Voir Leçons du mardi 1888-89, Leçon du 11 décembre
première, tantôt la seconde qui ouvre la marche. Bien souvent, j'ai vu les symptômes propres à la sclérose mutiloculaire se dégager en quelque sorte au milieu de symptômes hystéro-épileptiques préalablement établis de longue date, et vous voyez par contre, dans le cas qui nous occupe, la sclérose en plaques ouvrir la marche et céder le pas, au moins pour un temps, à l’hystérie.
Voilà certes une association morbide dont le souvenir mérite d’être gravé dans votre esprit etdontla connaissance dans la pratique vous épargnera bien des mécomptes.
On introduit dans la salle du cours un petit garçon d'environ douze ans; il
est accompagné par sa mère qui le lient sur ses genoux et par un de ses oncles.
M. Cuarcor. — On me signale ce cas comme un exemple de chorée molle, Nous allons voir. — En effet, il s’agit bien de chorée, et de chorée vulgaire ; mais les mouvements choréiques sont remarquables par leur lenteur. II y a dans les membres, au tronf, au cou, un affaiblissement musculaire plus prononcé que de coutume: la tête est tombante sur la poitrine; la station est fort difficile et la marche impossible. L'enfant ne peut parler. Iléprouve une grande difficulté à tirer la langue.— Je vous ferai remarquer que les réflexes rotuliens sont abolis ; — rien à l’auscultation du cœur.
M. Cuarcor (A la mère). — Quand a-t-1l commencé à s'agiter ?
LA MÈRE. — Monsieur, il y a trois ou quatre mois ; il y à trois semaines il a failli être écrasé par une voiture et c’est depuis cette époque qu'il est devenu comme paralysé. Avant cela, il faisait bien plus de grimaces, mais aujourd'hui, vous le voyez, il ne peut plus se tenir.
M.Cuarcor (Aux auditeurs). —Je vous ai bien des fois parlé des choréesmolles et je vous ai fait remarquer que la paralysie véritablement choréique ne parait pas avoir de gravité.
(A la mère): Cet enfant dort-il ?
LA MÈRE. — Très peu, monsieur; —- ses nuits sont fort agitées et il est devenu triste, indolent, depuis qu'il a ses mouvements.
M. Guarcor. — AÀ-t-il eu des rhumatismes articulaires ; a-t-il souffert dans les jointures ?
La MÈRE. — Non, monsieur, il n'a jamais été malade auparavant; il n'a jamais souffert dans les jointures.
M. Cuarcor (A la mère). — Connaissez-vous bien votre famille et celle de votre mari? Connaissez-vous quelqu'un de vos parents qui ait souffert de quelque affection nerveuse, de la goutte, du rhumatisme ?
LA MÈRE. — Ma mère, monsieur, a eu la chorée à l’âge de douze ans; elle a été toute sa vie triste, taciturne.
M. Caarcor. — C’est tout ?
LA MÈRE. — Oui, monsieur, de mon côté. — Vous connaissez son père. — Il a été atteint à 27 ans d’ataxie locomotrice. — C’est vous qui l'avez soigné: Voici l’ordonnance que vous lui avez donnée. Il est mort à 43 ans, au mois de septembre dernier, des suites de ce que l’on a appelé une méningite. Il déraisonnait. Il ne savait plus ce qu'il disait.
M. Carcor. — F'est-il agi là d’une combinaison de paralysie générale progressive avec l’ataxie ? C’est on ne peut plus probable.
(A l'oncle du malade): C'était votre frère. Vous devez bien connaitre sa famille : y avez-vous connu des malades ?
L’oncce.— Un autre de mes frères âgé de quarante-cinq ans, bien portant, a eu, à plusieurs reprises, des douleurs dans diverses jointures sans être jamais obligé de garder le lit. Notre mère était rhumatisante: elle avait les doigts tout déformés, tout tordus.
M. Cnarcor. — Tout cela, Messieurs, est singulièrement significatif. Je vous fais remarquer,une fois de plus (1), puisque l’occasions'en présente, comment dans l'arbre généalogique de cet enfant, la diathèse nerveuse occupe une large place à côté de l’arthritisme.
4, Voir Policlinique 1888-89, 2° leçon, p. #1.
IML', NOIZETTE, 8, RUE CAMPAGNE-PREMIÈRE, PARIS:
Policlinique du Mardi 18 Décembre 1888