‹ Leçons élémentaires sur l'histoire naturelle des animaux. Précédées d'un aperçu général sur la zoologie. ConchyliologieChapitre 89 sur 123 · MOLLUSQUES ACÉPHALES · texte numérisé non relu

MOLLUSQUES ACÉPHALES

Cette classe comprend tous les Mollusques ayant une coquille composée de deux valves. Leur corps est enveloppé d’un manteau formé de deux lames membraneuses, le plus souvent divisées, quelquefois réunies en avant, et à bords simples ou frangés. Ces animaux sont contractiles, sans tète, sans yeux; leur bouche est cachée sous quatre feuillets membraneux qui tiennent sans doute lieu de tentacules, et elle est dépourvue de parties dures. Le sens du toucher est le seul qu’on ne peut leur contester, car il est très-développé et répandu sur tous les points de la surface du corps. Ils ont un cœur formé d’un seul ventricule ; leur système nerveux est simple et consiste en quelques ganglions épars, sans cordon médullaire ganglioné. Tous les Acéphalés sont aquatiques ; on en trouve dans toutes les eaux douces et salées ; mais les Acéphalés nus ( Tuniciers ) ne se rencontrent que dans la mer. Le mode de reproduction est ovovivipare; les branchies de quelques-uns contiennent pendant l’été un grand nombre de petits, dont la forme et la coquille déjà dessinées se reconnaissent facilement à la loupe. La coquille des Acéphalés contient l’animal en totalité ou en partie ; elle est libre ou adhérente, et dans ce dernier cas elle appartient à des espèces qui vivent en groupes plus ou moins nombreux. Les valves sont réunies d’un côté par une charnière, et le plus souvent par un ligament. Quelques-uns des Mollusques de cette division présentent à l’extérieur ou à l’intérieur des pièces calcaires accessoires. Les Mollusques acéphalés sont partagés en trois ordres, dont nous avons déjà indiqué les principaux caractères.

PREMIER ORDRE. — ACÉPHALÉS DIMYAIRES.

Cet ordre comprend un grand nombre de Mollusques présentant un caractère commun : deux muscles (listants l'un de Vautre et s'insérant vers les extrémités latérales des valves. Les points d insertion de ces muscles sont en quelque sorte gravés sur la coquille et indiqués par une dépression dont la forme est variable.

1) autres caractères, tirés de la forme du pied et des rapports de cet organe avec le manteau , permettent de diviser cet ordre en trois sections dont il est facile de comprendre 1 utilité pour simplifier les recherches. Ainsi, parmi les I)imyaires, les uns ont le manteau fermé par devant en tout ou en partie ; ils ont un pied épais, leurs valves ne peuvent pas se fermer hermétiquement et sont plus ou moins bâillantes par les côtés ; on les distingue sous le nom de cuassipèdes (crassus, épais; pes, pied). Les autres n’ont plus ou- presque plus les bords du manteau réunis par devant; leur pied est petit, comprimé, et le bâillement des valves est le plus souvent peu sensible : ce sont les ténuipèdes ( tenuis , petit ou mince, et pas, pied). Enfin les autres ont le pied aplati, lamelliforme , et sont distingués sous le nom de lamellipèdes ( lamella , lamelle ; pes, pied). Nous ajouterons aux

il* HISTOIRE NATURELLE.

observations qui se rattachent aux Acéphalés dimyaires, que si presque tous ont une coquille composée de deux pièces symétriques, il s’en trouve aussi qui ne présentent pas la même symétrie, l’une des valves étant parfois plus petite ou moins régulière que l’autre.

PREMIÈRE SECTION. —DIMYAIRES CRASSIPÈDES.

Celte section comprend des Mollusques qui n’emploient le pied dont ils sont munis que pour exécuter des mouvements très-bornés; et quoiqu’ils soient presque tous libres, ils ne se déplacent pas, dans le sens qu’on accorde à ce mot; ils vivent dans le sable, la vase, et quelques-uns peuvent creuser le bois et même les rochers les plus durs.

