CELLULOSE
(acide siilfoligneiix), des substances résultant de la désagrégation de la cellulose. Suivant que l'action de l'acide est plus ou moins prolongée, il se forme, soit une substance amyloïde précipitable dans l'eau et colorable en bleu par l'iode et, par conséquent, analogue à l'amidon, soit une matière soluble analogue à la dextrine. (I^échamp.) Lorsqu'on ajoute beaucoup d'eau à cette masse visqueuse et qu'on soumet le tout à une ébullilion prolongée, il se forme une glucose fermentescible (Braconnot) :
Cellalosc. Glucose.
Lorsqu'on trempe du papier dans de l'acide sullurique étendu delà moitié de son volume d'eau, et qu'on le fait séclier aprèsl'avoir lavé avec soin, on obtient une matière semi-transparente, douée d'une certaine raideur, et semblable par son aspect au parchemin. (Figuier et Poumarède, Holmann.) C'est ce que l'on nomme leparcherain végétal.
Une solution de chlorure de zinc convertit, à froid, la cellulose en une matière amyloïde colorable en bleu par l'iode ; à chaud, le tout se dissout, il se forme de la glucose.
Lorsqu'on chauffe la charpie avec une solution concentrée de chlorure de chaux, une réaction très violente se manifeste, et il se dégage des torrents de gaz carbonique.
Chauffée à 180' avec de l'anhydride acétique, la cellulose se convertit en une triacétine C6ll'0-(0.C-H50)*, masse amorphe, soluble dans l'acide acétique.
Falmi-eoton. — Lorsqu'on trempe, pendant une demi-minute, du coton cardé dans de l'acide azotique monohydraté, qu'on lave rapidement le produit à grande eau, et qu'on le sèche à l'air, on obtient une substance possédant, à peu de chose prés, l'apparence extérieure du coton, mais très inflammable et brûlant subitement sans laisser le résidu. C'est le fulmi-coton ou pyroxyline,qai a été découvert par Schœnbein en 1847.
Dans celte préparation, on peut remplacer avantageusement l'acide azotique monohydraté par un mélange de 1 volume d'acide concentré avec 3 volumes d'acide sulfurique. La pyroxyline parait constituer un mélange de cellulose ditiUréc et de cellulose trinitrée:
C6H1005 C6H805(0Az0*)* C«HT0^(0.\z0*)3
Cellulose. Cellulose dinitrée. Cellulose trinitrée.
6Si
Ces corps sont de véritables élhers nitriques, analogues à la nitroglycérine. Les alcalis les dédoublent en nitrate et en cellulose.
Le fulmi-coton offre l'aspect du coton ; il est un peu plus rude au toucher et présente quelquefois une légère teinte jaunâtre. Il est très inflammable et brùh; subitement sans laisser de résidu, en donnant une masse de produits gazeux formés de gaz carbonique, oxyde de carbone, bioxyde d'azote, etc., et de vapeur d'eau.
Le fulmi-coton est insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éllier, le chloroforme, la solution cupro-ammoniacale. Il est plus ou moins solubledans un mélange d'alcool eld"étlier. La solution épaisse porte le nom de collodionei est employée en chirurgie et en photographie.
Lorsqu'on chauffe la pyroxyline avec une solution concentrée de chlorure ferreux, il se dégage du bioxyde d'azote et la cellulose est régénérée. (Béchamp.)
GLUCOSIDES.
On nomme ainsi des combinaisons complexes qui se dédoublent, dans diverses métamorphoses, avec fixation d'eau, en glucose et d'autres corps, comme les élhers se dédoublent, en tixant de l'eau, cil alcools et en acides.
Cette définition rapproche les glucosides des éthers composés, rapprochement qui paraît légitime, puisqu'on sait, par les expériences de M. Berthelot, que la glucose fait fonction d'alcool polyatomique.
Divers principes immédiats, d'origine végétale, peuvent être rangés dans la classe des glucosides. Nous citerons particulièrement les suivants :
OLUCOSIDES.
Amygdaline.
Salicine. . .
Populine.. .
l'hloridzine .
Arbutinc Convolvuline, Jalappine. .
Esculine. . .
Fraxiiie . .
Da|iliiiiuu Quinovinc. .
Qucrcitrinc .
Tannin . . .
FOBMUL S.
C'U'UzO" C'»l|i"'0'
C»»H"0» -+- 2U-0 C*ill"Oi» 4- 20^0 Ci=ui80' C"H»'0»« I C"H»»0«« ^
(;i5|I1609 C'.TJIJIOIJ
(;i5|Ii«0».
<;••• ii^o»
OntCINE.
amandes amères.
