‹ Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie humaine et comparéeChapitre 48 sur 79 · GOUT · texte numérisé non relu

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nous sommes dans l’habitude de le faire glisser lentement sur la langue, de le presser contre la voûte palatine pour en opérer la division; nous divisons ainsi un fragment de sucre, une gouttelette de vin en des milliers de parcelles qui, mises en rapport avec les fibrilles nerveuses, produisent une impression qui, rapportée au cerveau, est analysée et reconnue pour être du vin appartenant à tel ou tel cru.

Cette appréciation sera d’autant plus parfaite, plus certaine que nous connaîtrons mieux les nuances qui différencient les crus.

De là, la nécessité de l’expérience, et surtout d’une grande attention, qu’on ne rencontre que dans les dégustateurs émérites.

Pour les substances à la fois savoureuses et odorantes, le concours de l’olfaction -est indispensable pour porter un bon jugement; pour s’en convaincre il suffit de se pincer le nez; dans les rhumes de cerveau on goûte mal.

La dégustation n’est possible qu’autant que la peau de la langue est nette; si elle est recouverte d’un enduit épais, comme cela arrive souvent, les nerfs, n’étant plus en rapport direct avec le corps savoureux, ne transmettent plus les impressions, ou, s’ils les transmettent, ce n’est point la saveur du corps que nous voulons déguster qui est transmise, mais la saveur de l’enduit qui est en rapport immédiat avec les nerfs : de là la perversion du goût.

Les dégustateurs savent que, pour bien goûter, il faut

ORGANKS DES SENS.

avoir la langue nette, qu’il ne faut point goûter le vin après avoir mangé des fruits.

Des expériences très-curieuses ont été faites pour déterminer l’usage des deux nerfs qui se distribuent à la surface de la langue, et' il paraît démontré que les filaments qui se distribuent aux deux tiers antérieurs de Ja langue et qui constituent le nerf Lingual servent à apprécier les saveurs acides, et que les filaments qui se distribuent au tiers postérieur, et qui par leur réunion forment le nerf glosso-pharyngien^ servent à apprécier les saveurs amères.

Si l’on présente à deux chiens de la pâtée préparée avec de la coloquinte, et de la pâtée préparée avec un acide, ni l’un ni l’autre ne voudront y toucher; mais si à l’un des chiens on coupe le nerf lingual^ à l’autre le nerf glosso-pharjngien^ le premier mangera sans répugnance la pâtée préparée avec l’acide, le second la pâtée préparée avec la coloquinte.

Dans les carnivores, la langue, molle, souple, longue, garnie de papilles nombreuses, recouverte d’un épiderme mince et humide, paraît très-apte à apprécier la saveur; mais sûrement l’animal ne peut porter la comparaison au même degré que l’homme, et d’ailleurs il mange trop gloutonnement pour que la dégustation soit complète.

Dans la plupart des herbivores, la langue est recouverte d’une couche épaisse presque cornée, qui renferme chaque papille comme dans un étui. Dans ces animaux^ la langue, ou au moins une grande partie de la langue, sert plutôt à saisir les aliments qu’à en appré-

odouat.

cier les saveurs, et dans son choix Panimal est plutôt guidé par l’odorat que par la saveur; aussi voyons-nous ces animaux, avant d’introduire les aliments dans la bouche, les flairer.

Chez les oiseaux, la langue, quoique longue et mobile, est peu apte à apprécier les saveurs : chez les uns nous la trouvons enveloppée d’un enduit gélatineux; chez les autres, presque desséchée et quelquefois recouverte d’une couche cornée. On ne trouve ni papilles à sa surface, ni nerf lingual; on ne retrouve de papilles qu’à la région pharyngienne; aussi beaucoup de ces ani* maux avalent leur nourriture sans la mâcher.

Chez les reptiles, les poissons, le peu de nerfs que reçoit la langue, son défaut ou son excès de mobilité, l’enduit qui la recouvre et l’habitude d’avaler la proie sans la mâcher, portent à croire que ce sens s’exerce par un autre organe que la langue.

Dans les classes inférieures nous ne connaissons point d’organe spécial du goût, bien que les insectes, les mollusques fassent sûrement un choix des aliments dont ils font usage.

ODORAT

De l’oJorat. — L’odorat est le sens par lequel nous acquérons la connaissance des émanations que nous appelons odeurs. Ces émanations sont des parcelles imperceptibles qui s’échappent des corps sans en diminuer sensiblement ni le volume ni le poids. Jusqu’alors les physiciens n’ont pu apprécier ni la forme ni la pesanteur

ORGANES DES SENS

de ces parcelles, qui se mêlent avec les molécules de l’air, en suivent le cours et. sont portées à de grandes distances.

L’appareil de l’odorat se compose des fosses nasales et d’une membrane muqueuse appeléedans laquelle se distribuent les nerfs de l’olfaction.

La cavité nasale s’étend depuis l’ouverture des narines jusqu’à l’arrière-bouche; une cloison la sépare en deux moitiés et en fait deux cavités distinctes, que l’on appelle fosses nasales.

• La membrane pituitaire est, comme toutes les membranes muqueuses, la continuation delà peau, qui, après avoir recouvert le bord libre des narines, s’amincit, devient plus molle, plus spongieuse; comme la peau et la muqueuse de la bbuche, cette membrane est recouverte de fibrilles nerveuses.

Les filets nerveux qui résultent de la réunion des fibrilles marchent parallèlement dans l’épaisseur de la pituitaire, forment huit à dix cordons qui se dirigent vers le ci âne, dans lequel ils pénètrent par autant d’ouvertures isolées.

