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Fig. 101. Fig. 102.
Distribution et intensité de l'Hyperesthésie suivant les régions.
troubles moteurs hémiplégiques, survenus il y a huit ans, et qui reconnaitraientlamême origine : seulement la lésionorganique, probablementun foyer deramollissement ischémique localisé, comme on l’a dit, dans lapartie postérieure de la capsule, n’aurait affecté le faisceau moteur que légèrement, tran-
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sitoirement, par compression, tandis qu'elle aurait compromis plus gravement et d’une façon peut-être définitive, le faisceau sensitif (1). Dans la seconde hypothèse, à laquelle je suis fortenclin à me rattacher,bien que je ne me sente pas en mesure, je l’avoue, de l’établir sur des arguments absolument décisifs, quelle serait la raison de la coexistence du syndrôme abasie ?
Il n’est guère douteux, ainsi que je vous le disais dans la lecon du 5 mars à laquelle je vous ai renvoyés déjà (2) que, dans la grande majorité des circonstances,l’abasie relève de l'hystérie. « Mais, ajoutais-je, il faut compter sur les anomalies possibles. S'il est vrai en effet, comme tout porte à le croire, que les groupes cellulaires divers qui président aux mouvements spécifiés, pour la marche, la station, le saut, ete., constituent dans l'axe cérébro-spinal autant de centres distincts, topographiquement comme fonctionnellement, les uns des autres, on peut concevoir que chacun de ces groupes puisse être plus ou moins gravement intéressé par une lésion organique. » Mais comme il est vraisemblable qu'en pareil cas, la lésion ne sera pas étroitement localisée dans tel ou tel des centres en question et s’étendra aux parties voisines, on devra s'attendre à la voir se traduire, pendant la vie, par un ensemble de phénomènes complexes parmi lesquels l'abasie pourra figurer à titre d’élément Concomitant.
Or c’est justement ce qui se sera produit, je pense, chez notre homme ; l’abasie figure chez lui, je le suppose, comme le résultat d’une extension des lésions primitivement développées dans la capsule interne et probablement dans les régions antérieures des hémisphères, lésions d'où relèvent l’hémiplégietransitoire, l'hémi-hyperesthésie et les troubles psychiques. Cette extension aura eu pour résultat d’intéresser certaines régions encéphaliques non encore connues, mais que l'étude méthodique de cas semblables au nôtre permettra sans doute de déterminer un jour. J’ai l'impression, ajouterai-je, que si la démarche « à petits pas >» bien connue comme s’observant chez certains sujets atteints de ramollissement cérébral en foyer, avec ou sans localisation hémiplégique, était étudiée plus attentivement qu’elle ne l’a été jusqu’à ce jour, on y trouverait probablement, associés peut-être à d’autres troubles moteurs, les éléments du syndrome abasie trépidante.
Mais je ne voudrais pas insister plus longuement sur ce fait clinique, dont l'intérêt principal est qu'il nous conduit à signaler des questions pendantes, des desiderata, et qu'il montre bien que dans la séméiologie des troubles de la marche, il reste beaucoup à faire.
1. Sur l’hémianesthésic sensitive et sensorielle par lésion de la capsule interne, voir les Leçons de mardi 1887-1888, pp. 288-296 et l'appendice, p. 586. 2, 1889, p. 367.
J'en viens donc à l'exposé du second fait, où nous allons rencontrer encore, ainsi que je vous l'ai annoncé, le syndrome abasie trépidante.
Le sujet est ce brave homme, âgé de 75 ans, nommé Cr...t, que je viens de faire paraître devant vous. Ilestd’aspect vigoureux, vous le voyez, et commeon dit, parfaitement conservé pour son âge, du moins en apparence. Voici son histoire en abrégé; elle est fort simple, du reste, vous allez le reconnaître.
Il n’y a pas dans la famille d’antécédents héréditaires qui méritent d’être signalés. Jamais, à part une fièvre d'Afrique, Cr...t, n’a subi de maladie. Il a servi comme soldat en Afrique pendant douze ans, de22 à 34ans ; de 34 à 56 ans il a été employé comme gardien de prison à Melun, et de 56 à 68 ans comme surveillant à Mazas. Il à pris sa retraite en 1882. « Jai toujours eu, dit-il, une santé magnifique. »C’est un homme régulier, marié, père de deux enfants ; il n'a connu ni la syphilis, ni l'alcoolisme. Il parait très soumis aux pratiques de l'hygiène; il a toujours fait un fréquent usage du tub et des bains de rivière. Il n’est pas du tout ce qu’on appelle un nerveux et n’a jamais donné de signes d'émotivité maladive. Il ne paraît présenter, à l’heure qu'il est, aucune marque de déchéance intellectuelle autre que celle que la sénilité entraine à peu près nécessairement avec elle.
