‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 129 sur 174 · AGO · texte numérisé non relu

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C'en est assez, je pense, sur ce qui a trait à l'historique. Actuellement avant de procéder à l'examen des malades que je me propose d'étudier avec vous, je crois utile, en manière de préliminaire, d'entrer dans quelques développements relatifs à l'anatomie pathologique, à la symptomatologie, et aux diverses circonstances, en un mot, de l’histoire de la syringomyélie, telle qu’elle est aujourd’hui constituée. Dans l’accomplissement de cette tâche, mon rôle se bornera à suivre pas à pas les enseignements fournis par les auteurs cités plus haut. Je n'ai, en réalité, rien de personnel à y ajouter : si ce n’est toutefois sur un point et ce point est relatif au diagnostic.

On a beaucoup discuté, déjà, messieurs, la plupart des questions relatives au diagnostic différentiel de la syringomyélie, et à propos des maladies organiques spinales qui par plusieurs traits lui ressemblent, on a relevé avec soin certains caractères qui permettent d'éviter la confusion. Toutefois, parmi les membres de la grande famille neuropathologique, il en est un qui n'appartient pas augroupe des affections organiques, et qui peut, cependant — je saisirai bientôt l’occasion de vous Le démontrer — simuler la syringomyélie, dans de certaines circonstances données, de la façon la plus embarrassante. Ce que j’avance là, je pourrai le prouver, je le répète, par un exemple frappant. Vous avez compris que ce membre de la famille auquel je fais allusion, toujours un peu négligé et repoussé même parfois du foyer, bien qu’il réclame cependant chaque jour, de plus en plus impérieusement et légitimement du reste, sa place au soleil, n’est autre que la névrose hystérique, cette grande simulatrice, comme je lai dit ailleurs, des maladies organiques des centres nerveux. Jamais le clinicien avisé ne devra un instant la pérdre de vue, car, en neuropathologie, elle est présente partout, semant devant lui des écueils ; et à ce propos, je montrerai que peut-être — cela est fort possible en somme, — un certain nombre d'observations produites par les auteurs sous le nom de syringomyélie, ne sont autres que des cas d’hystérie.

J'en viens actuellement à l'exposé de quelques notions relatives à l'anatomie pathologique ; je ne les toucherai que légèrement, et en tant seulement qu’elles peuvent nous intéresser pour l'interprétation des symptômes ; pour les détails précis et circonstanciés vous voudrez bien vous reporter aux auteurs Spéciaux, que j'ai cités plus haut.

Je relèverai en premier lieu, messieurs, que ce terme de syringomyélie s’est appliqué autrefois, d'une façon générale et indistinctement, à désigner toute lésion cavitaire occupant Les parties centrales de la moelle: mais tout porte à croire aujourd'hui, qu'il existe plusieurs espèces d’altérations foncièrement

distinctes, pouvant aboutir à la formation d'une cavité dans la substance grise spinale.

4° En premier il y a lieu de signaler, dès à présent, comme constituant un groupe à part, Les cavités formées en conséquence d’une malformation ou d’une dilatation du canal central : à ces cas-là M'"° Baümler propose de réserver le nom d’hydromyélie.

2° Viennent ensuite les formations cavitaires résultant de la fonte du tissu de la substance grise spinale préalablement modifié par le fait d’un processus d’inflammation chronique ; ce genre d’altération a été décrit en 1869, par M. Hallopeau, alors interne à la Salpêtrière, sous le nom de sclérose périépendymaire.et à la même époque, avec ma collaboration, par M. Joffroy, mon interne d'alors qui, tout récemment, a consacré à cette formeanatomique qu'il appelle myélite cavitaire, un travail important. Je sais bien qu'on a voulu, dans ces derniers temps rayer, d'un trait de plume, cette dernière espèce du cadre nosologique et l’absorber dans le groupe qui va suivre; mais cela doit être considéré, jusqu’à plus ample informé, comme une prétention purement arbitraire. Les observateurs qui ont décrit la myélite cavitaire sont de ceux qui ont contribué à établir les premiers fondements de l’anatomo-pathologie spinale moderne, et il est au moins vraisemblable qu'ils ne sont pas gens à méconnaître les caractères qui séparent la gliomatose d'un processus d’inflammation chronique.

