‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 14 sur 174 · ERA · texte numérisé non relu

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M. Cuarcor.— Voici la part de l'élément arthritique dans la famille; recherchons maintenant si l'hérédité nerveuse n’est pas en cause.

S'adressant à la fois à la mère et au père: Avez-vous connu des membres de votre famille atteints de maladies nerveuses ou ayant eu la tête dérangée ?

Le PÈRE, — Ma grand'mère qui est morte à 82 ans a été longtemps atteinte de démence. Elle avait toujours peur d’être volée: elle cachait son argent et d’autres objets lui appartenant et ne se rappelait plus après cela où elle les avait mis ; elle a eu un fils qui est mort vers l’âge de 40 ans, aliéné, à l’asile de Clermont.

M. Crarcor. — Voilà certes une révélation importante.

A la mère. — Et vous, madame, qu’avez-vous à dire ?

LA MÈRE. — Rien dans ce genre.

M. Crarcor. — À quel âge avez-vous eu votre rhumatisme articulaire?

LA MÈRE. — J'ai eu deux attaques : la première à 49 ans, l’autre à 36 ans.

M. Crarcor. — Avez-vous eu la chorée ?

La MÈRE. — Non, monsieur, je n’en connais pas d'autre exemple dans la famille.

M. Cuarcor. — Vous avez eu d'autres enfants que celle-ci; ont-ils été malades ? dites-moi ce qu'ils ont eu.

La MÈRE.— La petite est la 7° de 10 enfants ; 8 survivent. Les deux autres sont morts dans la première enfance. Mon fils aîné est aujourd'hui âgé de 23 ans. Il a eu plusieurs attaques de rhumatisme ; son cœur a été pris — c’est pourquoi on l’a dispensé du service militaire. Mon quatrième enfant qui est une fille a eu, vers 7 ans, aussi une attaque de rhumatisme. Le cœur n’a pas été pris, les autres n’ont rien eu.

M. Crarcor. — Racontez-moi l'histoire du rhumatisme de la petite qui est ici: a-t-elle eu avant d’autres maladies ?

La MÈRE. — Oui, la rougeole à l’âge de 5 ans. Le rhumatisme s’est déclaré il y a quatre mois ; elle est restée au lit pendant un mois, elle avait des douleurs dans les cou-de-pieds surtout et dans les genoux avec gonflements.

M. Crarcor.— Qu'est-il arrivé après ?

LA MÈRE. — Vers la fin de septembre, elle est tombée d’une balançoire sur la tête et s’est fait derrière la tête une blessure superficielle qui a pas mal saigné ; elle n’a pas perdu connaissance, mais peut-être qu'elle était déjà malade avant l'accident, car son caractère depuis plusieurs jours était très changé. »

M. Crarcor, — Quand la chose a-t-elle commencé? Il y a un mois, ditesvous ?

La MÈRE. — C’est difficile à dire exactement, mais déjà le 1% octobre, elle écrivait avec difficulté, faisait moins bien ses devoirs et n'avait plus à l’école de récompenses comme auparavant, ce dontelle se montrait vivement affectée. Nous avons dû la garder chez nous à partir du 10 octobre parce que les mou-

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vements étaient très forts. Elle ne pouvait presque plus parler, laissait tout tomber. Les jambes sont faibles presque depuis le commencement, mais c’est depuis quelques jours seulement qu'elle ne peut plus s'en servir du tout, et qu’elles sont tout à fait paralysées.

M. Carcor.—-Allons, vous pouvez vous retirer. Tout cela guérira très bien ; même la paralysie des membres inférieurs. Vous en avez peut-être encore pour un mois. Ne vous tourmentez pas(1).

4. Cette petite malade s’est présentée de nouveau à la consultation le 22 novembre, c'est-àdire vingt-trois jours après la leçon du 80 octobre. La paralysie des jambes a disparu depuis une huitaine de jours. L'amélioration a ensuite rapidement progressé sur toute la ligne. On observe cependant encore quelques mouvements involontaires dans les bras, les jambes et la tête. La parole est redevenue distincte, peu de grimaces. Il lui est encore difficile d'écrire. Cependant elle réussit quoique avec peine à former à peu près les premières lettres de son nom. La force musculaire des membres inférieurs est assez prononcée ; quand elle marche on la voit, de temps à autre, lancer follement ses jambes à droite et à gauche. Rien d’anormal au

cœur. Le traitement a consisté dans l'emploi du bromure de potassium à la dose de 3 grammes par jour et des préparations ferrugineuses.

(22 novembre 1888)

[mp. de la Soc, de Typ.— Norzerre, 8, r. Campagne-Are, Paris.

Policlinique du Mardi 6 Novembre 1888

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