COMBINAISONS DU CYANOGENE AVEC L'HYDROGENE ET AVEC L'OXYGÈNE
ACIDE CYANHYDRIQCE.
HCy=HC2Az=27.
263. Préparation de Tacide cyanhydrique. — Le cyanogène, en se combinant par volumes égaux avec l'hydrogène, forme Vadde hydrocyanique (acide priwsi^'ue ou cyanhydrique) qui a toutes les propriétés essentiellement chimiques des hydracides.
Pour obtenir l'acide hydrocyanique très-pur, découvert par Schéele, on fait arriver lentement du gaz sulfhydrique sec sur du cyanure de mercure contenu dans un tube horizontal: l'extrémité de ce tube doit communiquer avec un autre tube en U entouré d'un mélange réfrigérant, et dans lequel Tacide va se condenser sous la forme d'un liquide (fig, 111). La réaction est très-simple.
HS-fHgCy=HgS-|-HCy.
On emploie souvent im autre procédé qui consiste à chauffer dans une cornue un mélange de 2 parties d'acide chlorhydrique du commerce et de 3 parties de cyanure de mercure pulvérisé. La réaction est en tout semblable à celle qui a lieu par le procédé précédent. Seulement au lieu^de bisulfure de mercure il se forme du bichlorure, et pour que ce composé n'arrête pas, en s'y combinant, l'acide hydrocyanique, il sera utile d'introduire dans la cornue du chlorure d'ammonium, ou sel ammoniac. Ce sel s'unira avec le bichlorure de mercure, formera un chlorure double (sel d'alambroth) qui permettra à l'acide hydrocyanique de se dégager presque entièrement. C'est ainsi qu'on parviendra à en obtenir les -7. La vapeur hydrocyanique
qui se dégage élanl nitMée de vapeur d>iui t^t d'acide ehloriiydrïqne, on k ding:e dans im tiilie de la longueur A\m mMrc iliinl k^ prtmnor tiets esl rempli île rragments de rnnrbri? di'stiués li aritUiM' l ariilf elilorhydriqiiCj et les deuit aulnes tiiTg rûnli^îiiient di' peliÉs motremu de eliloritfe df^ calcium qtii absûihertnjt Inuts^ rhuniidiir'. 1 /acide, bydriieyanîque parfaifîemeiît sec orrivera daus un rnbe refn>itli mi 11 Be liquéfiera* ,
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N* suITiirp lit' fiT- R i^'pruiivettn l'nuihlît' iN^ cbluriirn (tr rnl'Mrjiu di'Htijiil k ^i'^trlipr l(ï gûi, î; (tiiie l'ii viTrf riiTitK*rifnit cJii rrynnuny iIm iiii>rniJ.r.^ cii poM^rn, Il cIopT'ip b fIniiîlJf riiDh'itiirLt fit? lu ckdp au un injîlûiijîff ri^frifii^rniiL d hiltf Pti ï il U riMii-hupi' irirViiMii-i- flu^fMt'l p^ï soml"' Irr tithp ttml /»,
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XVIII" LEÇON. — PROPR. DE l'a. C Y ANHYDRTOUE, :i7l
concentration de l 'acide dilué. On prépare ce tlernier on chauffant un mélange de 15 parties de prussiair jaune de potasse , 9 parties d'acide sulfurique concentrt^ ot t> p:irties d'eau dans une cornue dont le bec est engage dwn^ une allonge , et celle-ci dans un récipient , l'un et Tautre refroidis par des affusions d'eau trés-froide. Le produit de la distillation est de l'acide cyanhydrique dilué. Si l'oa soumet successivement ce produit a 3 ou 4 distillatinna Tractionnées, ayant soin de ne conserver chaque fois que le premier tiers qui distille, si ensuite on dirige les vapeurs de l':Lcide rectifié dans un appareil formé de deuxflacons de Woolf n^mplis de chlorure de calcium, dont le poids doit être au moii]!> triple de celui de l'acide; enfin ri au deuxième flacon est ad^iplé un lube communiquant avec un récipient refroidi par un mt^lange do. glace et de sel marin, on obtiendra dans ce récipient Fatide anhydre.
On doit arrêter cette dernière distillation lorsque h\ liquide de la cornue a une température de -f- "70 à 4- 80 degrés.
