VINGT ET UNIÈME LECGON
1% et 2° Malades. — Cas de syringomyélie gliomateuse. 3° Malade. -- Simulation hystérique de la syringomyélie.
MESSIEURS
Je me propose de vous présenter aujourd'hui, pour les étudier avec vous, quelques exemples d’une maladie organique spinale nouvellement introduite dans la clinique neuropathologique, où elle devra désormais occuper un rang distingué ; car il ne s’agit pas là d’une affection beaucoup plus rare, sans doute, que ne l’est, par exemple la sclérose latérale amyotrophique. J'ai nommé la Syringomyélie (4).
Je viens de dire que l'introduction dans la clinique de la maladie en question était de date toute récente : cela est parfaitement exact ; car, si depuis longtemps on connaissait anatomiquement, d’une façon plus ou moins exacte, certaines cavités qui peuvent se former dans les parties centrales de la moelle épinière, on a ignoré jusque dans ces derniers temps les symptômes qui les peuvent révéler pendant la vie. En somme, jusqu’à ce jour, la syringomyélie passait pour une pure Curiosité anatomo-pathologique ; en pratique elle ne comptait point (2).
C'est à deux auteurs allemands, M. Schultze, aujourd'hui professeur à Dorpat, et M. Kahler, professeur à Prague, qu'on doit d’avoir, à partir de 1882, dans une série de travaux importants, appris à rattacher à la lésion syringomyélique un certain nombre de troubles fonctionnels ou organiques qui, lorsqu'ils se présentent dans la clinique, permettent d'annoncer l'existence de
1. « Syringoymélie : « cavité centrale dans la moelle épinière, » Ollivier d'Angers, Paris 4857 de cuptyywëns, creusé en forme de tuyau, et pueloç moelle,
2. Dans la première édition des leçons sur les maladies du système nerveux de M. Charcot (1874) la syringoymélie est signalée comme une des causes possibles de l'atrophie musculaire spinale deutéropathique, (t. II, p. 216).
l’altération et de déterminer même les principales particularités relatives à son siège, à son étendue, à sa localisation étroite. Plusieurs fois, d’ailleurs, — deux fois par M. Schultze, une fois par M. Kahler — le diagnostic affirmé pendant la vie, par nos confrères allemands, s'est trouvé pleinement justifié à l’autopsie.
Malgré tout, ces messieurs sont loin de méconnaître que le diagnostic dans les circonstances en question, pourra encore, parfois, rencontrer des difficultés sérieuses ; ils n'ignorent pas qu'à côté des types, faciles à déterminer, il y a toujours à compter sur la présence possible. des formes frustes, dégradées, défigurées. Mais ils estiment, et c’est avec raison, je pense, que, le plus souvent, les difficultés pourront être surmontées, grâce à l'application — ce sont les propres paroles de M. Schultze — de principes analogues à ceux que nous avons établis à propos de la sclérose en plaques des centres nerveux.
Quoi qu'il en soit, en lui rendant, pour la pratique, un service signalé par les travaux auxquels je viens de faire allusion, MM. Schultze et Kahler, cela est incontestable, ont bien mérité de la neuropathologie. Car, messieurs, c’est pour un médecin une grande chose, que de faire sortir du chaos une espèce morbide auparavant ignorée et méconnue, de la montrer pour la première fois douée d’attributs symptomatiques qui désormais la feront reconnaître de tous, de communiquer enfin la vie clinique et nosographique à tout un groupe de phénomènes qui, jusque-là, étaient restés lettre morte.
Parmi les auteurs qui, après MM. Kahler et Schultze, ont, en Allemagne, le plus contribué au développement dé l’histoire de la syringomyélie, ilfaut citer, particulièrement, MM. Bernhardt, Remak, Oppenheim, Furstner et Zacher, Freud, A. Baümler, etc. ; en Russie, noussignalerons un excellent travail sur le même sujet de M.A. Roth, publié dans les Archives de Neurologie ;en Amérique, unelnoteintéressante de M. Starr. {4) En France, c’est à mon collègue M. Debove, quenous devons d’avoir pour la première fois,sur un malade quijustement sera placé sous vos yeux tout à l’heure, démontré dans une séance récente de la Société médicale des hôpitaux (22 février 1889), les caractères cliniques, aujourd'hui devenus classiques, de la syringomyélie. Dans cette même séance, M. Déjerine a fait connaître, à son tour, une importante observation 1e se rapporte au même ordre de faits.
4. Voir surtout Schultze : Virchow's Archiv. t. 87 p. 535, 1885 — Zeitsch. fut Klin med. t. XIII. 1888 p. 523 — Kahler: Prager mèd. Woch. 1882-n° 42, 45 — Prag. med. Woch. 1888, n° 6, 8. — Remak. Oedem deh oberextremitälen auf spinaler Basis. Syringomyélie. Berlin. klin. Woch. n° 3, 14889. — Bernardth. Centralblatt.. für Nervenheïlk. 15 janv. 1889, Syringomyelie und Skoliose. A. Baülmer. Thèse, Zurich. 1887. — Allen Starr. Amer. journal of the Med. Sciences, May 1888. — Roth. Arch. de Neurologie, t. XV ét XVI.