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pourra pas bénéficier des effets de la suggestion hypnotique. Mais la suggestion à l’état de veille pourra être efficace en ce qui concerne la paralysie, suivant la méthode dont je vous ai donné les règles dans une lecon de l'an passé. En dehors de cela l'hydrothérapie, les toniques, les reconstituants seront de mise. Il va de soi enfin, qu'il conviendra d'engager notre pauvre malade à renoncer aux usines ou l’on fabrique le sulfure de carbone ; mieux vaudra pour lui, si les forces lui reviennent,reprendre son métier de terrassier.
M. Cnarcor : Le second malade sur lequel je viens aujourd’hui appeler votre attention est un jeune homme nommé Ch...ey, âgé de vingt-quatre ans, exerçant la profession de couvreur. Il est élancé, fluet, comme vous voyez, d’une figure plutôt agréable et d'allure quelque peu féminine.
Cependant,de très bonne heure, il a été attiré vers l’autre sexe, et c’est jus-' tement dans une affaire de femme qu'il est devenu victime de l'accident, ou mieux de l'attentat, dont nous allons, dans un instant, reconnaître les conséquences encore très accentuées, malgré les atténuations que le temps ya apportées.
L'événement auquel je fais allusion marque dans sa vie, et il a voulu en consacrer le souvenir sanglant par une inscription obtenue par le procédé du tatouage, qu'on lit sur la partie supérieure et interne de son avant-bras gauché: «Mort aux femmesinfidèles. » C’estauxinfidèles, auxinfidèles seulement que la menace s'adresse et à cet égard par conséquent il se montre moins pessimiste que le grand poète qui, lui, pèche peut-être par excès de généralisation lorsqu'il dit de la femme, qu’elle est perfide comme l'onde: « false like water. »
Mais ce n’est ni Le cas ni le lieu d’entrer ici dans une discussion scabreuse et j'en reviens aux circonstances de l’accident déjà signalé.
Donc, notre homme, qui alors comptait seize ans à peine, — c'était le 12 mars 1880, — il était bien jeune encore, vous l’avouerez pour courir les femmes, — se pritunenuit de querelle avec des «Italiens». Les agresseurs étaientils bien des « Italiens », comme il le prétend ? Je l'ignore, et peu importe du reste. Quoi qu'ilen soit,Ch....ey fut frappé par derrière, et reçut dans la partie supérieure du tronc, à la base du cou, un coup de couteau qui parait avoir pénétré profondément. Vous pouvez encore reconnaître parfaitement vers les deuxième et troisième vertèbres dorsales, à un ou deux centimètres à droite des apophyses épineuses, la cicatrice presque verticale, longue de 3 centimètres environ qui marque encore le lieu où l’arme est entrée.
Messieurs, vous n’ignorez sans doute pas, au moins d'une façon sommaire, l’histoire chirurgicale des plaies de la moelle épinière qui se produisent dans
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les conditions semblables à celles que nous venons d'indiquer à propos de de l'accident dont notre malade a été victime. Un homme présente le tronc incliné en avant, l’agresseur le frappe par derrière vers la partie médiane tantôt et le plus souvent au niveau de la troisième ou la quatrième vertèbre dorsale (cas de Müller, cas de Joffroy et Salmon), rarement plus bas vers la région dorso-ombaire (cas de Viguès). L’arme pénètre entre les lames vertébrales, non sans doute sans effraction, et, chose remarquable en raison de certaines combinaisons sur lesquelles je ne puis m’étendre, la moelle épinière subit, le plus souvent, à cé qu'il semble, une section hémilatéraie du côté opposé à celui où l'arme a traversé la peau, quelquefois fort régulière, et qui ferait presque envie à un expérimentateur (1).
Cas de Müller. Fig, 45. Cas de Müller.
a. Le couteau. Hémisection gauche de la b. La moelle épinière. moelle épinière,
c. Corps vertébral.
d. Apophyse épineuse.
Chez notre homme le coup de couteau a frappé à droite de l’épine, et c'est, ainsi que l’on en pourra juger d’après la symptomatologie quiva se dérouler devant nous, sur la moitié latérale droite de la moelle épinière que la lésion a porté.
Vout n’ignorez pas, très certainement, que Les lésions de ce genre sont graves au premier chef. Je vois dans les observations du groupe que j'ai parcourues, que les sujets ainsi frappés meurent huit jours quinze jours, au plus, après l'accident (2).