Cette partie de la boîte crânienne, à cause de ces perforations, a reçu le nom de lame criblée. Cette lame criblée présente de nombreuses différences, selon le plus ou moins de perfection de Todorat ; on peut dire d’une manière générale que ce sens est d’autant plus parfait que les ouvertures par lesquelles passent les filets nerveux sont plus multipliées.

Après avoir franchi ces ouvertures, les filets nerveux, en se réunissant, forment une espèce d’ampoule

ODORAT

à laquelle on donne le nom de huLbe olfactif. Bientôt ce bulbe dégénère en un gros cordon nerveux qui rampe sous le lobe antérieur du cerveau, avec lequel il se confond.

Son insertion au cerveau se fait au moyen de trois cordons ou racines j deux de ces racines sont composées de matière blanche; la troisième, placée au centre des deux premières, est composée de matière grise. Dans les mammifères et dans le fœtus humain, cette racine grise centrale est creuse : disposition que l’on ne rencontre ni dans l’homme ni dans le singe.

C’est surtout dans la partie supérieure des fosses nasales que se trouvent les papilles olfactives; dans les parties inférieures les papilles servent peu ou point à l’odorat : les nerfs viennent d’une autre origine.

En vous parlant de la respiration, nous avons dit que l’air traversait les fosses nasales pour arriver aux poumons. Si cet air est pur, il est sans odeur; mais si vous supposez dans cet air quelques parcelles odorantes tenues en suspension, quelques parcelles de musc, de camphre,, de rose, de violette, d’éther, ces molécules odorantes rencontreront, heurteront les papilles nerveuses, produiront une impression qui sera rapportée au cer- ,veau et reconnue pour être celle à laquelle on donne le nom de camphre, de musc, de rose, d’éther, etc.

Celte impression sera d’autant plus vive, les molécules odorantes seront d’autant mieux appréciées que les papilles seront plus multipliées et que la peau qui les recouvre sera plus mince;-aussi, pour multiplier la surface tactile, pour donner plus d’étendue aux parois

25b ÜRÜAiNES DES SENS.

de la cavité nasale, sur lesquelles se développe la membrane pituitaire, nous trouvons une cloison qui partage la cavité nasale en deux moitiés; indépendamment de cette cloison nous remarquons des lames osseuses, minces comme une feuille de papier, auxquelles on donne le nom de cornets^ à cause de leur.disposition. Ces cornets, enroulés sur eux-mêmes, servent de soutien à la membrane muqueuse.

Indépendamment de ces lames osseuses, on trouve, dans l’épaisseur des os du crâne et de la face, de grandes cavités auxquelles on donne le nom de sinus, que Ton désigne sous les noms de sinus maxillaire, sphénoïdal, frontal, etc. Ces sinus, également tapissés par la muqueuse du nez, communiquent avec la cavité nasale par de petites ouvertures; ils semblent plutôt destinés à emprisonner de l’air qu’à augmenter la surface olfactive. C’est au moyen de ces sinus, de cette espèce d’emmagasinement de l’air, que l’on explique comment l’impression produite par un corps odorant se prolonge longtemps encore après que nous avons abandonné le foyer d’émanation.

Sans doute le plus ou moins de papilles nerveuses influe sur la finesse de l’odorat; mais c’est à la condition que la peau qui les recouvre aura peu d’épaisseur. Supposez pour un moment ces papilles recouvertes par un épiderme corné ou par une couche de mucosité, comme cela a lieu dans l’affection connue sous le nom de rhume de cerveau, de coryza : immédiatement la faculté d’apprécier les odeurs devient nulle.

Dans tous les mammifères l’odorat s’exerce de la

ODORAT

même manière que dans l’homme; il est plus ou moins parfait, selon qiie les papilles sont plus ou moins nombreuses, selon que les lames osseuses, les cornets sont plus multipliés, plus rapprochés.

Dans les herbivores les cornets laissent entre eux de grands vides, de grands courants par lesquels l’air peut traverser les fosses nasales sans heurter les fibrilles nerveuses. Ce sens est beaucoup moins développé que dans les carnivores.

Dans les carnwoi'es^ au contraire, les lames sont tellement rapprochées les unes des autres que l’intérieur des fosses nasales ressemble plutôt au tissu d’une éponge qu’à une cavité. La colonne d’air qui doit les traverser ne contiendrait-elle qu’une molécule odorante, qu’il y a de grandes chances pour qu’elle rencontre une papille nerveuse. -

Dans les oiseaux les fosses nasales présentent peu d’étendue et n’offrent que peu ou point de cornets. Les papilles nerveuses sont nécessairement peu nombreuses; aussi nous devons croire, et l’expérience journalière nous prouve que chez eux l’odorat est peu développé. Malgré tout ce qu’on nous raconte des corbeaux, qui sentent la poudre, des oiseaux de proie, qui, à de grandes distances, sont attirés par l’odeur des cadavres, nous pensons que la vue les sert plus que l’odorat.

Les reptiles, les poissons ne semblent pas mieux organisés sous le rapport de l’olfaction ; les fosses nasales sont trop imparfaites pour croire que ce sens puisse s’exercer à un haut degré, et si l’odorat est possible

258 ORGANES DES SENS

chez les reptiles, il est sûrement impossible chez les poissons, chez lesquels il n’y a point de respiration, et l’eau au milieu de laquelle ils vivent est sûrement peu propre à transmettre les odeurs.

Quant aux insectes et aux mollusques, on ne peut nier que ces animaux ne soient attirés par Todeur, quoiqu’on ne leur connaisse point d’organes propres.

