‹ Leçons élémentaires sur l'histoire naturelle des animaux. Précédées d'un aperçu général sur la zoologie. ConchyliologieChapitre 110 sur 123 · PREMIÈRE TRI RU. — OCTOPODES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE TRI RU. — OCTOPODES

1er GENRE. Octopus , Lamarck.

[Octo, huit; pes , pied.)

Animal charnu, bursiforme, couvert d’une peau rugueuse, sans appendices membraneux sur le corps. Tète large, surmontée de huit bras allongés, munis d’une

Fig. 1 126. Poulpe commun.

double rangée de ventouses sessiles. Rouchc terminale et placée au centre de la couronne des bras. Point d’osselet dorsal intérieur ni de lame cornée, mais seule-

ment un ou deux petits corps durs et allongés. Les Poulpes se traînent sur les rochers près des rivages, où ils sc montrent assez sédentaires; quelques-uns cependant sont voyageurs et se rencontrent en pleine mer. Ces derniers vivent en troupes assez nombreuses, tandis que les premiers sont assez solitaires. Les Poulpes ont la faculté, comme d’autres animaux du même ordre , de répandre subitement une liqueur noire qui trouble la transparence de l’eau; mais on a observé qu’ils usaient très-peu de ce moyen de défense. Ils vivent pour la plupart retranchés dans les anfractuosités des rochers, ou dans des trous qui leur servent de repaires ; car ces animaux sont carnassiers, et vivent particulièrement de Poissons et de Crustacés. Ils enlacent leur proie dans leurs longs bras et ne la lâchent plus. Ces bras sont garnis dans toute leur longueur et du côté interne de deux rangées de ventouses ou suçoirs,

Fig. 1127. Poulpe hawaiien.

dont la force et le nombre font des Poulpes un animal redoutable. On trouve des Poulpes dans toutes les mers, mais particulièrement dans celles des pays chauds.

Ce genre se compose d’un assez grand nombre d’espèces, dont il est difficile de déterminer au juste les dimensions. On prétend qu’il en existe dans l’Océan Pacilique une espèce qui a près de six pieds de développement ; et M. Sander Rang, oflicier de marine et naturaliste distingué, dit avoir rencontré, au milieu de 1 0céan, un Poulpe ayant les bras courts et de la grosseur d’un tonneau. Ces mesures ne sembleront que médiocres, si on les compare à celles que l’on trouve dans d’au-

très auteurs moins dignes de foi. En effet, ils citent un Poulpe dont les bras avaient trente pieds de long, et étaient si gros qu’à peine un homme aurait pu les embrasser. Un fait de ce genre est encore rapporté par des voyageurs modernes qui , du ton le plus grave èt avec un sérieux qui ne se dément pas, évaluent même à soixante pieds la longueur des bras d’un Poulpe qu’ils disent avoir vu, ce qui justifierait assez bien le nom de Poulpe colossal donné àcct animal ; d’autres n’ont pas craint de répéter ce fait, et d’appuyer de l’autorité de leur nom les récits les plus fantastiques et les plus invraisemblables.

En admettant cette énorme dimension, la force attribuée à un tel animal ne doit pas laisser que d’être merveilleuse. Arrivé à une certaine taille, il pourrait, dit-on, se défendre contre le lion le plus vigoureux et le terrasser.

S’il en était ainsi, on ne devrait plus s’étonner de voir ce même Poulpe attaquer un vaisseau , s’y cramponner et le faire chavirer par son poids , ou s’emparer des hommes que ses bras rencontrent sur le pont, et qu’il entraîne avec la plus grande facilité pour s’en repaître au fond de la mer.

