DISTRIBUTION DES NERFS DU SÏSTÈME NERVEUX GANGLIONNAIRE
1 Filets nerveux du ganglion cervical supérieur.
2 — — — — moyen.
3 — — — — inférieur.
A, fl, a, A Filets nerveux des ganglions rachidiens.
5 Filets nerveux du ganglion cardiaque.
6 Filets nerveux du ganglion semi-lunaire.
7 Plexus mésentérique inférieur.
8 Plexus hypogaslrique.
9 Dernier ganglion rachidien communiquant avec celui du côté opposé.
10 Cerveau.
11 Cervelet.
12 Moelle épinière.
13 Plexus axillaire.
14 Nerfs intercostaux.
15 NerÉs lombaires.
16 Plexus sciatique.
17 ,17 Nerf pneumo-gastrique.
A Artère aorte.
C Cœur.
E Estomac.
O Œil.
L Lèvres.
P I Paquet intestinal.
G I Gros intestin.
V Vessie.
DU LA AIE liA’VüLONl’AIRE. 303
à des rameaux très-nombreux qui accompagneul les divisions de l’artère hypogastrique et se distribuent avec elles au rectum, à la vessie, à l’utérus, à l’ovaire, à la trompe, à tous les organes contenus dans le bassin.
Ce plexus hypogastrique reçoit aussi un assez grand nombre de filets venant des nerfs sacrés fournis par la moelle épinière, ce qui explique comment certains organes renfermés dans cette cavité, participent à la fois de la vie A^olontaire et de la vie involontaire.
Nerfpjieumo-gastrique. — Indépendamment des filets nerveux fournis par le grand sympathique aux organes de la digestion, de la respiration et de la circulation, ces organes, reçoivent encore des filets d’un nerf tout particulier auquel on donne les noms de petit sympathique, de nerf vague ou de pneumo-gastrique, fig. <31 (i7).
Ce nerf se présente à la partie antérieure du cou, sous forme d’un gros cordon qui, par son extrémité inférieure, fournit des filets qui se distribuent au cœur, au poumon, à l’estomac, à l’œsophage, au larynx, au pharynx, et par son extrémité supérieure il présente un renflement ganglionnaire, d’où partent huit à dix filets qui pénètrent dans le crâne et se perdent dans la partie postérieure du bulbe rachidien.
Parallèle entre les nerfs de la vie volontaire et de la vie involontaire. — Entre les nerfs de la vie animale et les nerfs de la vie organique, c’est-à-dire entre les nerfs cérébraux et les nerfs ganglionnaires, il y a de notables différences, non-seulement sous le rapport des fonctions, mais sous le rapport de leur disposition et de leur texture.
Les filets nerveux cérébraux, comme nous l’avons dit, en sortant des organes, s’accolent les uns aux autres pour former des cordons qui deviennent de plus en plus gros et se dirigent vers \axe cérébro-spinal.
Les filets nerveux ganglionnaires ne s’accolent point les uns aux autres pour former des cordons; ils marchent isolément, sans direction définissable ; et, après un court trajet, s’ils se réunissent, s’ils se rapprochent, c’est pour former un ganglion d’où sortent d’autres filets toujours à peu près du même calibre, et qui à leur tour forment de nouveaux ganglions.
Les filets nerveux cérébraux, réunis en cordons, sont indépendants des vaisseaux.
Les filets nerveux ganglionnaires restent isolés, s’appliquent sur les vaisseaux les plus voisins, s’y accolent à la manière des plantes sarmenteuses dont les tiges, trop faibles pour supporter le poids de leurs rameaux, s’accrochent aux branches d’arbres, qui leur servent de tuteur.
■ En parlant de la texture des nerfs cérébraux, nous avons dit que les fibrilles étaient creuses, qu’elles représentaient des tubes composés de matière blanche, et que dans ces tubes on trouvait une matière grise, globuleuse. La fibrille du nerf ganglionnaire est creuse ; mais le calibre du tube est beaucoup plus petit; la matière grise est en beaucoup plus petite quantité.
Dans la fibrille nerveuse cérébrale, la matière grise globuleuse est partout en égale proportion et forme une espèce de chaînon depuis l’origine du nerf jusqu’à sa 'terminaison au cerveau. Dans la fibrille nerveuse gan-
DE LA. VIE INVOLONTAIRE
glionnaire, la matière grise ne forme point un chaînon continu; de place en place elle semble se faire jour à travers la gaine, et de son exsudation résulte le ganglion.
La moindre impression produite sur un filet nerveux cérébral .est immédiatement transmise au cerveau. L’impression produite sur un filet nerveux ganglionnaire semble s’arrêter au ganglion auquel le filet se rend; ce n’est que difficilement, tardivement que l’impression arrive au centre commun, si elle y arrive.
Sur un animal vivant, si l’on irrite un filet nerveux cérébral, on provoque immédiatement des douleurs atroces. Lés nerfs ganglionnaires, au contraire^ sont à peine sensibles aux excitations directes ; encore faut-il avoir recours aux moyens les plus violents, à l’emploi d’acide concentré, à des fragments de potasse caustique, et agir sur un grand nombre de filets à la fois, prolonger les essais pendant des heures et revenir souvent à la charge.
