Voy. ci-dessus Y Éloge de Gratiolet
chements des Mollusques, des Articulés et des Vertébrés.
Voici (fig. 5) le système nerveux d’un Mollusque, d’un Argonaute ; vous voyez les centres (a, b, c, d, h)
dispersés pour ainsi dire sans ordre dans les différentes régions du corps.
Chez cet Articulé, au contraire (fig. 4), vous voyez les centres groupés en une série longitudinale, située
tout entière (sauf son extrémité antérieure) au-dessous
du tube digestif.
Voici enfin (fig. 5) le système nerveux d’un Vertébré, de l’homme. Il semble qu’ici il n’y ait plus qu’un centre, lequel est cette longue tige très renflée à son extrémité antérieure, et située tout entière au-dessus du tube di-
Fig. 4.
Système nerveux d’un insecte.
gestif ; je dis, il semble, car une observation un peu plus attentive montre que cela n’est pas exact. On trouve, en effet, en outre de ce grand centre qu’on appelle la moelle épinière, et dont le renflement antérieur constitue Vencéphale, de petits centres reliés à celui-ci, mais possédant une action indépendante, centres qu’on désigne sous le nom de ganglions nerveux, et dont l’ensemble constitue le système du grand sympathique.
C’est, dès maintenant, du système nerveux des animaux vertébrés que je vais vous entretenir d’une manière presque exclusive. Aussi bien, est-ce évidemment celui qu’il nous importe le plus de connaître, puisque l’homme, par sa constitution physique, appartient à ce grand groupe zoologique.
Parlons d’abord du centre le plus important, de ce
long cordon que je vous montrais tout à l’heure, du centre cérébro-spinal, comme on l’appelle souvent, composé de la moelle épinière ■
contenue dans le canal de la colonne vertébrale, et de Vencéphale contenu dans le crâne. Je dirai, par anticipation, que la conscience et la volonté, que l’intelligence, en un mot, réside dans une certaine partie de cet encéphale, et par conséquent dans la tête. Par suite, la tête étant enlevée, le reste du corps peut bien se mouvoir sous des excitations diverses; mais nous sommes ici en pleine action réflexe; dans ce tronc il n’y a plus de sensibilité consciente, et nous pouvons expérimenter sur lui sans nul remords ; il ne peut pas souffrir.
Voici un train postérieur de grenouille sur lequel nous allons expérimenter; les deux pattes (fig. 6) sont reliées par leurs nerfs à un tronçon de la moelle épinière.
Excitons l’un des nerfs à l’aide d’un très faible courant électri- r- » c
Fig. O. Système nerveux de que : nous obtenons un mouve- l’homme (vu en dessous).
ment dans la patte correspondante qui prend la position marquée dans la figure par un trait pointillé ; excitons directement la moelle épinière : même résultat; enfin, agissons sur un des nerfs avec un courant plus énergique, aussitôt les deux pattes se mettent en mouvement.
Dans les deux premiers cas il y avait action directe, soit sur le nerf, soit sur les cellules de la moelle; dans le dernier cas, il y a eu, en outre, action réflexe à travers la moelle épinière : cet organe est donc bien un centre nerveux, un lieu de transformation des ébranlements centripètes en ébranlements centrifuges.
Fig. C.
Contraction d’une patte de grenouille, par l’excitation directe des nerfs ou par l’excitation réflexe.
Il faut en dire autant pour les ganglions nerveux du nerf grand sympathique, dont j’ai parlé tout à l’heure. La constatation de cette vérité, depuis longtemps entrevue, est tellement difficile que c’est seulement depuis peu d’années, grâce à une belle expérience de mon illustre maître M. Cl, Bernard, qu’on a pu la
démontrer d’une manière nette. Cette expérience, je ne saurais la reproduire devant vous, et je dois me contenter de vous en faire le récit.
L’écoulement de la salive dans la bouche, au moment où quelque aliment sapide touche la langue, est dû à un mouvement intime de la nature duquel je n’ai pas à vous entretenir, mais qui se passe dans des glandes salivaires par suite d’une action réflexe. Voici l’une
Action réflexe du ganglion sympathique sous-maxillaire.
de ces glandes, la glande sous-maxillaire (fig. 7, G) avec son canal excréteur ; l’impression reçue sur la langue suit le nerf de sensibilité (nerf lingual, NL) remonte jusqu’à la moelle épinière, revient par le nerf moteur {corde du tympan, CT), et la salive s’écoule alors. Jusqu’ici,rien d’extraordinaire;mais si l’on interrompt la communication entre la moelle et la glande, si Ton coupe le nerf en A, on voit que, en excitant la langue, la sécrétion salivaire a encore lieu. Or, voici qu’il existe ün ganglion du sympathique G, lequel reçoit aussi des nerfs sensibles de la langue, et envoie dans la glande des filets moteurs; c’est en lui que se fait la réflexion, c’est lui qui est le centre duquel part le mouvement
36 LEÇOÎSS, DISCOURS ET CO^FÉRE^’CES.
intra-glandulaire. Si, en etfet, on coupe le nerf qui en part, la sécrétion s’arrête aussitôt.
