‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 122 sur 174 · RS OR T ES · texte numérisé non relu

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névropathiques ne font pas défaut dans la famille, Mais il n'y a à cet égard rien de bien accentué. Sa mère est très nerveuse, sujette à des colères sans frein : elle a plusieurs fois, dans des accès de jalousie, cherché à s’empoisonner ; son grand-père maternel est, assure-t-elle, mort de chagrin à la suite de revers de fortune; elle a un frère sujet à de grands emportements. La chorée chronique ne figure pas, comme vous voyez, dans les accidents héréditaires.

Cette histoire abrégée de nos deux cas, suffit, je pense, pour vous permettre de reconnaître que Les ressemblances qui paraissaient au premier abord les rapprocher étroitement, sont tout extérieures, toutes superficielles. Elles sont dans la forme et nullement dans le fond. Il y a lieu en somme, d’établir entre les deux ordres de faits une séparation radicale.

Messieurs, la chorée chronique passe, et c’est de toute justice je crois, pour une maladie incurable; son évolution est fatale, et la thérapeutique est impuissante à l’arrêter, ne fut-ce qu'un instant, dans sa marche progressive. Il n’en est pas tout à fait de même de la maladie des tics ; elle aussi est des plus ficheuses, en ce sens qu’on ne saurait dire qu’on la guérisse jamais ; mais on peut compter cependant sur des temps d'arrêt, souvent fort longs, sur des attermoiements, soit spontanés, soit provoqués par une thérapeutique appropriée; l’hydrothérapie, la gymnastique rationnelle, l'isolement peuvent être signalés entre autres, parmi les moyens capables en pareïls cas de rendre des services. Vous voyez qu'il n’était pas sans intérêt d'apprendre à bien distinguer, l’un de l’autre, deux états morbides dont le pronostic est si différent.

9, Angr 5° Maries:

Dans la leçon du mardi 5 mars de cette année (p. 364), en vous parlant de l'abasie, je relevais expressément, que malgré l'unité foncière de ce syn-

. drome, les phénomènes qui s'y rattachent ne se manifestent pas toujours

dans la clinique sous le même aspect et, à cet égard, il y a, ajoutais-je, à considérer un certain nombre de groupes répondant à autant de types symptomatiques, distincts les uns des autres.

Je suis entré dans cette même leçon dans quelques détails à propos du

groupe de l’abasie trépidante, dont je vous présentais un bel exemple, et j'y faisais allusion, en passant, au groupe de l’abasie choréiforme ; mais j'avais signalé tout d’abord « les cas dans lesquels le malade qui couché, exécute, avec les membres inférieurs, tous les mouvements de l'état normal, se trouve, lorsqu'il veut quitter le lit, dans l’absolue impossibilité de se tenir debout, ne fût-ce qu'un instant, et s’affaisse sur lui-même ; puis le même malade, immédiatement après, s’il est soutenu par deux aides, pourra se tenir debout ; mais aussitôt qu'il s’agira de marcher, les membres resteront accolés l’un à l’autre, sans raideur toutefois, les pieds ne se détachant du sol qu'avec peine. On dirait alors un très jeune enfant complètement inexpérimenté encore dans l'exécution du mécanisme de la marche, qui, soutenu par sa nourrice, s’exerce gauchement à esquisser ses premiers pas ». Je vous ai proposé, vous ne l'avez peut-être pas oublié, de désigner ce groupe de faits sous le nom d’abasie paralytique.

Ainsi, à côté des abasies trépidante et choréiforme, il ya lieu de placer l'abasie paralytique et justement c’est sur un exemple du dernier genre que je vais actuellement appeler votre attention.

Il s’agit d’un homme âgé de 44 ans, nommé Cher...ni qui exerce la profession d'artiste dramatique. Ses antécédents de famille sont fort significatifs et méritent d’être relevés avec quelque soin.

Il serait le petit-fils, du côté paternel, du grand musicien qui porte le même nom que lui ; sa mère le lui aurait affirmé, mais un mystère semble régner sur ce point.

Son père était artiste dramatique ; il a été tué à Blidah en 1851, lors d'une révolte des Arabes. Il a été fort peu connu de son fils, qui avait à peine 7 ans lorsque cet événement eut lieu.

Du côté maternel: grand'mère « nerveuse », c’est tout ce qu'on en sait; elle serait morte d’hémorragie cérébrale. Le grand-père de ce côté n’a pasété connu du malade.

Sa mère exerçait, elle aussi, la profession d'artiste dramatique. Elle se livrait avec excès à l'usage des boissons alcooliques : elle est morte à l'âge de 57 ans, à l'hôpital Saint-Antoine.

Un des frères de sa mère, comédien, avait la mauvaise habitude de boire beaucoup d’absinthe; il est mort également à l'hôpital Saint-Antoine.

