‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 40 sur 174 · C. Analgésie · texte numérisé non relu

C. Analgésie

rien d'intéressant pour nous. Après avoir servi pendant vingt-huit mois dans l’armée, il a été réformée pour myopie avec choroïdite chronique : après cela il a travaillé comme homme d'équipe au chemin de fer de l'Est pendant sept mois ; plustard il a fait le métier de plombier pendant plus de deux ans, après

quoi il est entré à Tours dans une fabrique de minium où il a été employé au « blutage ». C’est là que, pour la première fois, il a souffert à plusieurs reprises de coliques de plomb.

Quelques jours après la cessation de sa dernière colique pour laquelle il a été soigné à l'hôpital de Tours, c’est-à-dire en septembre 1888, il a commencé à s'apercevoir un matin au réveil que sa main gauche était le siège de fourmillements et que le membre supérieur de ce côté tout entier était devenu faible, pesant et lourd ; en même temps, à plusieurs reprises, il avait ressenti une tendance à défaillir qui l’avait, dans la rue, obligé à s’appuyer contre le mur et qui avait été précédée toujours par une sensation de constriction à la gorge, des sifflements d'oreilles, des battements dans les tempes, ete. Tels ont été les premiers symptômes relatifs à la maladie nerveuse que nous avons à considérer actuellement. Celle-ci n’a fait depuis que s’accentuer de plus en plus et c’est en raison de l'impossibilité où elle le met de travailler pour vivre qu'il est venu nous consulter le 49 octobre 1888.

Voici en quelques mots l’état actuel du malade: teinte jaunâtre et pâle des téguments ; liséré saturnin très net.

Les troubles permanents de la sensibilité sont disposés comme vous pouvez le reconnaître sur le schéma que je vous présente: Anesthésie cutanée absolue sur le membre supérieur gauche, se terminant en « gigot » du côté du tronc ; sur la main, il y a seulement analgésie; analgésie de toute la moitié gauche du tronc et de la face. En avant, l’analgésie du tronc s'arrête au-dessous de l’hypocondre gauche, tandis qu’en arrière elle comprend la fesse. Le membre inférieur gauche est indemne de troubles de la sensibilité, tandis . qu'à droite, au contraire, ceux-ci occupent la cuisse et les deux tiers supé-

rieurs de la jambe gauche ; disposition croisée du reste fort singulière et certainement peu commune.

Plusieurs points ou plaques hystérogènes: l’une d’elles, la principale, occupe l’aine et une partie du flanc gauche ; quand on presse sur ce point, on détermine les phénomènes de l’aura, qui d’autres fois se produisent spontanément, ainsi que nous l'avons indiqué déjà.

Un autre point hypéresthésique possédant à peu près les mêmes propriétés que le précédent siège sur le testicule gauche ; un troisième occupe la limite inférieure du tiers supérieur du mollet droit; un quatrième enfin se trouve sur la partie médiane de l’épine, un peu au-dessus de la région lombaire.

Double rétrécissement concentrique du champ visuel plus prononcé à gauche qu à droite (fig 28) ; diplopie monoculaire, pas de dyschromatopsie. L'odorat et l’ouïe ne paraïssent pas sensiblement modifiés. Le goût au contraire est à peu près aboli des deux côtés.

Revenons actuellement sur ce qui est relatif au membre supérieur gauche ;

de ce côté, il n’y a pas, à proprement parler paralysie mais seulement parésie.

Le dynamomètre pressé par la main gauche donne 25, tandis que pour la main droite il donne 80, — Aucune participation à la parésie, soit du membre inférieur, soit de la face. Remarquez que sur le membre parésié, les troubles de la sensibilité, déjà très prononcés en ce qui concerne la peau, sont pour le moins tout aussi accentués en ce qui concerne la sensibilité profonde; ainsi partout excepté à la main où le malade conservequelques notions des mouvements imprimés aux doigts ou au poignet, le sens musculaire est complè-

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Fig. 28.

tement aboli et l'on peut tordre, distendre les articulations du coude et de l’épaule avec violence sans produire la moindre sensation. Il y a là un contraste entre les troubles de la sensibilité et ceux des mouvements, fort remarquable assurément, et qui paraît appartenir aux seules paralysies hystériques ; non pas qu’on le rencontre, bien entendu, dans tous les cas de ce genre, mais parcequ'on ne le trouve jamais, que je sache, en dehors de ces Cas-là.

En voilà assez pour bien établir chez notre malade, l'existence de l’hystérie classique.

Rien n’y manque, anesthésies sensitives et sensoreilles, points hystérogènes, etc. constituant des stigmates permanents, monoplégie d'un caractère spécial; et, pour ce qui est de l’attaque, si elle ne s’accuse pas sous une forme très accentuée, elle est représentée cependant par l’aura, d'une façon très caractéristique.