Pour constater si l'acide est parfaitement anhydre, on en fait tomber quelques grammes dans un flacon où se tr'ouvera du sulfate de cuivre bien sec. Si ce sel reste blanc, ou s'il verdit par un contact prolongé, l'acide est anhydre ; s'il blouit, c'est qu'il renferme un peu d'eau. (AUllon,)
264. Propriétés de Tadde cyanhydrique. — ï. 'a ci de cyanhydrique est un liquide incolore, très-volatil, dotit l'odeur est caractéristique et rappelle celle des amandes ami'Tes. Il bout à 26% 5 et se solidifie à — 1 o». Sa densité est 0,6fl7 k -\- 1 ïî degrés; celle de .sa vapeur est 0,943. Cette dernière est lu somme approximative de :
\ densité de l'hydrogène 0,0346
\ densité du cyanogène 0,9094
Un volume de vapeur cyanhydrique se compose ilnrtc d'un demi-volume d'hydrogène et d'un demi-volume de eyarinj:,^(>ne sans condensation': précisément comme les gaz chlorliydriqiie, bromhydrique, iodhydrique. Son équivalent en poids sera représenté par la formule :
Avri7
37a \\ m' LEÇON. — PROP. DE L'a. CYANHYDRIQUE.
Hrv==97l«Ydrogène 3,7!
HLy = z / I Cyanogène 96,29
Lorsqu'on môle un équivalent de cet acide avec 3 équivalents d'eau, on observe deux phénomènes simultanés qui sembleraient s exclure : la contraction'et rabaissement de température (MM. Ik-^ïiYET Buignet).
L'iicidi^ eyanhydrique ressemble aux hydracides du groupe halogène *, autant par sa constitution que par ses propriétés ehimiqiuis. En effet, mis en contact avec les oxydes métalliques,
donne UeTeauet des cyanures, comme l'acide chlorhydrique, pur exeutple, donne de l'eau et des chlorures.
HCy+MO=:HO+MCY HCl-f-MO = HO + MCl
D'antre part, les chlorures et les cyanures mis en contact avec mi acLde, régénèrent Tacide chlorhydrique et l'acide cyanhydriquti.
MCy + HO,A = MO,A + HCy MC1 + H0,A = M0,A + HC1
Ces deuï acides se combinent avec l'ammoniaque par volumes é^aut, ^t forment des composés qui ont entre eux une grande retiiîeTublaiice. D'ailleurs, la plus grande partie des chlorures i-t lU'seviiuures sont isomorphes.
I /acide eyanhydrique est peut-être le plus énergique de tous les poitions: il se distingue malheureusement par la rapidité avec laquelle il agit. 11 importe peu qu'on sache. que l'oxygène est mu antidote (43), dans les cas d'empoisonnement par inhalation, rar il est rare que les secours de l'art arrivent à temps. Ce eompoHé serait un des instruments les plus terribles du crime,
1 Ce nud halogène a été introduit dans la science par Berzelius. li désigne des toruH qai en se combinant avec les métaux, donnent des produits qui ressemblent à de* sel "S et qui peuvent même être considérés comme tels, bien quïls ne renferment mjitt (i'oiLVKène. Le chlore, le brome, l'iode, le fluor et le cyanogène sont les corps UHlugt'uc^rLc soufre, le sélénium et le tellure ne sont pas dans le même cas, puisque liïurs iiotiiljî liaisons métalliques ne ressemblent pas à des sels, mais elles en forment M\\ B* liùinliiiiant avec d'autres composés binaires du même ordre. C'est pourquoi BerzeLiui a^i>i lli; amphigènes le soufre et ses congénères. Les halogènes produisent les ^Ah haiQidis^ et les amphigènes produisent les sels ampkides,
XYIIl® LEÇON. — PROP. DE L'A. C YANHYDRÏOUE. 373
si l'on pouvait le conserver; mais, quoique renfermé dans dos tubes en verre, scellés à la lampe, il s'altère, brunie et ae transforme en une matière noire formée de plusieurs substances connues sous le nom de composés paracyanuréSy et dont k natiin^ n'est pas encore déterminée. Sa dissolution aqueuse ne se couserve pas mieux.
On a une nouvelle preuve de son instabilité dans ce qui se passe lorsqu'il est mis en contact avec l'acide chlorhf drîque : on remarque une élévation de température, et au bout 4ie quelques heures, on trouve que l'acide cyanhydrique est transformé en acide formique et en ammoniaque. Dans en cas, Tacide clilorhydrique n'a fait que solliciter l'action décomposante tie l'eau. Si l'on ajoute, par la pensée, à un équivalent d'acide cyanhydrique, les éléments de quatre équivalents d'eau j on aura de quoi former du formiate d'ammoniaque j substance très-inoffensive.
HCy -I- 4H0 = AzH8,H0,C'H08.
Acide cyanhydrique, Formiate d'ammoniaque.
