‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 114 sur 174 · Sestier t. II, p · texte numérisé non relu

Sestier t. II, p

maison en jetant des cris (Marc Stella). Une servante se trouve dans la cuisine au rez-de-chaussé lorsque la foudre y penétre; dans son effroi, elle saute par la fenêtre (Feltstrôm). Dans le trouble de leur esprit, les foudroyés se livrent souvent à des actes bizarres constituant un véritable délire. « Quatre hommes s'étaient réfugiés sous un appentis, au moment où la foudre tombe à 25 ou 30 pieds ; on voit l'un d’eux se baisser comme pour ramasser quelque chose avec ses deux mains, se redresser, élever les bras, puis se baisser de nouveau et répéter cette manœuvre à plusieurs reprises. Ensuite, s'adressant aux personnes présentes : «4 La foudre leur dit-il est si épaisse sur la terre qu'on en peut remplir une corbeille à blé » (Linsley). C’est là ce qu'on a quelquefois appelé le délire des foudroyés. Il prend parfois un caractère furieux. Une chose assez remarquable, c'est que le plus grand nombre des observations qui signalent ce genre de délire, se rapportent a des soldats, eu à des marins. Notre malade, ne l’oubliez pas appartenait à cette classe. Il était fort courageux autrefois et habitué à braver le danger. « Un marin blessé par la foudre resta plus d’un quart d'heure dans un état de mort apparente ; à peine rappelé à la vie, il jeta des regards effarés autour de lui; puis, tout à coup, il voulut s'échapper de son lit. On l'y retint de force; alors commencèrent des plaintes, des gémissements, des pleurs accompagnés d’un tremblement de tout le corps. Dans ses invocations fréquentes et ferventes, il appelait la Sainte Vierge à son secours. Son anxiété, sa terreur étaient extrêmes, comme s’il avait encore sous les yeux le tableau du péril auquel il venait d'échapper ou qu'il eût redouté d'en être atteint une seconde fois». « Lorsque le docteur Brillouët eut repris en partie ses sens, il éprouva un tel accès de fureur qu'il frappait la terre avec son couteau de chasse, dontil voulait percer les bateliers du bac qui étaient venus le secourir » (1).J’ai tenu à citer ces faits parce qu'ils rappellent fort bien ce qui s'est produit chez D..cy,lorsqu'il a repris ses sens, et nous avons relevé que chez lui, l’état mental en question s’est prolongé jusqu’au moment où, fort tard dans la nuit, il a fini par s'endormir. Il ne saurait vous échapper qu’il ya lieu de se demander si ce trouble psychique mérite véritablement d’être spécifié sous la dénomination de délire des foudroyés, et s’il ne faut pas voir là tout simplement, comme le suggère du reste Sestier lui-même, un délire de terreur où d’épouvante comme vous voudrez l’appeler.

J'en viens aux quelques détails, que je crois utile de vous présenter maintenant, relativement à ce qu'on sait sur les paralysies des foudroyés. Vous

n'ignorez pas que ces paralysies peuvent être jusqu’à un certain point repro-

duites expérimentalement. Il y a longtemps même qu'on s’est occupé d'étudier les effets de la fulguration artificielle chez les animaux, car les observations de Troostwyck et Krayenhaff datent de loin. Plus récemment, Dechambre

1. Tous ces exemples sont empruntés à Sestier, loc. cit., t. II, p. 99, 400, 401.

dans son excellent article Fulguration, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (1), et le professeur Nothnagel dans un mémoire fort intéressant inséré dans les archives de Virchow (2), sont revenus sur ce sujet. Il faut naturellement distinguer, dans ces expériences, les effets de la fulguration générale de ceux de Ia fulguration partielle; c’est dans ce dernier cas surtout que les paralysies kerauno-expérimentales ont été étudiées. Que le choc électrique ait été dirigé sur un membre dans le sens de la longueur ou transversalement, les paralysies produites immédiatement après le choc, sont marquées 1° par les troubles de la sensibilité à savoir : anesthésie cutanée et profonde ; 2° par des paralysies motrices plus ou moins prononcées, avec diminution temporaire de l’excitabilité électrique. Un des caractères de ces paralysies, c’est que, quoi qu’on fasse, elles ne sont pas durables. Elles ne s’accompagnent d'aucune lésion organique appréciable et guérissent, spontanément en général, en fort peu de temps, quelques heures, un jour à peine. Ce résultat est d’autant plus remarquable que les animaux, ainsi que l'ont reconnu tous les auteurs qui se sont occupés de la question, sont relativement très sensibles aux effets de la foudre, et sont souvent tués dans des circonstances où l’homme ne recoit qu'une commotion (3).

Mais ce sont surtout, vous l’avez compris, les kerauno-paralysies de l'homme qui nous intéressent plus particulièrement. Bien que nous ne possédions pas, à cet égard, des observations toujours très explicites, les faits publiés, malgré bien des imperfections, sont en général suffisamment concordants pour qu’on puisse relever un certain nombre de caractères cliniques qui paraissent propres à ce genre de paralysies. Il suffit, pour s’en convaincre, d'étudier avec soin et de comparer entre elles les nombreuses relations concernant ce sujet qu’on trouve réunies et méthodiquement groupées, dans l'intéressante monographie de Sestier (4).

Ces paralysies d’ailleurs, dans l’espèce, paraissent être un fait commun. Il est rare qu'un individu foudroyé d’une façon quelconque n'en soit pas atteint à un certain degré.

Un de leurs caractères est que le début est soudain,et d'emblée, remarquezle bien, elles atteignent leur maximum. Dès l'instant qui suit le choc, ou bien dès le réveil, s’il y a eu perte de connaissance, la paralysie existe, complète ou incomplète suivant les cas.

Elles portent à la fois sur la sensibilité et sur la motilité. Il est très rare pour le moins que la sensibilité ait été conservée. Sestier ne cite que deux cas

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