‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 63 sur 174 · DRE · texte numérisé non relu

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Examen du 22 janvier 1889. S Fig. 57. — Champ visuel de l'œil gauche. Celui de l'œil droit est normal.

plaque hyperesthésique occupe la partie inférieure de la cuisse gauche, au dessus du creux du jarret. Lo J Goût aboli sur toute l'étendue de la langue ; odorat aboli à gauche. Un

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examen du champ visuel pratiqué le 8 janvier 1889 fait reconnaître l'existence d'une amaurose complète sans lésion organique à gauche, le champ visuel du côté droit étant normal. Quatorze jours après, un second examen donne ce qui suit : rétrécissement très prononcé à gauche ; à droite, champ visuel normal. Dyschromatopsie complète à gauche etpolyopie monoculaire.

Ni attaques niéquivalents d'attaques. Il n'existe pas de points hystérogènes.

Les rêves dont le malade est tourmenté la nuit pendant son someil méritent une mention spéciale. Il assiste à des scènes funèbres, un corbillard passe devant lui ; il porte en terre une de ses tantes qu'il avu mourir. D'autres fois, ce sont des animaux étranges qui marchent en séries. Interrogé à l'improviste sur la question de savoir si les images qui passent devant ses yeux affectent de procéder toujours dans la même direction, il a répondu sans hésiter : « Oui : le corbillard et les animaux viennent toujours du côté sauche, se dirigeant de gauche à droite. » Or, le côté gauche est celui où siègent l’anesthésie cutanée ainsi que le rétrécissement du champ visuel. Nous aurons l’occasion de revenir bientôt sur cette circonstance et de la mettre en valeur.

Symptômes relevant de l’état neurasthénique. — Us sont tout aussi accentués que les précédents et ont, en quelque sorte, procédé du même pas. Cependant la céphalée remonte peut-être aux premiers jours qui ont suivi l'accident, seulement elle s’est fort aggravée par la suite. Elle se présente d’ailleurs avec les caractères classiques que vous lui connaissez et consiste surtout en un sentiment de compression s’exerçant à la fois sur l’occiput et sur la région frontale ; elle est constante, permanente, et s’exaspère sous l'influence des moindres efforts que fait le malade pour mettre son intelligence en jeu. Grande torpeur cérébrale : sa mémoire s’est affaiblie, surtout pour les choses récentes, mais, même pour se souvenir des choses anciennes, il est obligé de faire un grand effort ; manque de courage absolu ; idées tristes, impossibilité de concentrer ses idées. Il se sent toujours fatigué, il se couche toujours vers 8 heures du soir et se lève très tard. Tandis que la main gauche paralysée donne au dynamomètre 21 la droite donne 55. Dyspepsie flatulente.

IL est intéressant dans ce cas de voir un homme vigoureux, mais à la vérité prédisposé par hérédité aux affections nerveuses, et, en outre, affaibli par une maladie antérieure, devenir, quelques jours après un accident qui l’a, on le conçoit, profondément ébranlé, à la fois neurasthénique et hystérique.

I.—Le dernier malade quenous examineronsaujourd'hui estun homme âgé de 48 ans, nommé Laf...cque, exerçant depuis l’âge de 17 ans la profession de plombier. Il est né en Bretagne et jamais il n’a appris à lire.

Pas d'antécédents héréditaires à noter, bien que ses parents lui soient connus.

I a servi comme soldat au Mexique, puis en Algérie ; en 4870 il a été blessé à Gravelotte.

De dix-huit à quarante- -Cinq ans il a eu cinq fois des coliques de plomb.

Depuis trois ans il n’a éprouvé aucun accident de ce genre, Pas de liseré saturnin.

En 1884 il aurait eu des vomissements noirs et aurait été traité pendant quelques mois pour un « ulcère de l'estomac».

La maladie actuelle a débuté il y a deux mois sans cause occasionnelle appréciable.

Rien n'avait été changé dans l'existence de Laf...cque. Il n’est pas marié ; il gagne sept francs par jour et se nourrit bien ; il n’a pas eu, dans ces derniers temps, de chagrins, d'émotions ; il n'a pas fait la noce, et il n’a été victime d'aucun decor Il paraît d’ ailleurs qu HNeSE plutôt impassible, apathique si vous voulez, et il ne sait pas trop ce qui pourrait l'émouvoir. F

En un mot, à part l’intoxication saturnine passée, dont il ne porte actuellement aucune trace, nous ne trouvons rien dans son histoire qu’on puisse invoquer pour expliquer l'apparition des symptômes que nous allons étudier.

Le début s’est opéré progressivement, d’une façon fort singulière et bien propre,dans les premiers temps, à dépister le clinicien en lui faisant redouter le développement d'une lésion organique cérébrale :

C'était à la fin de novembre dernier. Pendant la matinée Laf.. .cque était obsédé par la vision d’une lumière de la grosseur du poing (?) dit-il, qui se plaçait devant l’œil gauche. Il avait de la diplopie; les barreaux de son échelle lui paraissaient doubles. Était-ce déjà la diplopie monuculaire qu'il M présente actuellement ? L'après-midi, la vision des lumières disparaissait, M mais alors survenait un nuage noir qui se plaçait devant l'œil gauche. C’est de cette époque que date la céphalée dont il se plaint continuellement, Les troubles oculaires ont diminué ou du moins la gêne qu'ils produisaient a disparu au bout d’une huitaine. Mais alors des troubles du côté de la langue se sont manifestés.