La section d’un cordon nerveux cérébral anéantit immédiatement le mouvement et le sentiment. La section dés filets nerveux ganglionnaires n’amène aucun changement immédiat, au moins bien apparent i dans la fonction de l’organe. Si, comme l’a fait M. Bernard, l’on coupe les filets nerveux du grand sympathique qui se portent à la tête, dn remarque que les artères se laissent un peu dilater, que les parties auxquelles ces vaisseaux portent le sang sont un peu plus chaudes; mais ces parties continuent à fonctionner.
Si les filets nerveux ganglionnaires sont des conduc-
leurs de la sensibilité et de la volonté, comme le prétendent certains physiologistes, ils le sont à un trop faible degré pour que nous renoncions à en faire un système nerveux à part.
D’après cet exposé, nous voyons :
Que les organes contenus dans les cavités thorachique et abdominale, c’est-à-dire tous les organes essentiels à la vie, tous les organes qui fonctionnent continuellement et toujours de la même manière, tels que le cœur, le poumon, le tube digestif, le foie, le rein, etc., appartiennent au système nerveux ganglionnaire, à la vie organique (involontaire);
Que certains organes dont les fonctions ne sont point continues, qui ne s’opèrent point régulièrement, tels que la vessie, le colon, l’estomac, appartiennent à la fois au système nerveux involontaire et au système nerveux de la vie volontaire.
Nous savons que tous les organes, tels que les muscles qui font agir nos bras, nos jambes et les différentes parties du corps dont les fonctions, subordonnées à nos besoins, doivent sç modifier selon les exigences du moment, selon les nécessités de nos relations avec les corps qui nous environnent, sont placés sous l’influence du système nerveux de la vie volontaire.
Rigoureusement- parlant, tous nos organes sont en rapport avec l’un et l’autre système ; nous voyons des fibrilles nerveuses provenant du cerveau se mêler à celles du grand sympathiqne, et celles du grand sympathique se mêler à celles du cerveau, mais dans des proportions extrêmement variables.
DE LA VIE INVOLONTAIRE
On peut ainsi diviser les organes en trois séries : Organes soumis à l’influence du grand sympathique;
2® Organes mixtes soumis à l’influence du grand sympathique et du cerveau ;
3® Organes soumis à l’influence du cerveau.
/ le cœur,
I les vésicules pulmonair.es,
Dans la i*'® série placerons.
Dans la 2® série...
Dans la S® série
( la partie moyenne le foie,
la vésicule biliaire , la rate,
( le pancréas,.
le rein,
Tulérus, les trompes,
\ les ovaires.
/ le larynx,
i le pharynx, Tœsophage,
’ j l’estomac,
I le rectum,
\ la vessie.
*. tous les muscles dr
tube intestinal,
tronc et des membres.
Tous les organes de la première sériç agissent sans le concours de notre volonté et malgré notre volonté, et les impressions reçues par eux ne sont point- rapportées au cerveau. Nous savons que le cœur bat soixante soixante-dix fois par minute; nous ne pouvons faire que ces battements se fassent plus vite ou plus lente-
ment; rien ne nous dit que ces mouvements ont lieu; pour que nous en ayons la conscience, il faut, ou que le cœur heurte les parois de la poitrine, ou que la main, appliquée sur la région du cœur, transmette les battements au cerveau. Il peut arriver que quelques points du cœur soient malades, que son tissu ait changé de nature, et même qu’il soit depuis un temps fort long le siège d’un grand désordre, sans que nous en soyons prévenus par la douleur.
Il en sera de même des vésicules pulmonaires; l’air qui les pénètre est froid ou chaud : nous n’en savons rien; cés vésicules décomposent l’air : nous ne pouvons pas faire qu’elles le décomposent plus vite ou plus complètement; le poumon est malade, d’énormes abcès se forment dans son tissu : nous ne pouvons en être prévenus par la douleur.
Il en est de même du tube intestinal, dans lequel cheminent les aliments, du foie qui sécrète la bile, de la vésicule qui'la verse dans l’intestin, de la rate, du pancréas, des reins, de l’utérus, etc. Nous ne pouvons en aucune manière suspendre ou modifier l’action de ces organes. Sur un animal vivant, si l’on irrite, on déchire ces organes, l'animal ne témoigne aucune douleur.
Pour les organes de la deuxième série^ organes miKtes, notre volonté peut, jusqu’à un certain point, modifier leur action , et d’une manière, d’autant plus puissante que ces organes reçoivent une proportion plus grande de nerfs du cerveau. Les fonctions du pharynx , du larynx, sont presque entièrement soumises à l’empire de notre volonté : l’œsophage l’est déjà beaucoup moins,
DE LA VIE INVOLONTAIRE. 309
Et restomac presque pas du tout; il en est de même du rectum et de la vessie. Ces organes, avons-nous dit, reçoivent des nerfs de la vie volontaire et de la vie in- volontaire; mais les nerfs de la vie involontaire semblent se distribuer plus particulièrement à la tunique interne, et les autres nerfs à la tunique externe de ces organes. D’où il résulte que tant que l’impression n’affecte que la première, nous n’en avons pas la conscience ; mais si elle se communique à la seconde, notre cerveau en est impressionné. C’est ainsi que les aliments qui arrivent dans l’estomac ne produisent aucune impression si la membrane muqueuse n’a point été détruite; lors même que cette tunique serait intacte, si ces aliments sont assez chauds pour que la chaleur se communique à la tunique externe, nous éprouvons une douleur appréciable et quelquefois très-vive. .