Un mot, en terminant, sur les modifications quise sont produites dans le caractère chez notre homme, depuis qu'il est devenu hystérique. Autrefois

gai, plein d’entrain, il est devenu maintenant triste, apathique sans courage. Il recherche la solitude, fuit la société des camarades. Il s'émotionne facilement et pleure parfois sans motif. Les nuits sont tourmentées par des rêves terrifiants qui le réveillent en sursaut: Il se croit sur un toit ou sur un chemin bordé d’un précipice, et à chaque instant il se sent menacé de tomber du côté du gauche. Il croit qu’à la suite de sa chute imaginaire il perd un instant connaissance. En tous cas, il se réveille avec des sifflements dans les oreilles,des battements dans les tempes, le serrement bien connu de lui, de la gorge. De cela suit que l’on est porté à supposer que les cauchemars en question sont liés jusqu’à un certain point au développement de l'aura provoquée elle-même, peut-être au moinsen certains cas, par la pression des zones hystérogènes déterminée inconsciemment par le malade durant son sommeil.

Peu importe du reste, pour le moment, que, pour ce qui concerne le dernier point,il en soit ainsi ou autrement. J’ai voulu surtout relever les modifications psychiques très accentuées, observées chez notre malade, afin de montrer une fois de plus que ces modifications-là n’appartiennent pas, ainsi que quelques auteurs l'ont prétendu, aux seules hystéries déterminées par un traumatisme.

Policlinique du Mardi 4 Décembre 1888

SEPTIÈME LECGON

1° Relation de l’autopsie du sujet atteint de chorée présenté | dans la dernière lecon.

2° Cas de chorée vulgaire chez une jeune fille âgée de 12 ans. Hérédité nerveuse et antécédents personnels névropathiques très chargés.

3° Cas d’hystéro-neurasthénie survenue à la suite d’une

collision de trains chez un employé de chemin de fer âgé de 56 ans.

4 Deux cas de paralysie infantile spinale présentant quelques anomalies.

M. Cuarcor : Conformément aux sombres prévisions dont je vous faisais part mardi dernier, notre pauvre malade atteint de chorée aiguë a succombé dans la nuit du 27 au 28 novembre, c’est-à-dire dans la nuit même du jour où il avait été présenté à la leçon. — Voici comment les choses se sont passées.

La nuit du 26 au 27 avait été relativement calme ; mais la stupeur, ainsi que je vous l'ai fait remarquer au moment de la leçon, était portée à un haut degré ; la langue était sèche: les mouvements choréiques, atténués d’une façon remarquable, n'étaient plus représentés que par des espèces de soubresauts des tendons. N'oubliez pas cette teinte bleuâtre des téguments et cet amaigrissement énorme sur lequel j’appelai votre attention.

Dans la journée du 27, l'état persiste tel quel, sans modification très marquée. Le soir, même prostration, même stupeur ; langue toujours sèche, déglutition difficile. Le pouls qui, ce matin, était à 120-130, ne donne plus maintenant que 80, mais la lempérature qui était à 38, s’est élevée à 38,8. La mort a eu lieu à 5 heures du matin.

Je crois intéressant de vous faire connaître les résultats de l’autopsie qui a été pratiquée vingt-huit heures après la mort. Je me bornerai à extraire du protocole, les détails qui nous intéressent particulièrement.

Cadavre très amaigri. Pas d’es chares au sacrum. Rigidité cadavérique très prononcée ; elle l'était déjà sept heures après la mort.

Cräne : pas de pachyméningite ; l’arachnoïde et la pie-mère ne sont ni épaissies ni opalescentes ; la seule altération à signaler ici est l’adhérence en plusieurs points de la pie-mère à l'écorce cérébrale des hémisphères, si bien que sur certains endroits on ne peut détacher cette membrane sans entraîner un peu de la couche la plus superficielle de la substance corticale. C’est là la

Fig. 29.

seule altération qu'il ait été permis de constater, à part un certain degré de congestion de l'écorce des hémisphères. Rien à noter du côté des ventricules, non plus que sur les coupes nombreuses pratiquées dans les parties centrales du cerveau. Rien du côté du cervelet ni du bulbe : la moelle épinière, à l'œil nu ne présente aucune trace d’altération. |

Muscles des membres : Is sont durs et présentent une teinte noirâtre. :

Cœur : Aucune trace de péricardite. Le cœur est un peu augmenté de volume, principalement le ventricule gauche. Celui-ci pèse 270 grammes.

Ses cavités contiennent, surtout à droite des caillots noirâtres, évidemment formés pendant l’agonie.

La valvule mitrale saine sur sa face ventriculaire, présente tout le long de son bord libre,sur la face auriculaire, une couronne non interrompue de petites végétations verruqueuses, très nombreuses, déjà anciennes très certainement, dures, tapissantle bord libre de la valvulesur une hauteur de 1 à3 millimètres.Pas de dépôts fibrineux sur ces végétations ; aucune d'elles n’est ulcérée, déchirée, et l’on est conduit à la suite d’un examen attentif à affirmer qu'aucune parcelle ne s’en est détachée pour former une embolie.

La valvule mitrale reste souple d'ailleurs, dans toutes ses parties et le rétrécissement pendant la vie était certainement fort peu prononcé. Aucune altération à signaler sur les autres valvules et orifices.

Poumons et plèvres sains.

