‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 13 sur 174 · Gazelle des Hôpilaux · texte numérisé non relu

Gazelle des Hôpilaux

2. G. Guinon: À propos de deux travaux récents sur l'Hystérie traumatique. Progrès médical f. 317. 3 novembre 1888, id. — De l'Hystérie dans ses rapports avec la chirurgie. In Revue de Ch irurgie, numéro 41 ; 10 novembre 1888, p. 930.

L'exranr (Avec une grande difficulté et articulant d'une façon presque inintelligible). — Hor...tense.

M. Cuarcor. — Tirez la langue.

(Aux auditeurs) : Vous voyez qu’elle peut encore, non sans effort toutefois, tirersalangue hors de sa bouche ; mais ellene peutpas l’y maintenir longtemps.

A la mère : Combien y a-t-il de temps qu’elle a ces mouvements?

LA MÈRE. — Un mois environ, monsieur ; mais cela augmente.

M. Cnarcor. — Rien de bien remarquable jusqu'ici, c’est un cas vulgaire, du moins en apparence. J’appellerai cependant votre attention sur ce fait que pendant toute la durée de notre examen jusqu'ici, les membres inférieurs sont restés absolument tranquilles, sans présenter aucun mouvement choréique. Est-ce donc que ces membres sont indemnes,non affectés de chorée? c’estbien peu vraisemblable.

A la mère : Pourquoi portez-vous cette enfant? Elle ne peut donc pas se tenir debout, marcher.

LA MÈRE. — Non, monsieur. Au commencement, ses jambes étaient agitées comme le reste; mais depuis quelques jours, les mouvements y ont disparu. Elles sont devenues tout à fait molles, flasques, inertes. L'enfant ne peut plus du tout les mouvoir, elle ne peut plus se tenir debout ; vous {fvoyez, quand on cherche à la faire marcher ses jambes se fléchissent sous elle, s’embarrassent l’une dans l’autre, et si on ne la soutenait pas elle tomberait à terre.

M.Crarcor.— Je vous le fais remarquer une fois de plus, Messieurs, les membres inférieurs sont en effet flasques, mous. Impossible à l'enfant de marcher et même de se tenir debout. Quand on l’abandonne à elle-même sans soutien elle s’affaisse ; en même temps, le tronc se fléchit soit en avant soit en arrière ; la tête tombe sur la poitrine. Eh bien, Messieurs voilà chez cette jeune choréique un incident qui mérite bien d’être signalé parce qu'il s’agit d’un fait encore insuffisamment vulgarisé et qui pourrait, si vous n'êtes pas prévenus, vous mettre dans l'embarras. Une paralysie est venue compliquer la chorée, direz-vous ? En réalité, Messieurs, il ne faut pas voir là à proprement parler une complication. Aucun trouble de la sensibilité n’existe sur ces membres inertes et flasques, l’électrisation, j'en suis sûr, n’y montrerait aucune modification des réactions électriques ; la paralysie s’est développée progressivement, sans fièvre, et non brusquement pendant le cours d’un état fébrile. Des mouvements choréiques ont précédé dans les membres inertes aujourd’hui la paralysie. Ce n’est donc pas de paralysie infantile spinale, qu'il s'agit; et immédiatement pourne pas prolongersans profit cette étude de diagnostic différentiel, je vous dirai qu'il s’agit chez cette enfant d'une forme paral ytique, de la chorée, de la chorée molle comme on dit encore.

Les choses peuvent aller beaucoup plus loin qu'elles ne le sont, chez notre petite malade ; la première fois que j'ai été frappé de l'existence de cette forme de chorée, c'était en 1879, chez une jeune fille de 42 ans.

Les quatre membres étaient flasques, dans la résolution complète, absolument incapables de tout mouvement volontaire. Il en était de même du tronc et de la tête : celle-ci était « tombante » et reposait sur un canapé où on avait placé l'enfant, à la manière d’un corps inerte; pas d’anesthésie d’ailleurs, pas de rigidité, pas d’atrophie, les réflexes tendineux étaient absents. Je n'avais pas encore rencontré chose pareille, je fus un instant dans l'embarras. Quelques mouvements choréiques de la face, l'impossibilité de maintenir la langue hors de la bouche, la difficulté spéciale de l’articulation me mirent bientôt sur la voie du diagnostic. J’appris d’ailleurs que pendant plus d’un mois, les membres aujourd'hui paralysés et aussi la tête et le tronc avaient été agités de mouvements choréiques très prononcés.

La petite malade guérit complètement au bout d'une vingtaine de jours, de sa chorée molle, sans repasser par la période des mouvements convulsifs. Elle a malheureusement succombé deux ans après par le fait d’une maladie organique du cœur.

C’est ainsi que la paralysie choréique se termine toujours, autant que je sache. La guérison ici est la règle, même dans les cas où la paralysie est complète et plus ou moins généralisée. La chorée paralytique d’ailleurs parait ne pas appartenir particulièrement aux cas où les mouvements gesticulatoires sont intenses ; on la voit survenir au moins aussi souvent, je pense, dans les cas de chorée légère.

En somme, vous le voyez, le pronostic de la chorée molle est généralement favorable et il n’y a aucune raison pour que cette formule se trouve démentie chez notre petite malade d'aujourd'hui.

Je ne saurais trop vous engager, pour en apprendre plus long sur cet intéressant sujet de la chorée paralytique, à prendre connaissance de la thèse inaugurale du docteur G. Ollive. Cette thèse à pour titre « Des paralysies chez les choréiques » ; elle a été soutenue à Paris en 1883. C'est, je crois, la première monographie qui ait été consacrée à l'étude particulière de cette forme de la chorée.

Je vais essayer maintenant de compléter par quelques interrogations l’histoire clinique de notre sujet.

A la mère: Votre enfant a-t-elle souffert de rhumatisme articulaire aigu ; c'est-à-dire d’un rhumatisme articulaire avec gonflement, rougeur des articulations et fièvre ?

LA MÈRE. — Oui, monsieur, il y a quatre mois; cela a duré quelques semaines.

M. Cuarcor, à la mère. — Avez-vous souffert aussi, madame, de cette même maladie ?

LA MÈRE, — Oui, monsieur, et mon mari également.

Le MARI. — Oui, cela est vrai, plusieurs fois; ma mère également a eu les doigts des mains enflés et déformés.

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