Le manteau des Crassipèdes est fermé par devant entièrement ou en partie ; un pied épais, subcylindrique, et dont la forme explique les mouvements bornés qu’il peut exécuter, se trouve placé à l’extrémité postérieure. A l’autre extrémité on remarque deux siphons réunis par une expansion du manteau.

En examinant maintenant tous les Crassipèdes au point de vue de leurs formes et de leurs habitudes, on est naturellement conduit à grouper par familles ceux que des analogies de foripes ou d'habitudes rapprochent le plus les uns des autres.

Les uns ont une coquille enchâssée ou contenue dans un fourreau tubuleux qu'ils forment eux-mêmes : ce sont les tubicolés ( tubus , tube; colere , habiter). Les autres se creusent une retraite dans le bois ou la pierre, et ils ont généralement de petites pièces accessoires à leur coquille; on les distingue sous le nom de pholadaires (owXa;, habitant un trou).

D’autres ont une coquille bâillante seulement aux extrémités, et n’ont jamais de pièces accessoires : ce sont les solénacés tuyau).

D’autres enfin se distinguent par la place qu’occupe, à l’intérieur de la coquille, le ligament qui est extérieur pour ceux qui précèdent. On a désigné ces derniers sous le nom de myaires, emprunté, comme nous le verrons bientôt, à l’espèce type de la famille.

PREMIÈRE FAMILLE

[Tubus, tube; colere , habiter.)

Cetle famille a été établie par Lamarck pour des coquilles contenues dans un tube calcaire, ou incrustées entièrement ou en partie dans les parois de ce tube. Les animaux de cette famille, peu favorisés sous le rapport des dimensions et de la solidité du test qui doit les protéger, ont l’instinct de suppléer à l'insuffisance de ce test en formant eux-mêmes un tube qui les couvre entièrement et les met à l’abri du danger. Toutes les espèces sont perforantes et en quelque sorte fixées sur les corps qui les ont vues naître et aux dépens desquels elles se logent. Elles forment six genres, dont nous allons présenter les caractères.

On ne comprendrait pas comment des animaux revêtus d'une coquille si fragile peuvent arriver à percer des pierres, si l’on ne savait qu’ils sécrètent un acide qui a la propriété de détruire les corps avec lesquels il est en contact, et que le simple

frottement de la coquille détermine insensiblement la chute des parties désagrégées. On supposait autrefois que les stries dont. les valves sont couvertes pouvaient, petit à petit et par un frottement continuel, user la pierre; mais, en examinant avec soin les coquilles perforantes, on n’a remarqué aucune trace de frottement; la dureté des corps que les Mollusques de cette famille et de plusieurs autres attaquent aurait détruit ou l’épiderme de la coquille ou les aspérités qu’elle présente, et qu’on trouve intacts. Cette faculté de dissoudre les pierres calcaires paraît appartenir à un grand nombre de Mollusques.

1er GENRE. çyiot.ï'OooiY. Asperg ilium, Lamarck. [Asperger e, arroser.)

Petite coquille bivalve, équivalve, toujours bâillante, enchâssée dans un tube teslacé plus ou moins long, se rétrécissant insensiblement vers la partie antérieure, qui est toujours ouverte ; l’extrémité opposée, terminée en massue, est fermée par un disque percé d’un assez grand nombre de petits trous, comme la pomme d’un arrosoir (4-77). On remarque une légère fissure au centre de ce disque, et il est séparé du reste du tube par une série de petits tubes spiniformes rangés en collerette. Le tube est solide dans toute son étendue, et il est quelquefois couvert de grains de sable ou de petites pierres agglutinés. L’extrémité antérieure est parfois terminée par deux ou trois rangs d'appendices foliacés, auxquels on a donné le nom de manchettes. L’animal qui habite cette singulière coquille n’est connu que depuis peu, et le voyageur Ruppel, qui le premier l’a décrit, ne s’est pas assez occupé des détails anatomiques qui pouvaient expliquer l’utilité des trous du disque, de la fissure centrale et des tubes spiniformes qu’on y trouve.