Foie de forme, de couleur et de volume normaux. Il pèse 4.400 grammes.

Rate normale 110 grammes ;

Reins : pas d'altération.

Aïnsi, en résumé, à part les quelques adhérences de la pie-mère à l'écorce cérébrale signalées sur certains points des hémisphères cérébraux, sans localisation déterminée, les résultats de l’autopsie sont purement négatifs et viennent à l'appui de l'opinion émise par nous mardi dernier à propos de la nature des accidents devant entraîner, suivant nous, l'issue fatale. Bien évidemment, ces accidents-là ne relevaient pas d’une lésion organique appréciable par nos moyens d'investigation, et, à cet égard, le rapprochement que nous avons proposé d'établir entre l’état de mal épileptique et l'état de mal choréique se trouve justifié.

Aer Marape

Je vous présente actuellement une jeune fille âgée de 12 ans, atteinte de chorée vulgaire; le début s’est faitle 14 novembre ; vous voyez que les mouvements choréiques, qui d’ailleurs ne sont pas fort intenses,sont accusés particulièrement du côté gauche, ils sont cependant très appréciables aussi à droite.

Je vous ferai remarquer en passant que les gesticulations s’atténuent un peu à l’occasion des mouvement intentionnels ; ainsi,lorsqu’il s’agit de porter à la bouche un verre ou une cuillère. Ce phénomène n'est donc pas l'apanage, comme quelques-uns paraissent l’avoir supposé, des chorées chroniques.

Rien au cœur. On assure que cette jeune fille n’a jamais souffert de rhumatisme articulaire aigu.

Voilà donc un cas fort banal incontestablement, en ce qui concerne l'expression symptomatique et je ne vous l’eusse point présenté s’il ne devait pas nous fournir cependant un certain enseignement à propos de notre pauvre choréique de 49 ans. Je faisais ressortir l’autre jour qu’à mon avis l'hérédité nerveuse jouait dans l’étiologie de la chorée un rôle beaucoup plus important qu’on ne l'avait jusqu'ici supposé. Sans doute le rhumatisme articulaire aigu figure souvent dans l'arbre généalogique des choréiques comme il figure dans leurs antécédents héréditaires ; mais les maladies nerveuses n’y font pas

défaut non plus, ct bien des fois même elles y règnent d'une facon prédomi-

nante ; tel est en particulier le cas de la jeune malade que nous avons sous les yeux.

Voici d'abord ce qui est relatif chez elle aux antécédents personnels.

Depuis l’âge de 6 ans, cette enfant s’est montrée sujette à des crises de colère, à des sortes d'accès de rage et de. méchanceté tels que ses parents ont dû demander,lorsqu’elle avait atteint 8 ans, son admission à Sainte-Anre. Après sa sortie de cet asile, elle s’est montrée moins difficile à vivre, mais parfois encore fort emportée.

Elle est extrêmement peureuse; elle regarde à plusieurs reprises sous son lit, tous les soirs avant de se coucher. Elle a des idées fixes, des manies qui font qu’elle reste des heures entières à s’habiller,à se peigner. Pas de troubles de la sensibilité générale ou spéciale ; pas de rétrécissement du champ visuel. Rêves fréquents la nuit, surtout depuis le début de la chorée, lesquels portent presque toujours sur une petite sœur morte récemment de la rougeole. C'est

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l'émotion éprouvée à l'occasion de celte mort qui parait avoir dureste provoqué chez notre jeune malade le développement de l'affection.

Ajoutons en passant les traits suivants qui la marquent du sceau de la « dégénération physique ». Face asymétrique; front plus bas à droite qu’à gauche; nez dévié vers la droite; tout le côté droit de la face et du crâne est plus petit que les parties correspondantes du côté gauche.

La bosse pariétale droite est plus proéminente que la gauche et située plus en arrière. |

Actuellement, je vais mettre sous vos yeux le pedigree denotre jeune malade et vous allez reconnaitre jusqu’à quel point il'est chargé de tares nerveuses.

COTÉ PATERNEL COTÉ MATERNEL UN PUCES PS RS SN TT EE Un frère du père est mort Père, 45 ans. MÈRE, 38 ans. aliéné à l'âge de 30 ans. Rien de nerveux, pas de Plusieurs atteintes de manie Une cousine germaine du rhumalisme. puerpérale à la suite de ses père est «un peu folle » et a dernières grossesses.

des attaques de nerfs.

/ —— nr ee ‘ 8 enfants dont 3 morts en bas âge.

Une des sœurs de la malade, âgée de 10 ans, a eu plusieurs attaques de rhumatisme articulaire.

Notre malade, âgée de 12 ans, choréique ; — a des idées fixes, des terreurs morbides, des accès de colère et de rage, etc.

Voilà un exposé qui certes n’a pas besoin de cemmentaires.