Nous avons sous les yeux une gravure faite à plaisir, quoique faisant partie d’un ouvrage sérieux dans son temps; elle représente ce terrible animal embrassant toute la circonférence d’un vaisseau et l’étreignant de ses bras formidables , dont trois s’enroulent autour des mâts et en atteignent l’extrémité. Quel bâtiment pourrait résister à un tel choc, à un tel ennemi? Aussi ce navire est-il près de couler bas, et, si l'on admettait la possibilité d’une telle rencontre, il semblerait tout simple que des marins, surpris à l’improviste par une attaque de cette nature , aient été saisis d’une terreur profonde, et qu’à la vue d’un pareil danger, ils aient fait un vœu de pèlerinage à saint Thomas, si par son intercession ils parvenaient à échapper à ce péril. C’est ce qu’on raconte être arrivé à des marins de Saint-Malo, qui, ayant puisé dans ce vœu un courage nouveau , coupèrent à l’aide de haches et de sabres, mais non sans peine, les bras du Poulpe immense , dont le corps disparut dans les flots.

Quelque fabuleuses que soient ces dimensions données à un Poulpe, elles n’approchent pas encore de celles d’une espèce célèbre connue généralement sous le nom de Kraken.

Un auteur grave, qui vivait dans le siècle dernier et qui parle du Kraken , le regarde comme le plus grand et le plus surprenant de tous les animaux de la création. Al en croire, son dos ou sa partie supérieure n’aurait pas moins d’une demilieue de circonférence ; et, pour donner plus de poids à son assertion , il ajoute que

quelques-uns disent plus, mais que , pour plus grande certitude, il préfère le moins.

Au sujet des apparitions et disparitions soudaines d’iles qu’on a signalées dans les mers du Nord, et que les marins de ces contrées attribuent au diable, le même auteui explique ces phénomènes par la présence des Krakens dans ces mers. 11 est au moins singulier qu avec une pareille idée , qu’il soutient fort gravement , notre auteui puisse regarder comme notoirement fabuleux, et traite de roman ridicule, ce que dit un auteur plus ancien d’une Baleine, qui était si grande que son dos pouvait être considéré comme une île, avec d’autant plus de raison qu’une certaine quantité de sable le recouvrait quelquefois. On aurait pu y aborder, enfoncer des pieux, allumer du feu pour la cuisson des aliments, dernière opération qui, du reste, paraissait n’êtrc pas toujours du goût de l’animal, qui, pour se débarrasser de

cette sensation importune, ne trouvait d’autre moyen que de s’enfoncer doucement dans la mer et de disparaître aux regards des matelots ébahis qui se croyaient sur une île.

Les Poulpes, dit-on, quittent quelquefois pendant la nuit leur élément naturel, et 'viennent à terre à la recherche d’une proie. Nous ne parlerons pas des récits des voyageurs à ce sujet ; on excuse chez eux l’exagération, parce qu’on est prévenu. 11 n en est pas de même des naturalistes, qui doivent apporter la plus grande exactitude dans leurs descriptions; malheureusement, il s’en trouve qui abusent de la confiance qu’on leur accorde et qui trouvent des dupes. Denys de Montfort, qu’il faut signaler parce qu’il a publié une histoire assez étendue des Mollusques, a cru donner beaucoup d’intérêt à son ouvrage en racontant des histoires faites à plaisir au sujet du Poulpe commun ; et si nous reproduisons une de celles que conlientson livre, c’est pour faire mieux apprécier le degré de confiance qu’on doit lui accorder.