Voici maintenant ce qui concerne les antécédents personnels de notre homme. Jusqu'à l’âge de 34 ans, il n'avait jamais été malade; sa santé était parfaite, seulement il était très nerveux, très émotif; d’ailleurs élevé par sa mère, dans le théâtre, il avait été excessivement gâté dans son enfance. Il pleurait pour les motifs les plus futiles. IL lui arrivait souvent au théâtre, quand il y allait comme spectateur, de pleurer au moment des scènes pathétiques : le cœur lui battait, il sesentait serré à la gorge et se mettait à sangloter. Par un contraste singulier, quand il est au delà de la rampe, faisant

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son métier d'acteur, il ne s'émeut jamais hors de propos, comme comédien. Il joue les comiques, les « queux-rouges » comme on dit dans le métier ; Arnal et Alcide Touzé sont les types dont il essaie de se rapprocher. Il n’a jamais pu par suite, dit-il, d'un vice de prononciation, aborder les personnages sérieux. Il n’est jamais parvenu d’ailleurs, dans sa profession, à s'élever audessus des rangs les plus modestes.

Les premiers accidents nerveux bien caractérisés qu'il ait éprouvés remontent à dix ans. Il apprit à cette époque-là que sa femme le trompait : il en éprouva un très violent chagrin, et un jour en sortant d’une répétition, il senlit quelque chose qui lui montait à la gorge et l’étouffait. Peu après survinrent des battements dans les tempes, puis un tremblement général très violent, entrecoupé de sursauts, de brusques détentes : pas de perte de connaissance. La crise se calmait de temps à autre ; puis les accidents nerveux reparaissaient comme de plus belle. Pendant près de 8 jours, il a du rester à la chambre.

A partir de cette époque, des attaques analogues se sont reproduites, une fois tous les six ou huit mois, toujours à la suite de contrariétés et d'émotions, et c’est à peu près constamment vers minuit où une heure du matin, après le spectacle, qu'elles ont éclaté.

L’est, il y a deux ans, en avril 1887, encore à la suite d’une grande émotion, que s’est pour la première fois produit le syndrôme abasie paralytique que nous allons pouvoir étudier dans un instant. Ch... ni était alors à Angoulême,régisseur d’un concert-théâtre où il jouait la comédie et chantait.Il apprit tout à coup que le régisseur de cet établissement, ayant fait de mauvaise affaires, s'était enfui subrepticement. Alors survint une de ces crises de tremblement précédé d’une aura caractéristique, auxquelles il était devenu sujet depuis 8 ans : celle-ci dura environ 2 jours ; pendant ce temps le malade ne put pas quitter le lit.

Les accidents nerveux, au bout de cette période, s'étant amendés, il voulut un matin, se croyant guéri, se lever pour retourner à ses occupations, mais à son grand désappointement, à peine ses pieds avaient-ils touché le sol, qu'il s'affaissa et tomba lourdement sur les genoux. L’abasie et l’astasie s'étaient constituées telles que nous les retrouvons aujourd'hui : en effet, il est parfaitement établi par le récit du malade que, lors de cette première atteinte, les membres inférieurs, qui, lorsqu'il s'agissait de la station, ne pouvaient pas le supporter, étaient capables cependant, dans le lit, d'exécuter tous les mouvements possibles avec force et précision. L’abasie-astasie a duré alors près de quatre mois, durant lesquels il ne s’est pas produit de nouvelles crises de tremblement, précédées d'aura. Le malade a été traité à l'hôpital d'Angoulême ; les applications de pointes de feu, les bains alcalins, sulfureux, sont les principaux agents qui y ont été employés. L'amélioration ne s’est produite que très lentement, progressivement. Le fait est que, pendant deux mois, le

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séjour au lit a été à peu près absolu et que, pendant deux autres mois, la station et la progression n'ont été possibles qu'avec le secours de béquilles. Puis vint une période où la marche pouvait s’exécuter simplement à l’aide, d'une canne. Mais il importe de remarquer que jamais depuis lors, la guérison n'a été absolument complète.

Il à été impossible à Ch...ni, depuis cette époque, de remonter sur la scène, et ila dû se résigner à faire le métier de régisseur dans les cafés-concerts. C’est qu’en effet,bien qu’il pût se tenir debout etmarcher, l'un ou l’autre de ses membres inférieurs était exposé à se dérober sous lui, de temps en temps, inopinément, et plusieurs fois ces effondrements l'ont précipité à terre.

Les choses étaient ainsi, lorsqu’à la fin de l'année dernière, le 43 novembre 1888, en apprenant une nouvelle perte d'argent, qui cette fois le plongeait définitivement dans la misère, il fut pris derechef d’une crise de tremblements semblable aux précédentes, el qui, elle aussi, se répéta à peu près incessamment durant une période de deux ou trois jours. Au bout de cetemps, les crises ayant cessé, le malade voulut sortir du lit, mais l’astasie s'était reproduite dans toute son intensité première et, aujourd’hui, nous retrouvons, après huit mois, le syndrôme dont il s’agit, tout aussi développé qu’il l'était à l’origine.

