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l'hypothèse l’existence de ces reliquats de l’hémiparaplégie spinale avec anesthésie croisée. Il est un point cependant sur lequel il ne faut pas glisser et qui aura dû vous frapper, c’est que du côté du tronc la ligne qui limite l’anesthésie dysesthésique ne remonte pas aussi haut, il s’en faut de beaucoup, que cela
devrait être dans les cas, comme le nôtre, où la lésion est supposée avoir porté au niveau des troisième ou quatrième vertèbres dorsales. Ainsi dans le cas de Müller (Fig. 16) qui pour la plupart des détails est comparable au
nôtre cette ligne remontait jusqu’au niveau de l’aisselle tandis que chez notre malade (V. /ig. 17),elle passe en avant par le pli de l’aine tandis qu'en arrière elle ne remonte pas même Jusqu'à la taille.
Fig. 17.
HémipZégie spéciale avec hémianesthésie croisée. a. Côté anesthésié.
b. Côté de la paralysie de mouvement.
e. Cicatrice de la plaie. .
Voilà sans doute une anomalie singulière, inexplicable en apparence. Mais il importe de ne pas oublier que l'observation de Müller est relative à un cas
récent; le malade ayant succombé au bout d’une quinzaine de jours, tandis que chez Ch...ey l’accident’ remonte à huit ans. On peut donc admettre très légitimement ici, je pense, que ces modifications relatives à la distribution de l’anesthésie qui à l’origine devait s'étendre par en haut jusqu'au voisinage de l’aisselle, est une conséquence de la restitution progressive des parties lésées de la moelle.
C’est d’ailleurs en se rétrécissant de la périphérie vers le centre qu'a diminué progressivement le champ d’anesthésie dans plusieurs cas d'hémiparaplégie spinale, résultant de la compression par pachyméningite caséeuse portant sur un seul côté de la moelle, observés par M. Rosenthal et qui se sont terminés par la guérison (1). |
Eu résumé, messieurs, je ne m'arrêterai pas plus longtemps sur ce cas qui vous offre, suivant moi, un intéressant exemple d’hémiparaplégie spinale avec anesthésie croisée, par lésion traumatique de la moelle épinière, terminé par la guérison, guérison incomplète sans doute, mais néanmoins fort acceptable encore telle qu’elle est.
Je m'en tiendrai, relativement à ce cas, à ce qui précède si il ne me venait pas à l’instant un scrupule. La raison en est que le malade en question m'a été adressé par un de mes élèves fort versé dans la connaissance des choses neuropathologiques, et dont je tiens Les opinions en grande estime, comme un exemple d’hystérie traumatique. Les raisons principales en faveur de cette opinion alléguée par notre collègue, sont d’abord les anomalies que présente actuellement chez notre homme, sur certains points, le syndrome hémiparaplégie spinale, ainsi, par exemple, la limite d’anesthésie du côté droit placée trop bas pour une lésion de la moelle située au niveau de la 3° ou 4 vertèbre dorsale. |
Mais, déjà, par avance, nous avons répondu chemin faisant, à ces arguments et relevé en particulier que la dysesthésie n’est pas autant qu'on sache, un phénomène hystérique. Nous ne croyons pas nécessaire d’y revenir à nouveau.
Notre collègue suppose que tous les phénomènes d’hémiparaplégie spinale survenus chez notre homme se sont développés chez lui par le mécanisme de la suggestion, dans le temps où en conséquence du choc nerveux produit par l'accident, son état mental pouvait être comparé à celui des hypnotiques dans la période somnambulique. Les dissertations faites autour de lui, lorsqu'il a été porté à l’Hôtel-Dieu dans un service de chirurgie, et relativesau syndrome de Brown-Séquard auraient été chez lui la cause de la réalisation toute psychique de ce syndrome.
Voilà une interprétation que nous ne saurions certes pas admettre. Vous n'ignorez pas en effet que dans les cas hystéro-traumatiques les paralysies avec
1. Günslige formen von Hemilâsion des Rückenmarkes. Wien 18817.
ou sans anesthésie qui se produisent en conséquence du choc local ne ge réalisent pas du premier coup, en général. Elles n ‘apparaissent qu’à lasuite d’une sorte d'incubation. J'ai beaucoup insisté là-dessus et je crois devoir y insister encore à propos du cas présent. Ce n’est pas en effet pour avoir entendu parler des symptômes liés à l'hémiparaplégie spinale que notre homme a créé psychiquement et réalisé objectivement toute la symptomatologie : non, cela n’est pas acceptable, car il est absolument démontré par les détails de l’observation, que chez le malade cette symptomatologie s'était déjà réalisée immédiatement après l'accident : avant même son admission à l’Hôtel-Dieu.
Je repousse donc absolument toute ingérence de l'hystérie dans la production du syndrome de Brown-Séquard chez notre malade,et je rattache ce syndrome à la lésion traumatique de la moelle épinière. Mais je n'irai pas jusqu’à prétendre que notre jeune malade est tout à fait exempt de phénomènes hystériques et je reconnais toute la valeur de quelques phénomènes relevés par notre collègue chez notre malade en dehors de l'hémiparaplégie et qui l'avaient conduit à supposer que celle-ci même pourrait bien, elle aussi, être de nature hystérique.
Ch...ey dont nous avons déjà signalé l’encolure un peu féminine, et aussi les excès vénériens et alcooliques, ne s’est pas présenté à l'hôpital dans l'espoir d’ M être débarrassé des reliquats de son hémiparaplégie. De cela, il a pris son parti et il n’attend pas grand’chose des ressources de l’art. Mais il avait toussé, craché du sang ; c’est pour cela qu'il est venu demander seCOUrS ; Or, Un examen attentif a fait reconnaître qu'il n'existait en réalité aucune trâce ‘de lésion pulmonaire et l’on a été conduit à admettre qu'il s'agissait ici d'une de ces hémorragies névropathiques si communes chez les sujets hystériques: un examen du champ visuel qui signalait un léger retrécissement semblait venir à l'appui de cette idée; enfin on ne saurait ne pas tenir grand compte des antécédents héréditaires du sujet qui sont assez fortement accentués : son père en effet est aliéné et il est actuellement interné à l’asile de Ville-Evrard ; sa grand'mère maternelle a été sujette à des attaques d’hystérie.
Je ne me refuserai donc pas à admettre que l'élément hystérique soit représenté chez notre homme, mais très certainement, tout n'est pas hystérique chez lui et en particulier j je crois pouvoir affirmer que le syndrome de Brown- Séquard relève ici d’une lésion spinale organique et nullement de la lésion toute dynamique: ou fonctionnelle, en tout cas non appréciable pour nos moyens actuels d'investigation qui paraît être le substratum des symptômes hystériques.
—__———————— “xp, deja Soc, de Typ, - Noizer. .,8, r« Campagne-Première, Paris.
Policlinique du Mardi 13 Novembre 1888