‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 106 sur 174 · COTE PATERNEL COTÉ MATERNEL · texte numérisé non relu

COTE PATERNEL COTÉ MATERNEL

A l'asile d'Angers Tuberculeux Épilepsie

Once, aliéné | PÈRE MÈRE | ‘Se mord la langue

0 Épileptique Hystérique

S ŒUR S ŒUR NOTRE MALADE < | et Epileptique

Venons à son histoire personnelle. Il avait 7 ans à peine lorsqu'il commença à avoir des attaques qui déjà présentaient les caractères très significatifs qu'elles ont encore aujourd’hui. C’est toujours la nuit qu’elles survenaient vers deux ou trois heures du matin. Dans ces attaques, qui ne laissaient d’ailleurs dans l'esprit du malade aucune espèce de souvenir, il se mordait la langue et urinait au lit. C'était le mal comitial dans toute sa pureté terrible. Les accès étaient nombreux ; il en avait deux ou trois par semaine. Les choses allèrent ainsi, avec quelques améliorations momentanées produites par l'emploi du bromure, jusqu'à l’âge de vingt ans. Survient alors une fièvre typhoïde d'une extrême gravité. Pendant la convalescence, divers accidents se sont produits sur lesquels nous reviendrons plus tard. Je signalerai seulement pour le moment un certain état mélancolique qui persista longtemps.

Au sortir de cette fièvre typhoïde, les accès convulsifs reparaissent avec une intensité nouvelle, présentant toujours les mêmes caractères. S'il fallait une autrepreuve pour vous démontrer que c’est bien d’épilepsie qu'il s’agissait, je m'adresserais à certaines recherches faites par M. Lépine d’abord, puis par M. Mairet, de Montpellier et qui ontété reprises ici dans mon service par MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau. Il y a longtemps qu’on a constaté chez les épileptiques une certaine élévation de température à la suite des accès. Il était donc intéressant de savoir ce que donnerait l’analyse des urines; or, on est arrivé à reconnaître que les accès étaient suivis d’un accroissement de la quantité de l’urée. Un homme urine, par exemple, 25 grammes d’urée, après une attaque onen trouve 30 ou 35 grammes: il ya donc une élévation du taux de l’urée qui semble coïncider avec l’élévation de la température. De même la quantité des phosphates terreux et alcalins s'accroît, tandis que le rapport des phosphates terreux vis-à-vis des phosphates alcalins reste dans les conditions normales. Ces données ont un grand intérêt au point de vue de la théorie et aussi au point de vue du diagnostic. Elles constituent, en quelque sorte les caractères chimiques de l’épilepsie.

Eh bien, notre malade qui donne en moyenne 21 gramnes d'urée à l’état

normal, fournit 35 grammes d'urée et 2 grammes de phosphate, le jour d’une

attaque.

Il est donc épileptique et voila dûment constaté, chez notre malade, le premier élément nosographique anquei sont venus s'ajouter l’Hystéro-épilepsie et la Morphinomanie.

En procédant à un examen méthodique de notre sujet, nous avonsreconnu chez lui l'existence d’une anesthésie cutanée complète, qui embrasse toute

l'étendue du corps, à l'exception de la plante des pieds où la sensibilité est seulement émoussée, et de la région sous-ombilicale où l’on constate une hypéresthésie particulière dont nous reparlerons parce qu'elle offre un

Fig. 82.— a. Anesthésie généralisée pour le contact, Fig. 83 — a. Anesthésie. la douleur, le chaud et le froid. b. Hypoanesthésie. b. Plaque hypéresthésique sous ombilicale.

ce, Points hystérogènes.

très grand intérêt au point de vue du diagnostic. Je tiens à vous montrer jusqu’à quel point cette anesthésie est parfaite. Vous voyez qu'on peut traverser

Ja peau du malade de parten part avecuneaiguille, promener un bloc de glace à la surface du dos sans qu'il tressaille le moins du monde. Il ne sent ni le contact, ni la douleur, ni la température. Cette ampoule que vous apercevez sur son épaule a été produite hier par le contact de la plaque métallique du

