Mém. iur les plis cérébraux de l’Homme et des Primates
supérieur aux naturalistes par sa connaissance familière des plus obscurs dédales de la métaphysique, supérieur aux métaphysiciens dont il évite lifeureusement les sophismes subtils, par sa science de la nature.
Je ne saurais en ce moment le suivre dans ces régions élevées; pas davantage ne pourrais-je vous exposer ses idées, ou, selon son expression modeste, ses inductions et ses hypothèses sur la manière dont on peut concevo'r entre les phénomènes intellectuels el l’organisation intime du cerveau un rapport naturel et intelligible.
Aussi bien, il est temps de m’arrêter dans cette analyse où je me laissais entraîner; il ne faut pas fatiguer les auditeurs, en racontant la vie de celui qui savait si bien les charmer. Je veux cependant vous dire, mais rapidement, comment par l’étude du cerveau, Gratiolet a démembré ce groupe audacieux des singes anthropomorphes, ces Titans du règne animal dont l’escalade menace l’humanité, faisant de l’orang un gibbon, du chimpanzé un macaque, du gorille un simple cynocéphale. Je ne puis qu’indiquer les progrès que ses recherches sur les centres nerveux ont fait faire à la classification des animaux, et vous montrer Gratiolet déterminant, à l’aide d’un fragment de crâne où les circonvolutions cérébrales avaient laissé leurs empreintes, l’animal fossile auquel il avait appartenu. J’énumérerai plus rapidement encore ses beaux travaux sur l’anatomie de la téréhratule et de la lingule, sur le système vasculaire des reptiles, sur celui de Thippopotâme ou des sangsues, et je passerai forcément sous silence tant d’autres modèles de monographies anatomiques, où sa patience et sa sagacité se sont montrées dignes des qualités les plus élevées de son esprit ^
1. La liste complète des travaux de Gratiolet se trouve à la suite de son livre sur la Physionomie et les mouvements d’expression. Paris, Hetzel, 1865.
PIERRE GRiTIOLET.
« Tant de science et tant de travail allaient enlin trouver asile et récompense » Déjà, en 4858, un ministre, dont les amis de Gratiolet doivent prononcer le nom avec reconnaissance, M. Rouland, lui avait fait décerner la croix de la Légion d’honneur. Gratiolet l’avait acceptée avec une satisfaction que ne taxeront pas de vanité ceux qui savent comment, au sortir des journées néfastes de juin 1848, capitaine dans une batterie de l’artillerie de la garde nationale commandée par M. AngéBlaize, il avait, comme ce digne ami, refusé la croix méritée par son Courage, pour ne pas porter à son côté un souvenir toujours présent de ces luttes douloureuses.
Quelques années plus tard, la mort d’un naturaliste éminent, digne fils d’un illustre père, la mort d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire laissait vacante une des places de professeur de Zoologie à la Faculté des sciences de Paris, celle-là même qu’avait autrefois illustrée de Blainville. Cette fois enfin Gratiolet put s’asseoir dans la chaire de son maître®. Il reçut la nouvelle de sa nomination avec joie, sans doute, mais en même temps avec une certaine tristesse qui semblait un pressentiment.
C’est à la Sorbonne qu’il me fut donné, pour la première fois, de l’entendre en public, pendant une série de leçons savamment ordonnées. Lui, dont la facilité d’exposition était entraînante, il apportait à la préparation de ses cours un soin scrupuleux. De même que
1. Ce senties expressions mêmes de la lettre par laquelle M. Rouland annonçait à Gratiolet qu’il le chargeait du cours d’Is. Geoffroy Saint- Hilaire à la Faculté des sciences de Paris, lettre qüe nous ne pouvons ici reproduire, mais qui honore également et celui qui l’a écrite et celui qui l’a reçue.