écorces de saule et de peuplier, écorce et feuilles du tremble, écorcc des racines d'arbres fruitiers, feuilles de VArcluslaphtjlos iiva ursi.
racine de jalap.
écorce de marron d'Inde.
l'icorce de frêne.
Daphne alpine, Daphne mesereum.
écorce de China nova.
ccorcc Qucrcus linctoria (quovcilron)
écorce de cbùne, noix de galle, etc.
GLUCOSÏDES. 685
Parmi tous ces corps, nous ne décrirons que ramyj^daline, la salicine, la populine, la phloridzine et le tannin ou acide tannique.
Amygclallne, C-^H-'AzO". — I/alcool extrait ce corps du tourteau d'amandes amères. 11 se dépose de sa solution alcoolique en cristaux renferm;>nl 211-0. La solution aqueuse le laisse déposer en cristaux assez volumineux renfermant 5 molécules deau de cristallisation.
L'amygdiiline est très soluble dans l'eau et dans l'alcool bouillant. La solution aqueuse dévie le plan de polarisation à gauche.
Par l'action des acides étendus, l'amygdaline se dédouble en acide prussique, aldéhyde benzoique (essence d'amandes amères) et glucose:
G^oip^AzO"
= cni«o
+ CAzIl +
Amygdalinc.
Aldéliydc benioîi|uo.
Acido cyanhydiiquc.
Glucose.
Le môme dédoublement s'accomplit sous l'induence de l'eau et d'un ferment contenu danslesamandes amères et dans les amandes douces, ferment qu'on désigne sous le nom d^émulsine ou de synaptase. C'est une matière azotée, soluble dans l'eau. Elle n'agit sur l'amygdaline qu'en présence de l'eau. On sait, en effet, que les amandes amères ne développent l'odeur de l'acide prussique que lorsqu'on les humecte avec de l'eau.
Salicine, C'^H'^O^ — La salicine se trouve toute formée dansles écorces de saule et de peuplier ; Wœhler en a signalé l'existence dans le castoréum. Pour la préparer, on épuise l'écorce de saule par l'eau bouillante, et après avoir concentré les liqueurs, on les fait digérer avec de la litharge. On filtre et l'on évapore en consistance sirupeuse. La salicine se dépose au bout de quelques jours. Elle se présente sous forme de petites lamelles ou aiguilles brillantes, solubles dans l'eau et dans l'alcool, insolubles dans l'étlier.
Sa solution aqueuse dévie à gauche le plan de polarisation.
La salicine se dissout dans l'acide sulfurique en formant une liqueur ronge.
Sous l'influence d'une solution d'émulsine (ferment azoté des amandes), elle se dédouble en un corps neutre, la saligénine,et en glucose (Piria) :
Gt3iiisOT + H^O = C-II^O* -+■ CIl'-^Oô
Salicine Salii>éaiac. (ilucosc
Les acides sulfurique et chlorhydrique étendus la dédoublent à chaud en salirétine et en glucose. Ces corps seront décrits plus loin.
Lorsqu'on fond la salicine avec de l'hydrate de potassium, il se dégage de l'hydrogène, et il se forme de l'acide salicylique et de l'acide oxalique (Piria).
Par l'action d'un mélange de bichromate de potassium et d'acide sulfurique, la salicine donne du gaz carbonique, de l'acide formiquo et une essence oxygénée, l'hydrurede salicyleou aldéhyde salicylique CmeQ^. (Piria.)
Popnline, C-oil^-O» -f- 211-0. — Braconnot a découvert cette substance dans l'écorce et dans les feuilles du tremble {Popidus tremula). Pour l'en extraire, on les épuise par l'eau bouillante. On précipite la décoction par le sous-acétate de plomb; on filtre et l'on évapore la liqueur en consistance de sirop clair. Par le refroidissement, la populine se dépose sous forme d'un précipité cristallin. Convenablement purifiée, elle se présente en aiguilles incolores, soyeuses, très-fines. Sa saveur est sucrée. Elle est peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool. Sous l'influence des acides étendus, elle se dédouble en acide benzoïque, salirétine et glucose ; ces deux derniers produits résultent sans doute du dédoublement de la salicine. La populine paraît donc être la combinaison benzoïque de la saUcine :
C20H2S08 + H20 = Cni«0-^ 4- C»-'II'80T
Populine. Acide benzoïque. Salicine.
Phloridzine, G-'IP*0»o -f- 2II-0.— On rencontre ce glucosidi dans l'écorce du pommier, du poirier, du prunier, du cerisier, et principalement dans l'écorce des racines de ces arbres fruitiers. Pour l'extraire, on fait bouilhr cette écorce avec de l'eau, on décante la solution bouillante, on la concentre, et on Pabniidonne dans un endroit frais. Par le refroidissement, la phloridzine se dépose : on la purifie par une nouvelle cristallisation, après l'avoir décolorée à l'aide du charbon animal.