Ou suppose que cette disposition a pu être ainsi ménagée pour faciliter la respiration, et M. de Blainville pense que ces petits tubes sont destinés à donner passage à autant de filets qui servent à fixer l’animal au corps sur lequel il doit vivre, et de manière à lui perhnettre des mouvements autour de ce point fixe.

L’animal de l’Arrosoir est allongé, contractile, et „ , .

v , ... riG. 47/. Disque de l’Arrosoir à

n occupe guère que la partie supérieure du tube; * manchciie». .■

mais il peut s’étendre assez pour ses besoins et son alimentation. Les coquilles de ce genre sont rares ; on en connaît cependant un assez grand nombre d’espèces, qu’on trouve dans la mer Rouge, à la Nouvelle- Hollande, à Java, etc., etc. Les Arrosoirs sont généralement d’une teinte blanche ou jaunâtre, quelques-uns ont le tube couvert de sable agglutiné ou de petits fragments de coquilles de diverses couleurs. On ne sait rien sur les habitudes des Arrosoirs, et leurs formes singulières ont souvent laissé les naturalistes incertains de la place qu’ils devaient leur assigner

dans la méthode. Ce n’est qu’après avoir reconnu l’existence des deux valves qu’on voit à peine au-dessous du disque, et qui font partie du fourreau dans lequel elles sont enchâssées, qu’on s’est décidé à les ranger parmi les Tubicolés et avec les coquilles qui présentent une disposition analogue ou aussi singulière.

2e GENRE. ClWvacjclYc. Clavcujdla, Lamarck.

(Diminutif de clava, massue.)

Fig. 478. Clavagelle bacillaire.

Les espèces de ce genre établissent parfaitement le passage entre le précédent et le suivant; en effet, les Clavagelles ont aussi un fourreau tubuleux qu’elles forment comme les Arrosoirs, mais une de leurs valves est libre et mobile dans l’intérieur du tube, tandis que l’autre est complètement enchâssée dans le tube. Dans l'Arrosoir, les deux valves sont apparentes à l’extérieur ; dans la Clavagelle, on n’en voit qu’une. On retrouve encore ici de petits tubes spiniformes, irrégulièrement disposés autour du disque, qui présente aussi une fissure médiane, mais on ne remarque plus de trous sur le disque. Le fourreau, plus large à la partie postérieure, va toujours se rétrécissant, et se termine par une large ouverture pour le passage des deux siphons de l’animal. Les caractères du genre peuvent donc se résumer ainsi : coquille inéquivalve, ayant une de ses valves enchâssée dans un tube calcaire, l’autre valve libre. Tube ouvert antérieurement, plus large, un peu comprimé, et en massue postérieurement. Disque entouré de petits tubes spiniformes et présentant au centre une fissure plus ou moins large, qui descend vers le crochet des valves en se bifurquant.

Ce genre se compose particulièrement d’espèces fossiles; depuis peu seulement on en a découvert deux espèces vivantes plus remarquables par la singularité de leur forme que par leur couleur, qui est généralement d’un blanc jaunâtre.

Fig. 480. Clavagelle ouverte.

Fig. 479. Disque de Clavagelle couronnée.

5e GENRE. S\é\ ulaue. Fistulana , Lamarck.

I ( Fislula , tuyau.)