3° Une troisième espèce appartient bien et dûment, cette fois, à la catégorie des productions gliomateuses. Il s’agit d’un néoplasme formé le plus souvent, aux dépens de l’épendyme et de diverses régions de la substance grise spinale, principalement celle des cornes postérieures. Il consiste essentiellement dans l’hyperplasie des éléments de la nevroglie quise présentent sous la forme de volumineuses cellules à prolongements multiples ; celles-ci, tantôt sont comme infiltrées parmi les éléments nerveux qui peu à peu tendent à disparaître ; tantôt elles forment parleur agglomération dense une véritabletumeur, se séparant plus ou moins nettement des parties ambiantes qu’elle comprime, et pouvant parfois nettement s'énucléer. C’est la fonte de ce tissu néoplasique soit infiltré, soit ramassé en tumeur qui détermine la formation de la plupart des lésions cavitaires dont nous avons à nous occuper. C’est en effet à cette forme anatomo-pathologique que se rapportent jusqu'ici toutes les observations rattachées pendant la vie à la syringomyélie dans lesquelles le diagnostic a été vérifié par l’autopsie. Ce n’est pas à dire pour cela que les autres espèces de cavités spinales, l'hydromyélie, la myélite centrale cavitaire, ne viendront pas, quelque jour, figurer à leur tour, dans la clinique. Ilest même fort vraisemblable qu’il en sera ainsi, et l'on peut prévoir qu'alors leur symptomalotogie ne s'éloignera pas considérablement de celle de la gliomatose : il y aura donc là pour le diagnostic une pierre d'achoppement.

Je n’insisterai pas longuement sur les détails anatomiques relatifs à la

syringomyélie gliomateuse ; j'indiquerai seulement ce qui est utile à connaitre pour l'intelligence des troubles fonctionnels qui seront énumérés tout à l’heure.

La production gliomateuse occupe généralement la moelle dans toute sa

Fig. 1(3. — Moelle de syringomyélie par gliomatose médullaire. Région cervico-dorsale. Hos-

pice de la Salpêtrière. — Coupe faite par M. Marie.

1 Zone de condensation avec apparence papillomateuse.

4’ Région dans laquelle existe encore.un peu d'épithélium épendymaire normal.

2 Zone gliomateuse.

3 Substance grise.

4 Cavité syringomyélique.

5 Substance blanche; on remarquera que dans son étendue celle-ci présente des teintes différentes, les plus foncées correspondent aux régions dans les quelles la névroglie a acquis le plus grand développement (1).

1. L'observation à laquelle cette préparation est relative a été communiquée à la Société Clinique de Paris, dans la séance du 9 juillet 1885, par M. Paul Berbez et publiée dans la France médicale, n° 97, 20 août 1885, p. 1162, sous ce titre significatif: Essai de diagnostic d'une affection

hauteur ; que-quefois cependant elle reste limitée soit à la région lombaire, soit à la région cervico-brachiale: ce dernier cas est de beaucoup le plus fréquent, et si la lésion se traduit alors par des symptômes moteurs, on comprend que ce soit sous l'aspect de la paraplégie cervicale qu'elle se présente dans la clinique. Elle peut aussi envahir le bulbe où elle reste limitée toujours, autant qu'on sache, au noyau d’origine de la 5° paire.

Qu'il y ait ou non formation cavitaire, la partie centrale de la commissure grise, en arrière du canal central qu’on trouve souvent parfaitement indemne, est un lieu où le gliome se localise avec prédilection. De là il tend à s’étendre d’abord vers les cornes postérieures, puis vers les cornes antérieures de substance grise, à titre de lésion consécutive, soit par infiltration néoplasique, soit par le fait d'une simple compression. Les faisceaux latéraux, et la partie antérieure des faisceaux postérieurs, peuvent être à leur tour envahis.

Les lésions que la gliomatose produit dans la moelle sont indélébiles, irréparables. Leur marche est lentement progressive ; mais, autant qu'on en peut juger d’après la clinique qui fait constater dans l’évolution du mal des hauts et des bas, elles procèdent par poussées.

. La formation des lésions cavitaires n’est pas nécessaire, cela est clair, à la production des symptômes qui révèleront pendant la vie la gliomatose médullaire. La compression ou la destruction des éléments nerveux est seule la condition indispensable. Parmi Les lésions, d’ailleurs, il en est qu'on peut dire intrinsèques ; ce sont celles qui restentlimitées à la substance grise spinale, siège classique de l’altération gliomateuse ; les autres, celles qui portent sur les faisceaux blancs, sont, à proprement parler, des lésions devoisinage, produites tantôt par l’envahissement néoplasique des tissus, tantôt et le plus souvent par simple compression, s’exercant de dedans en dehors, du centre gris Spi- : nal vers la périphérie.

