‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 125 sur 174 · Leçons du murdi 1389, p · texte numérisé non relu

Leçons du murdi 1389, p

MG

sorte d’un état mixte, rappelant ce qu'on voit dans les cas ou l’abasie, après s'être montrée absolue pendant une période de temps plus ou moins longue, commence à s’amender : alors les phénomènes de la marche normale reparaissent par épisodes, d’abord,puis ils tendent progressivement à se substituer aux phénomènes anormaux pour prendre enfin décidément, à un moment donné, le dessus D'ailleurs, chez notre homme, vous retrouvez cette facilité à progresser à quatre pattes, ou à pieds joints que nous avons signalée déjà dans d’autres circonstances.

Voilà pour le côté descriptif; il s’agit maintenant de faire connaître les conditions dans lesquelles s’est développé ici le syndrôme abasie, et de chercher à en déterminer la signification clinique, si possible. Pour ce faire, il nous faut exposer, ne fût-ce qu'en quelques mots, les principaux traits de l’histoire de notre malade, À

Il y a chez lui quelques antécédents héréditaires à signaler : la mère serait morte d'une maladie de la moelle épinière ; ses jambes étaient complètement paralysées et, dans les dernierstemps, ils’était produit chezelle une largeplaie à la région sacrée. Un de ses cousins germains, du côté maternel, a été un grand buveur d’absinthe. Il était sujet à des accès « de manie furieuse ». Puis l'aliénation serait devenue permanente.

Lui-même pendant son enfance, vers l’âge de 6 ou 7 ans, aurait été sujet à des hallucinations hypnagogiques terrifiantes; il voyait souvent, avant de s'endormir apparaître devant lui un fantôme vêtu de blanc. Plus tard il a toujours été excessivement émotif, colère, emporté, se chagrinant pour des riens et pleurant pour les motifs les plus futiles.

Il n’avait jamais été malade cependant, à proprement parler, lorsqu'il y a huit ans, il fut tout à coup, sans pertede connaissance, frappé d'une hémiplégie qui prédomina dans le membre inférieur gauche et le retint trois jours au lit. La paralysie motrice ne fut pas de longue durée et, depuis longtemps, il n’en reste plus de traces ; mais dès l’origine, des troubles cérébraux sérieux se sont produits et depuis, ils ont persisté toujours à un certain degré, si bien que tout travail lui est devenu complètement impossible.

La mémoire surtout a été profondément altérée ; elle l’est encore aujourd’hui à peu près au même degré. [Il embrouille tous les événements de sa vie et ne se souvient pas Le lendemain de ce qu'il a dit ou fait la veille ; dans l’espace de quelques minutes il répète dix fois la même chose,et souvent il hésite, bredouille et émet des paroles incohérentes. En somme, c’est un être désormais fort dégradé intellectuellement et devenu totalement incapable de se conduire lui-même ; c’est un dément.

Dans quelles circonstances les phénomènes abasiques se sont-ils produits chez lui? c’est ce qu’il a été impossible d'établir. Sa femme assure qu’elle les a remarqués il y a deux ou trois ans déjà et que, depuis cette époque, ils n'ont pas cessé d'exister tels que nous les retrouvons aujourd’hui. Il ne paraît pas

AT

qu’à cette époque aucun incident soit survenu,capable d’en expliquer le développement. L'examen attentif que nous avons fait du sujetlors de son admission à l'hôpital nous a fait reconnaître ce qui suit : il existe un rétrécissement du champ visuel très développé dans les deux yeux, à 40° (voir le schéma), sans

Fig. 100.

dyschromatopsie, sans diplopie monoculaire, et en outre une hyperesthésie superficielle et profonde répandue sur la plus grande partie de la moitié gauche du corps. La tête seule , et les extrémités, main et pied, sont exceptés. Les frictions, même légères, sont très douloureuses, vraiment insupportables sur la scrotum et le testicule gauche, sur le cordon et dans les régions avoisinantes ; pli de l’aine, flanc, hypogastre. Néanmoins, quelque insistance que l'on mette à pincer, à comprimer les régions en question, on ne provoque pas les symptômes de l’aura hystérique. Celle-ci ne se manifeste pas non plus spontanément, et il n’y a rien dans l’histoire classique du cas qui ressemble à des attaques. — Pas d’anesthésie pharyngée, le goût, l'odorat, l’ouïe sont à l’état normal des deux côtés. La paralysie motrice d'autrefois, ainsi que nous l'avons déjà dit, n’a laissé aucune trace, aucune modification des réflexes tendineux dans les membres du côté gauche. Le dynamomètre donne 26° pour la main droite et 25 pour la main gauche.

Vous avez certainement compris, messieurs, que la question à résoudre est celle-ci: l’hémi-hyperesthésie ainsi que le rétrécissement du champ visuel que nous venons de signaler, sont-ils l'expression d'un état hysté rique développé ily a deux ou trois ans et auquelserattacherait à titre de consé quence plus ou moins directe, le syndrôme abasie; ou, au contraire, ces troubles sensitifs et sensoriels relèvent-ils d’une lésion organique en foyer,

localisée dans les parties postérieures de la capsule interne de facon à intéresser surtout le faisceau sensitif? Dans ce dernier cas, les troubles de la sensibilité en question seraient vraisemblablement contemporains des

os ve K A \ N W

Page 1