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RAMPES DU LIMAÇON ISOLÉES POUR EN MONTRER LA DISPOSITION

A Conduit auditif externe fermé par la membrane du tympan.

BB Chaîne aes osselets tenant par une de ses extrémités à la membrane du tympan, par l’autre à la fenêtre ovale.

C Oreille moyenne, ou caisse du tympan.

D Fenêtre ovale sur laquelle repose l’étrier,

E Vestibule.

F Canaux demi-circulaires.

GH Tube formant le limaçon s’ouvrant par l’extrémité (G) dans le vestibule, par l’extrémité (H) dans la caisse

Oreille interne

— Le labyrinthe ou oreille interne se compose de conduits ou cad’un trèspetit calibre, différemment contournés sur eux-mèlogés dans une masse osseuse très-dure, appelée rocher^ qui est une dépendance de V os temporal.

iZanuux demicirculaires. — Trois de ces canaux sont disposés en demi-cercle:

on les appelle ca-

T TrompeTÉlistache. naux demi-circu-

laires; un autre, roulé en spirale, est appelé limaçon. Tous ces canaux s’ouvrent dans une ampoule , appelée vestibule, dont ils semblent n’être qu’une dépendance.

Le vestibule présente une ouverture, appelée fenêtre ocale, qui met le labyrinthe en rapport avec les impressions du dehors {les ondes sonores)., et une autre ouverture, appelée conduit auditif interne , par laquelle

AUDITION

passent les nerfs qui mettent l’oreiile en rapport avec le cerveau.

Le fond du conduit auditif interne est fermé par une lame mince percée d’ouvertures microscopiques, par lesquelles passent les filets nerveux, disposition analogue à celle que nous avons remarquée pour le passage des nerfs de l’odorat et de la vision.

Le limaçon^ ainsi désigné à cause de sa forme, nous paraît avoir été jusqu’à présent mal compris; pour nous' c’est tout simplement un tube plus long que les canaux demi-circulaires, dont une extrémité (G) Se confond avec le vestibule, et par conséquent avec la fenêtre ovale, et dont l’autre extrémité (H) se termine par une ouverture, appelée fenêtre ronde., qui met le labyrinthe en rapport avec l’oreille moyenne. Ce tube est replié sur lui-meme, de manière que ses deux extrémités se trouvent trèsrapprochées ; ainsi doublé il est roulé en spirale et décrit un , deux ou trois tours, ce qui nous explique pourquoi, dans le limaçon, on trouve deux conduits ou rampes, et une ouverture appelée infundihidurn ou hélycotrème, qui se trouve au point où cé' tubesé replie, et qui fait communiquer ensemble les deux rampes , ou conduits.

Liquide de Cotagno. — La cavité du labyrinthe est remplie d’un liquide assez semblable à de l’eau, appelé liquide de Cotugno. Pour empêcher l’eau renfermée dans le labyrinthe de s’écouler, la fenêtre ovale et la fenêtj'e ronde sont fermées par une pellicule très-mince, assez résistante pour s’opposera l’écoulement de l’eau et assez

ORGANES DES SENS

flexible pour recevoir les vibrations produites par les ondes sonores et les transmettre au liquide.

Pour les animaux qui vivent- habituellement dans l’eau, comme les poissons, l’appareil de raudition se borne au labyrinthe. Les membranes sont à nu à la surface de la tête.

Pour les animaux qui vivent dans l’air, une détonation trop violente eût pu rompre ces fines membranes. Pour éviter cette rupture nous trouvons, au fond du conduit auditif externe, la membrane du tympan.

Oreille moyenne. — L’espace compris entre la membrane du tympan et le labyrinthe a reçu le nom *S^oreille moyenne ou de caisse du tympan. Cette caisse est remplie d’air, qui lui est fourni par un conduit en forme d’entonnoir dont l’extrémité la plus large s’ouvre dans les fosses-nasales. Ce conduit, toujours ouvert, a reçu le nom de trompe d"Eastache.

Quatre petits osselets, que Ton désigne sous les noms de marteau.) dûenclumey d’os lenticulaire et détrier., à cause de leur forme, articulés les uns avec les autres, agissant-à la manièrh d’un mouvement de sonnette, établissent une communication entre la membrane du tympan et la fenêtre ovale : par son manche le marteau tient à la membrane du tympan, par sa tête à l’enclume-, par une de ses branches l’enclume tient à l’étrier; l’étrier par sa base s’applique et se colle sur la membrane qui ferme la fenêtre ovale; l’os lenticulaire, d’une ténuité extrême, se trouve entre l’enclume et l’étrier.