Petite coquille équivalve, très-inéquilatérale, très-bâi I lan le, mince et effilée du côté antérieur, et beaucoup plus large près de la charnière. Cette coquille est enfermée dans un fourreau testacé, mince, fermé, renflé à I une de ses extrémités, et

Fig. 482. Culamules de Fislulune.

terminé à l'autre, beaucoup plus étroite, par une ouverture arrondie. Les deux valves sont libres et sans adhérences dans le tube. L’animal est imparfaitement connu; il présente deux siphons réunis, fort allongés et contractiles. On le dit muni de deux calamules (482^ cpii font saillie en avant de l’orifice du tube. Le manteau est percé d’un petit trou pour le passage du pied. Les Fistulanes perforent le bois, la pierre et même des coquilles pour s’y loger. Elles vivent isolées ou en famille, mais on les trouve le plus souvent réunies en groupes plus ou moins nombreux dans le sable, le bois et les pierres.

On rencontre ' les espèces vivantes de ce genre dans l’océan des grandes Indes, et les espèces fossiles à

Grignon et Beynes en France, et à Sienne en Italie.

4* GENRE (5l owo m i avec . Septaria , La m a rck .

[Septum, cloison.)

Coquille très-courte , subglobuleuse , bâillante de chaque côté. Les valves sont seulement appuyées l’une contre l’autre, et non réunies par une charnière ou par un ligament. A l’intérieur, les valves présentent des cuiilerons allongés, étroits et aplatis. Cetlecoquille est enfermée dans un tube testacé souvent très-long, droit ou courbé, très-épais, le plus souvent incomplet et divisé intérieurement par des cloisons voûtées; ce tube est insensiblement atténué vers sa partie antérieure, qui souvent se bifurque et. présente deux tubes

plus petits, destinés à protéger les siphons de l’animal . La su rface exlé-

lieure présente de nombreuses stries transverses ou d’accroissement, et des renflements. L’orifice postérieur est fermé, dans les individus complètement développés, par une calotte convexe en dehors.

L animal est allongé, cylindrique ; le manteau forme une gaine charnue percée à l’extrémité postérieure pour le passage des siphons, qui sont grêles et assez allongés. C’est à l’extrémité la plus large que se trouve enfermée la coquille. Tout porte à croire que les Cloisonnaires, qu on ne connaît qu’incomplétement, ne diffèrent pas assez des Fistulanes pour qu’il soit nécessaire d’en faire un genre à part. On liouve les Cloisonnaircs dans l’océan des grandes Indes.

M. Benjamin Delessert possède un fragment de Cloisonnaire qui a plus d un mètre de longueur, et qui laisse supposer une longueur reolle de près de deux mèlres.

Fig. 48J. Fislulane massue.

Fio. 483.

(’loisonnaire

vailles.

HISTOIRE N AT U R ELLE

5e GENRE. Cevx’Duie. Tercdina , Lamarck. (Diminutif de teredo.)

Coquille bivalve, équivalvc, bâillante, globuleuse, arrondie, présentant une charnière simple avec des crochets intérieurs et un écusson extérieur. Elle est fixée à l’extrémité postérieure et fermée d’un tube droit, en massue, et laisse voir ses deux valves ; l’extrémité antérieure est ouverte.

Les espèces connues de ce genre sont toutes fossiles; on les trouve, en France, à Courtagnon; en Angleterre, à Madifïort, et à Plaisance, en Italie.

6e GENRE. CC cxtel . 'Teredo , Lamarck.

Fig. 4S4. (Teredo, ver perforant.)

leredine masquée. ' 1 /

Coquille épaisse, solide, très-courte, formant un anneau par la réunion de ses deux valves, par conséquent très-bâillante en avant et en arrière, à valves égales.

Fig. 4S5. Tare! commun, et scs valves séparées du tube et grossies.

équilatérales, anguleuses antérieurement ; ayant à l’intérieur et sous les crochets

un appendice en cuilleron, sans trace de charnière. La coquille est placée à l’extrémité d’un tube cylindrique droit ou flexueux, fermé postérieurement, toujours ouvert et quelquefois bifurqué antérieurement pour le passage de deux siphons. Elle termine le tube, comme le ferait une tarière propre à percer le bois.