Or, vous voyez que notre malade a eu de la chance puisqu'il a échappé à
4. Voy. W. Müller Beitrage zur Patholog. Anatomie und Physiologie des Menschlichen Rückenmarke. Leipzig. 1871. T. I, fig. 4 et 2.
2, Voir Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, t. TI, p. 403 et t. Il,p. 132. — Là se trouvent résumées les observations de Joffroy et Salmon et celles de Viguès.
ce qui parait être la règle. Geci et certains détails de l’observation me porte à émettre ici une hypothèse que nous essaierons de légitimer tout à l'heure! C’est que chez lui, il n’y a pas eu section hémilatérale gauche complète, mais seulement piqüre ; l'arme avait pénétré sans doute au sein de la moitié gauche spinale, mais seulement par la pointe; et si, à l’origine, lessymptômes, comme vous l’allez voir, ont été ceux qui se rapportent à une section hémilatérale, c’est que rapidement se serait produit autour de la solution de continuité un processus inflammatoire limité, véritable myélite transverse hémilatérale gauche, équivalant quant à la forme paraplégique produite, à une section véritable. Mais, me direz-vous, dans un instant, lorsque je vous exposerai l’évolution des phénomènes paraplégiques, les symptômes spinaux ont été immédiatement portés au maximum avec tous leurs caractères particuliers et l’on peut penser qu'un processus inflammatoire consécutif nécessite pour se constituer un temps plus ou moins long ? — Cela est vrai, mais à cette objection je répondrai par avance que suivant une fort importante remarque de Brown- Séquard dans ces lésions hémilatérales de la moelle épinière, une simple piqûre portant sur une des moitiés de l’organe, équivaut, pour ce qui est des effets immédiatement observés, à une hémisection complète ; seulement, bien entendu, les effets de la piqûre sont en général transitoires, tandis que ceux de la section sont permanents ; il y aurait donc lieu d'admettre que, chez notre malade, dans les premières heures ou jours après l'accident, les symptômes ont relevé de la seule piqüre, tandis que plus tard ils doivent être rattachés à l'hémimyélite développée consécutivement au traumatisme.
Cette même hypothèse dont nous allons tout à l'heure chercher la justification dans l’histoire clinique de notre malade, expliquera de plus comment, par suite de la rétrocession des phénumènes d'irritation consécutive, le malade a pu survivre et même guérir, du moins partiellement.
Il est intéressant de recueillir de la bouche du malade des renseignements relatifs aux premiers effets de la blessure ; il nous apprend qu'il est resté tout d’abord pendant un temps assez long, parfaitement conscient et nous n’avons aucune bonne raison de douter de sa sincérité ou de la fidélité de sa mémoire.
« Je ne me suis pas aperçu, nous a-t-il dit vingt fois, que j'avais reçu un coup de couteau dans le dos. Seulement je suis tombé tout à coup ; c’est ma jambe gauche qui s’est dérobée sous moi. Il m'a semblé que cette jambe était cassée, brisée, qu’elle ne m'appartenait plus. On m'a aidé à me relever et j'ai essayé de me tenir debout. Mais ma jambe gauche s’y est refusée et je me suis affaissé de nouveau. »
D'après ce récit donc, que nous avons toute raison de croire correct, la paraplégie, l’hémiparaplégie motrice du moins, se serait immédiatement produite, conséquence dans notre hypothèse de la piqûre supposée.
Porté presque aussitôt après l'accident, à l'Hôtel-Dieu,Ch..…..ey y fut admis dans le service de chirurgie, dirigé par M. le professeur Richet,
C'est là seulement qu’il parait avoir perdu conscience, et il y a dans ses souvenirs relatifs à cette époque une lacune de deux ou trois jours. — Il y aurait eu de la fièvre pendant ces jours-là et quelques-uns de ceux qui suivirent; il a le souvenir d'avoir entendu parler de températures montant à 41°,
Une autre particularité sur laquelle il insiste offre de l’intérêt parce qu’elle semble établir, conformément à notre hypothèse, l'existence d'un processus myélitique, qui, à un moment donné, aurait dépassé les limites de la moitié latérale gauche de la moelle. Je veux parler d’une retention d'urine qui aurait duré plusieurs jours et aurait nécessité plusieurs fois l'emploi de la sonde. Ce symptôme-là n'appartient pas à l’hémisection latérale traumatique simple, c’est-à-dire dégagée de toute complication.