Les premiers désordres relatifs aux mouvements de la marche ont commencé à paraitre chez lui il y a six ans, sans cause connue, progressivement, sans accompagnement de vertiges ou de troubles cérébraux quelconques. Il se produisit alors, dans les mouvements de la hanche gauche, une certaine gène accompagnée d’unsentiment de pesanteur qui l’obligeait lorsqu'il montait un escalier à s'appuyer sur le mur, de la main gauche. En marchant,il y avait une légère boiterie, ou plutôt un certain désordre de la marche, consistant principalement en ce que toujours il était forcé de porter le premier le pied gauche en avant, le pied droit suivant par derrière; 11 procédait ainsi à petits pas. Le membre supérieur gauche n’a jamais présenté, dans l’exécution des mouvements, aucun trouble appréciable.
Les choses sont restées telles quelles pendant cinq ans; c’est il y a huit mois seulement que l’état actuel s’est constitué, encore sans qu'aucune cause occasionnelle puisse être invoquée. Cr...t a commencé à ressentir, à cette époque, un sentiment de pesanteur à la nuque et à l’occiput, sur les épaules et le devant de la poitrine. « Il lui semble qu'il porte une chape de plomb. » Il ressent de plus une « lourdeur » comparable à celle qui occupait autrefois exclusivement la hanche gauche, dans toute l’étendue des deux membres inférieurs. D'ailleurs,actuellement,le désordre des mouvements relatifs à la marche, autrefois localisé comme on l’a dit dans le membre gauche, s'étend également, vous allez le reconnaître bientôt, au membre inférieur droit.
Etudions tout d’abord l’état des mouvements des membres inférieurs lorsque le malade est couché ou assis. Vous voyez que dans ces conditions-là, en ce qui concerne la force et la précision, les mouvements d’ensemble ou les actes
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partiels ne laissent rien à désirer. Il n’y a ni paralysie, ni ataxie. Les réflexes patellaires sont parfaitement normaux des deux côtés et la sensibilité y est indemne dans tous ses modes. Aucun trouble des fonctions vésicales.
Le malade se tient debout parfaitement, et, au premier abord, dans cette attitude rien d’anormal ne s’observe chez lui; mais si l’on vient à le pousser même légèrement par les épaules, il oscille, et l’on voit alors, dansles efforts qu'il fait pour se remettre en situation, survenir dans ses membres des mouvements de flexion bientôt suivis d'une extension rapide, qui représentent en quelque sorte le premier germe de la trépidation que nous allons voir, tout à l'heure, se substituer à la marche normale. Quoi qu’il en soit, lorsqu'il s’agit de se tenir sur un seul pied, de sauter à pieds joints ou à cloche-pieds, demarcher à quatre pattes, tout cela s'exécute parfaitement, si cen’est peut-être que le sujet,bien certainement en raison de son âge, se montre un peu «lourd » dans
l’accomplissement de ces actes divers : Gr...t est bon nageur, et lorsque placé à plat ventre sur un lit, on le prie de figurer les mouvements de la natation, il s’en tire, vous le voyez, plutôt brillamment.
Étudions maintenant ce qui se passe à l’occasion de la marche vulgaire. Vous voyez se produire, dès l'origine, une trépidation, un piétinement sur place, qui remplace les mouvements normaux et gêne singulièrement la progression ; puis le sujet, faisant effort, porte son tronc enavant; alors la trépidation se précipite en même temps que les pieds frottent sur le sol et l’allure devient plus rapide. L'analyse montre que ce piétinement résulte de ce que la flexion du genou suivie d’élévation du pied, qui, dans la marche normale, inaugure chaque projection du membre en avant, est interrompue ici par un mouvement d'extension brusque, qui maintient la jambe rigide. Cela fait que le malade progresse les jambes raides, en précipitant l'allure de manière à rappeler, à quelques égards, certaines formes de la démarche spasmodique. Nous retrouvons donc exactement, vous levoyez,chez Cr...t,tous les caractères de l’abasie trépidante relevés avec soin, à propos de l'observation de Ro... (16 leçon) que nous considérons comme un type parfait dans l'espèce. Seulement, chez C...t, contrairement à ce qui existait chez R. lorsque nous vous l’avons présenté pour la première fois, l’allure trépidante fait place par moments, à la marche normale ; il est vrai qu'après quelques pas, elle ne tarde pas à reparaître soit d'elle-même, soit sous l'influence d’une légère impulsion imprimée au sujet, par exemple en le poussant par les épaules. A cet égard, le cas présent se rapproche beaucoup, vous le voyez, de celui dont il a été question précédemment.
Cr...t nous fournit l’occasion de vous faire constater une fois de plus ce fait intéressant au premier chef, que les désordres abasiques concernent exclusivement la marche vulgaire, commune, automatique par excellence : tandis que les autres modes moins usités de la marche, plus étudiés par conséquentet non automatiques au même degré, s'opèrent au contraire réguliè-