VISION

Composition de l’œil. —- Comme pour le toucher, le goût et l’odorat, nous trouvons pour la vision :

Un épanouissement nerveux, la rétine^ qui reçoit les impressions du dehors ;

Un cordon nerveux, appelé nerf optique, qui les transmet au cerveau ;

Et de plus un appareil spécial, le glohe de Voeil, composé au centre d’un noyau parfaitement transparent, appelé corps vitre', sur lequel s’épanouissent les fibrilles nerveuses de la rétine, à l’extérieur d’une coque ou enveloppe formée de plusieurs membranes.

Pour favoriser le développement des fibrilles nerveuses et leur permettre de présenter dans leur ensemble- la plus large surface possible à l’action des corps extérieurs, nous avons trouvé :

Pour le toucher, une grande tunique, une grande nappe, la peau qui recouvre tout le corps;

Pour le goût, la peau qui recouvre la langue;

Pour l’odorat, des lames osseuses, les cornets qui soutiennent et favorisent le développement de la mem-

VISION

brane muqueuse dans laquelle s’épanouissent les fibrilles du nerf olfactif.

Corps vitré.— Pour la vision, nous trouvons au centre de l’œil un corps d’une nature toute particulière, transparent comme le cristal, dont la consistance est à peu près celle du verre fondu, ce qui lui a valu le nom de corps vitré. Sa forme ressemble à une sphère dont on aurait retranché la cinquième antérieure ; il forme le noyau de l’œil. Sa texture est celle d’une éponge dont les lames seraient parfaitement transparentes *, de l’eau en remplit les cellules ; une pellicule mince, à laquelle on donne le nom de membrane liyaloîde., recouvre le tout. Cette membrane renferme donc dans sa cavité et‘le tissu spongieux et l’eau qui en remplit les cellules. Il résulte de cette disposition, que si on détache le corps vitré d’un œil, il roule dans la main comme le ferait une sphère; l’eau ne s’en échappe pas. Si l’on incise la membrane hyaloïde, et que l’on suspende le corps vitré, l’eâu s’écoule goutte à goutte comme elle sortirait d’une éponge, et -après vingt-quatre heures il ne reste que le réseau spongieux et la pellicule, affaissés, aplatis, réduits à leur plus petite expression.

Hétine. — Sur le corps vitré s’épanouit la rétine, membrane pulpeuse d’une délicatesse extrême; elle est composée de myriades de fibrilles nerveuses placées à côté les unes des autres, tellement rapprochées qu’elles se touchent; leur ensemble donne l’aspect d’une enveloppe membraneuse blanche, très-mince et très-molle. Toutes ces fibrilles marchent en rayonnant vers la partie postérieure du globe de l’œil, se réunissent et forment

ORGANES DES SENS

le nerf optique, qui se sépare de l’œil, pénètre dans le crâne par une ouverture qui se remarque au fond de l’orbite. Arrivés dans le crâne, les deux nerfs optiques, celui de droite et celui de gauche, marchent à la rencontre l’un de l’autre et s’entre-croisent; celui de droite se porte à gauche, celui de gauche à droite; ils contournent les pédoncules cérébraux, gagnent la partie postérieure de la protubérance annulaire et se perdent dans la partie du cerveau appelée couche optique.

Choroïde. — Au-dessus de la rétine on trouve, comme organe de protection, une membrane cellulo-vasculaire d’une teinte noire très-prononcée, qui enveloppe la rétine de toute part; on l’appelle cho’ roïde .

Essentiellement composée de vaisseaux sanguins, elle est tapissée par un pigment, espèce de poussière noire, qui lui donne sa couleur ; quelquefois ce pigment .manque, et alors la pupille, au lieu de présenter une teinte noire, donne un reflet rosé, comme chez les albinos.

Dans les herbivores la face interne de la* choroïde présente dans le fond de l’œil une teinte verdâtre, miroitante, donnant des reflets très-variés, que l’on désigne sous le nom de tapet ou tapétum.

Par sa partie postérieure la choroïde présente une ouverture qui donne passage au nerf optique; par sa partie antérieure elle présente une ouverture qui donne, passage aux rayons lumineux. Cette dernière ouverture s’appellec’est elle qui forme le point noir qui se voit au centre de l’œil : ronde dans l’espèce bu-

VISION

maine, elle est plus on moins ovale dans la plupart des animaux.

Iris. — Au pourtour de la pupille on remarque un cercle, un anneau qui forme la partie colorée de l’œil : c’est Viris.

L’iris est gris, jaune, bleu, selon les sujets, composé de fibres musculaires qui servent à élargir ou rétrécir le diamètre de la pupille.

Cet anneau que nous décrivons comme complétant l’enveloppe formée par la choroïde, est décrit par tous les auteurs comme formant un organe à part; il en diffère, en effet, par sa couleur, par sa texture et par ses usages.

Sclérotique. —Au-dessus de la choroïde on trouve la sclérotique, membrane dure, fibreuse, très-résistante, d’un blanc resplendissant, c’est elle qui forme le blanc de l’œil. La partie postérieure de cette espèce de boîte est percée d’ un trou pour le passaige du nerf optique (1); la partie antérieure est transparente ; on lui doune le nom de cornée.

Cornée. — La cornée, un peu plus convexe que la sclérotique, dont elle forme environ la cinquième antérieure, donne l’idée d’une portion de sphère plus

(i) La partie de la sclérotique par laquelle passe le nerf optique n’est point une simple ouverture, comme on pourrait le croire; cette partie présente un grand nombre de petits trous par lesquels passent isolément les fibrilles qui composent le cordon nerveux. C’est plutôt un crible qu’un trou : semblable, pour sa disposition et ses, usages, à la lame criblée des fosses nasales.