L’animal est allongé, vermiforme; le manteau est tubuleux, ouvert pour la sortie du pied et des siphons. L’extrémité postérieure du corps est terminée par deux palmules operculaires, symétriques, placées au bord du manteau et fermant l’orifice du tube en s’appliquant l’une sur l’autre.

Les Tarets percent les pièces de bois et les pierres submergées. Les longs tuyaux qu’ils forment sont tapissés par une couche calcaire déposée par l'animal ; les valves qui constituent réellement la coquille sont extrêmement petites en comparaison de la dimension de l’animal, car elles ont à peine deux ou trois lignes, tandis que les Tarets ont quelquefois un pied de longueur. Leur forme très- arquée et bâillante ne s’éloigne pas de celle des Pholades. Les pal-

Fig. 486. Palmules terminales du Taret commun.

Fig. 487. Animal du Tard commun.

mules operculaires qui ferment l'entrce du tube sont fixées en dehors, et se détachent ordinairement après la mort de l’animal : aussi les trouve-t-on très-rarement dans les collections. Les Tarets se multiplient prodigieusement et vivent en famille ; aussi sont-ils redoutés des navigateurs, car il n’est pas sans exemple que des vaisseaux aient été complètement détruits par ces animaux ; et c est uniquement poui se défendre de leurs attaques que les navires sont extérieurement doublés en cuivre. Ce sont les Tarets qui percent les digues de la Hollande. Us attaquent tous les bois submergés, et causent de grands ravages dans les ports. Le verre paraît être le corps qui leur résiste le mieux ; aussi a-t-on proposé de couvrir les corps qui doivent rester plongés dans la mer d’un enduit résineux contenant beaucoup de verre pilé. Les Tarets se trouvent dans toutes les mers, mais on suppose qu’ils ont été apportés des mers des tropiques, où ils sont plus communs encore, par des bâtiments qui n’étaient pas doublés de cuivre. Adanson a trouvé sur les côtes du Sénégal un grand nombre de Tarets qui perforent les racines des mangliers.

DEUXIÈME FAMILLE

Cette famille se compose d’un assez grand nombre d’animaux dont les habitudes sont les mêmes. Us vivent tous dans le bois et les pierres. Les petits, aussitôt après leur naissance, creusent les corps solides sur lesquels ils ont été apportés par la vague, si ces corps sont de nature à être entamés par la liqueur dissolvante qu’ils sécrètent à volonté. Us agrandissent successivement leur loge dans la proportion de leur développement; et ils y sont pour toujours enfermés, car l’ouverlure dé cette loge ne s’élargit pas. C’est par cette ouverture que les Pholadaires reçoivent l’eau nécessaire à leur entretien. Parmi les animaux de cette famille, les uns présentent des pièces accessoires dont le nombre et la dimension sont en rapport avec le bâillement plus ou moins grand des valves, et que quelques auteurs ont considérées comme le rudiment du tube des Tubicolés, et que d’autres ont cru pouvoir comparer aux pièces multiples des Anatifes : ce sont les Pholades. Quelques coquilles très-bâillantes , habitant aussLdes cavités qu’elles creusent, comme les Pholades, dans les pierres et le bois, ont été comprises dans cette famille, malgré l’absence de pièces accessoires : ce sont les Gastrochènes et les Pholadomyes , auxquels on réunit encore les Xylophages et les Galéommes.

Toutes les coquilles de cette famille sont blanches ou d’un blanc jaunâtre; quelques-unes sont élégamment couvertes de côtes striées; les autres n’ont que des stries simples.

ltr GENRE. St'BoPade. Pholas , Linné.

Coquille bivalve, équivalve, inéquilatérale, bâillante de chaque côté, ventrue, mince, d une couleur lactée, à valves striées en tout ou en partie, à bords inférieurs et postérieurs mousses et repliés en dehors; charnière sans dents, sans ligament propre, mais présentant sous les crochets un appendice en cuilleron, et exténeurement des pièces accessoires ou écusson, supportées par un pli du manteau.

