‹ Leçons, discours et conférencesChapitre 43 sur 51 · Garnier-Pagès, t. V, p · texte numérisé non relu

Garnier-Pagès, t. V, p

çois Arago mourut, laissant dans le monde politique et dans le monde savant un vide que nul n’a tenté et ne tentera de remplir; 60 000 personnes suivirent un convoi que l’autorité impériale surveillait d’un œil jaloux.

Quelle vie venait de s’éteindre, à laquelle il n’a manqué aucune grandeur, aucune gloire ! Vie si merveilleusement logique, que, malgré l’incroyable multiplicité de ses actes, nous pouvons en quelques mots, après cette revue à la fois trop rapide et trop longue, les résumer et les expliquer tout ensemble.

Deux nobles passions dominaient l’âme généreuse d’Arago : l’amour de la vérité, l’amour du peuple. La première fit de lui un savant, la seconde un citoyen ; toutes deux se réunissant, en firent un républicain démocrate. Car la vérité sociale, c’est la justice, et la justice ne peut être satisfaite que par la démocratie. Car la vérité suppose la raison et la sincérité, que seule représente la République, puisque la royauté de droit divin ment à la raison, et que les royautés révolutionnaires mentent à la sincérité. Car la souveraineté nationale, toujours maîtresse par le suffrage universel, toujours libre par la République, peut seule être l’expression véritable de la patrie, puisqu’alors il n’y a pas dans la nation d’intérêt contraire à l’intérêt de la nation.

Républicain et démocrate par la logique du sentiment, il le fut aussi par la logique de la raison. Chez lui la raison guide toujours le sentiment. Et c’est en ceci surtout qu’il est un initiateur, et que sa supériorité s’affirme sur la phalange héroïque de ses coreligionnaires contemporains. Savoir attendre et solliciter les événements ; ne rien livrer au hasard ; préparer

l’avenir par l’étude pour soi-même, par l’enseignement pour les autres ; ne pas plus croire à l’efficacité des coups de force qui représentent les miracles dans la société qu’à la réalité des miracles qui seraient des coups de force dans la nature ; marcher lentement, s’il le faut, mais marcher toujours ; coucher sur ses positions ; ne jamais se lasser, ne jamais s’emporter : telle est la méthode politique à laquelle fut fidèle Arago, et par laquelle nous nous honorons de nous dire ses élèves en suivant son exemple.

Oui, nous nous honorons, maître, d’être au nombre des tiens ; car nous voulons, comme tu le disais toimême, « le progrès constant, régulier, sans «secousses, sans violences, mais sous la condition que ce progrès ne s’arrête pas en deçà du droite »

Et si, laissant là les questions de méthode, nous arrivons aux faits, nous pouvons dire encore que dans nos deux grandes luttes contre l’ennemi du dehors et l’ennemi du dedans, nous t’aurions vu et te verrions marcher à notre tête. Lorsque, pendant l’année terrible, malgré les arsenaux vides, malgré les places démantelées, malgré les armées livrées par la sottise ou par la trahison, malgré les éléments plus redoutables encore que l’ennemi, les républicains s’acharnaient à espérer contre toute espérance et combattaient pour l’honneur plus que pour le succès, tu leur aurais répété ce que tu disais en 1857 : xcLa nationalité d’un peuple est comme « l’honneur : la plus légère blessure lui devient mor « telle. »

Et aujourd’hui, alors qu’ils combattent pour le salut de la République, pour le salut de la société, contre les éternels ennemis de la raison et de la liberté, con-

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