Le mouvement communiqué au tympan par les ondes

AUDITION

sonores est transmis à la fenêtre ovale et au liquide de Cotugno par cette chaîne osseuse. De très-petits muscles, appelés muscle du marleau, muscle de Vétrier, dont les fonctions ne sont pas bien connues, concourent très-probablement au jeu de ces osselets.

Nerf auditif. — Un gros cordon nerveux, appelé nerf acoustique ou auditif., met l’oreille interne en rapport avec le cerveau.

Dans le liquide qui remplit le vestibule, les canaux demi-circulaires efle limaçon, c’est-à-dire tout le labyrinthe, on voit flotter des myriades de fibrilles nerveuses dont les filets se dirigent vers le conduit auditif interne, par lequel ils sortent. En se réunissant, tous ees filets forment des faisceaux dont l’ensemble constitue le nerf acoustique ou auditif, qui, après un court trajet dans la cavité du crâne, gagne la partie antérieure -et latérale de la protubérance annulaire, contourne le pédoncule cérébelleux, arrive à sa partie postérieure et se fond avec la masse cérébrale par deux racines : l’une, rubanée, grisâtre, passe en arrière du corps restiforme; l’autre, arrondie, plus dense, passe au devant : l’une et l’autre se perdent dans l’épaisseur de la substance grise que revêt la face postérieure de ce corps.

Dans le limaçon, les fibrilles quinagent dans le liquide de Cotugno sont très-apparentes et sont disposées par touffes; en se réunissant elles donnent naissance à des, filets qui s’enfoncent immédiatement dans la cloison qui résulte de l’adossement des deux conduits -ou rampes. Ces filets s’accolent les uns aux autres, se dirigent vers le conduit auditif interne, par lequel

ORGANES DES SENS

ils sortent pour concourir à la formation du nerf acoustique.

Canaux membraneux. — Dans les canaux demi ciiculaires les fibrilles, beaucoup plus petites et plus courtes, se réunissent également pour former des filets ; mais, au lieu de sortir immédiatement du labyrinthe, ces filets s’accolent les uns aux autres et forment dans l’intérieur des canaux demi-circulaires membraneux, et dans le vestibule une membrane de forme tubulaire dont la disposition constitue de véritables canaux, auxquels on donne le nom de canaux membraneux, pour les distinguer des canaux osseux dans lesquels ils sont logés et dont ils prennent la forme. Ces canaux membraneux, d’une très-faible consistance, d’un diamètre beaucoup plus petit, semblent flotter dans les canaux osseux. .

Ces canaux membraneux, vus et décrits par tous les anatomistes'modernes, ont été jusqu’à ce jour regardés comme de simples conduits dont on n’indique point les usages. Breschet avait remarqué qu’ils étaient remplis de liquide; il a proposé d’appeler endo-ljrnphe le liquide renfermé dans le tube, et péri-lympbe le liquide qui se trouve à la circonférence, c’est-à-dire qui les sépare des canaux osseux. Dans le vestibule cés conduits forment des ampoules auxquelles on donne les noms à'utriciile, de saccule. Dans le liquide qui remplit ces ampoules flotté' une poussière blanche tièsfi.ne, que Breschet a cru formée de petits cristaux qu’il appelle otoconie. Sur ces ampoules apparaissent à l’œi'l nu les nerfs vestibulaires.

AUDITION

Fig. ^6.

Cauau.v-Ui;iui-circulaiix-s ciioiiiietneiit grossis nionirani ;es villosités des canaux membraneux.

Canaux membraneux ou rétine de Voreüle. — Il nous [larait évident que les canaux demi-circulaires membraneux résultent de la réunion des fibrilles nerveuses, qui, en se plaçant à côté les unes des autres, composent une tunique à la manière des fibrilles nerveuses du nerf optique pour la formation de la -rétine. Pour nous, les canaux demi-circulaires membraneux sont pour l’audition ce qu’est la rétine pour la vision;

286 OLGANES DES SENS.

et si nos yeux ne nous ont point trompé, si ce n’est point une aberration microscopique, les éanaux demicirculaires membraneux, par leur face externe, sont recouverts de villosités qui leur donnent l’aspect velu que l’on remarque sur certaines chenilles. Ces villosités ne sont point également réparties sur toute la surface du tube : elles sont disposées par faisceaux en forme de pinceau; les bases des pinceaux ne se touchent point. Ces villosités sont la terminaison des fibrilles nerveuses ; elles flottent dans la portion du liquide de Colugno appelée péri-lymphe, et y sont comme tenues eh suspension; elles sont le véritable siège de l’audition.