« J’ai pu observer, dit-il, ce Poulpe sur les mêmes rivages du Havre qu’avait parcourus Dicquemare; quoiqu’il n'y soit plus aussi commun que ce savant paraît l’avoir indiqué, j’ai cependant été assez heureux pour en rencontrer plusieurs sur les bords de la plage, et deux autres dans la mer, dont l’un faillit à me faire périr. En me livrant avec ardeur à leur recherche, je rencontrai le premier sur le sec, entre les rochers qui sont au sud de la citadelle du Havre; dès que je l’aperçus, je courus à lui; un chien qui m’accompagnait me précéda, et en le harcelant il l’empêcha de fuir ou de se blottir pour le moment sous les rochers; ce chien était un animal intrépide et terrible; il portait le nom de Tartare, nom sous lequel tous mes amis l’ont parfaitement connu ; inaccessible à la crainte , il ne reculait pas, quelque nombreux qu’eussent été les assaillants; et quand il était en fureur, à peine me respectait-il moi-même. Ce dogue irlandais et d’une forte taille tournait autour du Poulpe , lorsque j’arrivai dessus et cherchai à le prendre au corps; mais celui-ci, dont les bras avaient trois pieds de longueur, se défendait courageusement parleur moyen; il les faisait siffler dans l’air en tout sens, et lançait au chien de vigoureux coups de fouet ; dans sa fureur, il en frappait le rocher avec violence , et il ronflait avec force. Cependant mon arrivée parut le déconcerter, et je vis qu’il tâchait de battre en retraite. Je n’avais ni armes ni bâton ; mais, décidé âme saisir de ce Poulpe , je me mêlai dans la querelle , et prenant une pierre plus grosse que le poing, je la lui jetai au milieu des bras ; mon chien, profitant de l’instant, se lança après elle à corps perdu sur ce Mollusque, en le saisissant des dents à la base des bras : dans un instant il fut enlacé. Rien ne peut dépeindre la fureur qui s’empara de lui quand il se sentit ainsi douloureusement lié ; il remplit l’air de ses hurlements et de ses cris, mordant et déchirant son ennemi avec une rage que je ne lui avais pas encore vue, môme dans un combat contre un loup dont il était sorti vainqueur. Le chien et le Poulpe ne formaient plus qu’une seule masse. Ce Mollusque changeait de couleur ; dans la fureur qui devait aussi l’animer, sa peau prenait toutes les teintes, depuis le violet le plus foncé jusqu’au rouge le plus vif ; et malgré les pierres dont je l’accablais, malgré les blessures nombreuses qu il recevait , il parvint à entraîner dans un creux de rocher un chien que je pouvais comparer à Cerbère. Le danger qu’il courait ne me permit plus de balancer ; je me jetai à mon tour sur ce Poulpe, je saisis ses liens avec force, et, me roidissant des pieds contre les flancs du rocher, je parvins à arracher ses bras, dont enveloppant

les miens, il essayait de me saisir aussi, quoique par les morsures du chien ils fussent déjà à demi détachés de son corps : par ce moyen, le dogue fut delivre ; il put s’arracher de lui-même, en y laissant cependant du poil , du reste des liras qui l’avaient saisi , et je parvins à tirer ce Poulpe en lambeaux de ce trou , qui , s’il eût été plus profond, eût servi de tombeau à mon chien. Son corps était gros comme une citrouille ; il avait un pied et demi de long, et ses bras étendus auraient pu offrir neuf pieds d’envergure. Lorsqu’il fut mort, le chien ne pouvait se lasser de le fouler et de le déchirer ; il hurlait de colère; à peine pus-je emporter avec moi un des bras, et, en retournant à la ville, il lui prenait des accès de rage qui le faisaient retourner sur ses pas comme un trait, pour aller déchirer encore les restes d’un ennemi qui lui avait fait courir un si grand danger. Dans la nuit il mit même en pièces le bras que j’avais pu sauver la veille de ses dents.