Quoi qu'il en soit, ce qui paraît bien établi, c’est qu’à son réveil le membre inférieur gauche était complètement inerte, paralysé, tandis que le membre inférieur droit était parfaitement libre de ses mouvements, mais par contre complètement insensible à toutes Les excitations auxquelles les assistants de la clinique le soumettait. Evidemment c’estle syndrome de Brown-Séquard qu'on avait sous les yeux et le malade a entendu plusieurs fois retentir à ses oreilles le diagnostic : hémisection latérale de la moelle épinière. De fait, aujourd’hui encore, il parait fort au courant des caractères du syndrome introduit dans la science par Brown-Séquard et l’on comprend à écouter ce qu'il en dit, qu'il a souvent entendu disserter là-dessus des personnes compétentes.
Mais il ne sera peut-être pas inutile pour quelques-uns d’entre vous, que je rappelle ici très sommairement ce que j'entends par Syndrome de Brown- Séquard. Quelques-uns disent, remarquez-le en passant, Maladie de Brouwn- Séquard au lieu de syndrome. Je préfère de beaucoup le premier terme et je m'y attache. C’est qu’en effet il ne s’agit pas là d’une maladie autonome, mais seulement d’un ensemble symptomatique pouvant se rattacher à des affections très diverses. Ainsi en dehors de l’hémisection il y a lieu de signaler parmi les causes qui peuvent produire le syndrome, les lésions de nature très diverse, myélite, tumeurs intra-spinales ou extra-spinales, syphilitiques ou non, méningites caséeuses ou autres, ayant pour effet d’affecter profondément sur un point, le tissu de la moelle épinière dans une de ses moitiés latérales ou d’en déterminer la compression. Mais il suffira de parler de ce quiconcerne la lésion traumatique ; c’est l'espèce du reste que Brown-Séquard a surtout considérée et ce qu'il en dit d’ailleurs peut s'appliquer, mutatis mutandis, fort aisément aux autres espèces. Chez les animaux donc,notre illustre ami a montré qu'une section hémilatérale complète de la moelle épinière déterminait régulièrement la production d'un syndrome, dont il a, sous le nom, si je ne me trompe, d’hémiparaplégie spinale avec hémianesthésie croisée, déterminé avec le plus grand soin les caractères cliniques. Il lui a été facile ensuite de montrer que ces caractères-là se trouvent représentés chez l'homme avec une exactitude parfaite dans Les cas où une blessure spinale reproduit scrupu-
leusement — ce qui comme on l’a dit, n’est pas tout à fait rare — la lésion expérimentalement provoquée. En quoi consiste donc la symptomatologie dont il s’agit ? Je ne ferai pour ainsi dire qu'énumérer et je vous renvoie pour plus de détail aux travaux du maître.La section porte,je suppose, commedans notre cas, sur la moitié gauche de la moelle, et voici alors ce qu’on observe:
A. Du côté gauche (côté correspondant à la lésion spinale) — plusieurs des données qui vont suivre sont empruntées à la clinique de l’homme, postérieure, sur ce point, aux études expérimentales, mais il n’est guère douteux qu'on les retrouverait chez les animaux avec tous leurs caractères: — 1° Paralysie motrice complète avec flaccidité du membre inférieur, fait déjà connu de Galien ; — à un moment donné exagération des réflexes tendineux, tendanceà la contracture ; — 2° La peau de cemembre est hypéresthésiée, et l'hypéresthésie remonte plus ou moins haut sur l’abdomen ou le tronc, suivant la hauteur de la lésion spinale : elle est limitée de ce côté par une ligne presque horizontale; — obnubilation ou perte du sensmusculaire; — 3° Elévationrelative delatempérature; — 4° Atrophie musculaire plus ou moins rapide parfois avecréactions dégénératives ; —5° Quelquefois troubles trophiques articulaires (arthrite du genou). |
B. Du côté droit (côté opposé à la section) : 4° Anesthésie cutanée de tout le membre inférieur, remontant sur l'abdomen ou le tronc où elle se limite, plus ou moins haut,par une ligne plus ou moins horizontale ; — 2° Pas d'élévation de température de ce côté ; — 3° Pas traces de paralysie motrice, pas d’atrophie, pas d’exagération des réflexes ; — 4° Quelquefois troubles trophiques cutanés. (eschare fessière).