Il y a donc, répandus en des points nombreux de l’organisme, dos centres nerveux qui reçoivent et transmettent, et qui, j’attire sur ce point votre attention d’une manière spéciale, sont eux-mêmes en rapport avec la moelle épinière, de manière à constituer un vaste lacis dont toutes les parties sont solidaires, et qui embrasse et pénètre le corps tout entier.
Mais revenons pour un moment aux nerfs, afin d’étudier avec précision leurs relations avec les centres nerveux. Arrivés à la moelle épinière, ils affectent une disposition très remarquable ; ils se bifurquent et présentent deux dents, deux racines, l’une antérieure (chez l’homme, inférieure chez les quadrupèdes),l’autre postérieure. Celle-ci contient les tubes sensitifs et la portion antérieure possède seule les tubes moteurs. C’est un fait capital dans l’histoire du système nerveux des animaux Vertébrés, fait dont la découverte, longtemps attribuée à l’Anglais Ch. Bell, appartient à notre célèbre compatriote Magendie.
Une coupe transversale de la moelle va nous aider dans notre description (fig. 8). La racine antérieure et la postérieure pénètrent dans la moelle. Celle-ci est composée de deux substances : l’une centrale, grise, possédant des cellules ; l’autre périphérique, blanchâtre, constituée seulement par les tubes de communication de ces cellules et par ceux qui forment les racines nerveuses.
Les tubes nerveux aboutissent à des cellules : ceux des racines postérieures (sensibles) à des cellules de sensibilité ; ceux des antérieures (moteurs), à des cellules de mouvement.
Les rapports des cellules entre elles sont extrême-
LA PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX, ment compliqués et multipliés. Les communications s’établissent d’un côté à l’autre de la moelle, et à des
Fig, 8.
Coupe transversale delà moelle épinière. ,
hauteurs diverses dans la moelle^ entre des cellules dé . même nom ou de noms différents.
Vous comprenez ainsi, Messieurs, comment, lorsqu’une cellule sensible est impressionnée, et sûi-tout lorsque cette impression est vive, comment, dis-je, elle devient une sorte de foyer rayonnant d’où s’élancent des ébranlements qui vont agiter autour et bien loin d’elles d’autres cellules soit sensibles, soit motrices. Vous comprenez comment les sensations se généralisent, comment les mouvements apparaissent en des points fort éloignés parfois des points excités, et l’explication générale de toutes les actions sympathiques ne va plus être qu’un jeu pour vous.
La réaction se faisant d’unê cellule de sensibilité sur une cellule de mouvement, vous comprenez aussitôt comment celle-ci commande au nerf qui en sort, et comment un mouvement s’opère, et vous ne vous étonnez plus de voir se remuer la patte gauche d’un tronçon de grenouille, alors qu’on pince la patte droite. Vous ne vous étonnez plus, pour prendre en nous-mêmes nos exemples, qu’un corps qui touche le globe de l’œil cause aussitôt une contraction des paupières, qu’un corps étranger arrêté dans le larynx excite les contractions
convulsives d’où résulte la toux ; vous comprenez le bâillement, la déglutition forcée, l’éternùment, le rire convulsif, le cri ; vous comprenez la sécrétion des larmes lorsque l’œil est touché, celle de la salive lorsque la langue est impressionnée; les indigestions par arrêt de sécrétion des sucs intestinaux, ou à la suite de l’application d’eau froide sur la peau; les convulsions des enfants lorsque leur tube intestinal est irrité par des parasites ou par toute autre raison, ou lorsque leurs dents poussent douloureusement. Vous comprenez, en un mot, et l’énumération en serait mille fois trop longue, la raison de tous ces mouvements qui, en dehors de notre volonté, et souvent malgré notre volonté même, s’exécutent à l’intérieur ou à l’extérieur de nous, en réponse à l’excitation qui les a sollicités.
Si là réaction se fait de la cellule de sensibilité impressionnée vers une autre cellule de sensibilité, vous devinez aussitôt qu’une sensation en sera la conséquence. Mais pour qu’il y ait sensation, il faut qu’il y ait conscience. Replaçons donc, pour un instant sur ses épaules la tête de l’animal que nous avons supposé décapité, et rendons-lui l’intelligence. Ou mieux, demandons à notre observation personnelle la réponse à cette question : à quel point du corps va être rapportée la sensation perçue pour ainsi dire par ricochet. Ce sera. Messieurs, à la partie du corps où se termine le tube nerveux qui, sorti de cette seconde cellule et de la moelle même, se plonge dans nos organes. Mais ceci demande un mot d’explication.