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petite ajoutée à une sphère plus grande. Quoique au premier aperçu la cornée semble être une continuation de la sclérotique, les recherches anatomiques démontrent que c’est une membrane à part, enchâssée dans la sclérotique, comme un verre de montre dans son boîtier, et qu’elle est composée de couches appliquées les unes sur les autres. La cornée est parfaitement transparente, la sclérotique est d’un blanc opaque.

Sur la partie blanche de la sclérotique s’implantent des fibres musculaires qui, en se réunissant, forment des faisceaux auxquels on a donné des noms particuliersi

Quatre de ces muscles s’implantent au fond de l’orbite, et, à cause de leur direction et de leur position, ils ont été appelés muscles droits et distingués en supérieur, inférieur, interne et externe; par leur contraction ils portent l’axe visuel en haut, en bas, en dedans, en dehors.

Un cinquième faisceau, auquel, à cause de sa direction, on d-onne le nom de grand oblique, s’implante également au fond de l’orbite, gagne la partie antérieure de l’œil, dégénère en un tendon qui glisse dans une espèce de poulie fixée à la partie antérieure de l'orbile, se courbe et revient sur lui-même pour se fixer à la partie postérieure et latérale de la sclérotique. Par sa contraction ce muscle porte l’axe visuel en bas, en dehors et en arrière.

Un sixième muscle, appelé petit oblique, dirigé presque transversalement, s’implante au côté interne de l’orbite, et d’autre part à la sclérotique, à laquelle il

VISION

s’insère par im tendon qui se contourne sur le globe de l’œil. Par sa contraction ce muscle dirige l’axe visuel en haut et en dehors, en lui faisant exécuter un mouvement de rotation. ,

Par l’action de ces muscles l’axe visuel peut être dirigé dans tous les sens vers les objets que nous voulons voir.

Si ces muscles se contractent également, l’œil est üxe ; mais si un de ces muscles est plus fort que les autres il entraîne habituellement l’axe visuel de son côté et constitue cette difformité que l’on appelle strabisme^ difformité à laquelle on remédie plus ou moins complètement en pratiquant la section du muscle le plus fort, opération dont le résultat est toujours incertain, mais qui est sans danger pour la vie, et même pour la vision.

Le globe de l’œil est ainsi composé : du corps vitré, de là rétine; de la choroïde à laquelle tient l’iris; de la sclérotique, complétée par la cornée.

La sclérotique, la choroïde, la rétine, emboîtées les unes dans les autres, ne sont que superposées, s’isolent facilement èt sont sans adhérence dans presque toute leur étendue, excepté à l’union de la choroïde avec l’iris.

A ce point on remarque sur la choroïde un disque, un anneau blanc, auquel on donne le nom de corps ciliaire. Ce corps, d’une part, unit la choroïde à la sclérotique, et d’autre part la choroïde à la rétine, dont il n’est peut-être que la continuation. Du corps ciliaire partent des prolongements blancs fusiformes , auxquels on donne le nom procès ciliaires. L’ensemble de ces

ORGANES DES SENS

procès ciliaires forme un disque ou anneau assez semblable à une fleur radiée, flottant entre l’iris et le corps vitré : on l’appelle 'cercle ciliaire.

Entre le corps vitré et la cornée on remarque un espace dans lequel flotte l’iris. L’iris partage cet espace en deux moitiés ou cavités ; une cavité se trouve placée entre l’iris et la cornée : on l’appelle chambre antérieure ; l’autre cavité, placée entre l’iris et le corps vitré, est appelée chambre postérieure. L’une et l’autre chambre sont remplies par un liquide parfaitement semblable à.de l’eau, auquel on donne le nom éihumeur acineuse.

Cristallin. — Dans la chambre postérieure de l’œil, derrière la pupille, on trouve un corps de forme lenticulaire parfaitement transparent, appelé cristallin., logé dans un enfoncement què présente la partie antérieure du corps vitré et maintenu en position par un repli de la membrane hyaloïde, qui là se dédouble en deux feuillets.

Le cristallin est plus ou moins épais, plus ou moins convexe, selon les animaux, selon les individus; comme toutes les lentilles, il a la propriété de réunir les rayons lumineux en faisceau, ce que nous verrons plus tard.

Quoique parfaitement transparent le cristallin présente une organisation assez compliquée, qui devient très-apparente par la cuisson.

Composé de matière albumineuse, il se concrète par la chaleur et perd sa transparence.

Dans les animaux que l’on sert sur nos tables, et suitout dans les poissons, nous trouvons le cristallin sous forme d’un corps blanc, opaque, plus ou moins lenti-

VISION

culaire, qui se décompose par couches superposées, comme un oignon.

Une membrane mince, appelée cristalline, enveloppe

Coupe verticale de l’œil. — En pratiquant une coupe verticale du globe de l’œil, ou en supposant une ligne le traversant d’avant en arrière, cette ligne rencontrera d’abord la cornée, la chambre antérieure , l’humeur aqueuse, l’ouverture pupillaire formée par l’iris, la chambre postérieu • re, le cristallin, le corps vitré, la rétine, la choroïde, la sclérotique.

Pour que la vision ait lieu il faut que la lumière arrive sur la rétine, qui reçoit les images et les transmet au cerveau.

Lumière. — Je n’essayerai pas de définir la lumière, que vous comprenez mieux que je ne pourrais le dire ; tout le monde sait que la lumière parcourt l’espace avec une grande rapidité; les physiciens démontrent qu’en une seconde elle franchit une distance de plus de soixante-

le tout.

