‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 132 sur 174 · BU · texte numérisé non relu

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sensibilité des parties paralysées du mouvement, main et poignet, était absente dans tous les modes, tact, douleur, sensibilité au froid et au chaud. La durée de cette paralysie a été de douze mois environ, durant lesquels il y a eu des hauts et des bas, et c’est pendant une des exacerbations que s’est produit pour la première fois le gonflement violacé, avec abaissement de la température qui s’est manifesté dès l’origine, dans la crise actuelle. Eh bien, la guérison de tout cela s’est faite un beau jour alors que tous les moyens en apparence rationnels avaient été employés sans succès, et cela inopinément, tout à coup, au moment où le malade, oubliant en quelque sorteun instant son impuissance motrice, voulait prendre un verre pour le porter à sa bouche. « Si J'avais été à Lourdes, dit le sujet, en rappelant cet événement, j'aurais cru à un miracle. »

Toutefois,si la disparition des troubles moteurs a été littéralement soudaine, celle des troubles de la sensibilité, — ainsi que cela me paraît être la règle dans les circonstances de ce genre, — ne s'est faite que successivement, progressivement, dans l’espace d’une huüitaine de jours. Il est vrai qu’au bout de ce temps, le retour à l’état normal était complet sur toute la ligne.

La paralysie nouvelle qui s’offre aujourd’hui à notre étude s’est produite . elle aussi, tout à coup, il ya decelaenviron trois mois, et'elle occupe exactement les mêmes parties. Donc,en se réveillant,le malade a trouvé sa main droite de nouveau paralysée, comme lors de la première attaque, mais cette fois, dès l'origine elle était gonflée, violacée, cyanosée, telle en un mot que vous la voyez encore aujourd'hui.De plus, dès l’origine il y a eu dissociation des divers modes de la sensibilité suivant ce que j’appellerais volontiers le mode syringomyélique à savoir : tact conservé, contrairement à ce qui a été observé la première fois, sensibilité à la douleur,au chaud et au ol oeemnent RENE notions du sens musculaire conservées.

Le début subit des accidents constaté à deux reprises, on guérison soudaine observée une fois de plus, voilà des faits qui ne permettent pas de respecter le diagnostic que je vous avais proposé d'accepter tout à l'heure; c’est d’hystérie mâle, tout simplement, qu'il s’agit dans le cas et non de syringomyélie. La dissociation de la sensibilité observée chez notre homme non plus que l’æœdème,d’après ce que nous en avons dit plus haut, ne sont certainement pas faits pour nous embarrasser dans notre nouveau diagnostic. Sans doute, notre malade n’a point d'attaques, point d'attaques régulières, au moins, car ses « accès de vertiges », comme il les appelle, pourraient être considérés à la rigueur comme des « re présentants d'attaques ». Mais, par contre, dans la catégorie des stigmates,nous avons à signaler une perte ‘très nette du goût sur le côté droit de la langue, la sensibilité de la membrane muqueuse étant conservée.et c'est làencore un indice qui,ajouté à tout le ess vient, si je neme trompe, compléter la démonstration.

Ici se termineront les lecons de cette année. Je les finis, messieurs, vous l'aurez remarqué sans doute,comme je les ai commencées,c’est-à-dire en vous parlant de l’hystérie masculine, dont il a été, d’ailleurs, bien souvent question pendant toute la durée du cours. Il faut voir là un signe des temps. Sous l'influence des études récentes, l’hystérie mâle a été définitivement réhabilitée et l’on a appris à la reconnaitre, là où on la méconnaissait autrefois. Or, par un singulier revirement des choses, il se trouve que, tout compte fait, autrefois reléguée parmi les cas rares, elle devra désormais occuper dans la clinique une large place, car, incontestablement, les statistiques du jour le démontrent, elle est une des maladies Les plus vulgaires parmi les travailleurs manuels qui fréquentent les hôpitaux de Paris. Il faudra donc dorénavant compter avec elle.