Nous savons encore que, par l’action de l’estomac, les aliments sont triturés, réduits en une pâte homogène appelée chyme : par, notre volonté, nous ne pouvons faire que cette opération soit plus parfaite ou plus prompte.
Tous les organes de la troùième série^ au contraire, sont entièrement soumis à notre volonté, et les impressions produites sur eux sont rapportées au cerveau avec la plus grande fidélité.
Il résulte dç cet exposé, que nous sommes prévenus presque aussitôt par la douleur ou par une sensation particulière des lésions produites sur les organes de cette troisième catégorie.
Que pour les organes de la deuxième ^organes mixtes ,
310 SYSTÈME NERVEUX DË LA VIE ORGANIQUE, nous n’en serons prévenus qu’autant que la lésion atteindra la tunique externe.
Et que pour les organes de la première série^ nous ne pouvons jamais être prévenus parla douleur, à moins que le désordre ne soit considérable : ce que Biehat attribue à une exaltation de sensibilité (1).
Le cerveau est sous Vinfluence de la -vie organique .— Nous avons dit que les organes qui ne sont point soumis à notre volonté, qui agissent sans le concours de notre volonté, dont les lésions ne sont point rapportées au cerveau, formaient une catégorie à part.
Aux organes de cette catégorie il faut ajouter le cerveau lui-même, qui joue un rôle si important dans le système de la vie animale.
Comme le tissu du cœur, du poumon, du foie, de la rate,, le tissu du cerveau est insensible aux excitations directes.
On peut^ sur Un animal vivant, irriter, mutiler la substance cérébrale sans qu’il en ait la conscience. Ce n’est que lorsque, l’excitant, l’agent destructeur atteint les fibres blanches du cerveau, et encore vers la base seulement, c’est-à-diré lorsque l’on approche du point où se rendent les nerfs, que la sensibilité se manifeste.
Comme dans les organes de la vie involontaire, les
(I) Le professeur Flourens, par des expériences récentes, a démontré que la dure-mère, les tendons, les ligaments, le périoste, qui flans l’état normal sont insensibles aux excitations directes les plus violentes, deviennent d’une sensibilité excessive si préalablement on les met dans un état inflammatoire.
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fonctions du cerveau s'exécutent sans le concours dé notre volonté, indépendamment de notre volonté et malgré notre volonté.
Une idée nous vient; elle est triste, elle est gaie : nous ne pouvons .pas faire qu’elle nous vienne ou qu’elle ne nous vienne paselle nous assiège, elle nous ob* sède : nous ne pouvons pas plus nous en débarrasser que nous ne pouvons nous débarrasser des matières contenues dans l’estomac, du sang contenu dans le cœur, de la bile renfermée dans la vésicule biliaire.
Pendant l’état de veille une idée nous vient; nous pouvons la coordonner, la comparer et en déduire des conséquences, l’enregistrer, en garder le souvenir.
Pendant le sommeil l’idée se produit sans ordre, sans contrôle, accompagnée d’aberrations les plus excentriques, souvent sans qu’il nous en reste de souvenir, ou tout au plus un souvenir vague : tels sont les rêves.
Faut-il en conclure que le cerveau lui-même est double, qu’une partie appartient à la vie organique, à la vie involontaire, l’autre partie à la vie animale, à la vie volontaire?
La science n’est point encore assez avancée pour résoudre cette importante question.
Ce qui nous paraît bien démontré, c’est que les idées se produisent également pendant la veille et pendant le sommeil sans le concours de la volonté, et que nous ne pouvons pas plus dans un état que dans l’autre faire qu’elles ne viennent ou ne viennent pas.
On peut se débarrasser d’une idée, en reportant sort attention sur d’autres sujets. L’homme poursuivi par
une idée triste peut enfourcher un cheval fougueux, parcourir au galop les rues les plus fréquentées de la capitale; bientôt la nécessité de se maintenir en équilibre, de ne point écraser les passants captivera son attention et la reportera sur un autre ordre d’idées; l’idée dominante deviendra de moins en moins pressante, s’effacera et disparaîtra peut-être, au moins momentanément; mais ce n’est que par des moyens indirects que nous arrivons à ce résultat; nous ne pouvons pas immédiatement, directement nous débarrasser, d’une idée comme nous nous débarrasserions d’un corps placé dans la main.
Il faut croire que dans quelques circonstances la partie du cerveau dans laquelle réside la faculté de coordonner les idées peut devenir malade, et alors nous rêvons tout éveillés : de là l’état que nous appelons délire, si l’affection de cette partie du cerveau n’est que momentanée, et folie, manié, idée fixe, si cet état se prolonge.
Y a-t-il altération de la substance cérébrale? Souvent, à l’examen cadavérique, on n’en trouve aucune trace; comme nous l’avons dit plus haut, il n’y a qu’aberration, exaltation de fonction, et dans cet état une impression morale vive suffit quelquefois pourrétablir l’équilibre et faire revenir le malade immédiatement à la raison, momentanément au moins, et quelquefois pour toujours. C’est ainsi que, dans le cas d’incendie dans une maison d’aliénés, on a vu la grande majorité des malades courir à la chaîne et retrouver momentanément toute leur raison. Sur cer-
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tains esprits, une nouvelle inattendue, l’effet delà musique , une question posée de telle manière détourne l’idée fixe.