Fig. 55.

GLOBE DE L’CEIL ^OÜPÉ VERTICALEMENl.

A Cornée.

B Chambre antérieure.

C Chambre postérieure, D Iris.

E Humeur aqueuse.

F Cristallin.

G Procès ciliaires.

H Corps vitré.

I Sclérotique.

K Choroïde.

L Membrane hyaloïde.

M Rétine.

N Nerf optique.

ORGANES DES SENS

dix-neuf mille lieues, qu’elle parcourt en huit à dix minutes les trente-huit millions de lieues qui nous séparent du soleil, et qu’il ne faut pas moins d’un million d’années pour franchir l’immense distance qui sépare notre planète de certaines étoiles.

.Te laisse aux astronornes le soin de vous en faire la démonstration.

Tout le monde sait que d’un <^rps en ignitioft s’échappent des rayons lumineux.

On appelle rajon lumineux la ligne que suit la lumière en allant d’un point à l’autre ;

Faisceau lumineux l’ensemble de plusieurs rayons.

On appelle directe la lumière qui vient du corps lumineux à l’œil sans éprouver de déviation ;

Lumière réfléchie celle qui est renvoyée à l’œil par un corps opaque : tel est l’effet du miroir ou d’un corps poli ;

Lumière réfractée celle dont la direction a été changée par son passage à travers des milieux transparents de densité inégale; exemple : le bâton plongé dans l’eau, quoique droit, nous semble brisé.

La puissance de réfraction, de convergence est d’autant plus grande, c’est-à-dire que la déviation des rayons lumineux est d’autant plus forte, que le corps traversé a plus de densité et que sa surface est plus convexe ; exemple : les lentilles dont on Se sert pour les lunettes d’approche.

Mécanisme de la vision. — Tout le monde sait que les rayons qui partent d’un corps lumineux s’en éloignent en divergeant, et que les rayons qui se dirigent

VISION

vers l’œil forment un cône dont le sommet est au corps lumineux et la base sur le globe de l’œil. Des nombreux rayons que forme ce cône les uns, centraux, tombent sur la pupille ; d’autres , moins centraux, tombent sur l’iris, d’autres sur la sclérotique. Ceux qui tonibent sur la sclérotique, corps opaque, sont réfléchis et perdus pour la vision ; ceux qui tombent sur l’iris, corps opaque, sont également réfléchis et perdus; les rayons qui tombent sur la pupille seuls pénètrent dans l’œil et arrivent à la rétine, qui reçoit l’impression et la transmet au cerveau. . ^

Mais pour que la vision ait lieu, il faut qu’il n’arrive sur la rétine qu’une certaine quantité de rayons lumineux : s’il en arrive trop, nous sommes éblouis ; s’il n’en arrive pas assez, nous ne distinguons pas les objets.

Usage de l’iris. — De là la nécessité de l’iris, qui a la propriété de rétrécir ou d’agrandir l’ouverture de la pupille. Si la lumière est très-vive, c’est-à-dire si les rayons sont très-rapprochés, un grand nombre tombent à la fois sur l’iris, l’irritent, provoquent sa contraction : d’où résulte le rétrécissement de la pupille, qui ne donne passage qu’à la quantité voulue de rayons lumineux.

Si, au contraire, la lumière est mpins vive, la pupille s’agrandit, et l’œil reçoit encore une quantité suffisante de rayons lumineux. Chez quelques animaux nyctalopes, qui voient la nuit, comme les chats, les hiboux, la pupille a la faculté de s’agrandir presque indéfiniment, ce qui donne à ces animaux la possibilité de distinguer les objets lorsque déjà nous ne les voyons plus, notre pupille ne pouvant se dilater au même degré.

organes des sens.

Si les rayons qui tombent sur l’iris sont perdus pour la vision, ils ne sont pas cependant sans utilité, puisqu’ils déterminent l’agrandissement ou le rétrécissement de la pupille.

Mais pour que la vision se fasse il ne suffit pas qu’un certain nombre de rayons Inmineux arrivent à la rétine, il faut que ces rayons arrivent en faisceau, c’est-à-dire réunis en un seul point.

De là la nécessité du cristallin.

Usagé du cristallin. — Nous savons que les corps lenticulaires ont la propriété de concentrer les rayons lumineux, de les rapprocher, de les réunir; tout le monde sait qu’eu faisant passer la lumière à travers un verre, on produit un point lumineux d’autant plus intense que le verre est plus épais et plus convexe ; et lorsqu’on arrive à réunir tous les rayons en un même point, la lumière devient tellement intense qu’on allume ainsi de l’amadou, du papier, même du bois : vous savez ce qu’on nous raconte de la fameuse lentille d’Archimède.

Tel est l’objet du cristallin, qui doit réunir sur la rétine les rayons lumineux en un seul point.

Fig. U.

Passage des rayons lumineux dans l'ceil. — D’après les diverses parties qui composent l’œil, on peut comparer cet organe à une chambre obscure dont la pupille

VlSIOPf.

est l’ouverture, le cristallin la lentille convergente, et la rétine l’écran sur lequel va se peindre l’image.

Myopie. — Si le cristallin est trop épais, trop convexe, il les réunit trop tôt, les rayons réunis se croisent, se reclivisent et tombent sur la rétine d’une manière diffuse, nous sommes myopes., c’est-à-dire que nous sommes obligés de rapprocher leS' objets.

Presbytie. — S’il n’est pas assez épais, il les réunit trop tard, ils atteignent la rétine avant leur réunion, nous sommes vresbytes c’est-à-dire obligés d’éloigner les objets.