Nous, en particulier, qui, par profession, sommes voués à cultiver spécialement le champ neuropathologique, nous ne devrons jamais oublier que les types les plus divers d’affections organiques cérébrales ou spinales, avec lesquelles nous sommes aujourd'hui familiarisés, pourront à chaque instant, dans la catégorie de l’hystérie, rencontrer un pendant, un représentant, un « sosie », pour mieux dire, qu'il nous faudra savoir démasquer.

À partir du 28 juin 1889, époque où le malade à été présenté à la leçon, les accidents hystériques les plus significatifs se sont accumulés chez lui, au point que le diagnostic proposé s’en trouve confirmé de la façon la plus éclatante.

Le 23 juillet,est survenue une attaque classique,précédée par l’aura vulgaire et dans laquelle on a vu se succéder la phase épileptoïde, l'arc de cercle, les grands mouvements, et enfin une phase de délire avec hallucinations. — Les attaques de même caractère se sont reproduites depuis lors, tous les huit ou dix jours,et leur apparition est déterminée sous l'influence des moindres émotions. Quelquefois,l’attaque reste à l’état rudimentaire et l’on peut reconnaitre aujourd’hui que les « anciens vertiges » n'étaient autre chose que des crises convulsives avortées. ,

En même temps que les attaques ont paru, il s’est manifesté dans les deux flancs, surtout à gauche, une zone ou plaque hystérogène. Le moindre frôlement, la moindre pression exercés sur ces plaques font apparaître Les prodromes de l’attaque et parfois l’attaque elle-même.

Il existe un rétrécissement double du champ visuel à 50 à droite, à 70 à gauche.

Anosmie de la narine droite. La perte du goût sur la moitié droite de la langue persiste etil y a une diminution très nette de l’ouïe dans L'oreitie droite.

La tuméfaction cyanosée de la main disparaît, puis réapparaît T temps à autre rapidement, le plus généralement à la suite d’une attaque. Il en est de même de la paralysie des mouvements.Mais jamais, depuis le28 juin, l’anesthésie n’a disparu : elle présente toujours le caractère de dissociation sur lequel nous avons insisté ; c'est-à-dire que l’analgésie et la thermo-anesthésie sont absolues tandis que les notions du tact les plus délicates sont conservées. Les notions du sens musculaire au contraire paraissent notablement obnubilées dans les doigts de la main.

Il est remarquable que les troubles, ci-dessus signalés, de la sensibilité qui autrefois ne remontaient pas au-dessus du tiers inférieur de l’avant-bras, s'étendent aujourd’hui jusqu’au-dessus du coude où ils se terminent d'’ailleurs par une ligne droite, perpendiculaire à l’axe du membre.

(Note du 16 novembre 1889.)

up. de la S00, de Lyp. - Noiserre, 8, r. Campagne-ire, Pari

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APPENDICGE

Hystérie et névrose traumatique. Voir lecons 7 (2° Malade, p. 131); 12 (2°, 3° et 4° Mälades, p. 256); 13 (3°et 4 Malades, p. 283); 17 (3° et 4° Malades, p. 392).

Parmi les observations de Railway Spine publiées jusqu'à ce jour, il existe nombre de cas si nets, si typiques soit de neurasthénie, soit d’hystérie pure, que toute contestation à l'égard de ces faits est devenue impossible. En présence des cas indéniables d’hystéro-traumatisme apportés par M. Charcot en France par MM. Bernhärdt,Leyden et autres en Allemagne, il a bien fallu reconnaître que l’hystérie occupait la plus large place dans l’histoire du« Railway Spine ». Cette évolution des esprits en Allemagne vers la solution française s’est accentuée dans le mémoire de M. Strümpell, paru en 1888, et, dans son dernier travail sur la matière (Die traumatische Neurosen 1889) M. Oppenheim semble vouloir réserver la dénomination de névrose traumatique au groupe plus restreint des cas complexes dans lesquels la neurasthénie et l'hystérie | se trouvent associées. C’est donc autour des faits de cet ordre que paraît s'être cantonné le débat. L'observation recueillie dans le service de M. Charcot qui va être rapportée, ressortit à cette catégorie de cas qui servent aujourd’hui de substratum principal à la prétendue névrose traumatique ; c'est un bel exemple d'hystéro-neurasthénie développée chez un employé de la Compagnie internationale des wagons-lits, à la suite d’une collision de trains, lors de l’accidentrécemment survenu à Velars, près Dijon.