Peut-on, en se fondant sur nos connaissancesactuelles en pathologie spinale, prévoir quelle sera la symptomatologie des lésions de cet ordre, localiséesde

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de la moelle indépendante du Tabes avec arthropathie du coude gauche. Le fait est que jusqu’au dernier terme, le diagnostic est resté oscillant, La connaissance des travaux Concernant la syringomyélie n'était pas encore répandue dans ce temps-là etilest facile de reconnaître, par la lecture du cas, que l'étude des troubles de la sensibilité n’a pas été faite en connaissance de cause. Les détails de l'autopsie, pratiquée à la Salpêtrière, ont été communiqués à la société anatomique dans la séance du 18 février 1887, 62° année, page 83, par M. Paul Blocq. La communication est intitulée: Paraplégie spasmodique. — Arthropathie du coude. — Néphrile suppurée. — Cyslite. — Perforation de la vessie. — Péritonite. — Mort. — Autopste. — Syringomyélie. En outre de la lésion spinale on signale particulièrement dans cette note, l'arthropathie du coude gauche, marquée par des déformations considérables avec production de nombreux corps étrangers articulaires, les uns libres, les autres pédiculisés et aussi la perforation de la vessie produite au niveau de sa paroi postérieure. La muqueuse vésicale était épaissie, fongueuse en certains points et présentait plusieurs ulcérations, C'est au niveau de l'une d'elles que s’est faite la perforation,

cette façon ? Oui, sans doute, jusqu'à un certain point, du moins. Veuillez jeter les yeux sur cette figure schématique qui représente en quelque sorte, l'épitome de la pathologie de la moelle épinière telle que l’ontfaite lestravaux récents (#ig. 104). Nous savons que les lésions étendues et durables des faisceaux

Fig. 104. — A,A, cordons latéraux : — A' faisceaux de Türck. — B,B, zones radiculaires

postérieures. — C,C, cornes postérieures. — D,D, cornes antérieures. — F, zones radiculaires antérieures. — E, cordons de Goll. Extrait du t. II des

Œuvres complètes de J. M. Charcot, p. 295.

spinaux postérieurs, celles surtout des zones radiculaires, B B, entrainent avec elles la production des symptômes tabétiques, tandis quecelles des faisceaux latéraux ou pyramidaux, comme on les appelle encore, se traduisent pendant la vie par des symptômes d’impuissance motrice plus ou moins prononcée, avec exaltation des réflexes tendineux et tendant au développement de phénomènes spasmodiques.

Pour ce qui est de la substance grise centrale, nos connaissances, en ce qui concerne les effets des lésions des cornes antérieures, paraissent à peu près définitivement fixées. Il semble en effet bien établi aujourd’hui, que ces régions-là peuvent être lésées isolément, primitivement, ou au contraire d’une façon secondaire et l’on sait que dansles deux cas, si l’altération intéresse les grandes cellules motrices, il s'ensuit forcément la production d'une amyotrophie. Celle-ci se développe rapidement, si la lésion spinale évolue suivant le mode aigu (paralysie spinale infantile), ou au contraire, d’une façon lente et progressive (amyotrophie spinale protopathique, sclérose latérale amyo-

trophique, etc.), si elle évolue suivant le mode chronique. Les cornes grises antérieures (cellules nerveuses motrices,) et les zones radiculaires antérieures (trajet intraspinal des racines antérieures), sont en somme les seules régions de la moelle épinière qui intéressent directement la nutrition des muscles. On sait encore très positivement, par l’histoire de la paralysie infantile d’un côté et de l’autre par celle de l'atrophie musculaire progressive du type Aran- Duchenne et de la scélérose latérale amyotrophique, que les lésions limitées à la région des cornes antérieures de substance grise ne sont pas accompagnées de troubles permanents de la sensibilité.