« Depuis lors, je ne fus plus à la recherche des Mollusques sans être armé d’nn bâton et Tartare me lit trouver encore quelques autres de ces Poulpes, mais plus petits, qui étaient blottis sous des rochers. Entin je devais courir le plus grand danger par la rencontre d’un de ces animaux. Un jour, m’étant débarrassé de mes habits que je laissai sur les rochers sous la garde de mon fidèle compagnon, j’entrai dans l’eau et me misa nager; le temps était parfaitement calme ; l’eau, échauffée par la saison, permettait aux Anémones de mer et aux Méduses de développer tous leurs rayons. Attentivement occupé à examiner leurs manœuvres , leur déploiement, leurs ravissantes couleurs, je ne pensais plus à la terre, et il me semblait être devenu comme eux un habitant des eaux; quand mes membres fatigués me refusaient le service, je prenais fond sur des rochers, qui m’élevaient assez pour que l’eau ne vînt plus me baigner que jusqu’au creux de l’estomac; ainsi placé, mes regards planaient sur la surface des eaux, et lorsqu’il se présentait quelque Mollusque, soit Méduse ou quelque autre espèce, je me remettais à la nage pour aller l’observer en tournant autour de lui. En regagnant une de ces stations et me rapprochant du bord de la mer, je vis sous la crête d’un rocher baigné par les eaux des débris très-considérables de coquilles et de Crustacés qui me parurent collés et agglutinés à la base de ce rocher : celte vue me fit le plus grand plaisir, et je ne doutais pas que je n’eusse rencontré enfin un repaire ou un nid de Poulpe, dont Aristote, Pline, Élien, Aldrovande, etc., avaient parlé. Reprenant haleine, debout sur une roche que je regagnai, je m’arrêtai longuement, réfléchissant quelquefois à l’entreprise que je méditais, et ne me dissimulant aucun des risques que je pouvais courir. Je savais que le Poulpe mâle rôdait autour du nid où se tenait constamment sa femelle ; et je savais aussi que, n’ayant rien à redouter de celle-ci si je ne l’attaquais pas, le mâle, dans l’instant, n’hésiterait pas au contraire à se jeter sur moi et à m’enlacer de ses bras, dont l’expérience m’avait appris à redouter la moindre atteinte. Mais, comme j’ai reçu de la nature une force physique qui me permet de lutter avec avantage dans le danger, que cette force s’est augmentée en moi par une occupation agreste, et que je l’ai encore développée par les fatigues de toute espèce et par les voyages, je me remis à la nage et j’attaquai l’ennemi que je voulais braver dans son fort. Pendant mes irrésolutions , le mâle avait rejoint sa femelle; j’aperçus l’une tapissant l’entrée de son antre, et l’autre en arrêt presque a côté d’elle, un peu sur la droite de la roche qu’elle occupait. J’arrivai en nageant a la distance d’environ douze pieds, et, moitié hésitation, moitié curiosité, je ralentis mon élan , me contentant de dériver en me soutenant sur l’eau, en la frap-

pant de la paume de mes mains ; j’egpérais pouvoir examiner la manœuvre de mes Poulpes , les voir saisir quelque proie ; mais le mâle ne m’en laissa pas le temps ; en trois bonds il vint à moi. Je plongeai en vain ; il me saisit au travers du corps, se cramponna sur mes reins, et dans ce péril, trop heureux qu’il ne m’eût pas enlacé les jambes , les cuisses ou les bras, je nageai vigoureusement vers la côte dont j’étais peu éloigné ; dans quelques minutes je pris fond, me foidissant contre la douleur que me faisaient éprouver scs étreintes. Une fois pris, ses bras une fois entrelacés et serrés, ce Poulpe ne quitta point sa prise; il me serrait de plus en plus, et je sentis qu il me saisissait de son bec en me mordant. J’avoue que cette dernière explosion de sa rage me lit retourner la tête au milieu des flots et regarder 1 ennemi que j'emportais avec moi ; aussi, dès que j’eus quitté l’eau, je courus avec force vers le rivage, enlevant avec moi et autour de mes reins ce Poulpe, qui aurait pu me faire périr. Sans chercher à me débarrasser de ce fardeau, conquis par une loyale guerre, je volai vers mes habits que gardait mon chien. Celui-ci, me voyant accourir, levait déjà la tète ; il examinait son maître, qui veillait à son existence et qu’il défendait par un juste retour. Un clin d’œil , plus prompt que l’éclair, lui apprit que je portais un Poulpe au travers du corps; voir ses bras qui m’enveloppaient antérieurement et deviner qu’il était derrière , ne fut pour lui que l’instant de la pensée ; il quitte mes habits, me tourne avec vivacité ; et forcé, pour conserver mon Poulpe, de suivre ses mouvements, je dus éviter ses atteintes, lutter contre lui , et maîtriser un animal qui, brûlant de me défendre, s’élevait même contre moi. Maître enfin du champ de bataille, je restai debout en examinant mon Mollusque. Le calme avait succédé à la tempête ; j’étais sur terre au lieu d’être en mer; et ce Mollusque, ouvrant son bec, délaçant ses bras, tomba à terre et fit le mort. Le sang coulait sur mon sein gauche ; j’en garderai la cicatrice toute ma vie. J’avais saisi mon bâton ; et lorsque je vis que cet animal reprenait la volonté de s’éloigner en gagnant le côté de la mer, et de se perdre dans les rochers, je l’assommai du premier coup. J’aurais bien désiré de l’emporter pour l’étudier et le disséquer de suite ; mais je voulais avoir la femelle s’il était possible, et considérer leur nid, que d’anciens auteurs ont prétendu être tapissé d’œufs en grappes de raisin, suspendus sur toutes les parois de la caverne qui leur sert de repaire et de retraite : heureusement je trouvai un pauvre pêcheur de la côte, que je chargeai de ce fardeau. Il le porta à mon auberge , et le soir, lorsque j’y rentrai, je vis, en le développant, que ce Poulpe avait environ cinq pieds d’envergure. S’il eût été plus grand, peut-être m’eût-il lié et abattu ; et même, d’après la force et l’impression de ses bras que j’ai ressenties, je doute beaucoup que je m’en fusse si bien tiré en me mesurant avec un Poulpe plus fort que lui. Encouragé par ce premier succès, je retournai vers l’endroit où j’avais vu la femelle dans son nid ; elle y était encore et ne paraissait point inquiète de l’absence de son mâle. Elle était aussi forte que lui , et la manière dont il m’avait embrassé me donnait des craintes pour une seconde aventure du même genre ; en conséquence je résolus de prévenir une attaque, si elle en méditait une, et, en frappant le premier, de la forcer à la défense. Armé donc d’une pierre que je pris sur le fond, je la lui jetai au centre de ses bras; dans un instant ils se roulèrent sur elle, l’enveloppèrent étroitement; mais le Poulpe se retira au fond de son trou, où je ne jugeai pas à propos de le suivre; et je fus forcé de l’abandonner, après avoir examiné ce repaire d assez près !!! »

