considération dans la recherche des origines de la vie. Que si, maintenant, nous envisageons l’avenir, il est clair que la p ression ira sans cesse en diminuant, comme la quantité d’eau, à la surface du globe; par conséquent les êtres vivants sont menacés, dans un nombre incalculable de siècles, il est vrai, de périr par l’asphyxie de la pression diminuée. C’est donc entre trop et pas assez de pression que se sera écoulé le règne de la vie sur la terre.