Vous reconnaitrez facilement, messieurs, que lorsque notre malade est couché sur le brancard, ou assis sur une chaise,les divers mouvements qu'on lui prescrit sont exécutés par ses membres inférieurs avec une énergie et une précision qui ne laisse rien à désirer, aussi bien lorsque les yeux sont ouverts que lorsqu'ils sont clos. J’ajouterai que l'exploration de ces membres ne fait reconnaître aucune particularité indiquant l'existence soit de l’ataxie locomotrice, soit au contraire de la paraplégie spasmodique ; ainsi, les réflexes sont présents ; ils ne sont pas exagérés; il n'y a pas de rigidité des membres ; le phénomène du piedn ist pas ;pas de douleurs dans ces membres; pas de troubles urinaires, etc., rien en un mot qui révèle l'une quelconque des lésions organiques spinales connues.

Il y a à observer seulement,dans ces membres,un léger tremblement vibratoire, qui existe également dans les membres supérieurs, et qui, bien qu'il s’exagère manifestement à l’occasion des divers mouvements exécutés, ne les trouble pas notablement.

Maintenant deux personnes sont forcées de soulever Ch. et de le soutenir sous les aisselles, afin qu’il puisse essayer de se tenir debout. Vous voyez que la station est impossible et que, dans les efforts qu'il fait pour se tenir sur ses membres inférieurs, ceux-ci se placent dans l’extension puis, un peu après, se fléchissent au niveau des genoux, de façon que les pieds ne portent plus sur le sol. C’est là, vous l’avez compris, le phénomène de l’astasie dans toute sa singularité. Celle-ci implique nécessairement l’abasie ; car on ne saurait marcher, du moins de la marche ordinaire, lorsqu'il est impossible de se tenir

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debout. Mais, remarquez-le bien — car c’est Là un trait bien particulier — l'impuissance motrice n’est pas relative, chez notre homme, à tous les modes de station ou de progression: ainsi nous lui prescrivons de se mettre à genoux ; vous voyez qu'il est capable de se tenir fort bien, dans cette position, le tronc droit et sans que les fesses portent sur ses talons et si nous lui disons de progresser ainsi, il exécute ce genre de marche, sans difficulté et sans l’intervention de mouvements contradictoires ; il progresse aussi, vous le voyez, «< à quatre pattes » à peu près comme le ferait un sujet normal. Enfin, étant assis sur une chaise, 1l peut, se transporter, cette fois, à peu près sans le secours des membres inférieurs, par des mouvements qu'il imprime à son siège à l’aide des mains.

Telle est, messieurs, l’astasie-abasie paralytique : c'est sous cette forme, je vous l'ai dit, que le syndrôme m'est apparu la première fois que je lai remarqué. C'était chez un jeune garçon âgé d'une douzaine d'années (1). Je suis porté à croire qu'il se rencontre à cet âge plus fréquemment que chez l'adulte.

Tout récemment,messieurs,le D'Brunon a publié dans len° 9, (1° mai 1889), de la Normandie médicale un intéressant exemple dé ce genre dont je crois devoir vous faire connaître les principaux traits ; il rappelle de tous points notre cas d'aujourd'hui, bien qu'il s'agisse d’un enfant de 8 ans.

Au sortir d’une éruption papuleuse discrète, qui fut désignée sous le nom de rougeole, bien qu'il n’y eût pas de fièvre, on remarqua que cet enfant « ne tenait pas sur ses jambes. Il lui était en effet impossible de marcher et de se tenir debout. Quand on essayait de le mettre sur ses pieds, ses membres inférieurs fléchissaient et se dérobaient sous lui. Il serait tombé si on ne l'avait pas soutenu sous les bras ». L'enfant étant replacé sur son lit, dans le décubitus dorsal, rien ne pouvait faire remarquer dans les membres inférieurs, un trouble fonctionnel quelconque. Sans effort, il soulevait les membres au-dessus du plan du lit. Pas la moindre apparence d’ataxie, le pied était dirigé très sûrement vers le point que l’on désignait avec la main; l’enfant se faisait un jeu de cet exercice. Les réflexes étaient normaux. Les fonctions des réservoirs étaient intactes. « Pendant quatre jours l’examen, à la visite du matin, donne les mêmes résultats. Deux élèves étaient obligés de soutenir l'enfant sous les bras et quand on lui disait de marcher, les jambes s’agitaient comme celles d’un enfant en lisières, il riait lui-même en regardant ses pieds...,» quelques jours après, il y avait un progrès notable. L'enfant pouvait marcher seul, mais très lentement. Les progrès furent ensuite très rapides.

Il semble, d’après ce que j'ai vu, qu'à cet âge l’astasie paralytique ait une

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