Fig. 84,

thermomètre de surface qu’on avait trop chauffée et il ne s’en est nullement aperçu. Le sens musculaire est également affecté chez lui, mais pas d’une “'acon complète. Cette anesthésie est évidemment de nature hystérique. Quelle est la maladie organique qui pourrait produire une pareille insensibilité? … … Si nous examinons les choses de plus près, nous trouvons que le goût, .l'odorat sont perdus, que l’ouïe est obnubilée, qu'il ya un rétrécissement con- “centrique permanent, très prononcé du champ visuel (voir le schema fig. 84). Tout cela est encore hystérique. Un neuropathologiste fort distingué de Ber- …— lin, M. Oppenheim, a émis l'opinion qu’on ne pouvait pas se servir du rétrécissement du champ visuel pour distinguer l'hystérie de l'épilepsie, parce qu’il se rencontrait chez les épileptiques. Oui, sans doute, le rétrécissement du champ wisuel se retrouve dans l'épilepsie, et nous le savons bien, comme phénomène transitoire après l'attaque. Il peut même se rencontrer à l’état permanent dans épilepsie. Sur 74 épileptiques que nous avons examinés l’année dernière, à ce point de vue, avec le concours de M. Parinaud, nous en avons trouvé 41 qui le . présentaient Mais en même temps nous avons trouvé chez ceux-là des pointshys- “érogènes, des attaques d’hystéro-épilepsie ou des équivalents de ces attaques; ar conséquent, il s'agissait là d’une combinaison des deux névroses et non

d'autre chose. Lorsque vous constatez, comme nous l'avons fait plusieurs fois, une hémianesthésie et des stigmates chez un individu atteint de sclérose en plaques, ou chez un myopathique, direz-vous que c’est la sclérose en plaques ou la myopathie progressive qui en sont la cause? Mais non, l'hystérie, sachezle bien, peut se combiner, s'associer avec une foule d’autres affections et en particulier avec l’épilepsie. Eh bien, chez ce malade, nous n’avons pas seulement les stigmates de l'hystérie, nous en avons aussi les attaques. Je vous ai montré qu'il était insensible partout, excepté sur le ventre, au-dessous de l’ombilic. Il y a là deux choses à considérer: la région qui est tout entière hypéresthésique et deux plaques hystérogènes (voir le schema fig. 82). Si je presse sur ces deux points, vous voyez les yeux du malade devenir fixes, hagards, et si vous l’interrogez en ce moment précis, il vous répond: « Cela monte, j'ai de la pression dans l'estomac, je ne puis plus respirer, j'ai mal à la tête, cela me serre le front; j’ai des bruits d'oreilles. » Si on insistait on lui donnerait une attaque. Mais quelle attaque lui donnerait-t-on? Assurément pas une attaque d’épilepsie. En résumé, nous avons ici des stigmates très accentués,des points hystérogènes,dont la pression détermine la production de l'aura. Ge malade n’aurait point d'attaques convulsives que cela nous suffirait, remarquez-le bien, pour dire: c’est un épileptique qui a quelque chose de plus que son épilepsie; il a de l’hystérie. Mais il a, je le répète, des attaques d’hystérie qui surviennent spontanément et de ces attaques voici la description : C’est au sortir de sa fièvre typhoïde qu'il est tombé dans la grande hystérie; c'est alors que sont apparues cette anesthésie, ces douleurs de ventre, ces crises qu'il ne connaissait pas auparavant. En quoi consistent-elles, en quoi diffèrent-elles des crises épileptiques? Le malade les a distinguées lui-même. Il les appelle ses crises de jour. Je lui ai demandé comment elles étaient faites et voici ce qu'il m'a répondu: « Ce sont des crises qui commencent par quelque chose qui me part du ventre, de l'estomac et qui me remonte à la tête. J ai le temps de me garer: c’est absolument ce que vous m'avez fait l'autre jour... » Un jour je lui ai fait cette pression sur l'abdomen dont vous venez de voir l'effet. Il a reconnu son aura et il a manifesté le désir de se coucher. Poursuivant sa description, le malade nous a appris que ces crises-là sont très fortes en ce sens qu'il se débat énormément, qu'il faut deux ou trois personnes pour le tenir, tandis que dans les crises qui viennent la nuit, il n’est jamais tombé de son lit; qu’enfin,il ne se mord pas la langue et n’urine pas sous lui comme il le fait dans ses crises de nuit. Ce sont bien là, si je ne m’abuse, des attaques d’'hystérie. [l y a encore un autre caractère qui nous manque et dont je vous parlerai tout à l'heure. Je voudrais auparavant, puisque l'occasion s'en présente, vous rappeler la grande différence qui existe suivant moi, dans la forme, comme d’ailleurs dans le fond, entre l'attaque d'épilepsie et l'attaque d’hystéro-épilepsie. és Mon respect pour la tradition m'a fait jadis maintenir cette dénomination

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