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des différences sensibles, et nous le trouvons' dans certains pays tellement dégénéré, qu'il semble établir une transition véritable entre l’espèce humaine et le Singe.
Les auteurs disposés à reconnaître plusieurs espèces ou types primitifs dans le genre Homme trouvent en faveur de leur système des arguments puisés dans les lois générales qui régissent le monde. Ainsi, on a reconnu que : 1° les êtres organisés tendent toujours à revenir aux formes primitives que des circonstances locales leur avaient fait perdre un instant; 2° que toutes les productions de la nature suivent une progression presque insensible, et telle que l’on passe, sans interruption et par une série continue ascendante, des êtres qui offrent à peine des traces d’organisation aux animaux qui sont le mieux organisés; 3° que le croisement des races entraîne presque tou jours une amélioration du produit qui en résulte ; 4° enfin, que moins on descend dans l’échelle des êtres, et moins l’influence du climat se fait sentir, de sorte que celte influence, qui est si puissante sur les végétaux,, s’affaiblit progressivement sur les animaux et devient à peu près nulle sur l'Homme.
C’est en faisant à l’espèce humaine l’application de ces lois générales constamment observées que l’on s’est demandé pourquoi l’Homme, le plus perfectible, le plus cosmopolite des êtres créés, se trouverait, malgré ses dégénérescences, faire exception aux lois qui régissent tout le reste de la création.
En effet, si la dégénérescence que nous observons chez les nègres et la plupart des sauvages des pays récemment découverts dépendait seulement d’une cause locale, du climat, par exemple, il suffirait de replacer quelques-unes de ces créatures dégradées dans les conditions d’existence qui leur conviennent, pour qu’après plusieurs générations, dans un temps plus ou moins long, elles revinssent à leur type primitif. Il suffirait encore de se trouver soumis à la même influence qu’elles pour éprouver la même dégénérescence. L’observation démontre justement le contraire; de tous les animaux, l’Homme est celui qui se prête le mieux à l’influence des climats, de la nourriture, et aux variations de la température ou de l’atmosphère, auxquelles il oppose les ressources de son intelligence, qui lui procure presque sans peine le moyen’ de se soustraire au froid comme à la chaleur trop sensibles; ou pour le moins, l’Homme, mieux que tous les autres animaux, doit supporter ces conditions sans dégénérer, parce qu’il peut les affaiblir.
Les nègres de l’Afrique, transportés en Europe ou en Amérique, restent nègres, conservent leurs formes et leur couleur primitives; et les Européens qui ont, depuis des siècles, formé des établissements sur tous les points du globe, restent blancs, et
conservent, eux aussi, les formes qu’ils avaient en quittant leur pays natal; enfin, tous n éprouvent sous I influence d’un climat nouveau que des modifications passagères et non héréditaires. Le soleil du tropique brûle les Européens, donne aux parties île leur corps qui y sont exposées une teinte plus ou moins foncée et qui disparaît
promptement par un changement de climat. Chez les nègres transportés dans un climat tempéré, la sécrétion huileuse de la peau est seulement moins abondante et répand moins d odeur ; mais les uns et les autres conservent leur couleur locale.
Maintenant, si nous jetons un coup d’œil sur tous les corps organisés répandus à la sui lace du globe, nous sommes portés à croire que la nature s’est d'abord occupée des plu» simples, pour s’élever, par une gradation régulière, jusqu’aux plus compliqués, cl que tous ces corps ont été créés l’un pour l’autre, et dans des vues de conservation générale. Nous devons supposer, avec quelque raison, que les animaux herbi-
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vores, par exemple, ont dû être créés avant les carnivores, qui en font exclusivement leur nourriture, et qu’ils n’ont paru qu'a près le développement des végétaux , qui leur servent de pâture. Et si, tout d’abord, toute la surface du globe aété couverte parles eaux et ne s’est desséchée qu’après un temps dont nous ne pouvons apprécier la durée, il ne pouvait exister à cette époque primitive que quelques êtres végétaux ou animaux du dernier ordre; car ce ne fut qu’après que les débris d’aussi chétives créatures, accumulés par le temps, eurent constitué un sol, que des organisations plus avancées ont pu présenter une vie plus forte, et sont devenues elles-mêmes la source d’existences mieux organisées.
En suivant une progression ascendante dans la série des êtres , nous reconnaissons cet enchaînement imperceptible, ce développement .gradué des animaux, de telle sorte qu’il parait n’exister aucune lacune dans cette chaîne, ramifiée, mais non interrompue.
