DE LA RECHERCHE DES COQUILLES
Nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots des localités où l’on peut espérer trouver des coquilles; car le plaisir qu’on éprouve à rassembler une collection quelconque est doublé quand on parvient à l’enrichir par les produits de ses recherches personnelles. Chaque espèce alors rappelle une promenade , et le souvenir augmente l’intérêt bien naturel qui s’attache à ce genre d’étude.
Les espèces tenestres se rencontrent particulièrement dans les lieux ombragés et humides, dans les bois, au pied et dans les crevasses des arbres, sous la mousse, au pied des vieilles murailles, dans les champs cultivés, et souvent même dans les endroits les plus arides. Les saisons les plus favorables sont le printemps et l’été.
Les espèces fluviatiles se rencontrent dans toutes les eaux courantes ou stagnantes, les ruisseaux et les fossés bourbeux. Les unes vivent enfoncées dans la vase, d où on les retire à 1 aide d un râteau à dents longues et serrées ; les autres profitent des corps étrangers, des pierres, des débris végétaux accidentellement submergés, poui s y iéfugier. Les plantes aquatiques en sont particulièrement couvertes. Le meilleur moment pour se procurer les espèces fluviatiles est surtout en automne, pendant les basses eaux, et au commencement du printemps, lorsque le soleil les engage à sortir de leurs retraites. En automne, elles sont peu enfoncées dans la vase, et le râteau les atteint facilement.
Les coquilles marines se trouvent en toutes saisons et sur tous les rivages de la mer, après les grands vents qui ont porté à la côte. Les douaniers, qui" sur un grand nombre de points, se font un petit revenu de ce genre de recherches ne manquent jamais d’aller explorer les bords de la mer après une tourmente ou’ un vent du large Us trouvent alors quelques espèces pélagiennes jetées par les vagues.
Les coquilles littorales, qui sont très-nombreuses et fort belles, doivent être recherchées à la marée basse, dans le sable vaseux, où leur présence est indiquée par un pet.t trou en entonnoir, ou par des bulles d’air qui viennent crever à la surface. Il faut une certaine habitude pour s’emparer des Mollusques enfoncés dans le sable vaseux, car il est important de leur couper la retraite en plongeant obliquement , au-dessous de l’ouverture qui est un signe certain de leur présence une echc , dont la lame doit arrêter leur fuite rapide. On se procurera ainsi de fort elles especes bien fraîches et bien intactes.
On visitera les rochers laissés à sec par la marée ; leurs crevasses cachent plusieurs espèces. D’autres se tiennent dans des trous qui conservent une petite quantité d’eau. Quelques autres, enfin, restent adhérentes à certaines parties du rocher, jusqu’à la marée suivante : ce sont des Patelles, des llaliotides, des Oscabrions.
Les espèces adhérentes, soit directement, comme les Huîtres, les Spondyles, etc., ou à l’aide d’un byssus, comme les Moules, les Arches, etc», se trouvent sur les rochers que la marée ne laisse pas à découvert; on les aperçoit souvent à un pied seulement au-dessous du niveau de la plus basse marée, et, en choisissant le moment favorable, il devient facile de s’en emparer, soit en détachant avec soin le byssus qui les retient et qu’il faut aussi ménager, soit en brisant quelques petits fragments de rocher.
C'est encore en plongeant au pied des rochers qu’on obtient d’autres espèces qui se tiennent à une certaine profondeur.
On emploie aussi la drague pour se procurer les espèces qui vivent loin du rivage ; au moyen de cet instrument, dont il est facile de se faire une idée exacte, on pêche en bateau , et le sable qu’on ramène à bord contient souvent de fort belles coquilles.
Enfin, on ne doit pas négliger les plantes marines, qui servent toutes de nourriture aux Mollusques qui souvent y restent attachés. Un autre moyen , connu sans doute, mais trop peu en usage parce qu’il présente quelque répugnance que l’amour de la science peut seul faire surmonter, consiste à ouvrir l’estomac des Poissons et des Oiseaux qu’on peut se procurer facilement sur le bord de la mer. Beaucoup de ces animaux se nourrissent de Mollusques, et souvent ils ont avalé des coquilles que nos moyens ordinaires ne nous permettent pas d'atteindre.
On suit les pêcheurs, et dans leurs filets ils ramènent le plus souvent beaucoup de coquilles dont ils ne font aucun cas et qu'ils rejettent à la mer.
Chaque année, pendant la belle saison, de nombreux baigneurs se répandent sur toutes les côtes de France et sont tout étonnés de ne pas trouver sur le rivage des monceaux de coquilles ; ils rapportent, comme souvenir de leur voyage, quelques espèces roulées par la vague ou décolorées pat* le soleil, et pensent que la côte qu’ils ont visitée n’en produit pas davantage. D’après ce que nous venons de dire, il est facile de comprendre leur erreur; car s’ils avaient cherché les coquilles comme on doit le faire, ils en auraient trouvé, et souvent de fort belles et de fort rares. On ne ramasse pas non plus les poissons comme les grains de sable ; il faut prendre la peine de les pêcher, et cette peine est toujours un sujet de distraction»
Les coquilles fraîches qu’on peut se procurer sur les bords de la mer contiennent l’animal qui les habite, et qui ne tarde pas à mourir et à se corrompre. Pour éviter la mauvaise odeur et le dégoût qui en résultent, il faut avoir le soin de plonger pendant quelques minutes la coquille dans de l’eau chaude, mais non bouillante; le Mollusque, contracté par la chaleur, se détache facilement, et la coquille se conserve indéfiniment.
On ne doit employer aucun effort pour retirer l’animal des coquilles nnivalves, si l’on veut être sûr de ne pas les briser; et cette petite opération exige une attention particulière pour les coquilles bivalves, dont il faut ménager le ligament et les dents. La conservation de l'animal n’intéresse que le naturaliste, et, dans le cas où l’on voudrait le conserver, il suffirait de plonger la coquille dans un 'asc contenant de l’alcool à degrés.
HISTOIRE NATURELLE. -10r>
Toutes les coquilles ne présentent pas, au moment où on les pèche, ces belles couleurs qu’on admire. Quelques-unes sont couvertes d une membrane assez épaisse, d’un gris verdâtre plus ou moins foncé, à laquelle on a donné le nom de drap marin. Cette croûte épidermoïde doit être conservée avec soin, cai il est utile, dans une collection, d’avoir au moins un exemplaire qui en soit revêtu.
Autrefois, on ne se contentait pas d enlever aux coquilles la piemièie couche calcaire qui les couvre, pour mettre en évidence la nacre qui se trouve sous cette couche dans un assez grand nombre d’espèces; on les polissait à la meule pour les rendre plus brillantes, et on les défigurait à plaisir.