C’est un fait général que si l’on excite un filet nerveux sensitif en un point de son parcours, nous rapportons l’impression à l’extrémité périphérique de ce filet nerveux. C’est pour cette raison, par exemple, que les amputés, si l’on irrite le moignon de leur membre.
croient sentir la main ouïe pied qu’on leur a enlevé; ils rapportent la sensation à l’extrémité des nerfs qu’on leur a coupés. Si donc l’impression est faite dans la moelle, c’est encore à cette extrémité que la lésion sera rapportée par une erreur nécessaire. Ceci Vous expliquecomment il arrive souvent qu’en même temps qu’une douleur justifiée, si je puis ainsi dire, par une lésion^ s’éveille une douleur qu’on a coutume d’appeler, à tort, purement imaginaire, si bien que les médecins ont fait de ces sympathies de sensation un: précieux moyen de diagnostic. ■
C’est ainsi que l’inflammation du poumon donne un point de côté, que l’inflammation d’un œil rend l’autre œil douloureux, que les petits enfants éprouvent des douleurs intestinales lorsque leurs dents sortent difficilement. C’est ainsi que, à propos d’une piqûre au doigt, par exemple, des douleurs souvent fort lointaines apparaissent comme des éclairs. Ces sympathies, s’expliquent tout naturellement, grâce à nos études: préliminaires de physiologie générale.
Mais ce n’est pas tout. Les mouvements auxquels commandent les nerfs ne sont pas seulement des mouvements étendus, facilement visibles, grossiers pour ainsi dire, comme de lever le bras, de fermer l’œil, etc... Il y en a d’un ordre plus délicat et pour le moins aussi important, dont je dois vous parler. En le faisant, je vais encore vous citer, avec une vive satisfaction, les travaux de celui des physiologistes modernes qui a fait faire les plus grands progrès à la physiologie générale, et auquel son absence m’autorise à rendre un public hommage d’admiration pour son génie, de respect pour Son caractère, et de profonde reconnaissance pour sa paternelle bonté. M. Cl. Bernard a vu que. Si l’on coupe, chez un lapin, à la région du cou, certains nerfs, on
voit l’oreille du lapin rougir, et sa température augmenter de 4 ou 5 degrés. Voici ce qui s’est passé : les vaisseaux artériels possèdent de petits muscles circulaires qui, sans cesse en contraction, diminuent leur calibre. Si l’on coupe les nerfs qui s’y rendent, cette contraction cesse, et ils se dilatent sous l’afflux du sang énergiquement poussé par le cœur. Comme ce sang, qui vient des parties profondes du corps, est très chaud, il élève la température des parties ; en même temps elles rougissent, et les vaisseaux y battent violemment. On a là, en un mot, tous les symptômes d’une inflammation locale. Si maintenant on irrite le bout périphérique du nerf ainsi coupé, on voit les vaisseaux diminuer de calibre, le sang en disparaître, et la température des parties s’abaisser beaucoup.
Cette magnifique expérience nous permet d’expliquer comment le système nerveux préside, par la distribution du sang, dont la régularisation lui appartient, à la nutrition de toutes les parties du corps. Elle nous fait voir en outre comment, à une excitation violente, succèdent non seulement une ou plusieurs sensations, non seulement un ou plusieurs mouvements générMux,mais la pâleur et le sentiment du froid, par suite d’une contraction vasculaire, ou la rougeur et la chaleur, l’inflammation, par suite d’une cessation réflexe du courant nerveux.
Car Faction réflexe n’a pas seulement pour conséquence une cessation ou une excitation motrice ; elle peut aussi avoir pour résultat une cessation de la propriété motrice, et la science a enregistré toute une classe de paralysies dites réflexes. C’est ainsi que nous pouvons comprendre comment l’inflammation du poumon peut être la conséquence d’une excitation trop vive, à l’aide du froid, des nerfs sensitifs de la peau,
LA PHYSIOLOGIE Dü SYSTÈME NERYEUX. 41
OU comment, à la suite de brûlures étendues, la mort survient par inflammation des viscères internes,
J’ajouterai encore une remarque, avant de finir l’histoire de la moelle épinière. Dans l’état normal, dans l’état de santé, les actions sympathiques s’exercent entre des nerfs qui sont en relation avec des organes dont le jeu doit être simultané. Ainsi, le contact d’un aliment avec la langue excite la sécrétion de la salive ; ainsi, toucher un globe oculaire avec un corps quelconque fait fermer non seulement un œil, mais les deux yeux. Dans l’état de maladie, ce sont surtout ces relations synergiques qui,s’exagèrent ordinairement, quoiqu’il en apparaisse alors de nouvelles. Mais il arrive souvent, par suite d’un exercice longtemps prolongé, que des actions simultanées, sympathiques, soient acquises par le corps. Ceci est surtout apparent pour les mouvements, et chacun de nous connaît les mouvements acquis, involontaires, qui constituent les habitudes. Ces gestes familiers, dont certains ont nécessité pour être acquis une étude parfois pénible, finissent par devenir purement réflexes, et l’on sait que parfois ils arrivent à échapper à l’empire de la volonté. Nous aurons à ,revenir sur ces faits, en parlant des instincts.