; Tel était ce fou, ordinairement calme, qui dans une maison d’aliénés servait de cicerone à un visiteur, et qui tout .à coup lui propose de sauter d’un troisième étage à terre, et déjà se mettait en devoir de l’y précipiter.
« Quelle difficulté, » dit le visiteur, « de sauter d’ici à terre? La difficulté serait de sauter d’à terre ici. »
Frappé de cette idée, qui fut un éclair, le visiteur et l’aliéné descendent paisiblement l’escalier.
Pour nous la dualité de l’êtré humain n’est point douteuse, si par dualité on veut dire que certains organes sont soumis à notre volonté et que d’autres agissent sans le concours de notre volonté.
Cette théorie n’est pas neuve : saint Augustin parle de certains organes que l’homme est honteux de ne pouvoir commander.
• Sainte Thérèse parle de la folle du logis, et dans ces derniers temps il a paru un'tout petit volume, intitulé Voyage autour de ma chambre^ dans lequel l’auteur, M. de Mestre, fait ressortir d’une manière tranchée cette dualité de l’être humain : supposant un homme aux arrêts, il nous peint la folle du logis courant les champs et se livrant à toutes sortes d’excentricités; et Vautre^ la partie matérielle, l’individu animal, retenu sous les verrous, attendant qu’il plaise à elle, la folle, de revenir à la communauté.
Système nerveux de la 'vie organique dans la série animale. — Si nous considérons le système nerveux
de la vie organiqïie dans les différentes classes d’animaux, nous le trouvons dans toutes, et presque aussi parfait dans les classes inférieures que dans les classes supérieures, tandis que le centre nerveux de la vie volontaire, c’est-à-dire le cerveau, existe à peine dans les classes inférieures*
Cette vie que Bichat appelle vie organique y vie végétative, que nous nous permettons d’appeler vie involontaire, existe dans tous les animaux, même dans les plantes*
Les plantes sentent; elles sont sensibles à la lumière; quelques-unes exercent des mouvements lorsqu’on les touche. Quelque fleurs se closent et s’endorment le soir pour s’ouvrir et se réveiller le matin; d’autres, comme la sè replient sur elles-mêmes, contractent
leurs feuilles ; d’autres, comme Vacacia pudique, sont douées d’une sensibilité si exaltée que l’ombre d’un nuage met les feuilles en mouvement.
Inductions pathologiques. — Si nous admettons que les impressions reçues par les organes dépendant du grand sympathique ne sont point rapportées au cerveau, que le tissu de ces organes peut être altéré, lacéré sans que nous en soyons prévenus parla douleur, comment arriverons-nous à apprécier les altérations dont ces tissus peuvent être atteints ? Ce ne sera pas par les changements de forme, de couleur, de température, puisqu’ils sont renfermés dans des cavités qui les dérobent à nos yeux^
Jusqu’à ces derniers temps, la plupart de ces sortes de maladies étaient méconnues et désignées sous les noms vagues et .insignifiants de fièvre, de maladie ner-
DE LA VIE INVOLONTAIRE. 315
veuse^ Aq mélancolie^ éühypocondrie^ sans s’occu¬
per de savoir quel était l’organe malade, la nature de la maladie, le médecin opposait un traitement empirique ; aussi voyait-on alors une série, de phénomènes qui ont presque disparu de la pratique, et qui, dans le plus grand nombre de cas, devaient être attribués au mode de traitement alors en usage, phénomènes qui caractérisaient les fièvres putrides, malignes^ etc.
Si le patient ne peut indiquer le siège du mal, l’attention devra se porter sur les fonctions de la vie organique ( involontaire).
Par une exploration attentive de la manière dont s’exercent toutes ces fonctions, le médecin physiologiste peut connaître et apprécier les altérations de ces tissus avec tout autant de précision que si ces tissus appartenaient à la vie animale (volontaire). .
Si le cœur est malade, les battements seront plus ou moins forts, plus ou moins fréquents, plus ou moins irréguliers; le sang sera poussé avec plus ou moins de force dans les vaisseaux ; le bruit produit par ces mouvements présentera de grandes différences, selon que la lésion aura son siège dans les parois du cœur ou dans les valvules. Si la maladie affecte une oreillette ou un ventricule, des dérangements se manifesteront dans les vaisseaux qui en dépendent. Mais pour apprécier ces changements, qui souvent sont peu sensir blés, surtout au début, il faut d’abord bien connaître la manière dont s’exercent ces fonctions dans l’état normal. Du défaut de cette connaissance naissent des erreurs graves, des méprises souvent funestes ; la ma-
ladie, méconnue dans son principe, époque à laquelle elle était guérissable, fait des progrès et devient incurable. C’est ainsi que l’on rencontre après la mort des anévrismes, des hypertrophies, des altérations de toutes sortes, dont on n’avait pas même soupçonné l’existence pendant la vie.
Nous savons que le poumon reçoit de l’air, que cet air doit pénétrer jusque dans les vésicules pulmonaires, qu’en y pénétrant il fait entendre un bruit particulier, que le son résultant de la percussion de la poitrine doit être sonore, si le poumon est rempli d’air,, etc. ; connaissant bien la nature de ce bruit, le praticien physiologiste'en appréciera les moindres changements, et pourra désigner le point de l’organe dans lequel s’exerce ou ne s’exerce point la respiration, et, selon l’absence ou la nature du bruit, le genre de maladie dont il est affecté. Une oreille exercée peut apprécier jusqu’aux plus petits changements, et arriver à reconnaître si l’affection intéresse un grand nombre de vésicules ou quelques-unes seulement; s’il y a épanchenent, accumulation de liquide, et jusqu’à la nature du liquide épanché. Le praticien, prévenu à temps des altérations, dirigera un traitement approprié, enrayera la maladie et préviendra des accidents plus graves.
