‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 11 sur 174 · SR QE · texte numérisé non relu

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nerveux des deux névroses : hystérie el neurasthénie. S'agit-il là d'une création de toutes pièces, œuvre de l’ébranlement traumatique, ou bien peut-on invoquer la prédisposition antérieure soit héréditaire soit acquise? L'observation va montrer que chez notre malade, l'apparition des névroses en question, dans les circonstances où elles se sont produites, n’offrent rien d’inattendu, rien d'imprévu.

1° On sait bien aujourd’hui que l’alcoolisme prédispose à l’hystérie (1) ; or, le malheureux V..des, alors qu’il était employé dans un four à plâtre et qu’il y gagnait quelque peu d’argent, dépensait presque tout à boire. Il avoue que dans ce temps-là il buvait souvent en un jour, particulièrement le lundi, environ 1/3 de litre d’eau-de-vie, de l’absinthe et, en outre, environ 3 litres de vin. Jamais cependant ces doses énormes n’ont provoqué de grandsaccidents toxiques ; cela se bornait à de terribles colères quand il était ivre.

Néanmoins, sous l'influence de ces excès, il s’est produit sournoisement dans le système cérébro-spinal une modification profonde dont le traumatisme un beau jour a provoqué la révélation. Voilà pour ce qui concerne le . côté relatif à la prédisposition acquise. Considérons actuellement les faits qui concernent la prédisposition héréditaire; à cet égard, les documents abondent et ils sont fort significatifs.

Grands parents inconnus. Son père est mort de la poitrine. Un de ses oncles paternels, cultivateur, a eu la tête complètement dérangée pendant trois ans : il était alors sombre, triste,et ne voulait voir personne ; la guérison n’a pas été complète, le malade est resté « toujours un peu drôle ». Il est mort à 61 ans. — Une cousine germaine du côté maternel (fille du frère de la mère) tombe dans des attaques de nerfs, désignées épileptiques. — La mère de notre malade est morte de la poitrine. Un de ses frères était épileptique ; il tombait dans les attaques, environ tous les quinze jours; il perdait absolument connaissance et écumait de la bouche. En voilà bien assez pour démontrer jusqu’à quel point V..des était prédisposé antérieurement à l’accident qui a provoqué, simultanément sans doute, la neurasthénie et l'hystérie.

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Neurasthénie Épileptique kpileptique.

Hystérie

1. Voir Charcot : Hém:anesthésie hystérique et hémianesthésie toxique, leçon faite à la Salpêtrière. (Bulletin médical, Numéro du 25 mai 1887.)

La neurasthénie et l’hystérie associées ou isolées, telles sont, vous disais-je tout à l'heure, les névroses que font apparaître vulgairement le choc nerveux ou le traumatisme. Quelques auteurs cependant donnent, des affections nerveuses qui se manifestent dans ces conditions-là, une interprétation toute différente ; il ne s'agirait pas là, suivant eux, purement et simplement d’hystérie ou de neurasthénie. Il y aurait en quelque sorte création d'une espèce morbide nouvelle, toute spéciale, à laquelle on propose d'appliquer le nom de névrose traumatique générale pour bien rappeler son origine en quelque sorte spécifique.

Eh bien, Messieurs, je l’ai déclaré déjà et je le déclare aujourd'hui encore, éclairé plus que jamais par nombre d'observations, les faits publiés comme appartenant à cette prétendue névrose essentiellement traumatique peuvent être ramenés tous sans difficulté aucune à la neurasthénie et à l’hystérie isolées ou combinées.

Qu'il s'agisse d’une collision de chemin de fer, d’un choc nerveux quelconque avec ou sans traumatisme, tremblement de terre, accident de voiture, ou au contraire du surmenage intellectuel ou génital ; de l'alcoolisme, du saturnisme; peu importe, la névrose produite reste toujours essentiellement la même ; la cause provocatrice de l’affection,qu'’elle soit le traumatisme ou autre chose, ne détermine même pas, en général, dans l'appareil symptomatologique quelque empreinte particulière qui permette de la reconnaitre. En d’autres termes, non seulement il n'y a pas, que je sache, de névrose générale traumatique spéciale, mais en outre je ne vois pas que la neurasthénie et l'hystérie d’origine traumatique se séparent par aucun caractère clinique fondamental de celles qui ont été déterminées par d’autres causes.

En ce qui concerne la dernière affection je pense qu'il n’est nullement légitime d'admettre qu’il existe toute une famille d'hystéries, distinctes nosographiquement les unes des autres en même temps qu'elles sont distinctes par la forme.

L’hystérie est une et indivisible, c’est du moins mon humble avis.

Peut-on vraiment considérer la mélancolie, l’hypochondrie, l’aboulie, les rêves terrifiants, l’insomnie comme caractérisant psychiquement la « névrose traumatique » lorsque l’on sait par maintes et maintes observations que tout cela se rencontre nécessairement dans la neurasthénie et dans l'hystérie de l’homme avec ou sans l'intervention quelconque d’un traumatisme; et, pour ce qui est des hémianesthénies sensorielles et sensitives, des rétrécissements du champ visuel, des contractures, etc., etc., qui se trouvent consignés dans les observations relatives à la prétendue névrose, de quel droit voudrait-on les dépayseren quelquesorte, en les distrayantdu champ de l'hystérie? Je crains bien que dans cette affaire l’étrangeté apparente du terme hystérie, lorsqu'on l’applique à l'homme, ne soit une des causes qui empêchent les observateurs de voir les choses telles qu’elles sont dans leur réalité.

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