DES DIVERSES COULEURS ET DE LA FORME DES COQUILLES
Si la forme des coquilles varie à l’inlini , on peut en dire autant de leurs couleurs, souvcntsi vivesetsi belles; elles sont nuancées de ronge, denoir.de blanc, dejauno, quelques-unes de bleu; les unes sont marbrées, les autres tachetées régulièrement sur un fond plus ou moins brillant; d’au très enfin sont richement nacrées à l’intérieur.
Nous ne pouvons rien dire de la cause qui produit cçs cou (eues; çhaque espèce, dans
toutes les classes d’animaux, présente uncnuance qui lui est propre et qu on retrouve assez constamment sur les espèces analogues , sauf quelques anomalies ou quelque influence locale. 11 en est donc de la cause des couleurs des coquilles comme de celles des fleurs; on signale les différences, mais on ne peut en cxpliquei la îaison une manière bien satisfaisante. Il y a des secrets que nous ne pouvons pénétrer; ce sont autant de limites placées par le Créateur entre lui et la pl us intelligente de ses créatures, comme pour lui rappeler sans cesse son infériorité et confondre son orgueil.
L’influence d’une température élevée, celle d’une vive lumière ou d un soleil brûlant, qui peuvent expliquer certains phénomènes propres aux pays chauds, ne suffisent plus lorsqu’il est question d’animaux qui vivent dans la mer et à de grandes profondeurs, où la température est basse, où les rayons solaires ne pénètrent peutètreplus et où la lumière est bien modifiée par le milieu quelle traverse. Cependant ce n'est que dans ces mers profondes que vivent et se développent ces belles coquilles qui étalent à nos yeux cette nacre éblouissante qu’on ne retrouve sur aucune espèce terrestre, tandis que 1 on commence a la rencontrer sur quelques espèces fluviatiles. Il faut donc croire que la lumière exerce une influence particulière lorsqu’elle traverse l’eau, et que le degré de cette influence est en raison directe de la profondeur et de la densité du liquide.
Nous ajouterons que la lumière paraît jouer un rôle beaucoup plus important que la température dans la formation des couleurs ; car chez tous les animaux les teintes les plus vives se remarquent uniquement sur la partie du corps qui se trouve constamment exposée à la lumière directe, tandis que la partie tournée vers la terre et ne recevant qu’une lumière réfléchie est généralement plus pâle. Cette observation s’étend aux coquilles : ainsi, pour ne parler que des espèces qui restent constamment fixées aux rochers ou aux corps solides sur lesquels elles sont nées, on remarqueque la valve supérieure est souvent très-colorée, tandis que l’inférieureest blanche ou plus ou moins pâle, comme on le voit pour les Huîtres et les Peignes. Cet effet ne peut donc être attribué à la température, qui est la même pour l’une et l’autre valve, mais seulement à l’action des rayons lumineux.
Quoi qu’il en soit, la coloration le plus souvent superficielle des coquilles est produite par le pigmentum des bords du manteau, qui sécrètent en même temps et la matière calcaire et la matière colorante. Mais cette sécrétion, avons-nous déjà dit , ne se fait pas toujours d’une manière régulière : elle produit des bandes ou des rayons lorsqu’elle est limitée à certaines parties des bords du manteau ; elle forme des taches lorsque cette sécrétion a lieu alternativement sur diverses parties; elle est presque nulle dans certains cas, ou plus colorée, suivant l’alimentation et l’habitat. De là cette variété dans la forme, le nombre, la nuance et la disposition des tacbes qu’on remarque à l’extérieur des coquilles. La coloration de leur surface intérieure est plus constante; généralement elle est d’un blanc laiteux, et quelques-unes présentent des nuances do rose et de pourpre, et d’autres en assez grand nombre sont plus ou moins richoment nacrées.
La nacre est, dit-on, le résultat d’un arrangement moléculaire particulier de la matière calcaire intimement unie, dans une proportion constante, avec la matière animale; et l’on explique les reflets nacrés par la décomposition de la lumière sur une surface parfaitement lisse. On a observé qu’une empreinte prise à l’aide d’une forte pression avec de la cire molle sur une surface nacrée, présentait elle-mèmç des reflets nacrés.
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pas cher eux ces contours élégants ce mouvement, cette vivacité, qui caractérisent tan d autres an.maux; mats ces différentes combinaisons, par lesquelles les forme» de tous les et, -es se trouvent modifiées à l’infini, rentrent dans le plan général de la création ; elles sont d'ailleurs merveilleusement appropriées aux n.iMe c, .constances de besoin et de condition qui varient le mode d’existence imposé aux nombreux groupes d animaux répandus sur la terre, et nous devons nous incliner devant celte prévoyance supérieure qui a réglé et harmonisé ainsi les lois les plus
disparates de la nature.
Ln compensation, hâtons-nous de reconnaître qu avec ces formes si étranges, les Mollusques se tont souvent remarquer par les ornements les plus somptueux. Le manteau de quelques espèces présente les couleurs les plus vives et les plus brillantes ; et la coquille qui les protège, les nuances les plus variées et les plus riches.
Les Mollusques, dit M. Virey, sont les pauvres et les affligés parmi les êtres de la création ; ils semblent solliciter la pitié des autres animaux ; et cependant, par un contraste bizarre, nous verrons les rois et les belles se parer de leurs dépouilles.
La forme si variée et souvent si singulière des coquilles se rattache tellement à leur histoire, que nous ne pourrions en parler dans ces généralités sans nous exposer à des répétitions fort inutiles ; la vue seule des espèces figurées dans ce volume remplacera avantageusement ce que
Fio. 460. Volute ondmée. nous Pourr*ons en dire.
Nous ne parlerons en ce moment que de deux anomalies de formes que présentent certaines espèces. La première consiste dans le renversement des tours de la coquille. Lorsqu’on examine une coquille, on la place habituellement de manière à voir l’ouverture, le sommet de la spire étant en haut. Dans cette position (461), la bouche est à la droite de l’observateur, et l’on
Fia. 461. Bulimc mexicain.
Fig. 462. Bulitne Sultan, senestre. Fia. 463.
peut suivre les circonvolutions de la spire, qui s’enroule de droite à gauche. Quel-
ques coquilles offrent une disposition contraire, et, par un renversement inexplicable, la bouche est à la gauche de l’observateur (4-62-463), et l’enroulement de la spire se fait de gauche à droite. Cette singularité tient à l’inr version des parties du corps de l'animal, et elle est assez fréquente dans certains genres. Les coquilles ainsi renversées sont dites sénestres. La seconde anomalie que nous signalerons consiste dans le degré d'élévation de la spire, dont chaque tour laisse un écartement plus ou moins considérable entre celui qui le précède et celui qui le suit; ce qui donne à la coquille la forme d’un tire-bouchon. Cette disposition étant naturelle pour des coquilles nommées Scalaires , on distingue toutes celles qui la présentent sous le nom de variété scalariforme.
Fig. 4G4. Hélice chagrinée scalariforme.