L animal est épais, peu allongé, subcylindrique; le manteau, par son ouverture antérieure, donne passage à deux tubes contractiles, le plus souvent réunis et entourés d'une peau commune. Ces deux tubes remplissent les fonctions d’une pompe aspirante et foulante : l’un sert à prendre .l’eau nécessaire à l’animal, l’autre sert à la rejeter. L’ouverture postérieure du manteau donne passage au pied, qui est très-court et très-épais.

Les Pholades vivent dans les trous qu’elles se creusent dans le bois et même la pierre ; leurs mouvements sont très-limités, ils se bornent à élever ou abaisser l’animal dans le trou qu’il habite, et qui généralement est peu profond. Les Pbolades sont phosphorescentes ; elles se nourrissent d’animalcules et des débris que le flot leur apporte. Ce sont des Pholades qui ont détruit les colonnes du temple de Jupiter Sérapis à Pouzzoles.

Les Pholades sont recherchées par les habitants des côtes, qui en sont trèsfriands et les désignent sous le nom de dails. Elles vivent dans toutes les mers, et l’on en connaît un assez grand nombre d’espèces, la plupart petites ; quelquesunes cependant ont jusqu’à cinq pouces de longueur. On en trouve aussi de fossiles aux environs de Paris. Les Pholades sont des coquilles littorales : aussi doit-on considérer comme faisant autrefois partie du rivage des anciennes mers les terrains qui en contiennent à l’état fossile. Les Pholades peuvent probablement vivre dans l’eau douce, car Adanson en a trouvé dans le Niger à une hauteur où la mer ne monte pas pendant la moitié de l’année.

Fig. 490. Tholade.

2e GENRE. ^owbïOcBectc. Gastrochœna , Lamarck.

(raoTYip, ventre ; y a. tvw, je bâille.)

Coquille bivalve, équivalve, cunéiforme, très-bàillante antérieurement, où elle présente une ouverture cordiformc très-large ; l’ouverture postérieure est presque

nulle; la charnière est linéaire et sans dents ni caillerons. On aperçoit deux crochets à la partie la plus évasée de l’ouverture; les valves sont blanches ou grisâtres, et leur surface extérieure est couverte de petites stries fines, irrégulières, tandis que l'intérieure est lisse. L’animal est tronqué antérieurement; le manteau est percé, au centre de la grande ouverture de la coquille, d’un petit trou pour le passage du pied. On remarque aussi deux siphons allongés, réunis et contractiles. Fic 491

Les Gastrochènes, comme les animaux des genres précédents, perforent les pierres et se logent dans les trous ves ré,mie3qu’ils creusent. On n’en connaît qu’un petit nombre d’espèces vivantes ou fossiles. On trouve les premières dans presque toutes les mers, mais particulièrement à l’île de France, aux Antilles et sur les côtes de France.

Fig. 492.

F.jlérieur d’une valve du même.

3e GENRE.

‘It

l9oPit«)oiii/ye

Pkoladomya, Sowerby.

(Pholade et Mye.)

Coquille très-mince, très- transparente, blanche, transverse, ventrue, ovale, inéquilatérale, bâillante des deux côtés, mais surtout postérieurement. Charnière

l io. 403. Pliol ttloinye blanche.

b ig. 494. Bord cardinal grossi.

Fie. 495. Plmladomye blanche, valves réunies.