Obs. — Collision de trains (accident de Velars), Neurasthénie et hystérie consécutives (névrose traumatique). — Claw... Louis, âgé de 42 ans, employé de la Compagnie internationale des wagons-lits, est entré à la Salpêtrière, dans le service de M. le professeur Charcot, le 3 juillet 1889.

Antécédents héréditaires. — Le malade ne peut donner aucune indication sur l’état de santé de ses grands-parents, Cette réserve faite, on ne retrouve chez ses ascendants, dans la ligne directe comme dans la ligne collatérale, aucun élément d’hérédité névropathique. Son père est mort à l’âge de 68 ans, il était « d’un tempérament calme » et n’avait jamais commis d’excès d'aucune sorte. Trois oncles vivants et en parfaite santé. Du côté maternel : Sa mére est morte subitement à 69 ans : elle n’était pas nerveuse et n'avait jamais été malade. Un oncle vit encore, bien portant. Le malade a eu onze frères ou sœurs : une sœur est morte en bas-âge; une autresœura succombé à une maladie de poitrine à l’âge de 11 ans; un frère est mort de pneumonie à 32 ans. Tous les autres vivent en parfaite santé. Le malade affirme qu’il n’y a dans sa famille, ni goutteux, ni rhumatisants, ni épileptiques, ni aliénés.

Antécédents personnels — Claw... est né en Alsace : dans son enfance, il a vécu à la campagne, travaillant aux champs. Il n’a pas été sujet à ces terreurs nocturnes, à ces hallucinations hypnagogiques si fréquentes chez les jeunes enfants issus de souche névropathique.

A l’âge de 18 ans, il fit une chute dans laquelle il se contusionna fortement l'épaule droite,

En 1870, il reçut à Gravelotte un coup de feu au mollet gauche. La plaie qui était superficielle se cicatrisa rapidement et après un mois de repos, il put reprendre son service. Ces deux traumatismes, tout son passé pathologique, n’eurent aucune suite fâcheuse et n’altérèrent en rien sa santé générale.

Il a toujours été un homme sobre, nullement porté aux excès alcooliques ou autres, de mœurs simples et tranquilles. Marié, il a eu sept enfants; deux de ses: enfants sont morts du croup; les autres sont bien portants.

Après la guerre, il vint habiter Paris. Il a été successivement garcon d'hôtel, valet de chambre, et garde de propriété en Normandie.

Il ÿ a un an, en juin 1888, il entra comme conducteur à la Compagnie des wagonslits. Ses fonctions consistaient à surveiller les voitures de la Compagnie dans les trains en marche et à aider au service des voyageurs. Cette existence faite de voyages incessants, de sommeils interrompus, de préoccupations continuelles, de responsabilités sérieuses, contrastait singulièrement avec la vie calme et régulière qu’il menait avant d’entrer au service de la Compagnie, alors qu'il était garde de propriété en Normandie. Cependant, malgré les fatigues qu’il avait à subir dans l'exercice de sa nouvelle profession, sa santé resta parfaite. Il n’éprouvait aucun malaise, aucun trouble nerveux notamment, lorsqu'il fut victime d’un accident de chemin de fer dans les circonstances que voici : Don

Pendant la nuit du 4 au 5 septembre 1888, C... se trouvait dans un train rapide venant de Genève et allant à Paris. Vers trois heures du matin, à Velars, près de