L’intérieur des canaux membraneux est rempli par un liqnide d’une teinte jaunâtre {Tendo-ljmphé), qui nous a paru plus consistant que \d. péri-ljmphe, et cependant assez liquide pour s’échapper si l’on perce la tunique membraneuse; ce liquide nous paraît remplir les fonctions du corps vitré, servir de soutien au développement de la tunique nerveuse.

MÉCANISaiE DE L’AUDITION.

Nous savons que le son se transmet par le déplacement des molécules de l’air, et que l’intensité du son est en raison du nombre de vibrations.

Comme pour les autres sens, c’est par l’épanouissement dès fibrilles neryeuses que l’impression est reçue et portée au cerveau, et cette impression est d’autant plus parfaite qu’un plus grand nombre de fibrilles sont impressionnées à la fois.

Pour le toucher, pour le goût, nous avons vu les

AUDITION

fibrilles nerveuses s’épanouir, dans la peau à la manière de la soie dans le velours. Pour l’odorat nous les avons vu s’épanouir sur une charpente osseuse (les cornets^. Pour la vision nous avons trouvé le corps vitré^ charpente transparente qui soutient les fibrilles nerveuses du nerf optique et leur permet de présenter une grande surface à l’action des rayons lumineux.

Pour Vaudüion, dans quelle condition fallait-il placei’ les fibrilles nerveuses pour qu’elles puissent être heurtées, ébranlées par les ondes sonores ? Elles auraient pu être placées à la surface de la tête, à la manière des cheveux, être ébranlées deux cents fois, trois cents fois, mille fois dans l’espace d’une seconde, par le. déplacement des molécules de l’air ; des impressions différentes eussent été ainsi rapportées au cervéau; mais cès fibrilles, si molles, si délicates, auraient été de bonne heure desséchées, détruites par le contact des corps extérieurs.

C’est dans l’eau que s’épanouissent les fibrilles du nerf acoustique, dans l’eau qui remplit les canaux labyrinthiques, et ainsi renfermées dans des conduits osseux, elles sont à l’abri de toute lésion extérieure. "

Le son, avons-nous dit, se transmet par le déplacement des molécules de l’air. En parcourant l’espace il forme des ondes qui ébranlent nos vitres, nos murs , détachent les rochers. Dirigée dans le conduit auditif interne- par le pavillon de l’oreille, ces ondes ébranlent la membrane du tympan. Dans ces oscillations cette membrane entraîne le manche du marteau, le marteau ébranle l’enclume, et l’enclume attire ou repousse l’étrierj la pellicule qui ferme la fenêtre ovale sur laquelle est ap-

ORGANES DES SENS

pliqiié l’étrier, mise en jeu, ébranle le liquide renfermé dans le labyrinthe. Les molécules du liquide ébranlées se heurtent les unes les autres, et heurtent à la fois les myriades de fibrilles nerveuses tenues en suspension, etproduisent des impressions très-différentes qui sont transmises au cerveau : cet organe peut ainsi compter, en quelque sorte, le nombre des vibrations et apprécier la valeur du son aussi sûrement que le chef d’orchestre qui trouve que telle ou telle corde a donné trop ou trop peu de vibrations dans l’espace d’une seconde, que le son produit est trop haut ou trop bas, et le démontre avec l’instrument de Savard ou la syrène deM.Cagniard de Latour à la main.

Nous concevons que plus le labyrinthe présentera d’étendue, plus il y aura de gouttelettes d’eau; plus il y aura de fibrilles, plus l’appareil pourra recevoir et compter de vibrations ; et si par la pensée nous essayons de compter le nombre des molécules d’eau et le nombre des fibrilles nerveuses contenues dans le labyrinthe, nous ne serons point étonnés que l’oreille puisse recevoir et compter deux cents, trois cents, mille, dix mille, quarante-huit mille et jusqu’à soixante-dix-sept mille vibrations par seconde.

