‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 32 sur 174 · LUS · texte numérisé non relu

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d'ivresse, était demi-idiot et presque sourd, tandis que les trois autres, nés dans d’autres conditions, étaient parfaitement intelligents (4).

Nous pourrions signaler également des faits du même genre relevant de la pathologie expérimentale ; c’est ainsi que MM. Mairet et Combemale rapportent dans un travail présenté récemment à l'Académie des sciences (2) qu’une chienne ayant été alcoolisée par l’absinthe de débit,il survint dans sa descendance au deuxième degré, chez un des produits un pied bot avec atrophie de plusieurs orteils et une gueule de loup ; chez un second produit, un atrophie du train postérieur.

C’en est assez sur ce point. Il est temps d'en revenir à notre malade; lui n’est pas un « Edmond »; c'est, parait-il, un enfant parfaitement légitime; aussi n’avons-nous pas à nous étonner de voir l'alcoolisme du père retentir sur lui septième enfant, sous la forme de paralysie infantile spinale, alors que six de ses frères et sœurs avaient déjà succombé en bas âge à la suite de convulsions.

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Nous venons de reconnaitre, dans l’histoire pathologique de B...ot l'existence de deux périodes successives : l’une, la première, marquée par la production de la paralysie spinale infantile; l’autre, la seconde en date, par celle de la paraplégie alcoolique ei de divers autres phénomènes toxiques du même ordre.

Il est dans cette histoire une troisième phase qu'il nous reste à étudier maintenant, et dont le début apparent a été signalé parle développement de crises convulsives à retour fréquent. Ces crises se sont pour la première fois montrées il y a près de deux ans pendant le séjour à l'hôpital Laënnec; elles

subsistent encore, dans toute leur intensité. Il paraît au moins fort vraisem-

blable que l'affection à laqueile elles appartiennent et dont elles constituent la manifestation la plus saisissante, a été déterminée en conséquence d’une vive contrariété, on pourrait même dire d’un vrai chagrin. À ce propos, pour bien établir la situation, 1l nous paraît nécessaire, désormais, de mettre en lumière chez notre malade tout un côté de son caractère et de ses mœurs que jusqu'ici nous avons laissé dans l’ombre. A cet égard, après ce que nous vous en avons dit précédemment vous pourriez le considérer peut-être exclusivement comme un être grossier et crapuleux, ne parlant guère que l'argot

1. Voir: Ribot. L'hérédité psychologique, p. 254. 2. Influence dégénérative de l'alcool sur la descendance, 5 mars 1888,

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et la langue verte. Ce serait une erreur, messieurs, et aussi une injustice. Il y a quelque chose de tout cela en lui, bien certainement, et plus qu'il n’en faudrait, mais il y a aussi autre chose. B... sans doute, n’a pas été un parfait écolier, tant s’en faut ; il ne songeait dans ce temps-là qu’au jeu; c'était dans l'acception rigoureuse du mot un mauvais élève, un cancre fort indiscipliné, très batailleur, et, en somme, au sortir de l'école, savait-il à peine lire et écrire!

Plus tard, par un retour singulier, il s’est rattrapé à cet égard en fréquentant régulièrement et avec quelque zèle, lorsqu'il était apprenti, les cours du soir. Actuellement il écrit non sans orthographe et non sans quelque prétention à l'élégance du style.

Il fait même des vers dans lesquels, sans doute, la mesure laisse souvent fort à désirer, mais où l’idée poétique n’est pas toujours absente. C'est le genre érotique qu'il cultive surtout ; mais dans les vers comme dans la prose c’est plutôt la quintessence qu'il vise et non les bassesses. Les arrangements de sa toilette sont conformes à son langage; ses infirmités ne le découragent pas : il est coquet et porte habituellement une brillante cravate rougeenmême temps que ses cheveux, très pommadés, sont disposés, comme il le dit « à la Capoul » ; c’est donc un élégant, dans son genre, et il se vante d’avoir,gràce à ses avantages, fait au lavoir, où on le désigne sous le nom caractéristique de « Don Juan », de nombreuses conquêtes.

Peut-être, à cet égard, fait-il le fanfaron ; toujours est-il que pendant longtemps il n'avait recherché que les amours légères ; tandis qu’un beau jour, il s'est laissé prendre à l'amour sérieux. De fait, à Laënnec il s’est amouraché d’une jeune infirmière qu'il voulait épouser à tout prix, et c’est justement à la suite du chagrin causé par le refus formel des parents de la jeune fille que sont survenus les accidentsnerveux variés qu'il nous reste maintenant à décrire.

Et d’abord relevons que pour réagir contre les effets dépressifs du chagrin B... a plus d'une fois alors cherché les consolations dans l'abus des boissons alcooliques, dont il s'était pendant quelque temps tenu éloigné, si bien qu'il fut pris à cette époque d’un accès de delirium tremens ; mais les attaques convulsives qui se sont, comme nous l'avons dit,pour la première fois manifestées vers le même temps sont-elles, elles aussi, au même titre que le délirium tremens, de nature toxique ?

À cet égard, messieurs, je me rattache absolu nent à l'opinion professée par M. Magnan (1). |

Il n'existe pas suivant moi d’épilepsie à proprement parler alcoolique.

Oui, sans doute, l’épilepsie existe souvent chez un alcoolique ou dans sa descendance, mais la cause toxique joue uniquement ici le rôle d’un agent

4, Magnan. Influenve de l'alcoolisme sur les maladies mentales. Genève, 4878.

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