Anat., comp., t. II, ch. vu
d’apparition exactement inverse : chez le premier, elles se montrent d’abord sur le lobe frontal, témoignant ainsi de la dignité de cette région, et marchent d’avant en arrière ; chez les singes, au contraire, ce sont les circonvolutions sphénoïdo-temporales qui apparaissent d’abord et en dernier lieu celles du lobe frontal. Ainsi, pour Gratiolet, le même type est réalisé par deux évolutions contraires. Ainsi l’homme, jusque dans l’organe de. son intelligence, est à l’abri du contact animal, et différant, dès son principe, du singe qui arrive à lui ressembler par un développement ultérieur, il est d’autant plus homme, si l’on peut ainsi parler, qu’il est plus près de son origine.
Aussi le cerveau de certains idiots nommés microcéphales^ dont le développement a été arrêté pendant l’âge fœtal, présente déjà, et au plus haut degré, les caractères humains : « Il ne faut donc pas s’étonner, dit Gratiolet, que ces microcéphales conservent également les aptitudes intellectuelles propres à l’homme; la plupart ont un langage intelligible, très peu riche, il est vrai, mais articulé et abstrait ; leur cerveau, inférieur en a[)parence à celui d’un orang ou d’un gorille, est cependant celui d’une âme parlante. Cette virtualité innée, et pour ainsi dire ineffaçable, est certainement le caractère le plus éclatant, le plus noble de l’homme; elle frappe, en regard de cette atténuation, de cet anéantissement partiel des organes de l’intelligence. Ainsi la maladie peut amoindrir l’homme, elle n’en fait point un singe ^ »
Dignité suprême de l’homme! Intelligence qui se conçoit elle-même, et personnifie les causes 1 Sujet iné-
1. Recherches sur la microcéphalie, considérée dans ses rapports avec laqucstion des caractères du genre humain. {Mém, Soc. d’Anthropologie, tome I, P 66. Paris, 1860.)
PIERRE GRATIOLET
puisable de méditation, d’angoisses et d’enthousiasme I Jamais plus fervent adepte n’a scruté plus scientifiquement la nature pour déterminer les conditions de ta grandeur! Gratiolet avait pour cette puissance intellectuelle, et pour l’harmonie organique qui l’exprime en la servant, une admiration qui semblait une adoration. C’est qu’à ses yeux, comme à ceux de Pascal, « l’homme est visiblement fait pour penser^ » « L’homme et les animaux sont harmonies dont lestons diffèrent; or, le ton de l’homme s’appelle intelligence. Voilà la base de l’accord où toutes ses fonctions s’unissent. Ainsi la perfection de l’homme ne s’appellera ni locomotion, ni acuité des sens externes, elle s’appellera intelligence^. » Aussi cette intelligence trouve-t-elle dans lecoi’ps un instrument adapté jusque dans ses imperfections, et parfait meme à cause d’elles.
Il fallait entendre Gratiolet, développant ce thème avec une incomparable richesse d’expressions, décrire tour à tour la stature verticale de l’homme ; son front prêt pour la couronne, dominant la face réduite; ses yeux dirigés en avant, et dont les nerfs en relation directe avec l’organe de l’intelligence font de lui « l’animal-lumière » ; et sa main, habile à toucher, habile à saisir, dont le geste peut suppléer même à la parole, geste sublime du larynx, et qui, spéciale à l’homme, n’est plus chez le singe, par l’atrophie du pouce, qu’un instrument de préhension brutale, un simple crochet de suspension.
Mais si grand que soit le type homme, il a des expressions de dignités différentes. Il existe des races in-
1. Cette pensee dé Pascal a été fort lieureusemeüt choisie par M. Grandeau pour épigraphe de la notice pleine de cœur et d’élévation qu’il a consacrée à la mémoire de Gratiolet.