2« GENRE, cteoue. Eledon, Cuvier.

(EXeSuv'Yi, ancien nom du Poulpe musqué.)

Animal ayant le corps arrondi ou oblong, hursiforme, portant huit bras égaux sur la tête, et une seule rangée de ventouses sur leur face înteinc.

Ce genre a été établi aux dépens du genre Poulpe, pour les espèces dont les bras ne présentent qu’une seule rangée de ventouses. Ces animaux ont d’ailleurs les mêmes habitudes que les Poulpes, et, comme eux, ils vivent dans les anfractuosités des rochers. On n en connaît encore que deux espèces de la Méditerranée; l’une d’elles répand une forte odeur de musc, qui se conserve même après la mort.

5e GENRE. (Ca/cïBoleiilin*)- Cirrhoteuthis, Eschricht.

[Cirrhi, cirres ; teuOi;, Seiche.)

Corps bursiforme, obtus, allongé, subcyhndracé ; tête grosse, largement réunie au corps ; ouverture branchiale médiocre, obliquement coupée d’avant en arrière ; deux nageoires latérales, étroites, à la partie supérieure du corps ; huit hras réunis du sommet à la base par de larges membranes, dont le bord supérieur est un peu infléchi en dedans; une seule rangée de ventouses sur les bras, mais accompagnées, de chaque côté, de fins tentacules charnus, disposés par paires.

Le genre Cirrhoteuthis a été établi par M. Eschricht aux dépens des Poulpes, et pour les espèces dont les huit bras, garnis d’une seule rangée de ventouses, sont réunis par des membranes minces, qui vont en s’élargissant depuis l’insertion de ces hras sur la tète Fig. 1129. cirrhoteuthis de Mniier. jusqu’à leur sommet, et forment ainsi un large entonnoir, au fond duquel se trouve la bouche. Un autre caractère, qui distingue encore ce genre, consiste dans la présence d’une .paire de petits tentacules lins et flexueux, destinés sans doute à donner plus de sensibilité au sens du toucher.

Ce genre est peu nombreux en espèces, tontes des mers du Nord.

HISTOIRE N r GENRE. ®6ifoueace.

(<I>iXc:, qui ni

Fig. i 150. Pliiloncxe voilé.

at un elle.

Philonexis , d'Orbigny.