11 va sans dire que, dans le cas actuel, il ne se forme point de ce sel, mais du chlorhydrate d'ammoniaque, et l'acide formique reste libre. Cette réaction est remarquable, car l'on voit un corps extrêmement délétère se transformer en un autre corps d'une innocuité parfaite, et cela, par la seule intervention di'^ éléments de l'eau. Ce fait est d'autant plus intéressant, qu<* IV>ii peut transfoimer à son tour le formiate d'ammoriiaqut» un acide hydrocyanique. 11 suffît de le distiller à 200". Il perd alors les quatre molécules d'eau et redevient ce qu'il était auparavant :
AzH»,H0,C*H08 — 4H0 =- HC^Az
Formiate d'ammoniaque. Acide cyanhydrique = HCy.
264 bis. Causes qui retardent et causes qui accélèrent la décomposition de Tacide cyanhydrique. — On a remai*qué que plus l'acide cyanhydrique est dilué, moins il s'altère. Une dissolution à 777 se conserve sans modification aucune. On sait aussi qu'il suffit d'une trace d'un acide, d'une goulte d'aîeool, d'un petit fragment de phosphore pour conserver sinon indéfiniment, du moins pendant longtemps l'acide cyanhydrique. D*uji autre côté, suivant M. Millon, la moindre trace d'ammoniaque dé-
in \yjW LEÇON. -^ ArfDE CYANIQUE.
[termine riilleration de roi acidCi et parai 1 intime en 01 re îa cause unique, QLK^Îque.s Imlle:^ de gaz amiunniac produii^eiil en deux ou trois jours la sûlidi1ic:ition e4impî(>te de 200 grammes d'acide auliydre. On eoni^^oit di^s lors ïe uiode d'aelion des substances préservatrices : elles saturent , ou absorbent, ou diluent énorlUf^ment rammonîafîue et *^n paralysent l'action : et lorsque l'altération de l'acide liydrocyanique se manifeste sans que l'ara- Ejoniaque ^ moiitre directement, il Huit îa cbcrctier dans une réaction ou dans un mélange apte à la produire. Si l'on se rappelle que l'eau, sous l'influence d*agents puissants, peut décoaïposer l'acide evanbvdrique, de sorte h. donner naissance ù. des produits ammoniacaux, on s'expliquera pourquoi certains corps anbydrns par eux-mi^nies, la cbauK vive^ par exemple, n'altèrent lacide cyanhydrique qui^ si leau intervient. MM. llussy et Bui-gnet aftirment que Taeide eyantiMlrique parfaitement anhydre est conipletemcnt inaltérable, et que c'est a la présence de l'eau, mt^me en proportion trÈs-faible, qu'il faut attribuer sa décomposition spontanée.
ACJDE CTANIOUE.
lt0.r;yOouHO,C*AzO = ^3.
2fli*. [Propriétés et préparation de Tacide cyanicpie. —
Nous\enons de voir combien est épbémère rcxisteuce de l acide ryanbydric[ue : or, celle de l'acîde eyanique ne Test pas moins, je dirai même qu'elle Test davantjige : il siiffit de mettre Tacide cvinique (llOjCvO) en contact avee de l'eau pour le transformer e^ï bicarbonate d*amraoniaque. Cet acide ne peut se conserver qu7i la température de 0" ; à quel<jues dcgr-és au-dessus, il sa tnuiafonnc en njamplide (Si^yllO-), corps isomère * avec lande
1 On np}if:l]c ififimftrt's loîs cftirps q«], tout en ayant La m^me cotn]>asUj{>ii (>eiitéstnmlr, n'oiiL \mi Its En^mf!!i firn|.M'if>L£s chi]ïi;f|UË%'
Plu&ieurfi nhjmiiil^s iJi\iapiit Ipsi cûrpg ]^amcrc<i; en métitm^rex et en pû^,yiw*^?v. l/lsom^n*^ (îes pri'mierî tient h uac ^'ivinple 1râTiS|>os.iliu[i îles nml^ckilf» L^èninntajivs, pdh? ihï^ spi.-'iiitih à iiiïL- £uqflc^iMti£iD uu à un ilr^tÏMiihlemi-nl di»» niùin^s molécules,
I C'H'O.C^HHis = ac(4ta[(» de mt^ttivltae.
^ r.lïHilOJï.„,=riiddc lactique.
