Anatomie du système nerveux, ctc.,t. II, p
férieures, si dégradées ou du moins si basses, que, selon beaucoup de naturalistes, elles sont, pour ainsi dire, une transition vers les singes. Vous devinez. Messieurs, avec quelle ardeur Gratiolet s’attacha à leur étude. Il constata d’abord que, chez elles, les sutures qui séparent dans le jeune âge les os du crâne s’ossifient de très bonne heure, tandis que chez les races supérieures elles persistent bien plus longtemps, en sorte que l’enveloppe protectrice du cerveau peut grandir avec lui. Puis, examinant leur cerveau lui-même, il vit que, comme les cerveaux des fœtus, comme ceux des idiots, il présente au plus haut degré les caractères humains; à l’état permanent, il est comparable à une sorte d’arrêt de développement du cerveau des races supérieures. Mais ici Gratiolet saisit un fait remarquable, et qui doit servir de base à la psychologie comparée.
Le cerveau d’une femme de race bojesmane, connue sous le nom de la Vénus hottentote, qu’il eut occasion d’examiner, lui montre un état de développement qui ne peut être mis en parallèle qu’avec le cerveau des blancs idiots. Or, la Vénus hottentote n’était point idiote. Ce (jui est parfait chez les races inférieures est donc imparfait chez les supérieures; ce qui est infériorité chez les unes, devient donc dégradation chez les autres. Il y a donc des degrés de suffisance : « Les nègres, les Bojesmans, comparés aux races blanches, ne sont donc point des enfants arrêtés dans leur dévelop^ pement, ce sont des êtres achevés ; mais les sommets de ces races s’élèvent, dans l’ordre de la création, à des hauteurs inégales. » Aussi Gratiolet ne peut-il partager « les rêveries charitables des philosophes qui poursuivent l’exaltation des races inférieures, » et qui, sous prétexte d’égalité, les arrachent à leur évolution personnelle et les vouent, en face d’une Concurrence fatale,
PIERRE GRATIOLET
à la misère et à la mort. Mais ne craignez rien, Messieurs; de ces principes que pose la science, rien ne découle qui puisse servir une thèse odieuse, et rattacher des fers enfin brisés. Écoutez Gratiolet ; « Tous ces êtres hiérarchiquement inégaux sont hommes, doués de la parole, intelligents, et par conséquent respectables. Car il est naturel et selon Dieu que la force aide la faiblesse, que le voyant dirige l’aveugle. La loi d’humanité, qui protège et entoure de soins maternels les idiots les plus monstrueux, les crétins les plus dégradés, s’étend à toutes les races humaines. Il n’y a contre elles ni droit de violerice, ni droit de mensonge, ni droit de mort. Contre les faibles, il n’y a que le droit de charité^. »
Mais ces conséquences, pour si grandes et si élevées qu’elles soient, ne sont pas les seules que Cratiolet ait tirées ou cherché à tirer de ses profondes études sur le système nerveux. Face à face et courageusement, il a envisagé le redoutable problème de la cause de nos idées. Toutes ses observations le fortifient dans sa conviction première, qu’il est en nous un principe supérieur à la matière et qui n’axien à redouter du temps : « Absurdité'pour absurdité, dit-il, il serait en réalité plus logique de nier l’essence matérielle que celle de la pensée. » Mais les ébranlements de cette essence ne sont pas tous spontanés ; beaucoup proviennent, à l’insu de la conscience, des impressions, du corps, et parfois même domptent la volonté. Dans son étude expérimentale de la mémoire, des songes, des hallucinations, de l’influence des mouvements extérieurs et des attitudes du corps sur l’imagination, ou réciproquement, Cratiolet se montre admirable de prudence et de sagacité,