2e MaraAbE

Je saisis avec empressement l'occasion qui s'offre d'étudier avec vous un cas relatif à la prétendue névrose spéciale qui serait produite par les collisions de chemin de fer et que l’on désigne quelquefois sous le nom de Æailway- Spine où Raihway-Brain. Plusieurs fois déjà je vous ai exposé l'opinion que je

professe, relativement à la nature de ces cas. Il n’est point, vous ai-je dit et répété, une seule des aflections nerveuses dontl'ensemble forme ce que j'appelle la famille neuropathologique qui ne puisse apparaitre comme conséquence du

schock nerveux ressenti dans un accident de chemin de fer. À savoir: paralysie agitante, épilepsie, vésanie, sclérose en plaques, etc., etc.

Mais, dans la règle, c’est (É neurasthénie et l’ hystérie, soit isolées soit combinées l’une avec l’autre en proportions diverses, qui s'offrent en pareille occurrence Compliqués où non de lésions organiques. On pourrait dire, si je ne me trompe, que dans ces conditions un peu spéciales des collisions de trains, s’il y a production d'une affection nerveuse purement dynamique, c’està-dire ne relevant pas d’une lésion matérielle appréciable, cette affection-là consistera dans la majorité des cas, — normalement si l’on peut ainsi parler, — dans la combinaison de deux névroses parfaitement autonomes, d’ailleurs indépendantes l’une de l’autre nosographiquement, mais qui semblent avoir l’une pour l’autre une grande affinité et coexistent en conséquence très vulgairement chez un même sujet. J'ai nommé la neurasthénie d'une part et l’hystérie de l’autre.

Le sujet que vous avez sous les yeux offre ainsi que vous le verrez un exemple de ce genre. Il ne représente pas, sans doute, dans l'espèce, un fait de première gravité; les accidents nerveux dont souffre notre homme se montrent cependant chez lui sous une forme assez accentuée, assez typique,pour devenir l’objet d’une analyse clinique.

M. V...lois est âgé de cinquante-six ans. Il est employé au chemin de fer du Nord. Il y exerce depuis longtemps la fonction de chef de train. C’est, vous le voyez,un homme d'apparence robuste, trapu, — râblé comme on dit quelquefois, — aux traits énergiques.

Autrefois il était vaillant, actif, plein d’entrain, pas du tout émotif. Tout cela a changé depuis le mois d’août, c’est-à-dire depuis cinq mois, époque où a eu lieu l'accident que je vous dirai tout à l'heure. Avant d’en venir là, ilsera bon d'insister un peu plus sur les antécédents de notre malade.

L'étude des antécédents de famille ne fournit aucun renseignement intéressant. Père mort d'un cancer du larynx à l’âge de 36 ans ; la mère n’a jamais souffert de maladies nerveuses : réponses également négatives en ce qui concerne les autres parents. Aïnsi,ni la diathèse nerveuse, ni la diathèse arthritique, autant qu'il le sache du moins, ne se trouvent représentées dans la famille, Il n’en est pas tout à fait de même en ce quile concerne personnellement. S'il est vrai qu'antérieurement à l'accident il n’a jamais souffert d’une affection nerveuse quelconque, il faut relever que, par contre, il a éprouvé deux accès de goutte parfaitement caractérisée et siégeant au lieu d'élection ; le premier accès il y aun an, en décembre 1887 ayant duré quinze jours, l’autre à peu près de même durée, vers le milieu de juillet 4888.

Au malade : Vous n’avez jamais eu la gravelle, des coliques néphrétiques?

Le malade : Non, monsieur.

M. Charcot: Je remarque en passant qu’il ne présente pas de concrétions tofacées sur les oreilles.

Au malade : Vots avez eu la goutte deux fois? Où siégeaient la douleur et le gonflement,. ;

Le malade : Oui, monsieur, chaque fois elle a duré de dix à quinze Jours, Le gonflement était sur les deux orteils. — (Il désigne les articulations métatarso phalangiennes des gros orteils.)

M. Charcot: À quelle époque la douleur était-elle surtout vive ; la nuit ou le jour?

Le malade : Oh ! monsieur, c'était la nuit ; je ne pouvais jamais dormir: cela s’apaisait le matin, dans le jour. J'ai eu aussi plus tard une éruption sur la jambe gauche qu’on a appelée un eczéma variqueux.

M. Charcot : Allons, bien certainement c’est de la goutte qu'il s’est agi dans ces deux accès, il n’y a pas à s’y tromper.

- Au malade : Avant cet accès de goutte, vous n'avez jamais été malade ?

Le malade : Non, monsieur, jamais je n’avais connu la maladie.

M. Charcot: Vous avez servi?

Le malade: Oui, j'ai été aux chasseurs d'Afrique. J'ai fait la guerre d'Italie ; J'étais à Magenta, à Palestro, à Solférino. J'ai pris part aussi à plusieurs combats en Afrique, mais c'était presque insignifiant.

