CORPS GRAS NATURELS
Bongics stéarlqnes. — Pour convertir le suif en bougies stéariques, on le saponifie par la chaux, c'est-à-dire qu'on commence ^ar le convertir en un savon de chaux qu'on décompose ensuite par Tacide sulfurique. Celui-ci sépare les acides gras, qui se solidiûent par le refroidissement. On les soumet à une forte compression entre des plaques d'abord froides, puis chaudes. L'acide oléique est exprimé, les acides gras restent. Ce procédé, indiqué par ini. de Milly et Motard en lJi-29, consiste, comme on voit, à saponifier entièrement le suif par la chaux. En 1854, M. de Milly l'a modifié heureusement en réduisant considérablement la quantité de chaux et par conséquent, la proportion d'acide sulfurique. Mais alors il est nécessaire d'élever la température pour achever la saponification. Aussi l'opération s'esécute-t-elle en vase clos, dans des autoclaves. En employant 2,5 parties de chaux pour 100 parties de suif, il faut chauffer de 170° à 180°.
L'huile de palme peut être convertie en bougies par un procédé encore plus simple, qui consiste à la soumettre à l'action de la vapeur d'eau surchauffée à .îOO'. Elle se dédouble en acides gras et en glycérine (page 614).
Savons. — Dans le midi de l'Europe, principalement à Marseille, on fait servir à la préparation des savons l'huile d'olives de qualité intérieure, et, depuis quelques années, les huiles d'arachide et de sésame. On saponiOe ces huiles en les faisant bouillir dans de grandes chaudières avec une lessive faible de soude caustique, On empâte ainsi l'huile, c'est-à-dire qu'on émulsionne l'excès d'huile dans la solution de savon d'abord formé. On ajoute alors des lessives de soude plus concentrées et renfermant du sel marin : la saponification s'achève par la coction, et le savon, insoluble dans la lessive concentrée, vient se rendre à là surface du bain. On soutire la lessive. Quand le ^avon est bien cuit, la pâte durcil par le refroidissement; elle présente une couleur gris bleuâtre, due à un savon ferrugineux, mêlé de sulfure de fer. Le fer et le soufre proviennent des matériaux employés : la soude brute ren ferme une petite quantité de fer. Lorsqu'on chauffe celte pâte avec ^ environ de son poids d'eau ou d'une lessive très-faible de soude caustique, elle fond, et si on laisse reposer le tout, on voit la masse se partager en deux parties : l'une, inférieure et fortement colorée, renferme le savon ferrugineux plus dense; l'autre, supérieure, constitue le savon blanc. Lorsque ce dernier est comwvsn. 35
plêtement éclairci, par le dépôt du savon ferrugineux, on le coule dans des mhes où il se solidifie. On obtient ainsi le savon blanc. Veut-on, au contraire, obtenir du savon marbré, on agite la pâte pendant le refroidissement. La partie colorée, c'est-à-dire le savon ferrugineux, se répand alors dans toute la masse pour former des veines bleuâtres.
Depuis quelques années, on prépare de grandes quantités de ^avon en combinant avec la soude l'acide oléique qu'on obtient comme produit accessoire dans la fabrication des bougies stéa« riques.
Les savons mous sont à base de potasse. Ils s'obtiennent au moyen des huiles de graines, telles que celles de chènevis, d'œillette, de lin, qu'on saponifie par des lessives de potasse caustique.
Saponiflcatîon — On voit que toutes ces opérations industrielles ont pour but le dédoublement de corps gras neutres en acides gras, soit libres, soit combinés avec une base. Ce dédoublement a reçu le nom de saponification. 11 s'effectue soit par l'action seule de l'eau et de la chaleur, soit par l'action d'une base, soit enfin par l'action d'un acide puissant comme l'acide sulfurique (saponification sulfurique). Dans ce dernier cas, l'acide se porte sur la glycérine pour former de l'acide sulfoglycérique. Quel que soit le procédé employé pour opérer ce dédoublement, celui-ci exige toujours l'intervention de l'eau, dont les éléments se fixent sur le corps gras qui se dédouble, ainsi que l'a fort bien montré M. Chevreul. A cet égard, le dédoublement de la palniitine sous l'influence de la vapeur d'eau surchauffée peut servir de type à ce genre de réactions :