Dijon, ce train dérailla, empiéta sur la voie collatérale et fut pris aussitôt en écharpe par un train express lancé à toute vitesse. Le malade raconte qu'il était debout dans le couloir du wagon au moment où le choc se produisit, Il fut projeté contre la paroi du compartiment et perdit immédiatement connaissance. Quand il revint à lui, deux ou trois minutes après, il s’entendit appeler par les voyageurs; il se leva rapidement et sans difficulté. L'obscurité était complète, les lampes s'étant éteintes au moment de la collision; il chercha à tâtons un sac dans lequel il se souvenait d'avoir mis une bougie ; puis ne le trouvant pas, il sortit du wagon en passant à travers les débris de toutes sortes qui l’environnaient. Arrivé sur le talus qui bordait la voie, il examina s’il n’était point blessé et il s’aperçut qu’il avait des contusions au côté gauche de la poitrine, une plaie superficielle sur la face dorsale du poignet droit et une longue éraflure à la jambe gauche. Ces blessures ne saignaïent pas, ne lui causaient aucune douleur; il avait conservé la liberté et l'énergie de tous ses mouvements. Les voyageurs qui se trouvaient couchés dans sa voiture au moment du choc étaient sains et saufs. Pendant deux heures environ, il travailla sans relâche à secourir les blessés, à dégager les voyageurs emprisonnés sous les décombres. C'est alors seulement qu’il commença à se sentir ému; à ce moment il éprouva un malaise général; ses forces faiblirent, ses jambes se dérobaïent sous lui. Il dut cesser de travailler; et après avoir fait panser son poignet et sa jambe blessée, il alla se coucher. Mais il était dans un tel état d'angoisse et d’agitation qu'il lui fut impossible de dormir. Il resta ainsi toute la journée du 5 septembre sur le lieu de l'accident, assistant au sauvetage et à l’enlèvement des victimes, sous le coup d'une émotion grandissante qui le faisait parfois trembler de tous ses membres et qu’il ne pouvait pas maîtriser. Il passa la nuit suivante couché dans un wagon-lit. Mais il ne put fermer l'œil, Il avait, nous dit-il, la tête perdue, il lui semblait entendre les cris des blessés, il revoyait tous les accidents du drame auquel il venait d'assister. Le lendemain au soir quand il arriva à Paris il était encore tremblant et tout ému. On dut l’aider à descendre du wagon.

Rentré chez lui, le malade s’alita jusqu’à la complète guérison de ses contusions et de ses blessures, c’est-à-dire pendant une dizaine de jours. Durant cette période, il se plaignait surtout de ne pouvoir pas dormir. Dans la journée il était assez calme; mais tous les soirs vers 8 ou 9 heures, il entrait dans un état d’agitation violente accompagnée de rêves, de cauchemars et parfois même d’hallucinations. Tantôt ïl se croyait dans un train en marche, il parlait à haute voix, s’adressant aux voyageurs, appelait un de ses camarades, etc., tantôt il assistait à certaines scènes de l'accident de Velars. Parfois il avait des visions de chats ou de rats courant sur ses couvertures. Une nuit il se leva, saisit un seau d’eau et se mit à poursuivre des rats, voulant,disait-il, les noyer, Pendant ces sortes de rêves en action, il appelait sa femme, lui montrait avec insistance ces animaux imaginaires, l’invitait à les tuer, etc. Il ne se calmait qu'aux approches du jour, vers 4 ou 5 heures du matin.

Dix jours après l'accident, les blessures étant guéries, il put se lever et faire quelques promenades au dehors. Mais, dans la dernière semaine de septembre, il

commença à éprouver un mal de tête consistant en une sensation continuelle de serrements ou de poids pesant sur tout le crâne.

Cette céphalée était particulièrement intense dans la région occipitale. En outre, il se plaignait d’une gêne douloureuse siégeant à la partie inférieure du dos sur la ligne médiane, un peu au-dessus du sacrum, Cela lui faisait mal lorsqu'il passait de la station assise à la station debout, ou bien quand il se baissait pour ramasser un objet, Il n'avait plus d’appétit; ses digestions étaient pénibles ; il se plaignait d’avoir l'estomac gonflé ; après les repas il était pris d’un besoin de sommeil irrésistible. Il attribua tous ces troubles à la vie sédentaire qu’il menait depuis son accident et il se décida à reprendre ses fonctions de conducteur.