M. Charcot : Il est attaché à la compagnie du chemin de fer du Nord, depuis 1874, comme chef de train. Il n'avait, — j'y insiste, — depuis cette époque jamais été arrêté dans son travail, lorsque le 17 août dernier, alors qu’il conduisait un train de marchandises, le fourgon dans lequel il se trouvait, fut, à l’occasion d’une manœuvre de gare, renversé par une locomotive qui le croisait perpendiculairement et littéralement broyé, paraît-il, en mille pièces.

li ne saurait trop dire ce qui s'est passé en ce moment-là ; ce quil en raconte il le tient des assistants. Il lui semble cependant, mais il n’en est pas bien sûr, qu'au moment de l'accident il aurait entendu un cri de détresse partant de l’autre train! « Oh! ça y est.» Toujours est-il qu'il fut relevé, sans connaissance, au milieu des débris du fourgon écrasé. La collision avait eu lieu à Villeneuve-Saint-Georges ; il fallut environ une demi-heure pour le transporter à la gare de Paris d’abord, puis à l'hôpital de Lariboisière, et, pendant tout ce temps, il est resté inconscient. |

Il n’est peut-être pas hors de propos de relever ici cette amnésie relative aux circonstances de l’accident. Elle est à peu près la règle dans les grands shocks nerveux et même dans certains cas de ce genre on peut observer ce phénomène remarquable de l'amnésie rétrograde que M. le professeur Azam de Bordeaux a bien étudié (4) dans ces derniers temps.

Dans ces cas, le malade a perdu non seulement le souvenir de,ce qui s’est passé depuis le moment de l'accident, jusqu’à son retour à la connaissance,

1. Troubles intellectuels provoqués par les traumatismes cérébraux. Arch. gén. de Médecine 1881, février, p. 129.

mais encore le souvenir de ce qui s’est passé pendant une période de terips, plus ou moins longue, antérieurement à l'accident,

Et à ce sujet, permettez-moi d’entrer dans une courte digression pour vous dire quelques mots d’un de ces faits d’amnésie rétrograde dont j'ai été directement le témoin. Le 23 mai 1885 vers 9 heures, le matin — alors que je me rendais comme de coutume en voiture à la Salpétrière, — sur le boulevard Saint- Germain, non loin de l’église Saint-Bernard,une femme qui traversait le boulevard et était parvenue sur la partie de la chaussée qui est pavée de bois, n'entendit ni le bruit de la voiture ni les cris de mon cocher et fut renversée par mes chevaux. La voiture continua à rouler, quoi qu'on fit pour l'arrêter, pendant quelques instants encore et heureusement la pauvre créature, pendant tout ce temps fut épargnée par les chevaux qui passèrent de chaque côté d'elle sans la piétiner sérieusement, puis par les quatre roues de la voiture qui ne la touchérent point. Elle fut immédiatement transportée chez une crémière du voisinage où je la suivis.

Elle était sans connaissance, pâle, dans la résolution, et portait au-dessus du soureil ganche une plaie verticale, de 1 centimètre de longueur à peine, peu profonde, avec léger thrombus, et qui saignait médiocrement. Elle reprit connaissance peut-être trois minutes après l'accident. Alors je la fis se tenir debout et je constatai que, à part la petite plaie ci-dessus décrite, elle ne présentait heureusement aucune lésion traumatique de quelque importance. Une fois debout, elle commença à répondre à mes questions et d’un air fort étonné faisant signe qu’elle ne comprenait rien à la situation, elle nous fit connaître qu'elle ne se rappelait nullement avoir-été renversée par une voiture, ni même avoir traversé le boulevard, ignorant pourquoi elle était sortie. On lui demanda son nom ; elle ne put le trouver qu’au bout de quelques instants et: quand on lui demanda où elle demeurait, il lui fut impossible de le dire. Sur ces entrefaites, se présenta un monsieur qui nous dit qu'elle était sa bonne, qu’elle demeurait dans le voisinage. Elle reconnut parfaitement son maitre mais il ne lui fut pas possible de dire l’adresse de la maison où il demeure. Cette femme parlait d’ailleurs très facilement, avec une certaine volubilité mème, sans le moindre embarras dans l’articulation des mots.

C’est vous dire, messieurs, que vous ne devrez jamais donner créance sans réserve aux récits que vous font volontiers les malades lorsque vous les interrogez sur les circonstances de l’accident dont ils ont été victimes. Ces circonstances, dans la règle, ils ne les connaissent que pour les avoir entendu narrer par les assistants, et j'ajouterai même que souvent, il se crée à ce propos dans leur esprit une sorte de légende, à laquelle ils accordent volontiers la confiance la plus absolue et qu'ils s’habituent à raconter naïvement,. sincèrement, comme si elle représentait la réalité même. Tel a été le cas d'un pauvre diable dont j'ai raconté l’histoire dans Le troisième volume de mes Lerçons sur les maladies du système nerveux. (Appendice, p. 4H et suiv.) Il avait été renversé

par une voiture et, contrairement à la réalité, il était poursuivi jusque dans ses rêves par la persuasion que les roues lui avaient passé sur le corps. Plusieurs fois, dans son sommeil troublé on l’a entendu s’écrier : « Arrêtez ! ne fouettez pas le cheval, il va m'écraser! ah! la voiture me passe sur le corps. » Et cette même doctrine, pendant la veille il la soutenait encore avec l’ardeur que communique une conviction profonde et il se fâchait « tout rouge » quand on faisait mine d'en contester la valeur.