Il y avait une certaine difficulté à articuler les mots ; en même temps le malade s'aperçoit qu'il a perdu le goût. « Les aliments ne sentent plus es F il lui semble qu’il mange de la étre! »

Les troubles de l’ articulation ont disparu au bout d'une huitaine, mais de cette époque date une grande difficulté qu’il a de tirer la langue en dehors de la bouche, difficulté qui existe encore actuellement. Il paraît que cet organe. n’a pas été dévié soit à droite soit à gauche.

Au commencement de décembre, L...…. commence à éprouver un Certain degré de faiblesse dans le membre supérieur gauche ; la main de ce côté ne pouvait plus tenir les outils ; en même temps, il y avait par instants des four- . millements dans ce membre ; un jour, il s’est aperçu qu'il était insensible, en M voyant sa main couverte du sang d’une Mere qu'il s'était faite à un clou sans en rien sentir. 4

Quelques jours après, la faiblesse s a Éobte au membre inférieur gauche E

qui bientôt ne le porte qu'avec difficulté. L’hémiplégie a été progressive, comme on voit; elle à mis six semaines environ à se développer. Le malade entre à la Salpêtrière le 19 décembre 1888, deux mois environ

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Fig. 58 et 59.

après le début des accidents. Voici l'indication des principaux faits relatifs à l’état actuel : hémiplégie gauche hystérique avec flaccidité typique ; aucune Participation de la face, le membre supérieur gauche pend inerte ; la main de ce côté donne à peine 3 ou 4 kilog. au dynamomètre: insensibilité Superficielle et profonde de ce membre, perte des notions du sens musculaire. Même par- - ficularité pour le membre inférieur, en ce qui concerne l’insensibilité,

Le malade peut se tenir debout et marcher, mais il traine après lui, en marchant, son pied sur le soàl la manière d'un corps inerte (signe de Todd); réflexe rotulien très faible de ce côté, normal à droite.

Hémianesthésie gauche totale (douleur, température, contact). Hémianesthésie sensorielle. Ouïe : surdité complète à gauche (?) ; odorat affaibli à gauche, goût aboli des deux côtés ; rétrécissement du champ visuel

Fig. 60. — Champ visuel de l'œil gauche.

beaucoup plus marqué à gauche ; dyschromatopsie pour le violet; anesthésie de lacornée et diplopie monoculaire à gauche. Il ouvre facilementla bouche ; mais il tire très difficilement et incomplétement la langue qui paraît contracturée ; celle-ci n’est déviée ni à droite ni à gauche, mais la pointe dépasse les arcades dentaires à peine de un centimètre et demi. La déglutition, de ce fait, est aussi un peu génée.

Pas de points hystérogènes : anesthésie testiculaire gauche tandis qu’à droite . la sensibilité de cet organe est normale.

Depuis le début de la maladie actuelle, le sommeil est fort écourté ; il dure M à peine trois ou quatre heures par nuit etil est entrecoupé de rêves et de cauchemars.

Les rêves sont surtout professionnels ; il se voit sur un toit occupé à placer des corniches et des gouttières et parfois, croyant tomber, il se réveille en M sursaut ou bien il croit travailler dans un puits et illui semble tomber au fond. | | Il rêve aussi fort souvent d'animaux : il voit surtout des couleuvres, des cra=

pauds ; ces animaux lui paraissent avoir leur couleur et leur grosseur naturelle. Quelquefois, il les voit encore un instant après être réveillé. Il affirme que ces images, soit pendant le sommeil, soit après le réveil, sont toujours placées, par rapport à lui, du côté gauche, et qu’elles se meuvent de gauche à droite, reproduisant ainsi le phénomène que nous avons signalé à propos de la précédente observation. Se

Il n'y a pas à proprement parler d'attaques, mais bien des équivalents d’attaques : la nuit, dans son sommeil, souvent il étouffe, c'est comme un poids qu'il aurait sur le ventre et qui remonterait vers le creux épigastrique. Pendant le jour, il a, par moments, une sensation de boule remontant de la fosse iliaque gauche vers le creux épigastrique.

Les phénomènes neurasthéniques se sont manifestés dès l’origine et ont marché parallèlement aux symptômes hystériques : céphalée spéciale ; craquement dans le cou ; confusion des idées ; mémoire affaiblie ; abattement, découragement ; la physionomie exprime la prostration.

Rien n’est plus frappant que l’aspect et l'allure de cet homme. Il paraît, passez-moi le terme, « complètement ahuri et abruti» ; le dynamomètre donne de 58 à 60 k. seulement.

Nous aurons l'occasion de revenir sur les cas qui viennent d’être exposés, dans la prochaine leçon.

IMl, NOIZETTE, 8, RUE CAMPAGNE-PREMIÈRE, PARIS,

Policlinique du Mardi 5 Février 1889

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