Toujours l’organisation fait un progrès, et, dans la classification zoologique, nous trouvons que les extrémités d’un ordre se confondent avec l’ordre qui suit et celui qui précède; dansl’ordre, et même dans le genre, nous reconnaissons un type, duquel s’éloignent plus ou moins les êtres qui en font partie. Prenons, pour démontrer cette vérité , l’ordre des Quadrumanes ou Singes, qui se rapprochent le plus de l’Homme par leur organisation, la charpente générale de leur corps et la structure de leurs membres. Nous voyons que cet ordre diffère de l’Homme par la conformation des membres abdominaux, dont les extrémités inférieures sont terminées par de véritables mains, plutôt disposées pour saisir les objets et grimper aux arbres que pour marcher. Nous trouvons chez le Singe le mieux organisé la plupart des caractères que présente l’Homme; et bientôt, en descendant au Singe qui, par son organisation, s’éloigne le plus du type de l'ordre, nous lui trouvons des caractères communs à ce type, et des caractères de l’ordre des Carnassiers, qui vient immédiatement après.
Fig. -18. Singe. *’i°- *9- Singe Maki.
Si, poursuivant la même comparaison, nous arrivons aux Bimanes, nous observons dans l’ordre qu’ils constituent des hommes supérieurs par leur organisation, et des êtres conformés si misérablement qu’on n a pas craint de les placer, dans laséi ic zoologique, au-dessous de quelques espèces de Singes. L’ignorance, les préventions, et,
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l’on peut le dire, les relations exagérées des voyageurs, ont pu seules conduire à de semblables erreurs; mais, après avoir fait la part de cette exagération, il n'en reste pas moins certain qu’il y a une distance proportionnelle entre l’Homme le mieux organisé et celui qui l’est le moins bien, comme entre le Chim pansé ou l'Orang-outang et le dernier des Singes; et nous trouverons dans l’espèce humaine des degrés d’organisation assez nombreux pour être obligés d’en faire des races distinctes.
Fig. 53.
Naturels (le la NouTelle-Hollande; l’un d'eux habille par les matelots de l'dstrofah».
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Si nous examinons le croisement des races dans l’espèce humaine, nous ne pouvons méconnaître l’influence qu’il exerce sur l’amélioration du produit, qui a plus d'intelligence et de perfectibilité quand ce croisement est d’ailleurs opéré dans de bonnes conditions; car, quelle que soit l’influence de ce croisement sur les chevaux, par exemple, il est évident que le produit sera toujours en rapport avec les qualités des individus croisés. Aussi ce croisement dans l’espèce humaine s’est-il rarement fait dans les conditions les plus convenables; ce qui n’a pas peu contribué à laisser les produits souvent fort au-dessous de l’espèce. L’esclavage auquel est réduite généralement la race noire d’Afrique, et la domination qui pèse sur la race cuivrée d’Amérique, s’opposent à l’amélioration qui serait la conséquence d’une autre condition.
Nous avons dit aussi que, moins on descend dans l’échelle des êtres, et moins l’influence du climat se fait sentir. En appliquant encore cette loi générale à l’espèce humaine, et ne reconnaissant pour cette espèce qu’un type primitif, nous devrons bien plus nous étonner à l’examen des dégénérescences effrayantes que nous offrent certaines peuplades sauvages, chez lesquelles l’humanité se reconnaît à peine, et nous ne devrons pas èti'e surpris des erreurs qu’ont pu propager les auteurs qui, malgré les impossibilités d’une semblable recherche, n’ont pas craint d’établir un grand nombre d’espèces, types primitifs du genre Homme.
Par une exposition si longue de quelques principes qui n’ont pas toute la portée qu’on veut bien leur donner, je n’ai pas eu l’idée d’éveiller la moindre incertitude sur un point fondamental de nos croyances religieuses; loin de là, j’ai trop de respect pour nos livres sacrés, j’ai trop confiance dans les doctrines qu’ils enseignent pour élever des doutes sur leur authenticité, et je ne croisqu’à l’existence d’une seule espèce provenantdu même type ; d’ailleurs, si nous nous trompions, je ne pense pas que toute l’intelligence humaine parvienne aujourd’hui à rétablir la vérité, môme après les recherches les plus sérieuses. Comment déterminer des espèces qui n’ont pu conserver leurs caractères primitifs? comment reconnaître l’origine de tous les peuples après les mélanges de plusieurs siècles? 11 faut cependant convenir que quelques races se sont conservées intactes; mais cette remarque est en faveur de l'unité de l’espèce, car ces races sont restées sans mélange.
Terminons ces observations sur un sujet plein d’intérêt, mais qui nous a fait oublier les limites que nous impose un plan très-restreint. La plupart des auteurs qui ont écrit sur les races humaines, pour mieux faire ressortir la dégradation des espèces qu’ils rapprochent des Singes, ont toujours représenté l’homme ou la femme avec des formes plus ou moins idéales et sous la figure de l’Apollon du Belvédère et de la Vénus de Médicis. Celte comparaison un peu prétentieuse ne permettrait guère de retrouver des types vivants de l’Homme tel qu’ils veulent le représenter; et elle a l’immense désavantage d’être inexacte, et d’établir des différences entre des extrêmes qui existent, il est vrair mais qui ont de nombreux intermédiaires, même au sein des populations les plus privilégiées.
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