Si nous supposons que la maladie a son siège dans le tube intestinal, nous devons explorer la manière dont se font la chymification, la chylification, la défécation, et, selon que l’une ou l’autre de ces fonctions s’exercera plus ou moins bien, nous en conclurons que l’estomac, l’intestin grêle ou le côlon sont ou ne sont pas affectés.
DE LA VIE INVOLONTAIRE
Si les matières rejetées par la défécation sont sans couleur, si des parcelles de chyle se trouvent mêlées avec les fèces,, si par l’action des réactifs nous constatons la présence de l’amidon, des corps gras, etc., nous eu conclurons que les organes qui sécrètent la salive, le suc gastrique, la bile, la pancréatine, qui opèrent l’absorption du chyle, etc., sont malades; si la bile n’arrive point dans le duodénum, nous devrons nous enquérir si l’absence de cette bile doit être attribuée à une maladie du duodénum, à l’oblitération 'des êonduits biliaires, ou à une maladie du foie.
On conçoit que pour tous les organes dont les fonctions sont apparentes, le dérangement de ces fonctions puisse,servir d’indice au praticien, le prévenir à temps et lui faire découvrir le siège de la maladie;
Que pour les affections des organes de la deuxième série, c’est-à-dire de ceux qui sont en rapport avec le cerveau et le grand sympathique, pour peu que la maladie s’étende, les nerfs de la vie volontaire participeront à la lésion, et le siège de la douleur servira d’indice au praticien.
Mais lorsque certains organes dont les fonctions ne sont point encore connues, tels que la rate^ les capsules surrénales, le corps -thyroïde, seront malades, nous ne pourrons en être prévenus ni par la douleur, ni par le dérangement des fonctions auxquelles président ces organes; si l’organe est placé superficiellement, comme le corps thyroïde, le changement survenu dans sa forme, dans son plus ou moins de consistance, fixera notre attention ; si l’organe est placé profondément,
dans une des grandes cavités, nous ne pourrons appré- ' cier ces changements ; alors nous procéderons par voie d’exclusion : après nous être assuré que toutes les fonctions connues se font bien, nous en conclurons que la maladie doit être attribuée à la lésion d’un organe^dont nous ne connaissons pas les fonctions. L’examen cadavérique prouve que ces organes peuvent être malades sans que nous en ayons la conscience ; que la rate, par exemple, l’est très-fréquemment, sans que pendant la vie on en ait le moindre indice.
Tl n’est pas rare de trouver sur cet organe des abcès, d’anciennes cicatrices, des altérations de tissu considérables, dont on n’avait pas même soupçonné l’existence pendant la vie.
S’il nous restait quelque doute sur la séparation du système nerveux en deux grands centres, sur l’indépendance de l’un par rapport à l’autre, il suffirait de nous rappeler que, dans certaines circonstances, toutes les fonctions qui dépendent d’un de ces systèmes présentent des dérangements considérables, ou quelquefois cessent même complètement, tandis que les fonctions qui dépendent de l’autre paraissent se continuer comme dans l’état normal.
Dans l’état de sommeil, ou de simple compression du cerveau, de congestion, les fonctions de la vie volontaire cessent complètement, et les fonctions dépens dantesdu système nerveux ganglionnaire de la vie involontaire s’exécutent avec la même régularité : longtemps même après la cessation complète des fonctions de la vie volontaire, lorsque déjà la mort a été déclarée, les
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contractions de l’utérus sont encore assez puissantes pour expulser le fœtus du sein de la mère.
Sous l’influence du chloroforme, ne voyons-nous pas, au contraire, toutes les fonctions de la vie volontaire se ralentir graduellement, cesser même une à une, et les fonctions de la vie organique continuer? l’accouchement se faire sans douleur et sans que le sujet en ait la conscience?
Dans \épilepsie toutes les fonctions de la vie volontaire présentent des désordres épouvantables; les muscles placés sous l’influence du cerveau se contractent convulsivement et acquièrent une force plus que double; les membres sont agités, contournés.
Dans quelques circonstances, les organes de la deuxième série, les organes mixtes, finissent par participer à ce désordre ; c’est ainsi que la vessie, le rectum, l’estomac se débarrassent des matières contenues dans leur cavité; que les muscles du larynx, se contractant convulsivement, s’opposent au passage de l’air et déterminent une série de phénomènes |qui caractérisent cette période de la maladie que l’on appelle haut mal (4).
Dans cet état de désordre, si vous examinez les fonc-
(l) M. Marshall-Hall a développé dans un savant mémoire adressé à l’Académie dee Sciences cette théorie à\i haut mal; if propose, comme moyen efficace de faira cesser les accidents, au moins momentanément, de pratiquer une fistule aérienne : dans ce but, il a inventé un instrument qui rend celte opération extrêmement facile. {Aperçu du sijsième nerveux spinal, ou de la série des actions reflexes dans leurs applications à la physiologie et à la pathologie, et spécialement à Vépilepsie, par Marshall-Hall, 1855.)
lions de la vie involontaire, vous trouverez que la circulation du sang se fait tout aussi bien que dans l’état de santé; que les battements du cœur sont presque tout aussi réguliers; que les vésicules pulmonaires reçoivent de l’air; que l’hématose est tout aussi complète; que la sécrétion de la bile, de l’urine, ne présente aucun dérangement; que la digestion continue à se faire, etc.