Cataracte. — S’il perd sa transparence, les rayons lumineux ne pouvant le traverser, nous sommes aveugles ; c’est ce qui arrive dans les cas de cataracte. Pour y remédier on enlève le cristallin , opération qui consiste à faire une ouverture au globe de l’œil par laquelle on en opère l’extraction, ou simplement on introduit dans l’intérieur de l’œil une aiguille dont la pointe est recourbée, on saisit et on abaisse le cristallin, ce qui constitue l’opération par abaissement. Le corps opaque n’étant plus dans l’axe visuel, les rayons lumineux peuvent arriver jusqu’à la rétine.

Pour remédier à l’absence du cristallin, pour concentrer les rayons lumineux, on place au devant de l’œil des lunettes à verre convexe : le cristallin, au lieu d’être en dedans, se trouve en dehors.

C’est ce que nous faisons pour remédier à la myopie ou à la presbytie, en faisant usage des verres concaves ou convexes, et comme avec l’âge l’épaisseur du cristallin diminue, il en résulte que tel qui était myope

270 ORGANES DES SENS

dans son enfance et obligé de se servir de lunettes à verre concave, devenu vieux les abandonne; que tel autre, au contraire, qui jeune voyait distinctement et à grande distance, devenu vieux est obligé d’avoir recours aux verres convexes. - •

La vue varie beaucoup, non-seulement selon T âge, mais d’un individu à l’autre. Il est pour chaque vue en particulier une distance à laquelle la vision est plus nette et a lieu sans fatigue : cette distance s’appelle vision distincte; valeur moyenne est d’environ de 2o à 30 centimètres.

Pour déterminer cette distance, on conseille de prendre une aiguille à coudre assez fine, on la tient à une très-grande distance, on la rapproche progressivement ; d’abord on voit deux images. A mesure qu’on la rapproche, les images se resserrent et bientôt on ne voit plus qu’une seule aiguille très-distincte. Si cette distance est de plus de 25 centimètres, on dit que nous sommes presbytes; si elle est de moins, nous sommes myopes.

Résumé de la vision. — Pour que la vision soit possible il faut :

Que la cornée soit transparente; si des taches, des cicatrices existent sur quelque point de sa surface, elles forment un point opaque que l’on appelle taie; si la tache est. petite, chaque fois que l’axe visuel se dirige dans ce sens, on aperçoit un point noir ; si elle couvre toute la cornée, il y a cécité;

Il faut que l’humeur aqueuse qui remplit les chambres antérieure et postérieure de l’œil soit ti ansparente ;

Que l’ouverture pupillaire ne soit ni trop large ni trop

VISION. , 271

étroite; il arrive quelquefois que les bords de l’iris s’accolent l’un à l’autre et s’opposent au passage des rayons lumineux ;

Il faut que le cristallin et le oorps vitré soient transparents ;

Que la rétine qui reçoit les images, que le cordon nerveux qui les transmet, que le point du cerveau où se rend ce nerf soient Sains ; car lors même que le globe de l’œil serait parfaitement sain, si le point du cerveau où se rendent ces nerfs était malade, il y aurait cécité : c’est ce genre de cécité que l’on appelle amaurose.

Tutamina oculi. — Outre toutes ces parties qui comr posent le globe de l’œil, on trouve des accessoires appelés tutamina oculi, qui ne sont point indispensables pour la vision. Ces accessoires sont : \espaupières, la conjorictwe, \appareil lacrymal, les cils, les sourcils.

Les paupières, que l’on distingue en supérieure et inférieure, sont formées par un repli de la peau dans l’épaisseur duquel on trouve des fibres musculaires disposées en anneaux ; par leur contraction ou leur relâchement ces fibres agrandissent ou rétrécissent l’ouverture de l’œil.

La conjonctive, comme toutes les muqueuses, n’est qu’une continuation de la peau qui, arrivée au. bord libre des paupières, s’amincit et s’applique sur la face antérieure de l’œil, à laquelle elle adhère intimement, elle est tellement mince sur la cornée et tellement transparente que son existence dans l’espèce humaine est révoquée en doute par beaucoup d’anatomistes.

Chez les animaux dont la paupière est peu mobile

ORGANES DES SENS

OU dont les mouvements sont nuis, comme chez les poissons, les serpents, il est facile de suivre la conjonctive et de voir qu’elle se continue d’une paupière à l’autre en passant sur le globe de l’œil.

Dans l’homme et la plupart des vertébrés, dont les yeux sont très-mobiles et les paupières susceptibles de mouvements très-étendus, la conjonctive forme un grand repli qui s’enfonce profondément entre le globe de l’œil et la paupière, ce qui permet à l’œil d’exécuter des jnouvements dans tous les sens sans tiraillement.

La conjonctive a manifestement pour usage d’empècher l’usure qui résulterait nécessairement du frottement des paupières contre le globe de l’œil.

Appareil lacrymal. — Pour favoriser le glissement des paupières, la conjonctive est continuellement recouverte d’une couche de liquide que nous appelons larmes.

Continuellement sécrétées par une glande qui se remarque dans l’orbite, au côté externe de l’œil, les larmes sont versées par huit ou dix petits pertuis à la face postérieure de la paupière supérieure, répandues à la surface de l’œil par le jeu des paupières et reprises par deux petits suçoirs appelés points lacrymaux^ que l’on remarque à l’angle interne de chaque paupière.

Aux points lacrymaux succèdent deux conduits qui, après un court trajet, se réunissent en un canal unique appelé cariai nasal. Ce canal s’ouvre dans les fosses nasales et y verse, les larmes. La partie supérieure du canal nasal présente une dilatation que l’on désigne sous le nom de sac lacijmal. Dans les cas d’oblitéra-

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lion du canal nasal les larmes s’y‘accumulent, se font jour à travers la peau et déterminent les lacrj^ males.

