‹ Leçons élémentaires de numismatique romaineChapitre 60 sur 70 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Médailles de coin moderne y dont la plupart sont connues sous le nom de Padouan.

Les médailles qu'on appelle en général du Padouan , sont des médailles frappées dans des coins modernes, que les plus habiles ouvriers , soit d Italie , soit d'ailleurs , ont gravées avec beaucoup d'art et de goût, en tâchant, autant qu'il était possible, d'imiter l'antique qu'ils copiaient d'après les véritables médailles. INous avons inie quantité prodigieuse de ces pièces modernes que l'antique seul

peut effacer par sa beauté et sa noblesse. On en peut former d'assez belles collections , soit en médaillons, soit en médilles grecques d'or, d'argent et de bronze, soit en médailles romaines, également dans les trois métaux, mais surtout dans les médaillons de cuivre et le giand bronze. La plupart des médaillons de cuivre de l'empire romain, qui sont faux, ont été copiés d'après l'antique ; on y a même gravé plusieux's revers nouveaux qui n'ont jamais paru sur les médailles antiques , et qu'on a eu soin de fonder sur des faits historiques.

Les douze premiers empereurs ont été contrefaits une infinité de ibis en grand bronze ; on s'est principalement attaché à imiter les têtes les plus rares en ce genre, tel que le Tibère^ YOthoti^ qu'on ne trouve antique latin que de la colonie d'Anîioche, on de fabrique égyptienne dans les trois grandeurs de bronze; le Fitellius^ le Pertinaoo ^ et les deux Gordiens d^Jfriquc^ X Agrippine de Claude^ la Z)oviitia , qui ne se trouve presque point , les trois femmes de la famille de Trajan , XAnnia Faustina et la TranquilUnc.

Il ne serait pas difficile à un curieux, qui aurait vu quelques cabinets un peu choisis , d'éviter le piège Ait celte espèce de médailles. Mais comme la plupart résident dans des provinces éloignées , et ne font point de voyages à Paris, où est la source de la science des médailes , ainsi que de tous les beauxarts; ils ne sont, par conséquent, jamais à portée

de profiter des lumières que nos habiles antiquaires communiquent avec autant de facilité (|ue de politesse.

J'en ai vu phisiems qui avaient passé une partie de leur vie en piovince à amasser des cabinets de médailles, et qui, au bout, de plusieurs années n'étaient pas encore en état de distinguer un coin moderne de l'antique,' ce que j'avance est si vrai que les curieux de Paris conviennent unanimement que, lie toutes les médailles rares des cal»inets tle province ou des pays étrangers qu'on y envoie pour vendre, après la mort de ceux qui les ont formés, même dans les suites les plus renommées, il se trouve que lu plupart des grandes pièces sont fausses.

11 n'est cependant pas difficile de reconnaître celles dont je parle dans cet article, vu les règles que peut suivre un curieux qui ne s'est pas encore formé ce coup d'œil qui fait qu'on se méprend rarement.

1° Toutes les médailles de grand bronze, qu'on appelle du Padouan^ et dont il est ici seulement question sont, ordinairement d'un flanc bien moins épais que les antiques.

1° Elles ne sont ni usées ni rognées.

3° Les lettres en paraissent modernes, c'est-à dire du même caractère que celui des médailles de notre temps.

4° Elles n'ont jamais de vernis, à moins qu'il ne soit faux ; et alors il est fort aisé de le reconnaître ,

car il est pour l'ordinaire noir, gras et luisant, et tendre à la piqûre, au lieu que le vernis antique est extrêmement brillant et aussi dur que la médaille même.

5° Les rebords en ont toujours été limés, ce qui se reconnaît d'une façon plus ou moins sensible, pour peu qu'on y fasse attention.

6° Enfin, ces médailles sont toujours fort rondes, au lieu que les antiques ne le sont jamais si régulièrement , surtout depuis le règne de Trajan.

Voilà pour ce qui regarde en général les médailles de grand bronze de coin moderne.

Les médaillons de même métal sont aussi aisés à discerner, et cela par les mêmes règles. On ne risquera d'abord rien de regarder comme infiniment suspects, tous ceux qui se présenteront depuis Jules- César jusqu'à Hadrien ; on n'en trouve presque point devéritables pendant ces quatorze premiers règnes de l'empire romain ; ainsi tous ceux de ce temps, peuvent être regardés comme des pièces supposées, à un très-petit nombre près , qui ne se trouvent véritablement antiques que dans les premiers cabinets. Ceux des règnes suivans ne sont pas plus difficiles à distinguer; ils portent les mêmes marques de fausseté que ceux de grand bronze : c'est la même fabrique, le même vernis, les mêmes rebords, en un mot, le même coup d'oeil.

Les médailles impériales d'argent ou d'or, et les

médailles grecques de coins modernes, de quelques métaux qu'elles soient, sont aussi aisées à reconnaître. Si les rebords en imposent quelquefois davantage , les lettres décèlent aisément la médaille ; et c'est la première connaissance qu'on doit acquérir que celle du caractère, ce qui n'est pas difficile, pour peu qu'un curieux qui a du penchant pour la science des médailles veuille s'y appliquer. Car, de quelque façon qu'une médaille soit fausse, soit qu'elle soit de coin moderne , moulée sur l'antique ou sur le moderne , réparée ou martelée, les lettres en sont toujours fausses. C'est là ( il faut l'avouer ici ) l'art principal, ou plutôt unique de reconnaître une médaille suspecte , quand on n'a pas encore acquis ce goût sûr de la fabrique des anciens, qui fait reconnaître sur-le-champ le vrai du faux,

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