‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 58 sur 174 · TE · texte numérisé non relu

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Policlinique du Mardi 29 Janvier 1889

DOUZIÈME LEGON

4 Cas. .— Accidents hystériques graves survenus chez une femme à la suite d'hypnotisations pratiquées par un magnétiseur dans une baraque de fête publique.

2e, 3° et 4° Cas. — Un cas de Neurasthénie et deux cas d Hystéro-Neurasthénie chez l’homme.

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Messieurs,

A côté des bienfaits de l’hypnotisme qui ont été suffisamment pronés et r même, quelquefois, peut-être un peu trop exaltés dans ces derniers temps, 1l est équitable de parler des méfaits qu’on peut, à juste titre, lui imputer. tCeux-ci arrivent parfois à constituer des accidents morbides réellement ssérieux et d'autant plus regrettables qu'ils sont,le plus souvent,la conséquence pplus ou moins directe de manœuvres pratiquées par des gens qui, sans aucun mandat soit médical, soit scientifique,sont animés par la seule poursuite d’un hbut lucratif. La malade que vous avez sous les yeux offre un exemple du sgenre parfaitement typique, car on peut dire sans amplification qu’elle est la Wvictime d'un magnétiseur pratiquant dans les baraques de foire. Il s’agit d'une femme âgée de 38 ans qui est venue nous consulter avantbhier et que, ce jour-là, nous avons admise dans nos salles. Son histoire, par “conséquent, ne m'est encore connue que très sommairement.

Je vais essayer de la compléter séance tenante en procédant devant vous à un interrogatoire. Mais, je dois vous en prévenir, nous allons rencontrer dans Paccomplissement de cette tâche des difficultés sérieuses ; la pauvre victime, en effet, a été, depuis cinq jours, placée sous le coup d’un mutisme complet, absolu. Non seulement il lui est devenu impossible d’articuler un mot soit à woix haute soit à voix basse, mais elle est incapable encore d'émettre, malgré ious ses efforts, un son, un bruit laryngé quelconque. A la vérité elle aura encore comme moyen de communiquer avec nous, la mimique qui est restée

fort intelligente, et aussi, ce qui vaut mieux, l'écriture ; car, si l'aphasie à motrice « silencieuse », règne ici d’une façon absolue, la faculté de s'exprimer « à l'aide de l’écriture est, par un contraste frappant, demeurée, ainsi que vous. ; allez le reconnaître dans un instant, parfaitement indemne. Après cela nous. aurons encore, pour y puiser des enseignements utiles à consulter, l'obser vation fort intéressante concernant cette mêmemalade, communiquée par M. le D’ Séglas à la Société médico-psychelogique, dans $a séance du 29 octobre 1888 (1).

Messieurs, rien qu'à entendre la rapide énumération des quelques traits cliniques que je viens de relever à l'instant, ceux d’entre vous qui sont au cou rant de notre enseignement des trois dernières années, ont immédiatement" compris que c’est le mutisme hystérique qui est ici en jeu. Nulle part ailleurs, en effet, vous ne rencontrerez réuni cet ensemble de symptômes caractéris” tiques. Mais je ne veux pas m’arrêter pour le moment à établir cette asser tion sur une discussion en règle, elle sera suffisamment justifiée par tout ce qui suivra. Je tiens d’ailleurs à procéder rapidement dans la démonstration des faits ; car nous ne devons pas oublier que l’hystérie est dans ses allures" parfois mobile au plus haut degré: «bien fol est qui s’y fie». Il pourrait bien arriver en somme que, sous l'influence de l'émotion éprouvée par la malade en présence de l’auditoire, l’ensemble symptomatique que nous avons sous les yeux s’évanouît tout à coup, et ainsi, à notre grand regret, l’occasion nous échapperait de vous montrer des phénomènes dont il importe que vous soyez rendus témoins.

M. Crarcor, s'adressant à la malade : Veuillez, je vous prie, vous approcher de cette table qui est là, près de moi. (La malade comprend immédiatement c@ qui lui est dit et elle s'approche de la table devant laquelle elle s'assied.) Com bien y a-t-il de jours que vous ne pouvez plus parler ? Expliquez-moi votre cas. Répondez ! ‘4

M. CHarcor, s'adressant aux auditeurs: Examinez avec soin tous les détails de la pantomime à laquelle se livre notre malade ; vous voyez, elle fait signe d’abord qu’elle ne peut rien dire : mais la voilà qui, jetant les yeux sur la table, saisit avec empressement une plume qui y a été placée à dessein près d’un morceau de papier et elle se met à écrire avec une rapidité remars quable. Il y a là déjà, — je tiens à vous le faire remarquer une fois de plus, un trait bien significatif. Vous n’ignorez pas, en effet, que les sujets chez les quels l'aphasie motrice reconnaît pour cause une lésion organique, alors même qu'ils ont conservé les mouvements des doigts de la main droite, SON dans l'immense majorité des cas, placés dans l’absolue impossibilité d’écrires À peine quelques-uns d’entre eux ont-ils gardé le pouvoir de tracer quelques.

1. Les dangers de l'hypnotisme, Annales médico-psychologiques, T° série, tome 9, Paris, 1 p. 103,

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