Les larmes, avons-nous dit, continuellement sécrétées par la glande lacrymale, versées sur la conjonctive, reprises par les points lacrymaux , sont par ces conduits déposées dans les fosses nasales; si elles sont sécrétées en excès, elles s’échappent en abondance par le nez, de là la nécessité de se moucher; ou elles franchissent le bord libre des paupières, de là le lairmoiement.

Pour empêcher ce débordement, qui eût été continuel, nous trouvons à la face interne des paupières de petites granulations, appelées glandes de Meibomius, qui déposent sur le bord un liquide onctueux qui, comme tous les corps gras, rend l’écoulement du liquide difficile..

Cils. — Pour garantir l’œil de la poussière tenue eu suspension dans l’air, le bord des paupières est garni de petits poils roides, les cils, qui, rapprochés , s’entrecroisent, et forment au-devant de l’œil une espèce de g:rillage. .

Sourcil. — Pour ombrager l’œil, le garantir d’une lumière trop vive, nous trouvons le sourcil, éminence garnie de petits poils, que les méridionaux sont dans l’habitude de teindre en noir.

Appareil de la vision dans la série animale. — Dans tous les animaux vertébrés la composition de l’œil est la même : que la pupille soit ronde, ovale ou transversale, que \iris soit jaune, noir, bleu, la vision s’exerce de la même manière.

OUGANES DES SENS.

Il n’en est pas dfe même du diamètre autéro-postélieur du globe de l’œil ; selon qu’il est plus petit ou plus grand, selon le plus ou moins de convexité de la cornée, du plus ou moins d’épaisseur du cristallin ou du corps vitré , l’animal est myope ou presbyte; quelques animaux sont alternativement l’un ou l’autre à volonté, selon la pression que les muscles exercent sur le globe de l’œil, dont ils allongent ou raccourcissent le diamètre. C’est ainsi que le lynx, les oiseaux de proie découvrent leur victime à de grandes distances et la saisissent lorsqu’ils en sont près ; que l’Hirondelle qui, d’une hauteur prodigieuse, aperçoit une mouche sur le mur, la saisit sûrement lorsqu’elle la touche du bec.

Le singe, les oiseaux de proie nocturnes ont, comme l’homme, les yeux plus ou moins enfoncés dans les orbites, et dirigés en avant; ils peuvent voir les objets qui sont devant eux, les voir des deux yeux ; mais ils ne peuvent voir à côté et derrière eux sans tourner la tête.

D’autres animaux, dont les yeux sont de côté, ne peuvent voir des deux yeux à la fois qu’un espace trèsrestreint.

D’autres, dont les yeux sont saillants, sortis de la tête et dirigés latéralement, voient très-bien de côté et derrière sans bouger la tête, et très-mal en avant : tel est le lièvre, qub à grande distance, aperçoit le danger, voit derrière lui le chien qtii le poursuit, et se jette dans les jambes du chasseur qui l’attend.

D’autres, comme l’autruche, le cygne, dont la tête est supportée par un long coUj peuvent promener leurs regards dans tous les sens.

VISION

En y rétlécliissant vous verrez pourquoi dans l’obscurité le cheval voit mieux le précipice que le cavalier ; comment le cheval, attelé à une voiture et auquel on enlève les œillères, voit le ballottement de la capote, s’effraye, s’emporte et brise tout sur son passage.

Oiseau. ^— Dans les oiseaux les yeux sont généralement saillants et très-volumineux, les paupières triples, deux supérieures, une inférieure *, la cornée très-bombée ; la sclérotique élastique tient à la cornée par un cercle osseux; l’iris est extrêmement mobile^ la choroïde treschargée de pigment ; la rétine présente à sa partie postérieure un rèpliqui s’enfonce dans l’épaisseur du corps vitré. Ce repli a reçu le nom de peigne; on n’en connaît pas les usages.

Poisson. — Dans les poissons les yeux sont gros, ronds en arrière, aplatis en avant, la peau se continue sur l’œil et devient avec l’âge tellement épaisse qu’elle s’oppose au passage des rayons lumineux ; la cornée est aplatie ; le cristallin, presque entièrement sphérique, est plus volumineux que le corps vitré.

Insectes. — Dans les articulés , insectes, crustacés, l’appareil de la vision présente une disposition toute particulière : nous ne trouvons ni corps vitré ni rétine; le volume de l’œil est toujours énorme comparativement à celui du corps.

Les fibrilles nerveuses qui constituent le nerf optique, au lieu de se placer à côté les unes des autres pour former la rétine, sont disposées à la manière des soies d’une brosse, et par leur arrangement donnent plutôt l’aspect d’un pinceau que d’une membrane; chaque

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fibrille SC termine par un renflement recouvert par une espèce de cornée transparente et à facettes, et forme un. œil à part, ce qui constitue les yeux multiples des insectes; M. Stiaus-Durckheim en a compté huit mille huit cent vingt dans Pœil du hanneton.

Mollusques. — Dans les mollusques l’appareil de la vision présente de nombreuses modifications selon l’espèce à laquelle ils appartiennent : les mollusques céphalopodes ont des yeux analogues à ceux des animaux supérieurs; on y reconnaît un corps vitré, une rétine, un nerf optique, un cristallin, un iris, une choroïde, une sclérotique, même des rudiments de paupières ; ordinairement les yeux sont au nombre de deux, placés sur les .parties latérales delà tête, tantôt logés dans une cavité spéciale, tantôt supportés par des pédoncules susceptibles d’allongementet de rétraction, commedansles gastéropodes, les colimaçons : c’est à ces pédoncules que l’on donne vulgairement le nom de cornes.