Fig. 496. Bord cardinal grossi.

lân"è'tii! ll| PCl|l<! fosscllc al|ongcc sublrigone, ut une nymplie marginale sail- »ytp c tT VC- 8Tm - la face exlecne des

U. A„;™7„rSir,C' 1 08 P°" 1,)|,aranlra' l™"iCS >' pal-

Le genre n offre, jusqu à présent, que deux espèces vivantes et excessivement

" * * /I ~ I’~~ — , x » ia 1 1 CAtCSOlVCIUCUl

rares, l’une découverte depuis peu. Les espèces fossiles, très-nombreuses, ne pré-

tiG. 4y7. Pholudoinye de Delessert. 'Fig. 498. Intérieur de la même.

sentent que le moule de la coquille avec tous ses détails bien conservés; le test, trop mince, n'a pu résister à la décomposition de ses parties.

Ces coquilles, comme leur nom l’indique, ont de grands rapports avec les Pholades et les Myes, dont il sera bientôt question.

4e GENRE. Xylophaga , Sowerby.

(ï'jâov, bois; cpayu, je mange.)

Coquille équivalve, globuleuse, fermée en arrière par le rapprochement des valves, largement ouverte en avant. Charnière avec une petite dent courbée ets’avançant dans les cavités omboniales dans chaque valve. Les Xylophages se creusent un trou tubuleux dans le bois, et diffèrent des Tarets par l’absence d’un tube calcaire et par le rapprochement des valves à la partie postérieure.

Fig. 499. Xylophage dorsal, intérieur des valves. Fig. 500. Fig. 501. Le même dans sa loge.

S® GENRE. C/oSeciume. Galeomma, Turton.

Coquille ovale, équivalve, équilatérale, bâillante au bord ventral ; charnière sans dents et fermée seulement par un petit ligament en partie interne et externe. On remarque aussi deux impressions musculaires rapprochées l’une de l’autre sur chaque valve, et une impression palléale interrompue, non sinueuse. Les seules espèces connues de ce genre sont fort rares et se trouvent sur les côtes de Sicile.

Fig. 502 Galcomme du Turton.

TROISIÈME FAMILLE

Les Solénacés se reconnaissent facilement à leur coquille bâillante aux deux extrémités antérieure et postérieure, et à l’absence des pièces accessoires que présentaient les Pholades, dont ils se distinguent aussi par leurs habitudes. En effet, ils

ne perforent ni les pierres ni le bois pour s’y loger, et ils vivent enfoncés verticalement dans le sable, à peu de distance du rivage. Leurs mouvements, qu ils exécutent avec une grande rapidité, se bornent a monter et à descendic dans le tiou souvent très-profond qu’ils ont creusé, et qu’ils ne quittent guere. Le nom de Solénacés donné aux coquilles de cette famille vient d un mot grec qui veut dit c tuyau. La forme très-allongée des valves et leur disposition lorsqu’elles sont réunies représentent, en effet, un tuyau ouvert aux deux extrémités; quelques espèces droites et tronquées aux deux bouts figurent assez bien un manche de couteau , et c’est le nom vulgaire qu’on leur donne. Les Solénacés sont recouverts d'un épiderme d'un vert brunâtre, masquant souvent les nuances les plus belles. Toutes les coquilles de cette famille habitent la mer ou l’embouchure des rivières. On les recherche pour les manger ou pour servir d’amorces pour la pêche du merlan. Lorsque la mer vient de se retirer, l’on reconnaît leur présence à un petit trou, d’où s’échappent parfois quelques bulles d’air. Pour attirer ces Mollusques à la surface, les pêcheurs jettent une pincée de sel dans les trous, qui sont assez rapprochés les uns des autres; à peine ce sel y est-il tombé, qu’on remarque du mouvement dans le sable qui entoure l’ouverture, la coquille s’élève et sort en partie; il faut profiter de ce moment pour s’en emparer, car l’animal se retire de suite au fond du trou et ne se laisse pas tromper par un nouvel essai.' Cette famille se compose de coquilles vivement teintées de rose, de bleu, de violet, etc. Ces riches couleurs paraissent plus ou moins à travers l’épiderme verdâtre et transparent qui couvre les valves.

1er GENRE. G^oPeu. Solen , Linné.

(SojXtîv, tuyau.)