La moelle épinière pénètre enfin dans le crâne ; là elle s’épanouit en divers organes qui forment ce qu’on appelle la moelle allongée et le noyau de l'encéphale. Toutes ces parties sont encore en rapport avec la sensibilité et la motricité, et sont le siège d’actions réflexes. Non seulement elles perçoivent les sensations d’ordre ordinaire qui leur sont apportées de diverses parties de la face, mais elles perçoivent d’autres sensations d’ordre supérieur, qui sont recueillies par des appareils particuliers, connus sous le nom déorganes des sens : telles sont les impressions gustatives, auditives, visuelles. Âu,
point de vue de la motricité, ces parties commandent aux muscles de la face. Enfin elles sont, en certains points, le siège d’actions générales de la plus haute importance.
A l’endroit même où la moelle pénètre dans le crâne, se trouve un point fort restreint d’étendue, car il n’a que quelques millimètres dans tous les sens, dont la lésion a pour conséquence la mort immédiate de l’animal. C’est là que le toréador perce de son arme aiguë le taureau qui baisse la tête pour le frapper. La mort survient instantanément, parce qu’immédiatement s’arrêtent les mouvements respiratoires. Ce point est donc le centre qui commande aux mouvements respiratoires.
Un peu en avant de lui, est un autre centre non moins important. Vous avez tous entendu parler d’une affreuse maladie, connue sous le nom de diabète sucré, dans laquelle le sucre apparaît avec une telle abondance dans l’économie, qu’elle le rejette par toutes ses excrétions. Lorsque M. Cl. Bernard eut découvert que ce sucre n’est point apporté du dehors, mais qu’il se forme dans le corps même et spécialement dans le foie, il fut amené à voir que l’exagération de sa production est liée à une exagération d’action de certains points de la moelle allongée. En telle sorte qu’il a pu réaliser par expérience sur des lapins, en piquant à travers le crâne ce point du système nerveux, toutes les conditions de la maladie.
C’est encore près de là que se trouve l’origine des nerfs qui commandent aux mouvements du cœur. L’année dernière, à cette place même, M. Cl. Bernard vous disait avec l’éloquente autorité de sa parole, comment ces nerfs, lorsqu’ils agissent, ralentissent ou suspendent les battements du cœur, comment, par suite, des
LA PHYSIOLOGIE Dü SYSTÈME TIERYEüX. 45
modiflcàtions nombreuses surviennent dans tout l’organismé, dont les parties se trouvent peu à peu surexcitées ou ralenties dans leurs fonctions par l’afflux plus ou moins abondant du sang nourricier. Ces excitations peuvent être, comme toutes les autres, provoquées, soit par une influence directe sur la centrée nerveux, soit par une action réflexe. s , ; .
. Je ne vous en dirai pas davantage sur la physiologie de la moelle épinière et de son épanouissenient intracrânien, et je vais: passer à l’étude de parties plus élevées encore par leurs fonctions. Si j’ai eu le bonheur d’être clair dans l’explication des faits nombreux et compliqués que je viens d’exposer devant, vous, vous devez vous: représenter la moelle; comme un vaste ensemble de cellules en communication avec le dehors et entre elles par des filaments nerveux qui établissent entre leurs impressions et leurs actions une solidarité merveilleuse. A peine une cellule est-elle vivement impressionnée, que, comme une toile d’araignée, dont un fil est ébranlé, une sorte de frémissement intime parcourt la moelle entière. Des sensations variées, si nous supposons un instant l’intelligence présente, peuvent être perçues, et ces sensations peuvent être d’un autre ordre que celle qui les a excitées ; â propos d’une sensibilité générale, peut naître une sensation visuelle, ou réciproquement, fait bien important pour l’histoire des hallucinations. Ce n’est pas tout : des mouvements très divers peuvent aussi se manifester, et non seulement des mouvements de locomotion, mais des mouvements respiratoires, mais des mouvements dans les vaisseaux sanguins qui pénètrent la profondeur dés organes, engendrant à leur tour des sensations nouvelles. Puis, ces mouvements des vaisseaux ont pour conséquence un afflux plus considérable de sang
vers la moelle, ou, au contraire, une diminution dans sa circulation, et d’autres troubles généraux surviennent, par suite d’excitation réflexe au deuxième degré. J’espère qu’en voyant ainsi se dérouler devant vous ces phénomènes si complexes, si nombreux, qui ont été jusqu’à ces derniers temps la pierre d’achoppement de la science, et en les voyant s’expliquer avec une facilité remarquable, vous n’avez pas regretté les quelques minutes qu’il nous a fallu consacrer, au début de cet entretien, à l’aride et pénible étude de la théorie générale des actions réflexes.
