‹ Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie humaine et comparéeChapitre 11 sur 79 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

. Dos circonstances qui favorisent ou empêchent la digestion. —Modiûcations que subit cette fonction dans toute la série animale.

Dans notre dernière séance, nous avons vu que pour que la nutrition ait lieu, pour que l’aliment soit identifie' avec notre propre substance, il devait être chymifié, liquéfié (changé en chyle); nous avons compris que les molécules non liquéfiables, c’est-à-dire.non attaquables par la diastase, la pepsine, la-pancréatine, telle», que l’épiderme des animaux, les poils, les ongles, lés écailles de poisson, les pellicules qui recouvre les grai

nés, sont rejetées telles que nous les prenons.

G est ainsi que dans le fumier des animaux, que l'on a cru nourrir avec du son, on le retrouve en substance et sans altération; que dans le fumier des poissons, des reptiles et de certains oiseaux, comme le hibou, qui avalent les aliments sans les dépecer, on retrouve les dents,. les écailles, etc., de la proie qui a servi de pâture.

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Il en est de même des petites graines mêlées aux aliments, telles que les pépins de raisin, de fraise, de framboise, recouvertes d’une pellicule ligneuseJnattaquable par. les sucs digestifs, trop petites pour être broyées par les dents, elles parcourent toute l’étendue du tube digestif, sans éprouver d’altération : ces graines sont si peu altérées que, rejetées avec le résidu de la digestion, elles produisent de nouvelles plantes. Dans le fumier de la vache, se retrouve la graine du trèfle ; dans le fumier du jeune cheval dont les dents molaires ne sont point encore poussées, dans le fumier du vieux cheval dont les dents sont usées, se retrouvent les graines d’avoine, de blé, etc.

Non-seulement ces graines ont l’inconvénient de ne rien fournir à la nutrition, mais elles ont l’inconvénient bien plus grand d’agir sur l’intestin à la manière d’un corps étranger, de titiller la membrane muqueuse, de provoquer une sécrétion abondante de sérosité, et de devenir ainsi une cause d’épuisement.

C’est ainsi qu’agit la graine de moutarde blanche, dont vous avez sûrement entendu raconter les merveilleux effets; c’est ainsi qu’agissent la plupart des purgatifs minéraux, résineux, que les apothicaires peuvent réduire en poudre impalpable, déguiser sous toutes sortes de formes, mais qui n’en sont pas moins des molécules non assimilables.

Ces corps étrangers agissènt sur la muqueuse de l’intestin à la manière du grain de sable qui tombe dans l’œil : immédiatement l’œil se remplit de larmes; non que le sable contienne les éléments des larmes, mais il

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titille, irrite la membrane muqueuse qui les sécrète.

Ce que nous disons du grain de sable, des purgatifs et des molécules réfractaires à la puissance digestive, nous le dirons des molécules les plus assimilables, si elles n’ont pas été chymifiéés. C’est ainsi que les molécules de lait, de beurre, de farine, de fibrine, de graisse, causent dès indigestions, deviennent purgatives si elles sont prises en excès, ou si les organes qui doivent sécréter la diastase ^ la pepsine, \di choléine, la pancréatine, né fonctionnent pas convenablement ou cessent leurs fonctions.

Supposez pour un moment que la salive ne contienne pas de diastase, ou n’en contienne pas assez en raison de la quantité de molécules alimentaires non azotées; ces molécules non changée sen sucre, ne pouvant être absorbées, seront rejetées avec le résidu de la digestion, et nous pourrons par l’action de l’iode constater la .présence de l’amidon, comme cela arrive chez les enfants auxquels on. donne de la bouillie (de la farine), avant que les glandes salivaires sécrètent de la diastase en quantité suffisante.

Il en sera de mêmq de la bile : si elle ne contient pas de principes alcalins en quantité suffisante, nous retrouvons dans le résidu de la digestion des molécules graisseuses, comme on le remarque dans les purgations par l’huile de ricin, et par tous les corps gras pris en excès ; c’est ainsi que les aliments mêmes les plus nutritifs peuvent devenir des purgatifs violents.

C’est ainsi qu’avec une cuillerée de lait, de bouillon, de tisane et même d’eau pure, prise dans un temps

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inopportun, on se donne des indigestions tout aussi sûrement que si on prenait un purgatif.

L’eau, comme vous le savez , est un composé d’oxygène et d’hydrogène; comme les autres aliments, elle ne peut être absorbée par les vaisseaux chylifères qu’autant que les principes constitutifs sont désagrégés, c’est-à-dire qu’elle a été chymiôée et changée en chyle. Si ce changement n’a pas lieu, l’eau se change en gaz, qui se combinent de différentes manières; le plus ordinairement l’hydrogène de l’eau, se combinant avec des parcelles de soufre ou avec tout autre sel, détermine une espèce de météorisation qui s’échappe du tube digestif soüs forme d^hydrogène sulfuré, carboné, d'acide carbonique, etc.

Ces gaz, non assimilables, parcourent toute l’étendue du tube digestif, irritent la muqueuse intestinale, à la manière d’un corps étranger, et provoquent une sécrétion abondante de sérosité tout aussi sûrement que si on eût ajouté à l’eau quelques molécules purgatives métalliques ou résineuses.

La plupart des diarrhées qui surviennent pendant les grandes chaleurs, chez les moissonneurs, dans les ateliers , dans les corps militaires, à la suite de marches forcées, n’ont souvent pas d’autres causes.

Il en est de même des fruits à noyau pris en excès ; non-seulement il y a dans ces fruits une grande quantité d’eau, peut-être même dans certains un principe légèrement purgatif, mais toujours une pellicule épidermique qui n’est jamais digéi’ée.

On peut dire d’une manière générale que l’on re-

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trouve dans le résidu de la digestion toutes les matières qui n’onl point nourri, qui n’ont point été digérées.

C’est un moyen dont on s’est servi pour reconnaître si une substance est ou n’est pas nutritive.

Dans ces derniers temps, on avait cru trouver dans la gélatine extraite des débris d’animaux une grande ressource alimentaire.

On avait monté à grands frais des appareils propres à extraire, par des procédés chimiques, la gélatine contenue dans les os; cet aliment devant fournir beaucoup de matières assimilables, sous un petit volume, on en fit des tablettes, des biscuits, etc. On devait retirer de ce produit de grands avantages pour les troupes en marche et pour les hôpitaux.

Par des expériences décisives, M. le professeur Bernard et M. Baresvilles démontrèrent que la gélatine ainsi préparée n’était point nutritive; que celle, au contraire, qui était préparée par les procédés culinaires ordinaires, l’était à un assez haut degré ; après de longs débats scientifiques, il fut reconnu que la gélatine préparée par les procédés chimiques se retrouvait dans le résidu de la digestion, et que la gélatine naturelle ne s’y retrouvait pas on constata sa présence dans les fèces, dans l’urine, comme on constate la présence du cuivre, du plomb, et de toutes les substances métalliques, dans le sang, dans les chairs, dans l’urine des animaux soumis à ces sortes d’épreuves.

Vous savez que c’est un moyen dont on se sert aujourd’hui en médecine légale pour constater l’empoisonnement par l’arsenic ou par tout autre métal; par des

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procédés chimiques on ramène les molécules à l’état métallique, et par des réactifs on s’assure de leur pré^ sence tout aussi sûrement que s’il s’agissait de l’or, du cuivre ou du plomb, etc., dans la suie de cheminées qui servent à l’élaboration de ces métaux.

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