‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 48 sur 174 · EE — SE · texte numérisé non relu

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considérablement puisqu'elle n'est plus représentée que par 1/30° à droite, 1/20° à gauche, On note que depuis le mois de mars la malade a eu, à plusieurs reprises, des phases d'amaurose plus ou moins absolue : ainsi le ven-

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dredi 30 novembre, elle a été prise presque su bitement d'une cécité complète qui l’a forcée de rester alitée ce jour-là ; le lendemain matin, elle ne distinguait que difficilement les objets. Ces symptômes avaient été accompagnés et suivis d'une forte céphalalgie. Ges phases d’empirement temooraire de l’amblyopie sont-elles le fait de l'hystérie ou de la sclérose multiloculaire ? cela me parait difficile à décider: en tout eas, il y a là un contraste fr appant avec les allures fatalement progressives de l'amaurose tabétique.

Il me reste à vous parler de la dyschromatopsie qui, dans ce cas particulier a présenté des particularités dignes d’être notées.

Note du 28 mars. — IL y a dans les deux yeux achromatopsie pour toutes les couleurs, à l'exception du bleu et du rouge, et, chose remarquable, conformément à ce qui se voit très vulgairement dans l’hystérie, surtout chez la femme, le cercle de la vision pour le rouge est plus étendu que celui de la vision pour le bleu. On sent là, si l’on peut ainsi parler, l'influence de l’'hystérie et cette influence, on peut le dire, se maintient jusqu’à la dernière limite, car dans l'examen du 5 décembre, l’achromatopsie étant devenue complète pour l'œil droit, on note que le rouge est désormais la seule couleur qui soit percue par l'œil gauche.

Voici donc sur un même sujet un mélange, une intrication, si vous voulez, évidemment fort remarquable, de symptômes oculaires dont les uns appartiennent à l’hystérie, les autres à la sclérose en plaques.

Mais vous venez de voir que si ces divers symptômes se montrent entremêlés ils ne sont point confondus cependant et qu’il est permis par l’analyse clinique . de faire la part de chacun des deux groupes.

Quoi qu'il en soit, Messieurs, il importe de le rappeler encore une fois, c’est la découverte des symptômes oculaires que vous savez qui nous à amené a reconnaître que, derrière l’hystérie se cachait, chez P..et, la sclérose

uitiloculaire des centres nerveux. L'examen de revision du complexus que nous avons dû entreprendre, à la suite de cette révélation, n’a fait qu'établir plus solidement encore l’existence de l'affection organique cérébro-spinale dont il s’agit.

Cest ainsi que nous avons été conduit à mettre eu valeur dans l'examen de notre malade toute une série de phénomènes quiautrement seraient restés dans l'ombre. À l’âge de 18 ans, c’est-à-dire antérieurement au développement des symptômes hystériques, P...et avait constaté déjà que sa vuefaiblissait, et que la lecture lui devenait difficile : « à chaque instant, elle perdait la ligne »; il lui semblait que « Les lettres dansaient » par moments de droite à gauche, et de gauche à droite. — De temps en temps, elle était prise de diplopie. — Peu de temps après,la démarche devient titubante ; elle marche « comme une femme prise de boisson ». De 18 à 20 ans, la difficulté de la marche a été beaucoup plus prononcée qu’elle ne l’est actuellement. P... et était alors obligée de se

tenir aux meubles. Plusieurs fois elle a eu des vertiges et une fois, elle est tombée, etc., elle a été un instant inconsciente (1). Vers la même époque, elle a éprouvé dans la main gauche un tremblement qui se manifestait lorsqu'elle voulait porter un verre ou une cuiller à sa bouche.

Quelques-uns de ces symptômes qui révèlent la sclérose multiloculaire sesont notablement amendés, depuis que l’hystérie s’est développée et semble avoir pris le dessus. Cependant, en outre du nystagmus et des divers phénomènes oculaires dont il a été question plus haut, on peut relever encore aujourd’hui une démarche titubante, moins accentuée à la vérité qu'autrefois, et le tremblement intenticnnel très manifeste dans le membre supérieur gauche. Les réflexes tendineux rotuliens et ceux de l’avant-bras sont exagérés; il n’y a pas, aux membres inférieurs, de trépidation spinale provoquée.

Bien qu’elle soit une affection organique, ces amendements temporaires de divers symptômes ne sont pasrares, tants’en faut, dans la sclérose en plaques, et ils constituent même jusqu’à un certain point un des caractères cliniques de la maladie. Ils peuvent se produire, vous le savez, — car c’est un point sur lequel j'ai, dans mes leçons, l'habitude d’insister, — ils peuvent se produire à plusieurs reprises dans le cours de l’aflection, surtout lorsqu'elle est encore de date récente: J'ai vu, par exemple, en pareil cas, la paraplégie spasmodique s’amender et disparaitre même complètement deux ou trois fois avant de s'établir d’une façon définitive. Combien de fois ne vous ai-je pas fait reconnaître que le tremblement intentionnel des extrémités supérieures, après avoir été très prononcé pendant de longs mois, s'efface temporairement quelquefois pour réapparaitre un jour ou l’autre. Ces allures singulières, en tant qu'il s’agit d'une affection caractérisée anatomiquement par des lésions

organiques relativement grossières, la rapprochent en quelque sorte clini-

quement de l’hystérie, maladie mobile par excellence, du moins dans bon nombre de cas, et justement l’analogie que nous signalons ici a pu souvent rendre le diagnostic fort embarrassant. Maïs ce n’est pas tout: ainsi que je l'ai maintes et maintes fois fait ressortir, il y a entre les deux affections une sorte d'affinité qui fait qu'on les rencontre très vulgairement combinées l’une avec l’autre dans des proportions et dans des relations diverses chez un même sujet. Incontestablement, d’après ce que j'ai vu du moins, lasclérose en plaques est de toutes les affections organiques des centres nerveux celle qui se combine le plus souvent à l’hystérie (2), et dans cette association, c’est tantôt la

1. A la suite de cette chute, en se relevant, elle était devenue tout à fait sourde des deux oreilles ; elle percevait seulement un bourdonnement continu et un sifflement aigu qui s'est affaibli en même temps que l’ouie tendait à se rétablir. L'examen par M. le D: Gellé, fait il y a quelques semaines, a donné ce qui suit : Affection purement nerveuse. Aucune lésion organique,conservation du réflexe binauriculaire et de la motilité normale des appareils de transmission,Montre à 45 à droite, à 20 à gauche DV —0 par faiblesse. Réflexes intacts.

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