‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 102 sur 174 · Û UE · texte numérisé non relu

Û UE

APN | Sté

Policlinique du 19 Mars 1889

DIX-HUITIÈME LEGON

1° Amyotrophie spinale progressive survenue à l’âge de 34 ans chez un homme qui à l’âge de 2 ans, avait été atteint de paralysie spinale infantile.

2° Chez un homme de 24 ans : Epilepsie, Hystérie majeure et Morphinomanie combinées.

MESSIEURS

Le premier cas qui, aujourd’hui, va être soumis à notre examen est relatif à une amyotrophie généralisée,de forme progressive, développée chez un sujet qui, dans l’enfance, avait été frappé de paralysie spinale aiguë, affection dont il porte encore les reliquats. De quel genre d’amyotrophie progressive s'agitil Chez ce malade? Existe-t-il une relation entre la maladie de l’enfance et celle qui s’offre actuellement à notre observation: et, si cela est, quel est le genre de cetterelation ? Telles sont les questions intéressantes qui vont se présenter à nous, chemin faisant, et dont nous essaierons de trouver la solution.

Il s’agit d’un nommé Ni..las Du..nt, âgé de 40 ans, d'apparence assez vigoureuse et exerçant autrefois la profession de bijoutier en acier que la maladie l'a obligé d'abandonner il y a 3 ans. Malgré l'infirmité produite par la paralysie infantile, laquelle gène l’action des membres inférieurs, il a toujours pu marcher depuis l’âge de 3 ou 4 ans, tant bien que mal, et, plus tard, il a pu travailler habilement de ses mains, dans une profession dont l'exercice est, paraît-il, assez fatiguant.

Voici ce quil raconte concernant cette paralysie d’enfance dont il sera

question plus d'une fois encore par la suite. Elle se serait développée très rapidement vers l’âge de deux ans, et elle aurait envahi du même coup les deux membres inférieurs et le membre supérieur droit, et dans ces membres l'impuissance motrice aurait été, pendant plusieurs mois, absolument complète. Puis est survenue,suivant la règle, la période de rétrogression ou de rétrocession, comme vous voudrez l'appeler. C’est alors que le membre supérieur droit, tout d’abord se dégage; il devait cependant, par la suite, pendant longtemps se montrer un peu plus faible que le membre correspondant. Puis cela a été le tour des cuisses. Maïs, pour ce qui est des jambes, elles sont restées depuis l'époque considérablement atrophiées, l'une et l’autre, surtout la gauche. De plus il s'était formé à droite un pied bot, tandis qu’à gauche le pied est demeuré flasque, ballant dans toutes les directions. Un examen som— maire vous fait reconnaître la forme conique des membres inférieurs, la coloration violacée et les rugosités que présente la peau des jambes et des pieds, en même temps que l'application de la main sur ces parties vous y fait percevoir une sensation de froid très caractéristique. , À propos du développement de cette maladie d'enfance, je relèverai que les tares nerveuses ne font pas défaut dans la famille du malade. Sa mère, d’après le récit qu’il nous donne, était atteinte d’'une«maladie de nerfs » qui la faisait se tenir le corps courbé en avant; quand elle marchait elle allait souvent plus vite qu’elle ne le voulait; ses mains tremblaient. Ces quelques traits suffisent pour nous faire reconnaître qu'il s’est agi là de la paralysie-agitante ou maladie de Parkinson. Ajoutons qu’un des frères de notre homme est épileptique. Ces faits, vous l’avez compris, pourraient servir d'arguments en faveur de la thèse que je soutiens depuis longtemps, à savoir : que la paralysie spinale infantile est moins une maladie accidentelle, contingente, microbienne surtout comme on l’a voulu prétendre, qu’une maladie d’hérédité nerveuse. Ils pourront contribuer peut-être du même coup à éclairer la genèse des incidents pathologiques qui se sont produits par la suite vers l’âge de 36 ans.

Veuillez vous remettre en mémoire, Messieurs, la situation d’un sujet chez lequel, comme c’est la règle, la paralysie infantile a laissé subsister après elle, pour toute la vie, une impuissance motrice plus oumoins accusée d’un ou plusieurs membres. L'anatomiste constaterait, vous le savez, chez un tel sujet, dans certaines régions de la moelle épinière, les vestiges de la myélite centrale aiguë, cause de tousles désordres. Ils se présenteraient là, sous la forme d’un tissu cicatriciel plus ou moins étroitement localisé dans les cornes antérieuresde substance grise, constituant, on peut le dire, une lésion indélébile: je l'ai pour mon compte rencontrée plus de 60 ans après la cessation de la maladie qui lui avait donné naissance. A ces lésions spinales, à titre de faits consécutifs, correspondent dans les membres paralysés, une atrophie dégénérative

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