Mais il est temps d’en revenir à notre chef de train. — Une fois à Lariboisière il reprit connaissance et on reconnut là qu'il ne présentait aucune blessure sérieuse; il portait des contusions sur diverses parties du corps, le côté droit du thorax, les genoux, la tête; voilà tout. Il put quitter l'hôpital au bout de quatre jours et se rendit chez lui où il garda le lit pendant une vingtaine de jours à cause d’une angioleucite qui s'était développée sur toute l'étendue de l'un des membres inférieurs. Il affirme que pendant ces vingt-cinq jours qui ont suivi l'accident, il ne ressentit, — à part les douleurs liées aux contusions, — aucun malaise nerveux, et lorsque guéri de son angioleucite, il quitta son lit, il croyait bien en être quitte,je ne dirai pas pour la peur, puisqu’il n'avait pas eu peur, du moins consciemment, mais pour toutes les petites misères qu'il avait traversées sans encombre. De fait, il se sentait fort dispos et se préparait en conséquence à reprendre très sérieusement son travail.

C’est alors qu'il s'aperçoit pour la première fois que tout son être a subi une modification profonde. Il lui semble qu'il a perdu une partie de ses forces physiques, mais cela l'inquiète peu d’abord ; il est convaincu qu’il les reprendra par l’action : ce qui l’inquiète, ce qui le trouble profondément c’est que dans lagare où il s’est rendu plusieurs fois, à titre d'essai, les coups de sifflet le font tressauter et l’agacent d'une façon épouvantable. Quand passe un train en marche, il ne peut voir tourner les roues des wagons sans être pris d’un vertige qui l’affole. Il lui semble qu'il est attiré vers le train qui devra l’écraser. Et il ne s’agit pas là d’une émotion relative seulement aux choses du chemin de fer, car ces mêmes vertiges, ces mêmes tressautements, ces mêmes malaises indescriptibles, ces mêmes terreurs il les éprouve dans la rue lorsqu'il voit passer une voiture, lorsqu'un cocher fait claquer son fouet. A plusieurs reprises, il retourne à la gare pour s'aguerrir, comme il dit, mais toutes ses tentatives sont inutiles ; elles restent sans effet et il acquiert ainsi Ja triste conviction qu'il lui sera impossible pendant longtemps de reprendre son service. |

Il s'aperçoit bien vite que son caractère est changé ; il est sans cesse envahi par des idées tristes ; il est devenu émotif, au plus haut degré. Lui, l'ancien soldat qui plusieurs fois a pris part à des combats et qui plus tard S'est trouvé comme chef de train mêlé à des accidents de chemin de fer, dont quelques-uns fort graves, il pleure aux plus futiles motifs. I1 n'ose plus traverser seul les rues, il sy sent étourdi, il craint d'être écrasé par les voi-

tures, troublé qu'il est par les moindres incidents, les moindres bruits. Il a, dit-il, la tête vide ; il n’a plus de mémoire ou pour le moins il ala mémoire très lente. S'il veut penser à quelque chose, combiner quelques idées, disposer quelque projet dans son esprit, il se sent bientôt la tête fatiguée. Si pour se distraire il prend un journal, à peine en a-t-il lu quelques lignes qu'il est obligé de le quitter. C’est qu'alors il éprouve dans les régions frontales et occipitales, à la nuque, un sentiment de constriction, de pesanteur souvent très pénible. Cette sensation ne le quitte jamais complètement mais elle s'aggrave très manifestement toues les fois qu'il se produit un acte intellectuel un peu prolongé,quel qu’il soit. À ces derniers traits vous reconnaissez les caractères de cette Céphalée neurasthénique dont je vous ai entretenu bien des fois déjà et qui se développe si fréquemment, vous le savez, d’une façon progressive, en Conséquence du surmenage intellectuel, de l'anxiété produite par les affaires, d’un chagrin enfin.

lei ce ne sont pas des efforts d'intelligence ou des chagrins qui ontété en jeu ; le mal s’est produit en conséquence d’un shock nerveux, d’un ébranlement soudain et il est intéressant de voir le même résultat déterminé par le fait de causes aussi différentes en apparence.

Ainsi, de par les symptômes céphaliques, voilà notre sujet nettement constitué comme neurasthénique : Céphalée spéciale, amnésie, vertiges, aboulie, tristesse, émotivité, etc., etc., rien d'’essentiel n’y manque. Nous avons cependant encore à ajouter les traits suivants : Les nuits sont mauvaises, elles sont habituellement tourmentées par des rêves pénibles, quelquefois terrifiants. Ces rêves ne sont pas relatifs aux détails de l'accident dont du reste il n’a pas été témoin, témoin conscient du moins ; ils ne portent même pas, chose assez curieuse du reste, sur des accidents de chemin de fer, dontila dû cependant entendre parler bien souvent ; non, il rêve de batailles, il se revoit à Palestro, à Magenta, en Afrique. Une des nuits précédentes, il a rêvé que des voleurs s'étaient introduits dans sa maison.