Si la respiration paraît gênée, c’est parce que les muscles inspirateurs et expirateurs sont placés sous l’influence du cerveau.
Après cet état d’exaltation, de dérangement si considérable dans ces fonctions, nous voyons les organes de la vie volontaire cesser d’agir si complètement, qu’ils sont comme dans un état de mort apparente; dans cet état encore, les fonctions de la vie involontaire continuent.
Quelle peut être la cause qui agit ainsi sur le cerveau? Qui amène de si grands changements? Souvent on ne peut ni la connaître, ni même la soupçonner : elle semble n’être qu’une exaltation de fonction. Nul doute qu’elle n’ait son siège dans le cerveau, puisque, en irritant, par des moyens mécaniques, certaines parties du système nerveux de la vie volontaire, on produit des phénomènes analogues.
Après la mort, l’épilepsie ne laisse aucune trace, à moins que la maladie ne soit passée à l’état chronique : il faut que l’altération soit bien fugitive, puisque, immédiatement après l’accès, tous ces organes remplissent leurs fonctions comme auparavant. ,
DE LA VIE INVOLONTAIRE
Nous avons VU que Vépilepsie apporte des dérangements dans les fonctions de tous les organes placés sous l’influence du cerveau, que pendant l’accès les fonctions placées sous l’influence du système nerveux ganglionnaire n’éprouvent aucune altération , et nous âd- . mettons, avec tous les physiologistes, que cette affection a son siège dans le système nerveux de la vie volontaire.
Si nous examinons ce qui se passe dans d’autres circonstances, nous verrons que toutes- les fonctions qui dépendent du système nerveux ganglionnaire peuvent présenter des dérangements plus ou moins considérables, et cesser quelquefois complètement, tandis que les fonctions de la vie volontaire restent dans un état d’intégrité plus ou moins parfait.
Du choléra-niorbus considéré comme une altération du système nerveux de la vie involontaire. — C’est ainsi que, dans le choléra-morbus, toutes les fonctions de la vie involontaire cessent plus ou moins complètement; tandis que pendant un temps plus ou moins long les fonctions de la vie volontaire semblent n’éprouver aucun dérangement.
Faut-il en conclure que le siège du choléra-morbus existe dans le grand sympathique? Je le crois.
Pour nous, le choléra-morbus est au grand sympathique ce que Xépilepsie est au cerveau.
Cette idée, admise par les uns, combattue par les autres, paraîtra incontestable si l’on veut prendre la peine d’étudier, sous le rapport physiologique, les symptômes que présente cette horrible maladie, sur le siège
et la nature de laquelle les médecins ne sont point d’accord.
Lorsqu’on 1832 je publiai mon opinion sur le siège de cette maladie, elle fut repoussée par beaucoup de ^praticiens; aujourd’hui j’ai la satisfaction d’en voir un très-grand nombre revenir à cette idée.
Dès le début, toutes les fonctions de la vie involontaire présentent des dérangements plus ou moins Considérables, tandis que les fonctions de la vie volontaire restent dans un état normal.
Les battements du cœur diminuent d’intensité; les extrémités deviennent froides; la peau, moins distendue par le sang, devient pâle, ridée; les vésicules pulmonaires ne décomposant plus l’air, le sang reste noir ; les parties recouvertes par une peau mince, telles que les lèvres, les ongles, les paupières, prennent une teinte violacée ; les muscles ne recevant que du sang mal oxygéné ne produisent que des mouvements lents; des gargouillements sans coliques se font entendre dans l’intestin grêle. Le foie sécrétant une moins grande quantité de bile, les matières rejetées par les selles sont sans couleur, liquides, d’abord peu abondantes.
Dans cet état, qui constitue la première période, le malade n’éprouve d’abord qu’un malaise vague, n’en conçoit point d’inquiétude, et le plus souvent continue à vaquer à ses affaires.
Dans la deuxième période, l’action du cœur cesse complètement; le doigt, appliqué sur le trajet dès artères, n’en sent plus les battements.
A mesure que la maladie fait des progrès, les puisa-
DE LA \IE INVOLO.NTAIRE.
lions du cœur décroissent d’une manière effrayante; bientôt on ne sent plus qu’un frémissement ; le froid des extrémités gagne le centre; la langue devient froide, large; la respiration de plus en plus difficile, le mouvement des côtes très-étendu; on entend l’air pénétrer dans les bronches, mais il n’arrive point jusqu’aux vésicules pulmonaires; soumis à l’analyse chimique, l’air n’a éprouvé,, de son introduction dans les poumons, aucune altération appréciable; les extrémités, de bleuâtres qu’elles sont primitivement, deviennent d’un ble^u très-prononcé, comme dans l’asphyxie. La oombustion du carboné, n’ayant point lieu, se trouve en excès dans le sanget se produit sous forme de sucre dans l’urine.
