LES MÉDAILLES ANTIQUES
DE CELLES QUI SOjNT CONTREFAITES.
Extrait de V Histoire des Empereurs , PAR M. Beau VAIS.
Gomme le discernement des médailles antiques de celles qui sont contrefaites , est la première connaissance nécessaire à un curieux qui entreprend de former des collections de médailles, il doit paraître étonnant, que, dans la foule des auteurs, qui depuis près d'un siècle, ont écrit sur Tart métallique , il ne s'en trouve aucun qui se soit attaché à prescrire des règles siires , pour parvenir à démêler le vrai d'avec le faux.
Il est vrai que le P. Jobert, jésuite, dans son livre de la Science des Médailles , a traité en passant, et en peu de mots, la matière que j'entreprends d'éclaircir aujourd'hui ; mais cette partie de son ouvrage est si superficielle, qu'on a dû sentir qu'il n'en a parlé que pour qu'on ne pût pas lui reprocher d'avoir omis cet article essentiel dans un ou-
vjage qui était destiné à embrasser toutes les parties de la science des médailles.
Il ne fut cependant jamais plus nécessaire de donner aux amateurs de médailles antiques, des moyens de se défendre contre les différens artifices des faussaires, que dans un temps où la France et plusieurs autres pays se trouvent inondés d'un nombre prodigieux de médailles fausses qui sont venues et qui viennent encore tous les jours d'Italie. J'ai cru, par cette considération , pouvoir être autorisé à faire part au public des nouvelles observations que j'ai faites sur Fart de discerner les médailles antiques de celles qui sont fausses. Je me flatte que les curieux , qui ne sont pas encore fort avancés dans la science mécanique des médailles , me sauront quelque gré de les aider dans cette étude, et de leur épargner par là bien des dépenses inutiles : l'amour du vrai que je soubaite leur inspirer, est le seul molif qui m'a fait travailler à cet ouvrage.
Ce n'est pas seulement de nos jours, que l'appas du gain et l'envie d'en imposer aux curieux , a fait entreprendre à d'habiles ouvriers, de contrefaire les médailles antiques.
Guillaume du Choul, qui vivait il y a deux cents ans , et qui est vm des premiers curieux qui aient écrit sur les monumens de la Grèce et de Rome , fit graver dans son livre , de la Religion des anciens RojnaJn.-^ deux médailles d'Agrlppa; une de grand Inonze, au revers de laquelle on voit ie Panthéon ;
l'autre d'argent, qui avait au revers un Neptune dans un char traîné par doux chevaux marins, avec cette \é^ex\(\e œquoris /lîc o/^/zz/yy^^/tv/î ; ces deux médailles étaient sûrement fausses.
Antoine Lepois , qui vivait dans \e. même temps et qui a écrit (en français) fort amplement sur les médailles à la manière de son siècle , en cite aussi plusieurs de la même espèce , tels qu'un Scipioii 'f%
l'Africain , de bronze , le pont /Elins , au revers A' Hadrien , et un Pescennius Niger ^ d'or, qu'on ne connaissait pas alors, mais dont on a trouvé depuis une médaille qui est au cabinet du Roi, etc. Ce qui nous fait connaître, qu'à peine a-t-il paru en France, ou dans les autres Etats, des curieux (|ui ont commencé à amasser des médailles antifjues, qu'il y a eu aussitôt des fourbes qui ont cherché à les tromper.
Peu de temps après parurent en Italie ces faussaires célèbres, connus sous les noms de Padouan et du Parmesan.
Depuis ce temps , Michel Dervieu de Florence , et Gogornier , se sont extrêmement distingués : le premier , en contrefaisant toutes les espèces de médailles antiques, principalement lej médaillons de bronze; le second, en imitant, entre autres, les tyrans sous les règnes de \aierien et de GalUen.
En Hollande, un nommé Carteron , cl quelques autres aussi habiles , répandirent aussi chez les curieux un nombre inlini de médailles iliusses; la
plupart sont, à la vérité, d'un travail exquis; mais elles n'approchent ni de la force, ni de la tendresse de l'antique. C'est sous le nom de Padouan que la plus grande partie de ces médailles est connue aujourd'hui , et ce sont les premières dont je vais parler dans ce traité que j'ai divisé en dix articles.
Dans le premier , je traite des médailles que je viens d'annoncer, qui sont de coins modernes , connues généralement sous le nom de Padouan;
Dans le second , des médailles moulées sur celles qui sont de coins modernes ;
Dans le troisième, des médailles moulées sur les antiques ;
Dans le quatrième , des médailles antiques , refaites, et dont on cha ige les têtes et les types;
Dans le cinquième, des médailles martelées et encastées ;
Dans le sixième, des médailles qui ont des fentes et des contremarques ;
Bans le septième , des médailles fourées et de celles qui sont incuses ;
Dans le huitième , des médailles moulées qui sont antiques , et des médaillons composés de plusieurs cuivres ;
Dans le neuvième , des médailles que les faussaires ont inventées , et de celles dont on trouve peu de fausses.
L article dixième , est ce qui me restait à dire sur la matière de cet ouvrage.
J'expose, comme on le verra dans chaque article, les différentes manières dont on a contrefait les médailles, et j'ai tâché de donner des règles pour discerner le vrai du faux, quelque artifice qu'on ait employé pour en imposer.
Je vais, sans contredit, dévoiler un des plus grands mystères d'iniquité que les hommes aient conçus pour en tromper d'autres; et j avoue de bonne foi que, lorsque j'ai commencé à connaître tous les écueils dont on était environné dans la science des médailles, j'ai eu mille fois le dessein de renoncer à cette étude ; et je l'aurais abandonnée entièrement, si je ne m'étais senti une très-forte inclination pour cette sorte de connaissance.