‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 94 sur 174 · PR LE EL DDR · texte numérisé non relu

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exercée sur l'organisme par l'agent toxique et qu’elles ont véritablement été créées par lui, tandis que celui-ci, dans le cas de l’hystérie, ne saurait être considéré que comme une cause occasionnelle qui provoque accidentellement, en quelque sorte comme le ferait par exemple un traumatisme, la manifestation de la névrose chez un sujet prédisposé. Les amnésies, les paralysies en question, méritent véritablement, par conséquent, d’être qualifiées du nom d'oxy-carbonées pour bien marquer la dépendance étroite où elles sont vis-àvis de l’action toxique, tandis que l'hystérie, pour s être développée à la suite et en conséquence de l’intoxication, n’en conserve pas moins son individualité propre et son indépendance: elle n’est pas pour cela modifiée en rien d’essentiel ; elle reste après l'application de la cause toxique ce qu’elle eùt été, si elle se fût développée spontanément, variable dans ses formes, mais toujours la

même au fond.

C'est ici le lieu, je pense, de vous faire connaître les antécédents tant héréditaires que personnels de notre malade. Ils sont les uns et les autres parfaitement significatifs ainsi que vous allez le voir.

Son père s’est suicidé par pendaison. Cela a été, parait-il, un suicide par amour. Il était adonné aux boissons alcooliques qu’il prenait fréquemment en grand excès. Il rentrait souvent ivre à la maison et alors, se livrant à de violentes colères, il cassait tout chez lui. Devenu veuf il s’amouracha d'une femme qui l’abandonna bientôt, et c’est le désespoir que lui causa cet abandon qui le conduisit au suicide.

Le malade connaît mal ses parents du côté paternel ; sur leur compte il ne peut rien dire de précis.

Sa mère n’était pas nerveuse ; elle est morte à 60 ans, hydropique.

Une sœur de sa mère a été internée à l’asile d’aliénés de Saint-Yon, près Rouen. Les autres oncles ou tantes du côté maternel ne sont pas connus.

Ro..….el a eu neuf frères et deux sœurs, la plupart morts en bas-âge. Il ne lui reste plus qu’un frère. Ce frère s’est fracturé plusieurs fois l’une des cuisses sous l'influence de causes banales, insuffisantes à produire de tels résultats dans les conditions de l’état normal. IL éprouve depuis quelques années dans les membres inférieurs, des douleurs très violentes, apparaissant brusquement et revenant sous forme d'accès : parfois si ces douleurs le prennent pendant qu'il marche, les jambes fléchissent tout à coup, involontairement et il est menacé de tomber à terre. Il n’est guère douteux qu'il s'agisse là d'une affection tabétique.

Ce frère a eu six enfants dont quatre sont morts en bas-âge. l’une des

fillettes qui ont survécu, âgée aujourd’hui de onze ans et demi, est sujette à des crises de nerfs, pendant lesquelles elle se débat très fort. On dit que la première crise se serait produite à la suite d’une peur ? ?

Il ne sera peut-être pas hors de propos en manière de résumé de placer devant vous un tableau synoptique où vous pourrez embrasser d’un seul coup d'œil les principaux faits de l'histoire pathologique de cette famille, où la mort prématurée a sévi tant de fois, et dont les membres qui ont survécu portent avec eux pour la plupart une re nerveuse plus ou moins accentuée :

PÈRE Mère TANTE Alcoolisme — Suicide par amour (2?) O0 Aliénée — Internée dans Pendaison. un asile.

nn I LT 41 enfants morts en bas âge. FRÈRE Notre malade Ataxique. hystérique abasique.

3 TT —— 6 enfants 1 fille 4 morts en bas âge. hystérique.

Les antécédents personnels ne sont pas moins riches de faits intéressants.

Etant enfant, vers l’âge de 5 ans Ro...el eut une nuit, pendant son sommeil

— j'expose ici son propre récit — « une grande peur ». Il se vit en rêve, couché au pied d’un mur élevé qui se présentait à sa gauche. Il était étendu sur le dos et regardait avec étonnement cette muraille qui lui paraissait énorme, lorsque tout à coup par-dessus la crête il aperçut l’extrémité d’une échelle dressée de l’autre côté. Sur l’échelle se présenta un homme, au visage ensan-

glanté, portant dans ses mains un pavé énorme qu'il lui laissa lomber sur la tête. Le malheureux enfant se réveilla en sursaut, tout épouvanté. A partir

de cette époque, pendant une longue période de huit ou dix ans, presque toutes les nuits, ce même cauchemar se reproduisit toujours à peu près à la même heure, avec une régularité presque mathématique. À peine Ro...el s'était-il endormi que la muraille se dressaiït sur sa gauche, puis apparaissait l'échelle,

puis l’homme à la face couverte de sang, et enfin le pavé venant frapper sa ü

tête : à ce moment là, il se réveillait poussant des cris affreux, et sa mère accourait pour le tranquilliser. J’appelle votre attention sur ces rêves terri-

fiants, reproduisant toujours la même scène, stéréotypés en quelque sorte,

qui viennent parfois avec une régularité implacable troubler le sommeil. On les voit figurer souvent chez les enfants issus de nerveux et qui ont été euxmêmes, plus tard, victimes de maladies nerveuses diverses.

À partir de l'âge de 14 ans, il est devenu sujet à des migraines qui le font beaucoup sut et qui reviennent à peu près tous les dix ou THRES jours. Elles ne durent pas plus de vingt-quatre heures.

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