Vous n'ignorez pas que les troubles nerveux qui constituent la neurasthénie cérébro-spinale ont souvent un retentissement sur les viscères et en particulier sur l'estomac ; alors se produit une forme de dyspepsie à laquelle convient le nom de neurasthénique. Les choses sont ainsi en réalité chez notre malade. Bien qu'il ait conservé l’appétit, le matin sa bouche est souvent mauvaise, amère, pâteuse ; à peine aux repas les aliments sont-ils introduits dans l’estomac que celui-ci se gonfle, se ballonne, et peu après se produisent des gaz dont l'expulsion est pénible. « Le sang,» pendant et peu après le repas,monte à la figure. On ressent de la fatigue, du malaise un besoin impérieux de dormir. Cela, chez notre malade contraste singulièrement avec ce qui existait autrefois : quoique goutteux, il n'avait « jamais senti son estomac » et il est bien établi que la dyspepsie en question ne date que du jour où les symptômes de neurasthénie céphalique ont commencé à s’accentuer.

Parmi les autres symptômes neurasthéniques qui me paraissent devoir être signalés encore à propos du cas, je relèverai d'abord un affaiblissement

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Fig. 30.

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Fig. 31.

génital très prononcé et développé en quelque sorte tout à coup : puis, en dernier lieu une diminution très marquée de la force de pression dynamomé:trique. Ainsi tandis qu’un homme vigoureux de son espèce, et tel qu'il l'était,

autrefois devrait donner par exemple.80° de la main droite, il ne donne lui que 28°, 30° au plus. Ilreste, vousle voyez, bien au-dessous de la normale. Reflexes rotuliens conservés, plutôt un peu faibles.

Nous n'avons considéré encore, jusqu'ici, messieurs, qu'un des côtés du tableau.

Ainsi que je l'ai déclaré en commençant, l'hystérie se trouve chez notre sujet combinée àla neurasthénie. C’est là une assertion qu’il s'agit maintenant de justifier. Eh bien! je releverai en premier lieu que chez V...lois, il existe à l'état permanentunrétrécissement concentrique du champ visuel,peu prononcé dans les circonstances ordinaires (fig. 30), plus marqué au contraire à la suite de ce qu'il appelle ses attaques (fig. 31), ses étourdissements, sa syncope. D'ailleurs pas d’autres troubles de la sensibilité, pas d'autres stigmates, pas d'anesthésie, pas de lésion du goût, de l’odorat,etc.,ete. Mais un rétrécissement concentrique permanent du champ visuel, comme marque hystérique, c’est déjà quelque chose, car, quoi qu’on en dise, pareil symptôme ne se voit guère, à part un ou deux cas delésionorganique aujourd’huipassablement déterminées, en dehors de l’hystérie. Il n'appartient pas en tout cas, je crois pouvoir l’affirmer en me fondant sur de nombreuses observations, il n'appartient pas, dis-je, à la neurasthénie non compliquée. Mais ily a plus, l'attaque hystérique est ici représentée nettement sinon sous la forme convulsive, du moirs sous la forme non moins typique d’un vertige avec perte de connaissance précédé de l’évolution des phénomènes caractéristiques de l'aura. «Les bruits qui éclatent dans la rue, un cri, un coup de fouet, me font, dit-il, venirmesattaques ; alors j'éprouve des étouffements au cou, je ressens des bourdonnements dans les oreilles, des battements dans les tempes ; peu après ma vue se trouble, je chancelle et je suis menacé de perdre connaissance ; je suis obligé de m'appuyer à un mur. Quelquefois même J'ai perdu réellement connaissance pendant quelques secondes ; cela m'est arrivé, dit-il, en particulier, l’autre jour rue Lafayette à la suite de l'émotion que j'ai éprouvée en voyant tomber un cheval. IL m'a été impossible de rentrer chez moi sans l’aide d’un ami qui m’accompagnait. » En voilà suffisamment, je crois, pour justifier le diagnostic hystéro-neurasthénie que nous vous proposons d'admettre pour caractériser ce cas cliniquement.

Peut-être pourriez-vous penser, messieurs, que les désordres produits par le shock nerveux chez un homme robuste, exerçant les fonctions de chef de train, devront différer sur quelques points de ceux déterminés dans des circonstances analogues chez un homme cultivé, vivant surtout des choses de l'esprit, chez un médecin par exemple. Si vous pouviez le croire, messieurs, je serais en mesure de vous détromper en vous citant l'exemple d’un de mes amis, docteur en médecine, qui,à la suite d’un accident de chemin de fer (collision de trains), dont il a été la victime en Angleterre, a présenté des symptômes tout à fait comparables, par les traits fondamentaux du moins, à ceux