Relativement aux effets des altérations des cornes grises postérieures (CC) nous étions par contre, jusque dans ces derniers temps, restés dans le vague : on savait seulement d'une façon très sommaire et sans qu’on eul spécifié quels modes de la sensibilité peuvent être alors affectés à l'exclusion des autres, que les lésions de ces cornes quand elles sont profondes, déterminent une « anesthésie cutanée », plus ou moins prononcée et plus ou moins étendue, suivant les cas, dans les parties du corps situées du même côté que l’altération spinale. On pouvait supposer encore, sans l’affirmer toutefois, en invoquant les résultats de certaines expériences de Schiff, contestées d’ailleurs par quelques auteurs et relatives seulement au chien, que la transmission des impressions douloureuses se fait par la voie des cornes postérieures de substance grise, tandis que celle des impressions tactiles chemine dans les faisceaux postérieurs. Or, les nouvelles études anatomo-cliniques concernant la syrinsgomyélie tendent justement, nous allons le voir, à préciser et à étendre singulièrement nos connaissances à cet égard. Elles paraissent montrer, en effet, conformément aux assertions de Schiff, que les conducteurs des impressions tactiles appartiennent aux faisceaux postérieurs, tandis que les cornes grises postérieures transmettent les impressions douloureuses : elles montrent en outre que, dans cette même région des cornes postérieures, siègent encore les conducteurs, quels qu'ils soient, de la sensibilité au froid et à Ia chaleur, à l'exclusion de ceux qui concernent les notions dites du sens musculaire; elles montreraient enfin, si l’on en croit certaines observations qui paraissent parfaitement authentiques, que les éléments nerveux qui dans les cornes postérieures servent à la transmission des divers modes de la sensibilité, chaud, froid, douleur, occupent dans ces régions-là des départements distincts ; car chacun de ces modes de la sensibilité générale peut se montrer profondément affecté à l’exclusion des autres. Mais n’anticipons pas ; sur tous ces points, nous aurons à revenir tout à l’heure.

On ne connaît pas encore les effets d'une lésion isolée des commissures. Cependant quelques faits appartenant encore à l’histoire de la syringomyélie semblent les désigner comme une région dont les altérations se traduiraient par la production de ces affections cutanées, sous-cutanées et autres qu'on désigne assez communément sous le nom de troubles trophiques.

Par tout ce qui précède, vous prévoyez que les symptômes relevant des altérations syringomyéliques considérées dans leurs combinaisons diverses; pourront être ramenés à deux grands groupes: 1° Symptômes intrinsèques, c’està-dire relevant des lésions limitées aux diverses régions de la substance grise centrale, et ici il y a lieu de distinguer : a. les symptômes poliomyéliques antérieurs, à savoir : amyotrophie musculaire à marche progressive, rappelant le type Duchenne-Aran ; 4. les symptômes poliomyéliques postérieurs : anesthésie à la douleur, au chaud, au froid, sans participation de la sensibilité tactile ou du sens musculaire, c.symptômes poliomyéliquesmédians, groupe jusqu'ici fort problématique encore : divers troubles trophiques autres que ceux qui sont relatifs au système musculaire ; 2° Symptômes exlrinsèques. Ils n’appartiennent pas en propre à la symptomatologie de la syringomyélie gliomateuse, mais ils s’y associent fréquemment. Ils résultent tantôt, de l’envahissement soit des faisceaux postérieurs, soit des faisceaux pyramidaux, soit des deux systèmes à la fois, par la néoplasie; tantôt, de la compression que ces faisceaux subissent de la part de celle-ci. Il y a lieu d'établir ici une distinction entre a.les symptômes leucomyéliques latéraux: parésies ou paralysies de genre Spasmodique, et b. les symptômes leucomyéliques postérieurs : phénomènes tabétiques divers, troubles de la sensibilité tactile, etc.

Nous allons voir. maintenant, jusqu’à quel point les diverses propositions qui viennent d’être émises, et qui à plusieurs égards reposent encore sur des fondements hypothétiques, trouveront leur justification dans l’exposéclinique.

Le plus souvent, les symptômes d’atrophie musculaire progressive, débutant par les éminences thénar et hypothénar, avec secousses fibrillaires et sans exagération des réflexes tendineux, sont les premiers qui attirent l’aitention du malade et des médecins. Ils n’ont, considérés en eux-mêmes, rien de spécial à la syringomyélie, rien qui puisse servir à la caractériser. Ils rappellent plutôt en effet, envisagés isolément, l'espèce morbide antérieurement connue sous le nom d'atrophie musculaire progressive du type Duchenne- Aran : ils ne valent, en somme, que par leur association avec des troubles sensitifs, vraiment particuliers cette fois, pour ainsi dire spécifiques, qui les accompagnent ou qui les ont précédés peut-être, sans avoir été remarqués cependant. Ceux-ci consistent, essentiellement, dans la perte plus ou moins complète delaisensibilité à la douleur, au chaud etau froid, —lasensibilité lactile, le sens musculaire étant conservés, — etjustement c'estlaconnaissance de ce genre si particulier, si original de dissociation des divers modes de la sensibilité, ou autrement dit de paralysie sensitive partielle, appliquée au diagnostic