XVITT* LEÇON. — ACTDE CYANURIQUE. 37^
cyanmiqite, acide qui représente, par sa composition, Uoh molécules d'acide cyanique, condensées en une seule (HWCvW). î.a cyamélide, aussi bien que son isomère, l'acide cyantiHquo, redeviennent acide cyanique par une simple distillation. Ordinairement on prépare l'acide cyanique trùs-pur en distillant de l'urée dans une petite cornue en verre, et en recueillrint le produit dans un récipient entouré de glace. On obtient aïnai un liquide incolore d'une odeur pénétrante, quelque peu ncélique et irritant fortement les yeux. Une goutte d'acide cyanique, déposée sur la peau, y détermine une ampoule. L'acide cvanique est monoatomique.]
ACIUE CYANURIQUE
(frO)3,(AVz308 OU 2(HOXyO) = 129.
"200. [Préparation et propriétés de Tacide cyanurlque.
C'est encore par la distillation de l'urée (un des principes de l'urine) que l'on obtient Y acide cyanurique ; mais il faut que rett*^ distillation soit ménagée, car autrement il ne se produit que de l'acide cyanique. En chauiTant donc légèrement de l'uréiî dans une cornue , elle fond , dégage de l'ammoniaque , et finit par laisser un résidu gris jaunâtre d'acide cyanurique impur, qu'on purifie, en le dissolvant dans l'acide sulfurique concentré et en versant dans cette dissolution goutte à goutte de l'acide azotique jusqu'à décoloration complète; si l'on vei'se alors dans le liquide un égal volume d'eau, on obtiendra, par refroidissement, un dépôt cristallin d'acide cyanurique pur.
On comprend sans peine la formation de l'acide cyanurique, quand on songe que l'urée, par sa composition, peut Oire. coitsidérée comme du cyanate d'ammoniaque, ou, pour mieux dire, comme un isomère de ce sel ;
H3Az,HO,r,J\zO = Cyanate d'amnioniaqne.
Cî^H'^Az^O* :— Isomère du cyanate d'ammouiaquo ou ur:^e.
Ouoi qu'il en soit, l'urée contenant les éléments de ramninniaque et de l'acide cyanique, on conçoit que, sous î'iTiriuiuu'e de la clialeur, elle perde les éléments de l'ammoniaqur, t nrps volatil, et que ceux de l'acide cyanique se constituent en mi équilibre plus stable, et forment un corps ayant la composition
376 XVITI* LEÇON. — ACTDE CYANURIQUË.
centésimale de l'acide cyanique saas en avoir les propriétés; ainsi
3C»H*AzW = 3nO + 3AzlP + [llOP.C^ÂzW.
Urée. Eau. AmnioiÛJiiiije* Acide cy^titlque.
L'acide cyanuriquc, à Tëtat d'hydrate et renfermant 21^5 p. 0/0 d'eau, affecte la forme de prismes rhomboïdaux obliques, efflorescents. Si on dissout Tac i de liydraté dans l*acide azotique ou dans l'acide chlorhydrique bouillants, il perd son eau d'hydratation, et, par le refroidissement, il cristallise en octaèdres à base carrée.
Nous avons déjà dit que l'acide cyanurique passe, par la distillation, à l'état d'acide cyanique.
Les combinaisons du cyanogène avec le chlore, bien que plus stables que les précédentes, n'ont pas moins ce cachet de versatilité qui caractérise tous les composés métalloïdiques du cyanogène. De même qu'il y a deux combinaisons cyaniques oxygénées et isomères entre elles, de même il y en a deux chlorées et également isomères.
Acide cyanique.... = HOCyO..., Cy Ci =Cbiorurede cyanogène gazeux. Acide cyanurique.. =3HOCyO.... Cy8C13= id. id. solide.
Tous ces corps ont le môme air de famille. Si, par exemple, trois molécules d'acide cyanique peuvent, en se condensant, se métamorphoser en un nouveau corps (cyamélide), trois molécules de chlorure de cyanogène gazeux peuvent-elles aussi se condenser et devenir chlorure de cyanogène solide.
Ces métamorphoses, ces condensations, ces dédoublements, en un mot, cette versatilité de la molécule cyanique, rappelant en quelque sorte le caractère spécial des mojiécules organiques, explique pourquoi beaucoup de chimistes ne s'occupent pas du cyanogène, en étudiant la chimie minérale. Nous avons fait le contraire, car en abordant bientôt l'histoire des métaux, nous serons souvent obligé de nous servir de cyanures pour avoir des réactions caractéristiques pour chaque métal. Il nous aurait été incommode d'employer un réactif dont nous aurions ignoré la nature. Au surplus, l'analogie entre le chlore et le cyanogène étant un fait incontesté, Tétude des chlorures ne saurait être séparée de celle des cyanures. Mais si nous avons fait connaître, dès à présent, le cyanogène et ses combinaisons avec l'hydro-