que nous venons de décrire et a été, en conséquence, placé pendant plus de deux ans dans l'impossibilité absolue d'exercer sa profession. Il ne faudrait pas croire non plus que, symptomatologiquement, l'hystéro-neurasthénie développée dans une collision de trains (Railway Brain) diffère en rien d’essentiel de celle qui se développe en conséquence d’autres causes ; ce serait là encore une erreur, messieurs, dans laquelle vous ne devez pas tomber. M. le D: Mathieu (1) a bien fait voir, àpropos d'un cas qu'il m'a communiqué et que j'ai présenté à la clinique de l'an passé (leçons du mardi ; Policlinique 1887- 1888, sixième leçon,p. 62) comment la combinaison hystéro-neurasthénique,se présentant avec tous les caractères que nous lui avons reconnus chez notre traumatisé, peut se développer en dehors de toute action traumatique, de tout shock nerveux, chez un employé de chemin de fer, agent à la vérité d'un service actif (voyages de Paris à la frontière jour etnuit), et prédisposé aux affections nerveuses par son hérédité. Mais, même chez les agents qui ne voyagent pas, chez les employés de bureau, comme d’ailleurs dans toutes les conditions vulgaires du surmenage intellectuel, la névrose complèxe sur laquelle j'appelle votre attention peut se montrer revêtue parfois de tous ces attributs caractéristiques, bien que dans ces conditions-là, ce soit plutôt en général, la neurasthénie simple dégagée de toute complication qui s’observe.

Mais en voilà assez pour le moment sur ces questions que je reprendrai certainement par la suite avec plus de détails. Je terminerai aujourd'hui par quelques mots relatifs au pronostic; eh bien, le pronostic me paraît sérieux, non pas en\ce qui concerne la vie bien entendu, elle n’est nullement mena-

cée : maïs en Ce sens qu'il me paraît douteux que notre malade puisse jamais

reprendre son service. Voilà près de six mois qu'il se traite régulièrement par l'emploi des toniques, des bromures, de l'électricité statique, de l’hydrothérapie. Il a obtenu sans doute un peu d'amélioration, il dort moins mal, mange avec plus d’appétit; mais tous les symptômes, tant hystériques que neurasthéniques, persistent chez lui à un certain degré et la dernière expérience dynamométrique a donné seulement 44 pour la main droite et 50 pour la main gauche. Rien n’est plus tenace quelquefois, vous le voyez, que ces affections nerveuses purement dynamiques cependant, et mieux eut valu « pour moi », dit le malade,« une jambe cassée ».«Je vois bien, ajoute-t-il,que jamais je ne pourrai rentrer dans la compagnie puisque, comme au premier jour, je suis émotif, vertigineux, sans volonté et sans force. Le moindre bruit me fait tressaillir : Paris m'est insupportable. Je veux absolument me soustraire à tout ce bruit quis y fait: j'ai pris la résolution de demander ma retraite et d'aller vivre à la campagne, de façon à ne plus rien entendre de tout cela. »

Entre nous, messieurs, je crois qu'il est dans le vrai et je l'engage à suivre son idée.

1. Neurasthénie et hystérie combinées. Le Progrès médical, 1888, t, VIII, 6me série, p. 58.

3° er 4° MALADES

(Deux jeunes malades, l’un âgé de 12 ans, l'autre de 20 ans, sont introduits dans la salle de cours).

Les deux jeunes sujets qui viennent d’être placés sous vos yeux, sont l’un et l’autre atteints à divers degrés de l’affection assez bien connue aujourd'hui que l’on désigne assez vulgairement, d’après Duchene de Boulogne, du nom de paralysie spinale de l'enfance (1). Immédiatement, ceux d’entre vous qui sont au courant des questions qui se rattachent à ce sujet, si je leur annonce qu'il n'y à pas longtemps que les malades ont été frappés, reconnaîtront qu'il s’agit de cas anormaux. De nos deux malades en effet, l’un est agé de 12 ans et l’autre a atteint sa vingtième année ; vous n’ignorez pas que la paralysie infantile, comme on l’appelle encore sans autre adjectif, pour plus de brièveté, ne survient dans la règle que de 4 an à 3 ans ; après 3 ans les cas sont déjà rares : après 10 ans ils sont tout à faits exceptionnels. Cette anomalie relative à l’âge auquel la maladie s’est développée ne sera pas la seule que nous aurons à relever chez nos malades et c’est là justement ce qui fera leur intérêt. C’est que, messieurs, si en pathologie descriptive nous recherchons surtout les cas typiques, il n’en est pas tout à fait de même dans la clinique où ce sont principalement les cas anormaux par quelque côté qui s'offrent à notre observation et qu'il nous faut analyser et débrouiller. Or, pour mieux faire ressortir ce qu'il y a d’intéressant à relever dans nos deux cas, je crois qu’il ne sera pas inutile de vous présenter au préalable un aperçu sommaire de l'histoire symptomatologique de la paralysie infantile considérée dans sa forme classique. Je crois même qu'il conviendra, en vue même du but à atteindre, de faire appel un instant aux connaissances anatomo-pathologiques, aujourd’hui à peu près décidément fixées que nous possédons sur la matière.

En réalité, ainsi que je l’ai fait remarquer, il y a longtemps (Zecons sur les maladies du système nerveux, t. IL, p. 163, — cette leçon date de juillet 4870), la paralysie infantile peut être considérée, pour le commençant qu'on voudrait initier à la connaissance des maladies organiques du centre nerveux et de la moelle épinière en particulier, comme une maladie d'étude.

4. Synonymes : Téphromyélite ou Poliomyélite antérieure aiguë, — Cornual myelilis, etc.

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