Au commencement du mois d'octobre, un mois après l’accident, il fit un voyage à Vienne, Pendant le trajet il remarqua en délivrant un reçu à un voyageur que sa main droite tremblait ; ce tremblement fut assez prononcé pour l’empêcher d'écrire, mais il s’atténua quelques heures après. De retour à Paris, quand il remit son carnet au contrôleur de la Compagnie, celui-ci lui fit observer, que ses écritures étaient en désordre et que ses comptes étaient faux. Il s’excusa en disant « que depuis l’accident qui lui était arrivé, il n'avait plus sa tête à lui, que sa mémoire était embrouillée ». |

Après quelques jours de repos, il partit pour un second voyage. Il devait aller jusqu’à Madrid. Mais, à Bordeaux, il fut obligé de s'arrêter. Le tremblement de la main droite s'était accentué, de même que la céphalée constrictive ; il sentait que sa jambe et son bras droit devenaient faibles ; ilobtint un congé et rentra chez lui.

Pendant une huitaine de jours, il garda la chambre. Il était triste, maussade, tout l’agaçait. Il se mettait tout à coup à pleurer sans trop savoir pourquoi. Constamment préoccupé de son état de santé, il disait souvent à sa femme « qu’il avait peur d'être paralysé ». Le tremblement du membre supérieur droit était devenu incessant; la jambe droite commençait aussi à trembler. Les troubles dyspeptiques, la céphalée constrictive, le point douloureux lombaire, persistaient. Parfois il était pris de vertiges. Tel était l’état du malade, lorsque dans les premiers jours de novembre, il eut ce qu’il appelle sa première « attaque de nerfs ».

Un jour, vers 6 heures du soir, étant dans sa chambre, il éprouva tout à coup « comme des secousses électriques dans les membres,puis il sentit quelque chose lui monter à la gorge ; il étouffait ». Sestempes battaient, il entendait des bourdon-. nements dans les oreilles ; au même instant sa vue se troubla et il tomba sans connaissance, Quand il revint à lui, au bout de dix minutes environ, sa femme, qui était présente, lui raconta ce qui s'était passé : elle lui dit qu’il s'était débattu, qu'il s'était roulé sur le parquet en criant et en cherchant à déchirer ses habits et elle ajouta: « Tu as eu une crise de nerfs comme la voisine ». Or, renseignements pris, la voisine est une hystérique qui a de temps en temps de grandes attaques, et qui « lorsqu’elle sent qu’elle va avoir sa crise », appelle auprès d’elle la femme du malade.

Au sortir de cette première attaque, Glaw... remarqua que sa jambe et son bras droit" tromblaient plus fort, que ces membres étaient devenus beaucoup plus faibles.

Deux jours après, il eut encore vers 7 heures du soir, une seconde attaque semblable à la première et précédée commeelle des mêmes sensations de serrement à la gorge, d'étouffement, de battements dans les tempes, etc. Depuis cette époque les crises allèrent se répétant à des intervalles variables, Au mois de janvier 4889, il alla consulter à l'hôpital Necker et sous l'influence du traitement hydrothérapique qui lui fut prescrit par M. le Dr Rendu, ces crises devinrent un moment moins fréquentes. Depuis lors tous les troubles que présentait le malade lors de sa première attaque ont persisté sans se modifier le moins du monde, en dépit des thérapeutiques diverses auxquelles il a été soumis.

Voici quel est l’état du malade le 3 juillet 1889, jour de son entrée à la Salpétrière.

Etat actuel (3 juillet 1889). C’est un homme de taille moyenne, bien musclé et d’aspect assez robuste. Il est intelligent ; il répond avec précision aux questions qu'on lui pose, mais d’une voix cassée et qui tremble par instants.

. Motilité, — Les traits du visage sont symétriques et réguliers. Il n’y a aucune apparence de spasme ni de paralysie, La langue est tirée droite et se meut dans tous les sens sans difficulté,

Le malade se plaint d’avoir perdu ses forces ; à peine a-t-il fait quelques pas qu'il se sent fatigué. Indépendamment de cet affaiblissement général, il existe chez lui une parésie très prononcée des membres du côté droit.