L’arrangement des osselets, la disposition des leviers qu’ils forment par leurs articulations, le faisceau ligamenteux qui les unit à la paroi supérieure de la caisse du tympan, nous paraissent les conditions les plus favorables pour augmenter l’étendue du mouvement communiqué par cette chaîne à la fenêtre ovale, et aussi pour éviter la rupture de celte chaîne dans les cas d’une violente détonation.

AUDITION

Nous avons dit que c’était par le déplacement des molécules du liquide que s’opérait l’audition. Le choc se transmettra d’autant plus fidèlement d’une molécule à l’autre, des molécules voisines de la fenêtre ovale aux molécules plus éloignées, que le liquide sera moins élastique. Supposez pour un moment les fibrilles nerveuses tenues en suspension dans de l’air dans un fluide gazeux ; le choc communiqué par la fenêtre ovale eût été en s’amortissant, les molécules éloignées seraient restées sans mouvement. La molécule d’eau, au contraire, peu ou point élastique, peu ou point compressible, transmet dans toute son intégrité à la molécule voisine le déplacement qui lui a été communiqué, et ainsi toutes les molécules de liquide éloignées ou rapprochées de l’étrier sont ébranlées avec une égale force.

. Mais la molécule n’étant pas élastique et le labyrinthe étant exactement rempli (car nous savons que la nature a horreur du vide), le déplacement eût été impossible.

Fig-^'7- Cette impossibi¬

lité disparaît par l’élasticité de la membrane qui ferme la fenêtre ronde. Cette membra ne, appuyée sur rserexuémitéTpar f air qui remplit la

B), représentant l’é-

Venfermé dans l’oreille moyenne. CaiSSe du tympan ,

cède à la pression exercée par l’étrier sur la fenetre ovale, et dès.que l’étrier cesse d’agir, l élasticité de lair

Figure 57 donnant l’idée d’un mouvement de vient dans un tube droit fermé à une de ses exuémiti l’étrier (A), à l’autre par un ressort (B), représentant

lastLcité de F' ’-*■'

ORGANES DKts SENS.

repousse à sens inverse la colonne de liquide contenue dans le labyrinthe.

L’air, par son élasticité, remplit les fonctions d’un ressort dontles figures 57 et 58 peuvent nous donner une idée.

Il s’établit ainsi dans le limaçon, entre la fenêtre ovale et la fenêtre ronde, un mouvement de va-etvient qui double le nombre des vibrations, si par vibrations nous entendons le choc communiqué par une molécule à l’autre, et par suite aux fibrilles nerveuses.

Résumé. — Par cet exposé nous comprenons l’importance qu’il faut attacher à chaque partie de l’oreille. Nous comprenons que l’audition est d’autant plus parfaite que le cornet acoustique, le pavillon, dirige une plus grande quantité d’ondes sonores dans le conduit auditif ; que plus les courbes que présente le pavillon sont prononcées, plus ce pavillon présente d’étendue, de surface, plus l’oreille reçoit d’ondes sonores. Il n’est personne qui n’en ait fait l’épreuve, qui, au sermon ou au spectacle, n’ait essayé avec sa main d’agrandir ce cornet acoustique. Aussi les populations qui n’ont point l’habitude de déformer le pavillon par des coiffures, ont l’ouïe plus fine que les peuples civilisés : on nous dit que les sauvages entendent les pas de leur ennemi à de grandes distances.

ALUITION. 291

Nous comprenons que, pour que l’audition ait lieu, il faut :

Que le conduit auditif externe soit libre ; s’il était oblitéré, comme cela arrive souvent par le cérumen qui s’accumule et forme un véritable bouchon, ou par toute autre cause, il y aurait surdité;

Il faut que la membrane du tympan soit élastique : car si elle était osseuse il y aurait surdité; il y aurait encore surdité si elle était détruite complètement; nous comprenous qu’elle puisse être perforée, détruite dans quelques points, et l’audition continuer à se faire d’une manière imparfaite, à la condition qu’il restera une portion de membrane suffisante pour faire agir le manche du marteau;

Il faut que la chaîne des osselets existe, qu’elle soit mobile : car si elle était rompue, ou si les articulations étaient soudées, il y aurait surdité;

11 faut que la membrane qui ferme la fenêtre ovale soit intacte : car si elle était déchirée l’eau s’écoulerait et les fibrilles nerveuses seraient à sec, et il y aurait surdité;

Il faut que le liquide de Cotugno soit parfaitement fluide et divisible : car s’il était épais comme de la bouillie le déplacement des molécules se ferait plus difficilement, et le nombre des vibrations serait nécessairement diminué ;