Pi're, elle forme des aiguilles soyeuses incolores. Elle possède une saveur amère et un arrière-goût sucré. A peine soluble dans l'eau froide, elle se dissout abondamment dans l'eau bouillante ot danc l'alcool. La solution alcoolique dévie le plan de polarisation à gauche.
GLUCOSIDES. G87
Les acides sulfurique el chlorhydriqiie étendus dédoublt^nl ia phloridzine en phlorétine et en glucose (Stas) :
CaïUiiQ'o + U^O = C»3H»*{)5 -f- C6H«*08
Phloridzine. Phlorétine. Glucose.
La phlorétine est une substance blanche, cristallisable en petites paillettes, peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool. Chauffée avec delà potasse, la phlorétine se dédouble en acide phlorélique et en phloroglucine :
Phlorétine. Acide phlorétique. Phloroglui-ine.
La phloroglucine se présente sous forme de gros crislau.\ doués d'une saveur sucrée.
Tannin OU acide tanniqne, C*^H2-0"(?). — On désigne SOUS le nom de tannins ou d'acides tanniques des composés très-répandus dans le règne végétal, légèrement acides et qui sont caractérisés par deux propriétés importantes, savoir : de précipiter les solutions de gélatine et des matières albuminoïdes, et de produire dans les sels ferriques une coloration d'un noir bleuâtre ou verdâtre. La mieux étudiée de ces combinaisons, le tannin de l'écorce de chêne ou acide quercitannique est un glucoside. Sous l'influencedes acides étendus, il se dédouble en acide gallique et en glucose. (Strecker.)
On rencontre le tannin dans l'écorce de chêne, dans le sumac et, en grande quantité, dans les noix de galle, excroissances que développe la piqûre d'un insecte sur les feuilles et les branches du Querciis infedoria.
Pour le préparer, on introduit la noix de galle concassée en poudre grossière, dans une allonge dont l'extrémité est bouchée avec une mèche de coton, et l'on place l'allonge sur une carafe. Dans cet appareil àe déplacement, on épuise la noix de galle avec de l'élher ordinaire du commerce. La liqueur éthérée, colorée en jaune brun, se rassemble dans la carafe et se sépare du jour au lendemain en deux, quelquefois trois couches. La couche inférieure est une solution aqueuse et très-concentrée de tannin. On la sépare et on la dessèche dans une étuve. Il reste de l'acide tannique, sous forme d'une masse légère, boursouflée, offrant une teinte jaunâtre.
Le tannin est une substance solide, amorphe, incolore, douée
d'une saveur fortement astringente. Il est très-soluble dans Tcau, moins soluble dans l'alcool, insoluble dans l'élher pur.
Lorsqu'on chauffe lacide tannique, il fond; entre 210 et 215°, il laisse dégager du gaz carbonique et donne du pyrogallol, C'iPO^, qui se voiatise. 11 reste un résidu noir (acide métagallique).
Au contact de l'air, la solution aqueuse d'acide tannique absorbe 'e l'oxygène, dégage du gaz carbonique et laisse déposer de l'acide gallique. Cette transformation s'accomplit plus rapidement lorsqu'on fait bouillir le tannin du chêne avec de l'acide sulfurique ou chlorhydrique étendu :
C«H220" + 41P0 = 5C'U«05 -f C6II1206
Acide tannique. Acide pallique. Glucose.
D'après les recherches de M. II. Schiff, le tannin proprement dit ne serait pas un glucoside, il représenterait ï acide, digallique 0**11*00^, c'est-à-dire un acide dérivant de deux molécules d'acide gallique par soustraction d'une molécule d'eau. En fixant de l'eau, la molécule de tannin formerait deux molécules d'acide gallique :
ciimoQs + 11-^0 = 2cni<505
Acide digallique Acide gallique.
(tannique).
La solution d'acide tannique produit dans les sels ferriques un précipité noir bleuâtre qui constitue l'encre. Elle ne colore pas les sels ferreux ; mais le mélange exposé à l'air ne tarde pas à noircir, en attirant l'oxygène.
Le tannin est employé en médecine comme astringent. La noix de galle, qui en est très-riche, sert à la fabrication de l'encre. Pour préparer une bonne encre on peut employer la recette suivante. On épuise un kilogramme de noix de galle pulvérisée par 14 litres d'eau ; on filtre et l'on ajoute à la solution d'abord 500 grammes de gomme arabique, puis une solution de 500 grammes de sulfate ferreux (couperose verte). On agile le mélange, et on l'abandonne à l'air jusqu'à ce qu'il ait pris une belle teinte noire.