Le membre supérieur droit est un peu moins affaibli que la jambe. Le malade peut exécuter avec son bras droit tous les mouvements qu’on lui commande, mais à la condition que ces mouvements ne nécessitent pas d'effort,

main droite — 41 kilogrammes,

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La main droite est animée d’un tremblement continu assez rapide, qui s’atténue légèrement quand le malade laisse reposer sa main sur ses genoux, et qui s’accroit un peu quand il saisit un objet. Les oscillations sont assez fortes pour que le malade ne puisse pas porter un verre d’eau à sa bouche sans répandre une partie du liquide. Ce tremblement cesse pendant le sommeil, il s’accroit sous l'influence des émotions, des efforts ; cependant deux ou trois jours après chaque attaque, il acquiert une intensité telle que le malade est incapable de se servir de sa main droite pour manger ou bien pour boutonner sa veste par exemple,

Le membre inférieur droit tremble aussi, mais beaucoup moins que le bras. Par contre, il est relativement plus affaibli. Le malade ne peut pas se tenir debout sur le pied droit; il marche lentement, en s’aidant d'une canne; il boite et traine un peu le pied par moments. Les réflexes tendineux sont conservés et d'intensité normale.

Sensibilité, — On constate une anesthésie absolue dans toute la moitié droite du corps pour la sensibilité à la douleur, la sensibilitéthermique et le sens musculaire. Par contre la sensibilité tactile n’est que diminuée, La conjonctive de l'œil droit, la

muqueuse nasale du côté droit, la moitié droite du pharynx sont complètement insensibles,

On peut comprimer fortement le testicule droit sans provoquer aucune douleur,

Sens. — L'ouie et l’odorat sont affaiblis notablement du côté droit,

Le goût est complètement aboli sur toute la moitié droite de la langue,

Pas de troubles oculaires.

Zone hystérogène. — Lorsqu'on exerce une pression un peu énergique au niveau de la partie droite de l’hypogastre immédiatement au-dessus du pli de l’aine, le malade accuse d’abord une vive douleur, puis il sent comme une boule qui lui monte du ventre à la gorge; sa respiration devient anxieuse, et si on l’interroge sur ce qu'il éprouve, il se plaint d’avoir des bourdonnements dans les oreilles; des battements dans les tempes; puis sa vue se brouille et il menace de tomber, les choses s'arrêtent là, et l’aura ainsi provoquée n’est pas suivie d'attaque.

État mental. — Depuis l'accident dont il a été victime, le malade est triste, apathique, il cause peu; parfois il pleure sans motif, Il n’a plus la vivacité d'esprit, l’entrain, qu’il avait autrefois, mais son intelligence paraît intacte. Par contre sa mémoire est affaiblie; il le sait et il s’en plaint. « Il y a des jours, dit-il, où j'oublie tout ce que je viens de faire et d’autres jours je me rappelle très bien. » Cependant il nous a raconté l’histoire de sa maladie, à plusieurs reprises, sans trop d’hésitation et sans trop varier dans ses assertions.

Enfin le malade accuse toujours cette céphalée gravative incessante et prédominant dans la région occipitale qui est apparue dès la seconde semaine après la collision. Dès qu'il se met à lire, son mal de tête s'accroît. Il a souvent des vertiges. L’appétit est médiocre, les digestions sont pénibles, il étouffe et il a le sang à la tête après le repas. NET:

Le 6 juillet le malade demande sa sortie. Nous l’avons revu et examiné à nouveau le 25 juillet, puis le 4 et le 26 août. Il n’y a rien de changé dans son état. Il présente exactement les mêmes symptômes que nous avions constatés pendant son séjour dans le service de la Clinique. Il a toujours des attaques, une ou deux par semaine en moyenne. Mais il existe Chez lui actuellement, de la diplopie monoculaire et un rétrécissement concentrique et permanent du champ visuel (examen du 26 août), signes qui faisaient encore défaut à l’époque où le malade a quitté l'hôpital.