Les déjections alvines, les vomissements très-abondants sont aqueux^ si peu colorés que le linge n’en est pas taché; la sécrétion de labile, de burine cessent complètement; la voix s’altère; les paroles paraissent plutôt soufflées que prononcées; des crampes très-pénibles, sans contraction des membres, tourmentent le malade; la vision, l’audition sont sensiblement altérées; l’activité du cerveau se ralentit et fait craindre une fin prochaine.
Dans net état de mort apparente, si l’on adresse la parole au malade, si l’on élève la voix, il ouvre les yeux, il répond avec lenteur, mais juste, aux questions qu’on lui fait ; les membres exécutent encore quelques mouvements ; toutes les fonctions cérébrales sont conservées, mais considérablement ralenties.
Si cet état se prolonge, la mort réelle arrive.
Dans les cas les plus ordinaires, la réaction a lieu ; les organes reprennent leurs fonctions selon l’ordre dans lequel elles ont cessé; les battements du cœur, d’abord sous forme de frémissements, se rétablissent ; la chaleur reparaît vers le tronc, puis vers les extrémités ; la respiration, changeant les conditions du sang, fait disparaître la teinte violacée ; le malade est rendu à la vie, si des accidents consécutifs, des congestions cérébrale, pulmonaire, intestinale, ne viennent contrarier la marche ordinaire de la convalescence.
Tels ont été les symptômes presque constamment observés dans tous les pays ; ils sont consignés dans tous les écrits publiés sur cette singulière maladie.
L’examen cadavérique confirme cette théorie. Chez tous les sujets qui succombent pendant la période algide, c’est-à-dire avant la réaction, on ne trouve aucune altération dans les tissus.
Le cœur et les vaisseaux sont remplis d’un sang noir, ressemblant à de la gelée de groseilles, ce qui donne à tous les tissus une teinte bleuâtre plus ou moins prononcée, comme dans l’asphyxie,
La vésicule biliaire est constamment remplie de bile, parce que, soumise à l’influence du grand sympathique, elle cesse de se contractar lorsque les vaisseaux du foie lui envoient encore de fa bile.
Au contraire, la vessie urinaire est constamment vide, parce que, placée en partie sous l’influence du cerveau, elle se contracte encore, lorsque depuis longtemps les reins, qui ne reçoivent leurs nerfs que du grand sympathique, ont cessé de sécréter de l’urine.
DE LA VIE INVOLONTAIRE
L’intestin grêle est rempli d’un liquide incolore, floconneux ; l’estomac, le côlon, au contraire, sont constamment vides : ce qui doit être attribué à ce que la partie moyenne de l’intestin, ne recevant de nerfs que du grand sympathique, cesse ses fonctions longtemps avant l’estomac et le gros intestin, qui reçoivent des nerfs de l’un et l’autre appareils nerveux.
Ces faits sont constants, et cependant encore aujourd’hui, dans le grand nombre des médecins qui ont écrit sur cette maladie, les uns l’attribuent à une inflammation du tube intestinal, d’autres à une lésion du cerveau, d’autres à une altération du poumon ou du sang, etc. Chacun donne à l’appui de son opinion les altérations que' présentent parfois ces organes. Ces altérations varient selon la nature du traitement ou des maladies antérieures. Ceux qui administrent l’opium à de fortes doses trouvent une congestion du cerveau; ceux qui traitent par des purgatifs, par des irritants, par de la glace à forte dose à l’intérieur, trouvent des altérations du tube intestinal.
La réaction commençant à s’opérer, et le cœur à battre, on conçoit que le sang soit poussé dans les organes, mais seulement dans ceux qui déjà ont repris leurs fonctions , où il arrive en trop grande influence : de là les congestions du poumon , du cerveau, du tube intestinal, etc.; et particulièrement des organes antérieurement irrités par d’anciennes maladies , ou par la nature du traitement. On sait que l’opium détermine l’afflux du sang vers le cerveau; que les vomitifs, les purgatifs appellent le sang vers le tube intestinal.
Ces altérations de tissu ne se remarquent qu’autant • que la réaction a eu lieu ; mais toutes les fois que le malade succombe à la période algide, on ne trouve jamais d’altération de tissus (1).
Une des grandes objections contre l’opinion que je viens de développer, c’est que les recherches les plus minutieuses n’ont jamais montré, dans l’appareil du grand sympathique d’altération de tissu.
Mais les recherches minutieuses n’ont jamais montré non plus d’altération de tissu dans le cerveau chez les sujets qui succombent à la suite d’un accès d’épilepsie, à moins que la maladie ne soit passée à l’état chronique ; et cependant personne ne refuse d’admettre que l’épilepsie n’aii son siège dans le cerveau. Dans l’un et l’autre cas, il y a simplement exaltation de fonctions de l’un ou l’autre système nerveux.
(1) Il m’a semblé que si la mort arrivait après une très-courte dorée de la maladie, traitée ou non, les altérations du canal digestif étaient moins prononcées que si elle était survenue trois ou quatre jours après.
[Le Choléra-morhus, par Broussais, p. 57 .)
La membrane muqueuse digestive nous a présenté toutes les nuances d’injection et de rougeur, depuis la teinte rosée, lilas, hortensia, jusqu’à la rougeur brune, lie de vin ou tirant sur le noir; chez quelques individus morts très-rapidement, le fond de la membrane muqueuse, imbibée en quelque sorte du liquide blanchâtre au milieu duquel elle avait macéré, offrait une teinte d’un blanc plus mat que dans l’étal normal.