AUDITION. '

Xlaudiiion est l’exercice tle la faculté par laquelle l’impression produite par les sons est transmise au cerveau. ' ‘

Du son. — Le son est dûau déplacement des molécules intégrantes d’un corps élastique mises en mouvement par un choc. Lorsqu’un corps sonore est frappé, les molécules qui entrent dans sa composition éprouvent un ébranlement, se déplacent, et se livrent à des oscillations plus ou moins rapides; oscillations sensibles à la main

AUDITION. 277

lorsqu’on l’applique sur une cloche ébranlée par le choc de son battant.

Nous avons dit dans notre introduction que l’intensité du son était en raison du nombre des vibrations ; que si une corde tendue vibre moins de trente fois dans l’espace d’une seconde, elle ne fait entendre aucun bruit; que si elle vibre plus de trente fois on entend un bruit, mais que l’on ne peut définir', et que ce n’était que lorsque la corde fournissait deux cents vibrations par seconde que ce bruit était définissable, et qu’on était convenu de lui donner le nom d’«^, et que si au lieu de deux cents vibrations par seconde, la corde vibrait 300, 400, fiOO, 1000 fois, nous disions ut, ré, mi, fa, sol, et qu’ainsi se formait la gamme et plusieurs gammes, et qu’une oreille d’élite pouvait compter jusqu’à quarantehuit mille vibrations par seconde, et même soixantedix-sept mille, selon M. Despretz ; au delà la sensation est continue, c’est-à-dire qu’il arrive pour Xaudition ce qui arrive pour la vision lorsqu’on fait tourner un charbon incandescent au bout d’une corde : si le mouvement est lent, l’œil distingue le charbon ; devenu très-rapide, l’œil ne voit qu’un cercle de feu.

Le son se transmet à de grandes distances ; cette transmission a lieu au moyen du déplacement des molécules de l’air. Dans le vide il n’y a pas de son ; le timbre, mis en vibration sous une cloche dans laquelle on a fait le vide, ne produit aucun bruit.

Le son parcourt l’espace avec beaucoup moins de rapidité que la lumière; les physiciens démontrent que dans l’air le son parcourt par seconde 338 mètres, dans

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l’eau 1,435 mètres, dans la fonte 3,330 mètres.

On appelle ondes sonores les ondulations qui se forment par suite de l’ébranlement transmis aux molécules de l’air *, il se passe dans l’air ce qui arrive dans l’eau lorsque nous jetons une' pierre dans la rivière : immédiatement nous voyons la surface du liquide former des rides, des plis, des ondulations ; les molécules déplacées déplacent les molécules environnantes, et de proche en proche forment les ondes.

Par le son, des ondes semblables se forment dans l’air et arrivent à notre oreille.

Une détonation violente, même à grande distance, ébranle nos vitres et les brise, détache les éclats de rocher; tant que les ondes sonores ne sont point gênées dans leur développement, elles se propagent en s’amortissant; mais lorsqu’elles rencontrent un obstacle, elles réfléchies, c’est-à-dire qu’elles reviennent sur ellesmêmes et donnent naissance au phénomène qüe l’on appelle écho.

Nous ne nous appesantirons pas sur ces sortes de détails qui sont plutôt du ressort de la physique que de la physiologie ; notre tâche est de vous faire comprendre comment les sons arrivent à l’oreille, et impressionnent les nerfs qui les transmettent au cerveau. Nous verrons,comme pour les autres sens, que VauditionQ^i d’autant plus parfaite que les fibrilles nerveuses sont plus multipliées et que la peau qui les recouvre-est plus mince. L’appareil, au moyen duquel s’opère Xaudiiîon est très-compliqué;' on le divise en oreille externe, en oreille interne ou labyrinthe, et en oreille moyenne.

audition.

Oreille externe. — On désigne sous le nom ^oreille externe l’appendice en forme d’entonnoir qui se remarque sur les parties latérales de la tète, ptésentant à son centre une ouverture qui dirige les ondes sonores sur la membrane du tympan, membrane dure, résistante, tendue à la manière d’une peau de tambour, qui sépare l’oreille externe de l’oreille moyenne.

On appelle pavillon toute la partie placée en dehors de la tête, et conduit auditif externe l’ouverture qui donne passage aux ondes sonores.

Le pavillon présente, selon les sujets, de nombreuses variétés dans sa forme, dans ses dimensions. On remarque des saillies et des enfoncements disposés de manière à former des courbes propres à diriger les ondes sonores vers le conduit auditif. Ges saillies, ces enfoncements ont reçu les noms de conque^ de tragus, antitragus, hélix, de sillon de l’hélix, àlanthélix, fossé navicidaire, de lobule.

De petits muscles placés sur le pavillon, parleur contraction , augmentent ou diminuent ces saillies et ces enfoncements ; indépendamment de ces petits muscles intrinsèques, CiVi trouve d’autres muscles plus volumineux, qui, d’une part, s’implantent au crâne, et, d’autre part, au pavillon ; par leur contraction ils dirigent cette espèce de cornet acoustique en haut, en bas, en avant, en arrière, dans tous les sens.

Chez la plupart des hommes l’action de ces muscles est peu ou point sensible-, mais dans les mammifères ils sont doués d’une force de contraction très-puissante, et font exécuter au pavillon des mouvements très-étendus.

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Fig. 55.

APPAREIL DE L’AÜDITION,

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