Il est difficile, en vérité, de ne pas reconnaitre dans l’histoire clinique du cas de railway-spine qui précède, l'association d'un état neurasthénique des plus nets à l’hystérie. Si, actuellement, les symptômes de l’une et l’autre névrose se trouvent réunis chez ce malade de façon à constituer un complexus en apparence autonome, il n’en à pas toujours été ainsi. Les signes de la neurasthénie ont apparu chez Claw… trois semaines environ après l’accident dont il a été victime. Une céphalée constrictive, tenace, généralisée, mais prédominante à l’occiput, une zone médiocrement douloureuse, située à la partie inférieure de la colonne lombaire, l'appétit nul, des digestions pénibles, un affaiblissement général, de la tristesse, la mémoire amoin-

drie, voilà quels sont lés troubles qu’il a tout d’abord accusés, En quoi cet état diffère-t-il du tableau symptomatique de la névrose de Beard? Or, ce n’est qu'un mois plus tard que ce sont montrées les premières manifestations hystériques, telles que la parésie, le tremblement des membres du côté droit et les attaques. Le sujet a donc été pendant un certain temps seulement neurasthénique. Après quoi, conformément à une évolution sur laquelle M. Charcot a plusieurs fois appelé l’attention, l’hystérie est venue s'ajouter à la neurasthénie déjà existante. Celle-ci a précédé un moment celle-là. La dissociation clinique des deux névroses lorsqu'elles se combinent ainsi chez le même individu, est donc parfaitement légitime, elle répond à la réalité des faits; elle n’est pas seulement une vue de l'esprit, puisque l'hystérie et.la neurasthénie peuvent apparaître successivement chez le même malade, comme elles peuvent se montrer isolément sur des sujets différents.

La présence de l’hystérie chez notre patient, ne saurait, je pense, faire l’ombre d'un doute. Une hemianesthésie droite totale absolue pour le toucher, la douleur, la sensibilité thermique et le sens musculaire, un rétrécissement concentrique du champ visuel des deux yeux, l'abolition du goût dans toute la moitié droite de la langue, un affaiblissement très appréciable de l'ouiïe et de l’odorat du même côté, une zone hystérogène, des attaques caractérisques, que faut-il de plus? Je ne vois vraiment pas par quels artifices de dialectique on pourrait arriver à démontrer que cetassemblage de symptômes et de stigmates hystériques n’est pas, purement et simplement, de nature hystérique.

Il est vrai que MM. Oppenheim et Thomsen ont cru trouver dans la ténacité des anesthésies chez les traumatisés un caractère qui permettrait de les différencier des anesthésies vraiment hystériques. L’anesthésie des traumatisés, disent-ils, est toujours tenace ; elle ne présente pas cette mobilité, ces changements capricieux qui caractérisent les anesthésies hystériques. Mais cet argument ne vaut pas. Il est né, M. Charcot (1) l’a parfaitement dit, « de l’idée relativement fausse que l’on se fait en général du tableau clinique de l'hystérie chez la femme. Chez le mâle, en effet, la maladie, quelle qu’en soit la cause, se présente souvent comme une affection remarquable par la permanence et la ténacité des symptômes qui la caractérisent. Chez la femme au contraire, — et c’est là ce qui semble faire la différence capitale entre les deux sexes, pour qui ne connaît pas à fond la maladie chez la femme, — ce que l'on croit être le trait caractéristique de l'hystérie, c’est l’instabilité, la mobilité des symptômes ».. Or cette mobilité, cette fugacité n’est pas, tant s’en faut, notre maître l’a montré par de nombreux exemples, un caractère univoque de la maladie hystérique, même chez la femme. Chez elle, il y a des hystéries aux stigmates permanents, d’une stabilité inéluctable, résistant pendant des années entières yoire même des dixaines d’années, aux interventions les mieux conduites.

Un autre argument invoqué à l'appui de leur thèse, par les mêmes auteurs, c'est que l'état psychique des traumatisés n’est pas celui des hystériques.Ges derniers sont, ND NT manner nrpe VA pre st pete et RC 4. Leçons sur les maladies du système nerv., t. II, p. 252.

dit-on, d'humeur fantasque, changeante, le plus souvent indifférents ou gais. Les traumatisés sont au contraire toujours tristes, mélanmenttouli,sco srque par desrêves effrayants, des hallucinations hypnagogiques ; leur mémoire présente de nom breuses lacunes ; leurs facultés intellectuelles sont amoindries. Tous ces désordres dans l’état mental constitueraient, si l’on en croit MM. Oppenheim et Thomsen, une psychose spéciale appartenant en propre aux traumatisés et complètement étrangère à l'hystérie proprement dite.