; vêt», je nage.)

(>orj)s bursiforme, le plus souvent très-volumineux , presque toujours lisse, muni d’une peau mince, unie et sans verrues. Point d’appendices charnus au-dessus des yeux. Tête généralement plus petite que le corps; yeux assez grands , sans paupières, recouverts seulement d’un épiderme mince qui transmet facilement l’image des objets à la pupille ; bras peu longs et peu déliés, servant à la natation, les supérieurs toujours les plus longs, quelquefois réunis par des membranes; presque toujours des canaux aquifères..

Les espèces de ce genre vivent en pleine mer et en troupes ; elles ne s’approchent que rarement des rivages.

Elles mangent des poissons ou de petits Mollusques ptéropodes.

GENRE. cAoïtjCiiairbe . Argonauta, Linné.

(ApyovauTT,;, Argonaute.)

Coquille uniloculaire, subnaviculaire, papyracée, fragile et transparente, à spire bicarénée , tuberculeuse, rentrant dans l’ouverture. Animal ovoïde, entièrement

contenu dans sa coquille, sans adhérence musculaire. Bras libres à leur base, presque égaux, se repliant dans le test à l’état de repos, garnis sur leur fjace interne de ventouses pédiculées, et alternant sur deux séries. Deux des bras élargis vers leur extrémité -en forme

Kig. 1131. Argonaute Argo, rampant sur ie fond. d ailes OU de VOlleS.

Nous avons déjà parlé de l'Argonaute. Ce Mollusque, célèbre depuis des siècles, et assez commiïn dans le voisinage des côtes de France, devrait être parfai-

tement connu, et l’on ne comprend pas que depuis longtemps on n ait réduit à leur juste valeur les descriptions merveilleuses des auteurs anciens. Si 1 on n a

pas exagéré la forme de l’Argonaute, on a du moins supposé à tort à cet animal des instincts que paraissait expliquer la singulière disposition de deux de ses liras. M. Rang, officier de marine, a observé avec soin des Argonautes libres dans la mci ,

Fig. 1152. Argonaute Argo, nageant entre deux eaux. Fig. 1 155. I,« même, en partie contracté dans sa coquille.

et d’autres placés par lui dans un grand baâsin oit ils jouissaient d’assez de liberté pour ne pas être gênés ou inquiétés, et il déclare qu’il n'a vu, dans les habitudes et les manœuvres de ces animaux, rien qui justifie des fables qui n’ont été accréditées que par amour du merveilleux ou par une trop grande confiance dans les travaux des anciens naturalistes.

Les bras palmés, qu’on prétendait servir de voiles à l’Argonaute, ne servent qu’à envelopper et protéger la coquille de chaque côté. L’Argonaute rampe sur le disque formé par la réunion de ses bras, et ses mouvements s’exécutent avec assez de vivacité pour qu’il puisse parcourir un assez grand espace en peu de temps. Il peut, il est vrai, s’élever du fond à la surface de la mer, comme on le remarque souvent, mais c’est par un moyen qui est commun à d’autres Céphalopodes, et notamment aux Poulpes. Lorsqu’il est inquiet, il rentre complètement dans sa frêle coquille, qui, perdant aussitôt l’équilibre, se renverse sur le côté.

Nous avons déjà dit dans nos généralités sur les Mollusques que quelques naturalistes supposaient que l’animal qu’on trouve dans l’Argonaute est un Poulpe parasite qui s’empare de la coquille après en avoir dévoré le véritable constructeur et maître. Cette opinion a rencontré de nombreux partisans. Mais des observations nouvelles et sérieuses ont donné gain de cause aux défenseurs du non-parasitisme. Un des faits à l’appui de cette dernière opinion, et le plus important sans doute, prouve que l’animal, qu’on supposait un parasite, peut réparer la coquille lorsqu’un choc quelconque l’a brisée en partie. Cette circonstance seule ne peut laisser aucun doute.

On connaît un petit nombre d’Argonautes de l’Océan des Grandes-Indes; l’Argonaute papyracé, dont nous donnons la figure, est commun dans la Méditerranée.

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