‹ Leçons, discours et conférencesChapitre 32 sur 51 · DISCOURS PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DU LYCÉE FONTANES · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DU LYCÉE FONTANES

Le 5 août 1879.

Messieurs, •

Les présidents de vos distributions de prix étaient jusqu’ici presque tous d’anciens élèves de ce lycée, célèbre sous tant de noms ^ déjà, et qui s’est montré hier encore ® digne de sa vieille renommée. En se levant au milieu de votis, ils vous apportaient à la fois et 1 honneur et l’exemple. Si je ne puis, avec mon ami Casimir Périer, avec mon respecté collègue Duclerc, vous traiter comme des frères plus jeunes, enfants de la même maison ; si je n’ai qualité pour rappeler à aucun de ceux qui m’écoutent ces chers souvenirs d une vie commune, faite de grandes joies et de petits chagrins, — ces souvenirs dont les jeunes parlent en souriant et qui mouillent les yeux des anciens, — laissez-moi vous dire cependant que je ne suis pas ici un étranger. Dans

1. n s’est appelé successivement, en quelques années, lycée Bonaparte, Condorcet, Fontanes.

2. La yeille avait eu lieu la distribution des prix du grand concours.

ces solennités où le devoir accompli reçoit sa juste récompense ; parmi ces maîtres de la jeunesse, à la garde de qui la Nation a remis avec amour ses plus précieuses espérances, et dont la vie tout entière s’offre en témoignage de la dignité de leur enseignement ; devant ces jeunes gens qui seront citoyens demain, — il n’est pas un de ceux à qui la France a confié l’honneur de la représenter, qui n’ait le droit de se lever et de saluer maîtres et disciples au nom de la Patrie.

Et si ceux-là peuvent réclamer ce droit avec le plus d’autorité qui se consacrent avec le plus de passion à l’Éducation nationale, j’ose dire que je le réclame. Sans doute, il en est beaucoup qui apportent à cette grande cause plus de forces et de talent, mais nul ne s’y est absorbé avec un dévouement plus entier.

Grande cause, et nous pouvons dire avec joie et orgueil : cause gagnée. Les temps avares sont passés. Nos assemblées républicaines puisent, sans compter pour ainsi dire, pour ce noble usage, dans lès trésors publics. En même temps que du sein de la France vaincue et mutilée elles faisaient renaître une jeune armée qui impose à tous le respect et nous permet l’espérance, en même temps elles dépensaient à pleines mains les millions pour faire sortir de terre les écoles, reconstruire lycées et facultés, augmenter les traitements des maîtres. Laissez-moi vous citer quelques chiffres, plus éloquents que toutes les formules. Le budget d’État de l’instruction primaire, nul sous le premier Empire, était de 50 000 francs sous la Restauration ; la royauté de Juillet le porte à 3 millions ; la seconde République à 6, le second Empire à 11 ; celui que nous venons de voter dépasse 30 millions : sans parler de la caisse de 120 millions destinée à la seule construction des maisons d’école. Les deux autres ordres

DISTRIBDTIOIN DES PRIX DD LXCÉE FONTANES. 521 d’enseignement ont reçu des améliorations analogues, et nous ne nous arrêterons pas en si beau chemin. Non, nous y persévérerons, poussés en avant par la grande voix de la Nation, qui nous crie à chaque fois qu’elle est consultée : Allez, et faites, coûte que coûte, que chacun de mes enfants puisse devenir un citoyen instruit, honnête et dévoué.

Mais il ne suffit pas, pour obéir à cet ordre sacré, d’améliorer les conditions matérielles du développement de l’éducation nationale : il faut encore et surtout faire en sorte qu’elle réponde à la fois aux besoins éternels des sociétés, et aux besoins particuliers du temps où nous vivons. Il ne s’agit plus ici seulement d’argent, mais de programmes. La tâche est plus élevée et plus ardue. Les assemblées politiques font place aux conseils spéciaux ; le père de famille s’en remet au pédagogue.

L’habile et intrépide ministre ^ qui présidait hier la solennité du concours général et qui, vous avez pu en juger, sait mettre au service de son énergie toute l’éloquence que d’autres ont dépensée à couvrir et orner leur faiblesse, a compris que le moment est enfin venu d’agir. Il a présenté à la Chambre des députés, qui l’a adopté à une majorité considérable, et de là au Sénat, dont l’acquiescement n’est pas douteux, un projet de loi qui, reconstituant le Conseil supérieur de l’instruction publique sur de nouvelles bases, remet le sort de l’éducation nationale entre les mains de ceux qui ont vraiment qualité mon seulement pour apprécier ses besoins, mais pour savoir comment il est possible de les satisfaire, entre nos mains, chers collègues qui m’écoutez, et .quipardonnerez de m’enorgueillir

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