de la syringomyélie qui constitue la découverte de nos confrères allemands. « Schultze », dit M, Kahler son émule dans la poursuite de ces études, a le premier appelé l'attention sur la combinaison de l’atrophie musculaire, « avec des troubles particuliers de la sensibilité dans les cas où l’investi- « gation nécroscopique fait reconnaître dans la moelle l'existence de la « syringomyélie ou du gliome central. Ce qu'il y a de spécial dans ces trou- « bles de la sensibilité, c’est que, sur les parties de la peau qui en sont affec- « tées on trouve, au moins d’une façon prédominante, à la fois une perte de « la sensibilité à la douleur et de la propriété d'apprécier les différences de « température, tandis que la sensibilité au tact reste indemne. » C’est bien là en effet la clef de la situation. Dans la syringomyélie les symptômes poliomyéliques antérieurs n’ont, je le répète, aucune valeur diagnostique absolue. Seuls les symptômes poliomyéliques postérieurs lui appartiennent en particulier et lui impriment un cachetspécifique.

Ainsi, voilà un sujet qui se présente avec les apparences de l’amyotrophie spinale progressive du type Duchenne-Aran, débutant suivant la règle par les extrémités supérieures ; les eminences thénar et hypothénar sont déjà plus ou moins considérablement atrophiées ; les déformations de la « main de singe » sont déjà peut-être nettement accusées ; les secousses fibrillaires sont très marquées, ete., ete. Mais, un examen plus attentif fait reconnaître, chez lui, surtout dans les membres où siège l’atrophie musculaire, l'existence concomitante de troubles très particuliers de la sensibilité. C’est à savoir, que les notions relatives au tact et au sens musculaire étant parfaitement conservées, les impressions produites dans des conditions physiologiques par la piqûre, le pincement de la peau, l'application sur elle d'un corps chauffé à soixante ou quatre-vingts degrés, ou inversement celle de la glace, sont au contraire obnubilées ou même supprimées et ne produisent qu'une sensation uniforme de contact. Alors, quand ce concours singulier de circonstances se trouve réuni, on peut affirmer, sauf toutefois quelques réserves prudentes qu'il convient de ne point négliger et qui commandent certaines vérifications dont ilsera question par la suite, on peut affirmer, dis-je, que le diagnostic est fait: c’est d'un cas de syringomyélie qu'il s’agit.

Ces troubles de la sensibilité, dont nous venons de mettre en relief les caractères fondamentaux, se distinguent encore par d’autres traits dont on ne saurait méconnaitre l'importance. Nous avons supposé l’analgésie et la thermo-anesthésiesyringomyéliques limitées aux parties où se voit l’atrophie musculaire : Ce cas, tant s’en faut, n’est point le plus commun, et l’on peut même dire que dans la règle les troubles de la sensibilité dont il s’agit, se montrent répandus sur des parties du corps plus ou moins étendues. Ainsi, il n’est point très rare qu’ils occupent exactement toute une moitié du corps (forme hémianalgésique) ou, à des degrés divers, le corps tout entier. Lorsque l’analgésie eu la thermo-anesthésie restent plus étroitement localisées, elles se distinguent

encore par leur mode de distribution fort remarquable,sur lequel M. le D'Roth a insisté avec raison (1).Cette distribution, ainsi qu'il le relève expressément, n'est point conforme à celle des nerfs: elle se fait par segments de membres; ainsi elle occupe soit la main seule, soiten outre une partie de l’avant-bras ou même le membre supérieur tout entier, et toujours,en pareil cas, la délimitation de la zone anesthésiée et des parties normalement sensibles, se fait par une ligne circulaire, nettement tranchée, déterminant un plan perpendiculaire à l’axe du membre.

Il ne saurait vous échapper, messieurs, que les particularités qui viennent d’être relevées, à propos du mode de répartitionet de distribution des troubles de la sensibilité syringomyéliques, rapprochent singulièrement ces derniers de ceux quiappartiennent à l’hystérie: c’est un point sur lequel nous allons avoir à revenir ; mais dès à présent, on peut faire ressortir à ce propos, comme une circonstance remarquable et qui pourra contribuer puissamment à établir le diagnostic, que jamais, jusqu à ce jour du moins, on n’a vu, dans la syringomyélie, les troubles sensitifs accompagnés de ces troubles sensoriels, tels que rétrécissement du champ visuel, anosmie, agustie, etc., qui figurent, au contraire, pour ainsi dire d’une façon banale dans la symptomatologie classique de l’hystérie.

