Communication de M. Étienne Arago
vant l’expression d’nn de ses collègues \ « ne sem- « blait s’être réveillé du trépas que pour se dévouer « au salut de la France, » s’affaissa promptement sous le poids de ces douloureux souvenirs. En vain l’Assemblée le nomme-t-elle (9 décembre 1848) en tête de la liste des membres du Conseil d’État provisoire; en vain ses fidèles électeurs des Ppénées-Orientales le maintiennent-ils sur les bancs de la Législative ; il reste muet désormais, affaissé par la douleur non moins que par la maladie. C’est qu’il aurait pu dire, comme la vierge héroïque de Domrémy : « Oncques ne vis couler le sang « français que mon cœur ne faillit. »
Ce silence, il ne le rompit qu’une seule fois. La loi avait été surprise et garrottée dans une nuit sinistre, et le coupable avait l’audace d’exiger des autres ce serment de fidélité qu’il venait de violer. Arago refuse ; il se déclare prêt à quitter cet Observatoire qu’il dirige depuis plus de quarante ans; mais il annonce qu’il va communiquer sa résolution « aux «avants qui l’hono- « rent de son amitié, aux Humboldt, aux Faraday, aux « Brewster, aux Melloni... » Bonaparte recula devant ce nouveau déshonneur.
Ce fut le dernier acte de sa vie publique. Mais je me trompe ; jusque sur son lit de mort, il se montra l’esclave du devoir politique. Son frère bien-aimé, l’aîné de ses fils, comme il se plaisait à l’appeler, Étienne Arago, a l’honneur d’être en exil ; un sauf-conduit peut, si l’un d’eux le demande, les réunir pour l’heure des suprêmes adieux; mais ces nobles cœurs étaient faits pour se comprendre, et cette dernière entrevue, tous deux la refusent à la fois.
Le 2 octobre 1853, âgé de 67 ans seulement, Fran-