Je ne saurais insister davantage sur les fonctions fort obscures, du reste, des autres régions de la moelle allongée et du noyau de l’encéphale. Je vais indiquer rapidement celles de deux organes d’importance capitale, qui sont, par l’échange de fibres nombreuses, en
fig. 9. — Encéphale de l’homme vu en dessous.
rapport intime avec les précédents, le cervelet en arrière, le cerveau en avant (fig. 9).
Tous deux sont formés, cervelet et cerveau, de même
que la moelle ^ par des cellules et des tubes nerveux qui relient les cellules entre elles, et en sortent au dehors pour se répandre dans la moelle.
Les fonctions du cervelet, dont nous nous occuperons d’abord, sont liées d’une façon remarquable (qui a été mise en lumière par les belles recherches de M. Flourens) à la coordination des mouvements volontaires ; si l’on blesse cet organe, si on l’enlève chez un animal; celui-ci devient incapable de se tenir immobile ou de marcher en équilibre. Chez un homme, si quelque apoplexie le lèse, aussitôt l’équilibre se rompt ; en vain la volonté s’efforce de diriger régulièrement l’action des bras ou des jambes, des mouvements désordonnés répondent seuls à son commandement.
Enfin, en avant et au-dessus de tous ces organes, se trouve le cerveau, où toutes les observations médicales comme toutes les expériences physiologiques ont montré que résident l’intelligence, la conscience, la volonté. Il est insensible par lui-même, c’est-à-dire que ses lésions ne sont pas douloureuses ; mais s’il est blessé profondément, par expérience ou maladie, l’intelligence est aussitôt atteinte. Si on l’enlève, il reste un corps capable de répondre aux excitants, et de se mouvoir régulièrement, puisque sa moelle épinière et son cervelet sont intacts, mais duquel ont disparu l’individualité, la personnalité, la spontanéité intelligente.
On peut faire l’expérience sur des oiseaux sans grand danger pour leur vie. On voit alors qu’ils respirent, que leur sang circule, que les actes divers de la digestion s’exécutent sans trouble ; si on les ébranle, ils marchent ; si on les jette en l’air, ils volent ; ils suivent des yeux une lumière qu’on leur présente, ils tressaillent aux bruits extérieurs. Mais si nulle excitation extérieure n’agit sur eux, ils restent éternellement immobih-s, sta-
tues vivantes, incapables de chercher leur nourriture, de pourvoir à aucun de leurs besoins, d’exécuter aucun des actes qui sont du domaine de l’intelligence et de l’instinct.
Cette expérience admirable, due à M. Flourens, nous explique comment le corps se suffit a lui-même, et n’a pas besoin de l’intelligence pour veiller à ses besoins ; comment celle-ci, libre, débarrassée de ces soucis inférieurs, peut, semblable à un chef d’État qui n’a pas à s’occuper des détails administratifs, vaquer à ses fonctions sublimes, c’est-à-dire penser.
Le cerveau de beaucoup d’animaux mammifères est sillonné de plis ou circonvolutions dont la complication est parfois fort difficile à débroniller. On a cherché s’il n’existait pas un certain rapport entre le nombre de ces plis et le degré d’intelligence des animaux ; on rcr marquait que les singes, par exemple, ont le cerveau très plissé, et qu’il est lisse chez un lapin. Mais il a fallu renoncer à cette idée, car alors un chien serait moins intelligent qu’un bœuf ou qu’un mouton, ayant le cerveau beaucoup moins plissé qu’eux.
D’autres physiologistes ont émis cette idée qu’il y a sans doute un rapport direct entre le poids du cerveau des divers animaux et leur intelligence. La plupart des faits militent en faveur de cette opinion, mais ici encore l’expérience a démontré l’impossibilité d’une règle absolue, car à ce point de vue le chien viendrait après le lapin, la taupe, la chauve-souris, et l’homme luimême ne serait rien moins qu’au premier, rang.
Enfin l’intelligence se manifeste par des facultés diverses. Les hommes possèdent ces facultés à des degrés variables. Cette diversité correspondrait-elle à quelque inégalité de développement des régions cérébrales? Serait-il possible de localiser dans quelque point des
LA physiologie DU SYSTÈME NERVEUX. 47
hémisphères cérébraux chacune de ces facultés? On l’a tenté depuis longtemps. C’était l’un des rêvés des scolastiques. Sans me prononcer sur le principe, je n’hésite pas à dire que tous les'essais faits jusqu’à ce jour ont complètement échoué.