Un troisième groupe de symptômes répond à une série de lésions cutanées ou sous-cutanées, osseuses ou ligamenteuses, que l'on appelle vulgairement du nom générique de troubles trophiques, sans plus préciser,bien qu'en faisant usage de cette dénomination l’on sous-entende à peu près toujours que les lésions dont il s’agit relèvent plus ou moins directement d’une affection de certaines parties des centres nerveux ou des nerfs periphériques. Ces troubles trophiques sont vulgaires dans l’histoire clinique de la syringomyélie ; ils offrent, en particulier, pour le diagnostic, un vif intérêt, bien qu’ils n’appartiennent pas cependant, essentiellement, à la constitution du type nosographique. Il y a, sous ce rapport, plusieurs catégories à‘établir.

En premier lieu, viennent des éruptions bulleuses siégeant principalement sur certaines parties des mains et des avant-bras, laissant après elles des ulcérations plus ou moins profondes du derme, remplacées finalement par des cicatrices déprimées ou au contraire des chéloïdes.

Après cela on signalera des lésions sous-cutanées ; tels sont certaines boufissures des œædèmes indolents, souvent accompagnés d’une teinte violacée ou rougeâtre, plus ou moins foncée, du tégument externe qui présente en même temps un abaissement relatif de la température. Ces œdèmes, signalés dans la syringomyélie par Remak (2), y ont été observés plusieurs fois par

4. W. Roth. Confributl. à l'étude symplomatique de la gliomatose médullaire. Arch. de Neurologie. 1887-88. — pp. 66, 67, 71, du tirage à part. 2. Berlin. klin. Woch. n°3, 1880. |

Roth (1). Ils paraissent occuper le plus souvent le dos d’une des mains qui alors est complètement atteinte d’analgésie et de thermo-anesthésie. Dans la même classe rentrent le faux phlegmon, la peau-lisse (glossy skin) et certains panaris qui, à l'image de ce qui se voit dans la lèpre anesthésique, peuvent aboutir sans douleur, à la perte d'un ou de plusieurs des doigts de la main; enfin certaines tournioles, suivies parfois de la chute desongles, représentent en quelque sorte une forme relativement bénigne du précédent processus.

Il convient de ne pas oublier que les parties analgésiées chez les syringomyéliques sont souvent couvertes de cicatrices, résultant de brûlures ou de plaies produites accidentellement chez les malades sans qu'ils en aient été avertis par aucune douleur.

C'est une question fort discutée encore que celle de savoir si la maladie de Morvan, de Lannilis, ou, autrement dit le Panaris analgésique doit rentrer, de toutes pièces, dans le cadre de la syringomyélie ou au contraire occuper une place à part. Cette question je la laisserai de côté pour le moment, afin de ne pas compliquer la situation. Je me bornerai à relever seulement que l’autopsie relatée par mon ami, M. le D' Gombault, dans la séance de la Société médicale des hôpitaux du 8 mai 1889, paraît peu favorable à la doctrine unitaire (2).

2° Une troisième catégorie est celle des troubles trophiques articulaires et osseux. Il faut citer iciles/ractures spontanées se reproduisant souvent plusieurs fois aux dépens d’un même os; et qui rappellent singulièrement celles qu'on observe, assez fréquemment, dans l'ataxie locomotrice progressive ; des arthrites d'une espèce particulière aboutissant rapidement à l’ankylose; enfin des arthopathies végétantes tout à faitcomparables à celles qui se voient dans la forme dite hypertrophique des lésions articulaires tabétiques (3). J'ai observé pour mon compte, tout récemment, un cas de ce genre. Il faut vraisemblablement rattacher à ce groupe la scoliose qui, dans la syringomyélie, se montre fréquemment puis qu'on l’y observe, suivant M. Bernhardt, 18 fois sur 10 cas, ou autrement dit, 25 fois 0/0 (4).

Une observation suivie d’autopsie, recueillie dans mon service, tendrait à établir que la syringomyélie peut s'accompagner de lésions trophiques viscérales. En effet Le sujet en question a succombé inopinément à une péritonite, survenue en conséquence d’une perforation de la vessie déterminée par l’extension d’un « ulcère simple ».

Nous mentionnerons en dernier lieu, comme n'ayant pas trouvé place dans

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