Coquille bivalve, é qui valve, transversalement allongée, droite ou arquée, bâil-

Img. 504. Solen sabre.

lantc aux côtés antérieur et postérieur Dents cardinales petites, en nombre variable, situées i\ l’extrémité ou au milieu du bord cardinal. Ligament extérieur. L’animal est cylindrique allongé ; le manteau, fermé dans toute sa longueur, est ouvert aux extrémités pour le passage du pied d’un côté, et de I autre pour le passage d’un tube formé de deux siphons réunis.

à crochets peu apparents, non saillants.

Ifi

Plusieurs genres ont été formés aux dépens du genre Solen de Lamarck. Ce piofesseur établissait deux sections parmi les Solens : la première comprenait les especes dont la charnière est contiguë au bord antérieur; dans la seconde il plaçait tous les Solens dont la charnière est plus voisine du milieu que du bord

Fig. 506. Solen Fig. 507. Charnière du Fig. 508. Charnière du Fig. 509. Solen des

coutelet. Solen plat. Solen silique. Antilles.

antérieur. Ces sections n’étaient point assez tranchées : aussi a-t-on cru nécessaire de former plusieurs genres nouveaux pour faciliter la détermination des espèces. Voyez planche I1'0.

Malgré ce démembrement, le genre Solen est encore assez nombreux en espèces qu’on trouve dans toutes les mers. On connaît plusieurs Solens fossiles, qu’on rencontre dans les couches plus nouvelles que la craie.

2° GENRE. C^olecuvte. Solecurtus , Blainviile.

(Solen; curtus, court.)

Coquille ovale, allongée, équivalve, subéquilatérale, à bords presque droits et parallèles; extrémités également arrondies et subtronquées; sommets très-peu marqués, sub— médians ; charnière édentule ou formée par quelques petites dents cardinales rudimentaires ; ligament saillant, bombé, porté sur des callosités nymphales épaisses; deux impressions musculaires distantes; impression palléale étroite, profondément sinueuse en arrière et se prolongeant bien au delà de l’origine de la sinuosité. L’animal du Solécurte est représenté iîg. 583.

Les Solécurtes sont de fort jolies coquilles roses ou blanches et striées dans plusieurs sens. On en trouve quelques espèces fossiles dans les terrains tertiaires.

Fig. 514. Charnière du Solécurte rose.

5e GENRE, (^lawcouoiite. Glauconoma, Gray. ( Glaucus , vert.)

Coquille oblongue , ovale, transverse, un peu ventrue, équivalve, inéquilatérale, peu bâillante , arrondie antérieurement, atténuée postérieurement. (Voyez lig. 458.) Trois dents dans chaque valve, la dent centrale de l’une et la postérieure

de 1 autre bifides. Ligament oblong, extérieur. Épiderme mince, verdâtre, plissé sur les bords. Les Glauconomes se trouvent à l’embouchure des fleuves qui se jettent dans 1 océan Indien. On n’en connaît qu’un petit nombre d’espèces.

4e GENRE. clHl9acl.utex/a>. Machœra , Gould.

( Machœra , couperet.)

Coquille oblongue, ovale, transverse, comprimée, inéquilatérale, un peu bâillante; crochets peu proéminents; charnière composée, sur une valve, de trois dents cardinales divergentes : la première simple; la seconde ou médiane, bifide; la

troisième, comprimée, mince et placée dans la direction du bord. Sur l’autre valve, deux dents seulement s’emboîtant dans les interstices de la valve opposée. A l’intérieur, on remarque le plus souvent une forte côte qui part de la charnière et se dirige vers le bord opposé. Impressions musculaires réunies par une impression palléale sinueuse. Ligament proéminent. Parmi les espèces de ce genre, les unes ont une coquille épaisse, les autres ont au contraire les valves minces, transparentes et plus richement colorées. On y remarque des rayons blancs divergents sur un fond bleu.

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