Vous en connaissez tous un exemple fameux ; vous avez vu de nos jours s’édifier et s’écrouler également vile l’échafaudage phrénologique de Gall; vous vous rappelez ce système brillant d’après lequel il suffisait d’examiner la tête d’un individu pour constater ses aptitudes spéciales ; vous savez comment, par une consé ■ quence immédiate des principes, on était arrivé à proposer de pétrir la tête d’un enfant dans l’idée de le douer de telle ou telle faculté. Tout ce système a disparu, malgré l’admirable talent de polémique de son auteur, devant l’évidence des faits ; sans parler des erreurs d’application qui se lient trop souvent à l’histoire des faiblesses et des supercheries, en ne nous occupant que des conséquences scientifiques, il faudrait, pour satisfaire au système de Gall, que le lapin fût plus carnassier que le loup, l’âne plus musical que le rossignol, etc. Gall est allé jusqu’à écrire que le serpent est le symbole de l’art de la médecine, parce qu’il a la tête large et carrée en arrière comme les grands généraux!...
Ne veuillez voir dans mes paroles qu’une intention critique, mais non malveillante. On doit, il est vraij pousser à l’extrême, à l’absurde, les systèmes pour montrer leur fausseté ; mais il faut se garder de railler ceux qui les ont émis de bonne foi. Ils ont cherché la vérité, et leurs erreurs ne pi’ouvent que ce qui n’a pas besoin d’être prouvé, l’infirmité de notre esprit, ou plutôt notre peu de souci de mesurer notre tâche à nos forces, et notre impatience de conclure. Nouveaux Si-
syphes, sans cesse nous remontons sur la penle ardue le roc qui retombe sans cesse ; ayons du moins pour l’œuvre de ceux qui nous ont précédés l'indulgence qu’un jour peut-être on sera forcé de réclamer pour la nôtre.
Les actes dont les hémisphères du cerveau sont le siège peuvent être, comme ceux qu’exécute la moelle épinière, réflexes ou directs. Quand ils sont réflexes, le mécanisme est le même que pour ceux de la moelle, l’instrument élémentaire est le même, ou, du moins, nos moyens d’investigations ne nous y font pas voir de différences notables.
Les fibres parties des cellules sensibles de la moelle épinière arrivent aux cellules du cerveau, et de la transmission à ces cellules de l’ébranlement qu’elles apportent, résulte la sensibilité consciente. Celles-ci, par l’intermédiaire de fibres qui descendent dans toutes les profondeurs de la moelle et se rendent aux cellules motrices, commandent le mouvement dit mouvement volontaire.
Cette sensibilité consciente, d’où peuvent résulter non seulement les mouvements, mais les idées, est soumise aux mêmes lois que la sensibilité inconsciente de la moelle épinière, c’est-à-dire qu’elle répond à des excitations venues, soit du dehors, soit d’organes éloignés, et encore à des excitations intérieures directes.
L’excitation par les objets extérieurs est évidente; l’excitation réflexe venant d’organes éloignés est également bien connue : l’histoire des maladies nerveuses en contient des exemples à milliers, et Chacun sait que dans certaines circonstances, trop délicates pour que je puisse faire autre chose que les indiquer ici, des appétits étranges, des désirs déréglés sont souvent la conséquence cérébrale d’un travail cjui s’accomplit dans
quelque point éloigné de l’organisme. Ce sont là des faits qui dominent la théorie des rêves.
Réciproquement, les idées réagissent non seulement sur les mouvements généraux, mais sur les mouvements intimes du corps : l’idée d’un bon repas fait venir, dit-on, l’eau à la bouche ; l’idée d’une injure fait pâlir, celle d’un objet horrible fait frissonner, etc.
L’action des excitations directes de la matière cérébrale ne présente pas moins d’exemples familiers. Que, par exemple, le cœur exagère ses battements et envoie au cerveau plus de sang que d’ordinaire : aussitôt, les mouvements généraux du corps s’exagèrent, les idées s’éveillent plus abondantes, jusqu’à amener, par delà les limites de l’inspiration, le délire. Au contraire, que le cœur se ralentisse, suspende ses battements : le sang cesse d’affluer, la pensée s’arrête, et souvent le mouvement et la conscience disparaissent par la syncope. Réciproquement, une impression extérieure perçue par le cerveau agit sur les mouvements du cœur, de façon à établir entre ces deux, organes une solidarité sentie par tout le monde, et dont les raisons physiologiques vous ont été données à cette place d’une manière si complète et si élevée dans la conférence de M. Cl. Bernard.