{Choléra-morhus de Paris, par J. Bouiixaud, p. 252.)
DE LA VIE INVOLONTAIRE
Dans un cas, il y a épilepsie de la vie animale ou volontaire; dans l’autre, épilepsie de la vie organique (ou involontaire) : l’une se manifeste par le dérangement des fonctions de tous les organes placés sous l’influence du cerveau; l’autre par le dérangement des fonctions placées sous l’influence du système nerveux ganglionnaire. Dans l’une et l’autre, les dérangements se manifestent sans laisser de traces apparentes; dans l’une et l’autre^ après la période d’exaltation, il y a un état de collapsus, et ensuite réaction.
Si nous nous sommes étendu aussi longuement sur cette affection, c’est qu’elle nous à paru plus propre que toute autre à nous faire comprendre l’importance que l’on doit attacher à la séparation du système nerveux en deux grands centres, et que selon nous l’obscurité qui règne encore pour beaucoup de praticiens sur la nature et le siège du choléra-morbus vient du peu d’attention que l’on donne à la théorie de Bichat.
Les dérangements des fonctions de la vie organique ne se manifestent pas toujours d’une manière aussi générale, aussi spontanée que dans le choléra-morbus ; il n’est pas rare de voir successivement, et dans l’espace de plusieurs semaines, et quelquefois de plusieurs mois, ces fonctions s’anéantir les unes après les autres, la maladie présenter alors une série de phénomènes semblables à ceux que j’ai énumérés, et le malade succomber après un temps plus ou moins long, sans que l’autopsie cadavérique la plus scrupuleuse montre d’altération apparente dans les organes.
C’est ce que l’on remarque dans certains cas de ma-
ladies que l’on désigne sous les noms vagues et insignifiants de mélancolie, de fièvre lente, fièvre hectique, de maladie nerveuse, de chlorose, de chorée, etc.
Pour nous, qui n’avons pas la prétention d’empiéter sur le domaine des médecins, qui ne voulons qu’avoir des connaissances nécessaires pour nous mettre en garde contre le charlatanisme ou pour éviter de commettre des imprudences, ou d’aggraver le mal en tourmentant l’organe malade par un exercice immodéré, nous arriverons à cette connaissance, si nous voulons nous rappeler.
Que tous les organes de la vie volontaire sont placés sous l’influence du cerveau, qu’un de ces organes ne peut être malade sans que nous en soyons prévenus par la douleur, qui nous indique le siège de la maladie ;
Que les organes de la vie involontaire, au contraire, placés soiis l’influence du système nerveux ganglionnaire, peuvent subir des altérations très-graves sans que le malade en ait la conscience; que, dans ce cas, pour arriver à connaître l’organe malade, il nous faudra, par un examen attentif, observer la manière dont se fait chaque fonction de la vie organique ou involontaire. .
Le siège de la maladie une fois connu, nous tâcherons de tenir l’organe malade en état de repos, et nous laisserons au médecin le soin de diriger le traitement.
L’ignorance ou le refus d’admettre cette grande division du système nerveux a été la cause de méprises funestes et a retardé les progrès de la science médi-
BE LA VIE INVOLONTAIRE
cale; il suffira pour nous en convaincre de réfléchir à ce qui se passe journellement sous nos yeux.
Une lésion affecte-t-elle un organe dépendant du système nerveux cérébral , le malade en est prévenu à l’instant même par la douleur ; il laisse l’organe malade au repos, indique le siégé du mal au médecin, qui prescrit un traitement.
Affecte-t-elle un organe dépendant du système nerveux ganglionnaire, le cœur, le poumon, le foie, la rate : pendant un temps fort long, et quelquefois pendant des années, la maladie continuera sa marche sans que le malade en ait la conscience; le malaise augmente graduellement , sans que le patient puisse préciser ce qu’il éprouve, et ce n’est que lorsque des désordres très-apparents sont survenus dans les fonctions, et alors seulement, que le patient et le médecin sont fixés sur le siège et la nature du mal : de là tant de maladies devenues incurables et qu’il eût été facile de guérir au début.
Résumé. — Nous avons dit comment avec l’aliment, par la digestion, nous faisions du chyle ;
Gomment ce chyle, par la respiration, devenait du sang;
Comment ce sang, par la circulation, arrivait à chaque molécule constituante de nos tissus;
Comment cette molécule décomposait le sang, s’appropriait les principes qui lui étaient propres et rejetait ceux qui lui étaient impropres.
Nous avons ajouté que chaque molécule fonctionnait à la condition de recevoir l’influx nerveux, que cet in-
flux était transmis par les nerfs, et qu’il y avait deux sortes de nerfs.
Nous avons vu que, dans les végétaux et les animaux, la vie s’entretenait à peu près de la même manière;
Que le végétal chaque jour fixait autour de lui quelques molécules qu’on retrouvera dans des centaines d’années;
Que l’animal, au contraire, ne fixe la molécnle nutritive, assimilable que pour un moment seulement; que la molécule fixée aujourd’hui aura disparu demain, et sera remplacée par nne autre qui disparaîtra à son tour, et qu’ainsi s’établissait le tourbillon de la vie; que de l’animal il n’y avait de constant que la forme.
Maintenant que nous savons comment la vie s’entretient dans les êtres organisés, végétaux et animaux, il nous reste à vous dire comment ils se reproduisent : ce qui fera le sujet de notre prochaine leçon.