Il faut que la membrane qui ferme la fenêtre ronde soit flexible : car si elle était osseuse elle résisterait à la pression de l’étrier, le déplacement du liquide n’aurait pas lieu, et il y aurait encore surdité;

Il faut que la caisse du tympan contienne de l’air en

ORGANES DES SENS

quantité suffisante pour réagir sur la fenêtre ronde : s’il n’y en a pas assez, la membrane qui ferme la fenêtre ronde, poussée par la colonne du liquide labyrinthique, restera saillante dans l’oreille moyenne, et ce mouvement de va-et-vient, qui selon nous est indispensable, n’existant plus, il y aura surdité (1).

Il y aura encore surdité, si l’air renfermé dans l’oreille moyenne, ne pouvant se renouveler, exerçant sur la fenêtre ronde une pression plus grande que celle de l’étrier, rend le mouvement de va-et-vient impossible; c’est sans doute ce qui détermine la surdité dans le cas de l’oblitération de la trompe d’Eustache, comme cela arrive si souvent à la suite d’une inflammation de l’arrière-bouche; ce qui arrive encore lorsque, obstruant à la fois les narines et la bouche, nous faisons un effort pour expulser l’air, comme dans l’action de nous moucher.

En supposant même toutes ces parties dans un parfait état d’intégrité, il faut encore admettre que le nerf acoustique communique avec le cerveau, et que le point du cerveau d’où ce nerf tire son origine, les éminences restiformes , est sain ; et en supposant même cette partie du cerveau saine, il faut encore admettre l’intégrité de la masse cérébrale, qui, elle, combine, rapproche, compare et déduit des conséquences.

Nous voyons combien de causes peuvent amener la surdité, et combien de 'cas sont au-dessus des ressources de l’art.

L’audition, comme les autres sens, sera d’autant

(i) Les physiciens démonlrent qu’une membrane tendue, sous laquelle on lait le vide, cesse de produire des sons.

AUDITION

plus parfaite que le limaçon et les conduits demi-circulaires présenteront plus d’étendue, c’est-à-dire qu’ils contiendront plus de molécules d’eau et plus de fibrilles nerveuses. Nous savons que toutes les oreilles n’apprécient pas également bien les sons; qu’un habile chef d’orchestre, au milieu de nombreux exécutants, reconnaît que tel ou tel instrument a fourni quelques vibrations de plus ou de moins et n’a pas donné le son qu’il en attendait, et que certains individus, au contraire, distinguent à peine les discordances des sons.

Sûrement ces oreilles d’élite ont pour elles une longue pratique, beaucoup d’exercice; mais elles ont surtout le privilège d’une bonne et complète organisation. C’est ce qui nous paraît déniontré par les différences que nous remarquons dans la conformation de l’oreille interne, et particulièrement dans l’étendue du limaçon ; chez tel sujet le limaçon présente une spirale composée de trois tours, chez tel autre de deux tours et demi, de deux tours, d’un tour et demi seulement S9).

Fig. S9.

LIMAÇONS DE L’HOMMÇ;,

Grandeur naturelle, pris sur nature, décrivant ;

1, un tour et demi; — n° 2, deux tours;— n” 5, trois tours.

C’est à tort qu’on a cru que le limaçou décrivait constamment deux tours et demi ; sur plus de cinquante labyrinthes pris au hasard, que je peux mettre sous les

ORGANES DES SENS

yeux de mes auditeurs, on n’en trouvera pas deux parfaitement semblables (1).

Audition dans la série animale. — Dans les mammifères l’oreille interne présente à peu près la même organisation que dans l’homme;, la capacité des conduits labyrinthiques est moins considérable; par conséquent ils doivent contenir moins de gouttelettes de liquide, moins de fibrilles nerveuses, et percevoir à la fois un moins grand nombre de vibrations.

Dans les oiseaux le limaçon a presque complètement disparu; au lieu de plusieurs tours, la spirale ne présente qu’une moitié, qu’un quart de cercle; on trouve encore les canaux demi-circulaires osseux et membraneux, le vestibule, la fenêtre ovale, la fenêtre ronde, l’oreille moyenne et la membrane du tympan, mais un seul osselet, l’étrier, qui par sa base est appliqué sur la fenêtre ovale, et par sa petite extrémité est,fixé à la membrane du tympan par un tissu ligamenteux ; point de pavillon, point de conduit auditif externe.