Voici donc expliquées, dans le corps tout entier, ces réactions multiples, variées, pour lesquelles l’ancienne médecine avait invoqué tant de mystérieuses hypothèses. Entre les centres qui président à la sensibilité inconsciente, aux mouvements généraux et aux mouvements intimes, entre ces centres, dis-je, et ceux où résident la conscience et la volonté, des échanges fonctionriels se font incessamment, et il suffît de réfléchir un instant pour voir combien doivent être complexes ces réactions des idées sur les actes, des actes sur les idées, des actes sur les actes, des idées sur les idées.
j R. BLANCHARJJ j ^
Mais il est, chez l’animal, d’autres idées que celles éveillées par une excitation, soit intérieure, soit extérieure à lui. Les cellules cérébrales sont le siège de phénomènes d’un ordre plus élevé encore. Il semble qu’en elles réside non seulement le pouvoir de sentir et de transformer, chose déjà bien merveilleuse, mais le pouvoir de créer : si bien que, contrairement à tout ce que nous connaissons sur les transmutations des forces physiques, il naîtrait en elles, chez le plus infime des animaux, par cela qu’il est volontaire, une force spontanément apparue. Quelle peut être la cause de cette création? nous l’ignorerons à tout jamais. Mais quoi? savons-nous pourquoi nos muscles se contractent, pourquoi une molécule acide se précipite sur une molécule basique, pourquoi une pierre lancée se dirige vers le centre de la terre? Contractilité, affinité, gravitation, sont-ce autre chose que des mots inventés pour cacher notre ignorance? Comment, condamnés à ignorer éternellement la cause de ces actes grossiers^ pourrions-nous espérer de connaître la cause de la pensée? Laissons donc là les causes, et occupons-nous des phénomènes.
On en a, depuis longtemps, distingué de deux ordres : les phénomènes instinctifs, les phénomènes intellectuels.
Les premiers portent au plus haut degré le caractère de la fatalité. Sans doute ils sont utiles à l’animal qui les exécute, pour la conservation de sa vie ou de sa descendance, mais souvent il n’en sait et n’en peut rien savoir. C’est ainsi que certaines femelles d’insectes prennent, au commencement de la saison froide, mille précautions pour assurer la conservation de leurs œufs pendant l’hiver, et la nourriture de la larve qui en naîtra : or, ces femelles, nées au printemps, vont mourir
à l’automne, sans avoir vu ni leurs mères ni leur progéniture, et ne peuvent par conséquent comprendre la portée de leur acte. Parfois même l’animal exécute les actes instinctifs alors qu’ils ne lui servent à rien. C’est ainsi qu’un castor captif recueillait et disposait des matériaux pour un ouvrage sans raison d’être.
Souvent ces faits instinctifs sont très complexes, et si on les rapportait à l’intelligence, ils supposeraient, comme l’a justement remarqué Descartes, des qualités supérieures que l’animal traduirait de quelque autre façon. N’est-il pas évident que si les abeilles devaient à l’intelligence, au calcul, la disposition de leurs cellules et de leurs rayons^ elles auraient depuis longtemps inventé toute la géométrie? Enfin, et c’est peut-être là le caractère lé plus ,catégorique des faits instinctifs, ils se manifestent régulièrement, uniformément, toujours semblables à eux-mêmes pour les animaux d’une même espèce, et sans que ces animaux aient pu les apprendre d’animaux semblables à eux, fùt-cé même par imitation. Si l’on enlève des œufs d’oiseaux et qu’on les fasse couver artificiellement^ il en naît des petits, qui, plus tard, construisent des nids exactement semblables à ceux où ils auraient dû éclore.
Dans cet ordre de faits, point de perfectionnements, et les fourmis dont M. Lespès vous racontait à cette place, il y a quinze jours, les charmantes histoires, s’en vont en guerre depuis des siècles sans rien changer à leur tactique.
En se reportant à l’origine de semblables actes, on ne peut s’empêcher de penser à ces habitudes que la répétition des mêmes gestes fait naître dans le corps, par action constamment simultanée de différentes parties de la moelle épinière.. Et, du reste, il existe en zoologie des faits nombreux qui démontrent que des
habitudes acquises peuvent devenir héréditaires, et donner naissance à des instincts nouveaux ; je citerai notamment le chien d’arrêt.
Mais à côté de ces actes unilbrmeSj complexes et fatals en quelque façon, nous constatons chez les animaux des actes libres, qui supposent l’observation, la réflexion, le jugement, toutes les qualités fondamentales de l’intelligence, et qui, au contraire des actes instinctifs, peuvent être et sont fréquemment entachés d’erreur. Nous distinguons aussi des facultés affectives, et personne ne le niera, de ceux qui ont été aimés par un chien. La démonstration de l’intelligence chez les animaux est non moins évidente : chacun en connaît mille exemples.
Ainsi l’animal possède intelligence et instinct; deux impulsions dirigent ses actions volontaires, l’une fatale, l’autre libre; mais chez lui l’instinct domine, et l’intelligence qui est à son service ii’intervient guère que pour adapter aux circonstances du moment les volontés inflexibles de l’instinct.
Chez l’homme aussi, dont il faut bien nous occuper un instant en terminant cette étude, chez l’homme aussi nous constatons l’instinct à côté de l’intelligence ; mais celle-ci, d’esclave est devenue maîtresse. Elle commande, et si bien, que parfois l’autre ne peut plus se faire écouter. L’intelligence humaine, à son développement le plus énergique, fait taire non seulement les tendances instinctives, mais les passions, mais les besoins.