Cependant, si l’on examine un à un les divers éléments qui, par leur assemblage, forment cette prétendue psychose, on n’en découvre véritablement aucun qui ne soit connu déjà comme appartenant au tableau clinique, soit de la neurasthénie, soit de l’hystérie.

La tristesse, la mélancolie, l’apathie intellectuelle ? Mais M. Charcot à déjà montré que chez le mâle en particulier, la dépression et la tendance mélancolique s’observent le plus communément dans les cas d’hystérie les plus accusés, indépendants de tout traumatisme, les moins contestables. Et puis les changements d'humeur, les caprices n'existent pas toujours nécessairement dans l'hystérie de la femme. Ces troubles’ ne sont donc pas caractéristiques de l’hystérie, Tout cela n’a rien d’absolu, Il y a des hystériques mâles qui sont gais, et l’on peut rencontrer des femmes hystériques d'humeur toujours mélancolique, tristes, déprimées, à la manière des traumatisés, alors même que le traumatisme n’est pas à l'origine de leur névrose.

Les rêves effrayants auxquels l'accident dont les malades ont été victimes sert très souvent de thème, les visions d'animaux, les hallucinations... etc., mais tout cela c’est la monnaie courante de l’hystérie.

Il y a encore l’affaiblissement de la mémoire, la torpeur intellectuelle. Est-ce qu’il n’est pas banal de rencontrer de purs neurasthéniques que leur état d'apathie, leur dépression mentale, leur mémoire troublée rendent incapables de se livrer à leurs occupations habituelles ? Qu’ont donc de spécial les troubles psychiques des traumatisés ? En réalité, ils ressortissent les uns à la neurasthénie, les autres à l’hystérie. Leur association chez un même individu ne légitime pas plus la création d’une psychose nouvelle, que la combinaison de l’hystérie et de la neurasthénie ne constitue une névrose particulière, qui serait la névrose traumatique.

Il est certain que cette superposition des symptômes de la neurasthénie aux stigmates hystériques s’obscrve plus habituellement chez les traumatisés. Mais il ne faut pas oublier que le traumatisme n’a nullement le privilège de déterminer l’apparition de cet état complexe dans lequel l'hystérie et la neurasthénie se développent côte à côte.

Souvent le choc physique a fait défaut ou n’a pas atteint le malade ; celui-ci n'a été ni contusionné, ni commotionné le moins du monde, Il a seulement éprouvé au moment où l’accident s’est produit, une frayeur plus ou moins vive, une émotion soudaine. On dit alors qu'il y a eu shock nerveux. Cette expression fait image ; mais elle ne saurait évidemment signifier autre chose, dans l’espèce que : émotion subite.

Il faut se garder de la prendre trop à la lettre et ne pas s’imaginer, sous prétexte que dans « shock nerveux » ily a « shock », qu’un sujet qui devient hystéroneurasthénique, par exemple, pour avoir failli être tamponné en traversant la voie ferrée, est malade au même titre que tel autre voyageur qui a subit les effets matériels et psychiques d'une collision. Le premier de ces malades n'appartient plus à la série traumatique. Son cas &oit être rangé dans la catégorie des hystéries provoquées par une émotion quelconque. Si l’on veut faire passer les faits de cet ordre à l'actif du railway-spine ou de la névrose traumatique, nous demanderons en quoi le shock nerveux éprouvé par un individu qui voit avec terreur une locomotive arriver sur lui,mais qui peut se sauver à temps sans être atteint, diffère du shock nerveux de tel autre individu qui apprend tout à coup qu’il a perdu sa fortune ou qui voit périr son fils de mort violente (1). Dans tout cela, où est le traumatisme, et, partant, que devient la névrose traumatique (2) ? »

Rétractions fibro-tendineuses dans les paralysies spasmodiques par lésions organiques spinales, dans les paralysies aleooliques et dans la contracture spasmodique hystérique. (Pied bot hystérique (3). Voir la Lecon 17 (2° Malade, pp. 381, 384).

« Considéré en soi, le premier sujet sur lequel je vais appeler votre attention n'offre plus guère actuellement qu’un intérêt purement rétrospectif. La malade dont

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