Dans les poissons on constate la présence des canaux demi-circulaires, du vestibule et des canaux demimembraneux; mais dans cette classe on ne trouve ni

(1) Pour bien voir la conformation des cavités de l’oreille, je conseille de se servir de l’alliage d’imprimerie, que l’on coule dans le conduit auditif externe pour obtenir la cavité du laby-rintlie, et dans le conduit auditif interne pour Vaqueduc de fal~ lape; la chaleur du métal suffit ordinairement pour carboniser le tissu osseux, que l’on détache par fragments : si l’opération est bien faite on obtient une empreinte exacte de toutes les cavités, même des cellules mastoïdiennes.

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oreille externe, ni membrane du tympan, ni oreille moyenne, ni osselets, ni limaçon.

La cavité du labyrinthe est en rapport direct avec l’extérieur de la tête au moyen de deux petites ouvertures qui nous paraissent remplir les fonctions de la fenêtre ovale et de la fenêtre ronde; comme elles cés ouvertures sont fermées par une pellicule mince s’opposant à la sortie du liquide labyrinthique, dans lequel nagent les fibrilles nerveuses.

Dans les insectes on ne connaît point d’appareil auditif, à.moins que l’on ne regarde comme tel les fibrilles nerveuses des antennes, qui, tenues en suspension dans l’air, seraient en rapport direct avec les ondes sonores; cette opinion paraît fortifiée par l’épanouissement et la direction que prennent les antennes si à l’improviste il se fait un grand bruit auprès de ces animaux (1).

(1) Cette théorie de l’audition, que nous professons depuis plus de quinze ans, ne se trouve encore dans aucun traité de physiologie; elle nous parait avoir sur les théories adoptées jusqu’à ce jour, l’avantage d’expliquer la nécessité de la fenêtre ronde, des deux rampesdu limaçon, de l’ouverture u'^^^Q&infundihulum, du liquide de Cotugno, des canaux demi-circulaires membraneux, de l’endolymphe, de la perilymphe, du jeu des osselets, de la souplesse des membranes qui ferment les fenêtres ronde et ovale.

Fonctions sur lesquelles les auteurs se taisent complètement.

Cette théorie nous*paraît expliquer d’une manière plus satisfaisante que tout ce qu’on a dit jusqu’alors, le mécanisme par lequel les sons arrivent aux fibrilles nerveuses et par suite au cerveau.

Dans tous les traités de physiologie on lit : « que les vibrations arrivent à l’oreille interne par plusieurs voies, soit -par Vair de la caisse, soit par la chaîne des osselets de l’ouie, mise en vibration par les vibrations de la membrane du tympan , soit enfin par les parois osseuses de la cavité du tympan.

ORGANES DES SENS

Par l’exposé que nous avons fait du système nerveux, vous pourriez croire que tous les organes qui entrent dans la composition de la machine animale sont en rapport direct avec le cerveau, et que tous sont placés sous l’influence de notre volonté.

Cette opinion, professée jusqu’aux belles découvertes de l’immortel Bichat et encore de nos jours par un grand nombre de praticiens, a été la cause de méprises funestes et n’a pas peu contribué à retarder les progrès de la médecine.

Dans notre prochaine leçon nous vous démontrerons que tous les organes ne reçoivent pas leurs nerfs du cerveau, que certains organes reçoivent leurs nerfs d’un appareil nerveux tout particulier, que l’on'appelle grand sjmphatique ;

Que ces derniers organes ne sont point soumis à notre volonté;

Que les impressions reçues par eux ne sont point rapportées au cerveau.

« La chaîne des osselets est donc une sorte de tige qui traverse la caisse du typan à la manière de Vâme des instruments, mais elle en diffère par sa mobilité. »

Béclard, Traité éléméntaire de physiologie, 2® édit., 1856.

S’il en était ainsi, l’audition devrait encore se faire par la trompe, lorsque le conduit auditif.externe est oblitéré, ou par le conduit auditif si c’est la trompe, ou par les os du crâne dans le cas d’oblitération de l’un ou l’autre conduit, et cependant dans tous les cas il y a surdité. Si la chaîne des osselets transmettait les vibrations à la manière de l’âme d’un instrument, elle devrait être en rapport immédiat avec les os ! elle n’y tient au contraire que par des membranes molles,.flexibles. Note de l’auteur.

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