L’intelligence humaine, comme celle de l’animal, constate, juge, conclut, prévoit. Mais tandis que l’intelligence de l’animal est consacrée à satisfaire ses besoins, à pourvoir à l’existence du corps, celle de l’homme, échappant à la fatalité du ventre (Michelet),
plane dans des sphères idéales ; l’animal observe pour profiter, l’homme observe pour comprendre ; il établit des rapports, découvre des lois; il a Vidée de ses idées.
On ne peut, en vérité, sans être ému, considérer une telle grandeur. Seul, l’homme trouve dans ses jugements et ses prévisions les conditions d’une amélioration incessante ; seul il tend au progrès par les triples voies du vrai, du beau, du bien.
Seule, l’intelligence humaine se cherche, comme l’a dit saint Augustin, et se cherchant elle se connaît; seule elle s’inquiète de son avenir, s’effraye de la destruction, se demande si tout est fini pour elle quand ses instruments sont devenus immobiles, et, par une protestation sublime, affirme, sans la prouver, son immortalité.
Seule, elle attache à ses pensées des signes abstraits, et par le geste, la parole, l’écriture, je dessin, les transmet, les éternise, les rend maîtresses de l’espace et du temps.
Seule enfin, elle s’inquiète de la raison des choses; s’élevant sans crainte, smon sans émotion, à la recherche des causes, elle aborde le redoutable problème des origines, et arrive à envisager une cause première qu’elle personnifie, et à laquelle elle ose donner un nom.
Ces qualités puissantes et sublimes creusent-elles entre l’animal et l’homme un abîme que rien ne peut combler? Le système nerveux de l’un donne-t-il asile à quelque puissance suprême, qui jamais n’habite le système nerveux de l’autre? C’est là une question que j’ai dû indiquer, car on se la pose nécessairement à propos de l’étude du système nerveux, mais dont je n’ai pas la prétention de vous donner une solution quelconque. Tout au plus me permettrai-je de vous faire remarquer.
LEÇONS, DISCOURS ET CONFÉRENCES, comme naturaliste, que le mot animal dont on se sert d’habitude est un terme de comparaison vague, et dont la valeur varie singulièrement, car si la distance est immense entre l’homme et le chien, animal supérieur, immense elle est aussi entre le chien et le ver de terre, ou quelque autre représentant plus infime encore du règne auquel appartient la volonté. Je dirai encore que, pour la partie la plus importante du problème, les conditions de l’observation complète nous manquent : car l’homme, par son action destructive propre, tend sans cesse, et depuis des milliers de siècles, à supprimer les races animales les plus élevées, les races humaines les plus inférieures, à détruire les intermédiaires, s’il en a jamais existé.
Ceci dit, je m’arrêterai. Saint Augustin, dont j’aime à citer les paroles profondes, a dit avec sa grandeur habituelle : « Il faut mettre à part ce que nous savons de ce que nous sentons. » Or, ici finit le domaine de la science positive que j’ai eu à cœur de représenter seule devant vous, de la science qui peut prouver tout ce qu’elle avance, et qui, comme Antée, n’est forte qu’à la condition de ne point quitter la terre; ici commencent les vastes et mystérieux territoires des hypothèses sur lesquels le sentiment règne en souverain. Je n’ai garde d’aller le troubler dans le juste exercice de sa royauté suprême. Il me souvient, dans les solitudes silencieuses du Sahara, d’avoir parfois tendu l’oreille pour recueillir quelque bruit venant de la France, et de ceux que j’aimais ; un physicien eût été mal reçu à me dire que j’écoutais en vain, que ma patrie était trop loin. S’il en est ainsi pour des vérités physiques incontestables, qu’est-ce donc pour de simples opinions où l’appréciation personnelle, l’impression sentimentale, remplacent la démonstration?
Je sais que beaucoup de personnes blâmeront mes paroles, les trouvant les unes trop hardies, les autres timides à l’excès; je m’effraye peu de ces critiques, attendant que celui qui sait de science certaine ce qu’est la matière et ce qu’est l’esprit me jette la première pierre, et l’attendant, permettez-moi de le dire, sans nulle crainte d’être ainsi lapidé.
Nous sommes arrivés au terme de notre course. Nous avons successivement étudié dans le système nerveux les éléments et les appareils, les propiiétés et les foncr tions, les actions réflexes et les actions directes, ce qui est communiqué et ce qui est spontané. Je considéi’erai mon rôle comme rempli, et je m’estimerai heureux si vous emportez, en sortant de cette enceinte, une idée nette de ce merveilleux ensemble d’organes toujours en action, toujours vibrant, sans cesse réagissant sur luimême et sur les serviteurs organiques chargés de le nourrir, et qui, pour emprunter la parole d’Aristote, constitue, à vrai dire, l’animal tout entier.
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