‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 11 sur 34 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De là Coîvftrtnation.

D. Quesi'^e que la Confirnvation ?

R. C'est cette partie du discours où liOratear 9'oûcupe de preuves et de raison* nemens.

CombiM y a^-t-il de sortes de preuves?

R. U y en a de deux fiorles s les unesque TdlMeur prend hors de son sti|et, oU| pour mieux dire, de son propre fends; d'autres qu'il tire de son sujet. Les premières se nomntbnt prévues indépendantes de l'art; les secondes preuves artificieUes.

ÎX Qu*entend*-on par 7>reures indépen^ dwites de Vart?

^ mik LA uiiToaiQUE. 35

K. Ce toDt celles qiai ne tieiment rien de Tari: telles s^&t la ranommëa ^ieêiéntoins , U$ ati4oriié$, ies aermicnêf éôê préjfu^iê^ el antres sMobltfales.

D. De quai spot aomfioséas les prmmM artifiméUes.

R» Toute prem^e arlifiotelle estoooiyMée de ^%fM^ , d'ûomnpUs^ d'argtmienê.

. 0» Qa'eoteiidea-vous par aigoes?

JL ifmAeada tootce oui i»è«ie A la oon^ «damnée d'une ohosa* Ôa em ^ittiayue de deux acniearleaiyissoiitoeftaiQS.Jkaauirea dauteux. Les signes èeitaius B\^ui fias kesoia de préceptes; car par4oul ^à il sa trouve un signe iafailltole, il ne peut y avoir de dispute. Antoine, par exemple , étoit â Paris le jour que Philippe, à qui il avoit juré une haine implacable » a été assas* sine à Rome : voilà uu aiguë certain qu'Au* toine n'est pas le meurtrier de Philippç.

Les signes douteux sont ceux quij quoi** que probables et donnant de violens soupçaoa^ ne suffisait pas pour convainare. Par exemple, duisaugrépaôdu portçâ soupçon* uer foateqoient; cepeudsmt, comme ce sang peut venir d'une autre cause» on ne. cou-* dura pas qu'un homme a fait un meurtre « parcequ'il a son habit ensanglanté.; noaissï l'on prouve qu'il étott l'ennemi de celuj qui a été tué, qu'il l'avoit menacé, qu'il s'est trouvé dans l'endroit où le meurtre a été

36 LÇÇOKS Ét£Uf:NT AIRES

commis , alors cet iiidice portera un puissant témoignage contre 1 accusé.

. D. Qu'eDtend«OQ par exemples?

R. L exemple est une citation <fun fait' historique, ou communément reçu, faite à dessein de persuader. Rien en eifet ne persuade tant que de citer dtes exemples de choses semblables qui sont déjà- àrrît ées :

comme si, pour prouver que Dénys demande des gardes, non pour la sûreté de sa personne, mais potir mettre ses peuples' sous le ÎQUg, j'alléguais l'exemple de Pi« sistrate, qui par le même moyen usurpa la suprême puissance.

D. Qu'enteud-on par Arguaient ?

R. C'est la manière de prouver une chose par un autre, en assurant ce qui est dou-' teux par ce qui ne l'est pas. Pour bien* raeinicr les argument, il faut étuflier la nature de chaque chose et les efiets qu'elle a coutume de jprodùîre; car c'est de là que naît la vraisemblance. On prouvera, par exemple', qu'un père n'est pas l'auteur de la mort de son fils, parce qu'un père aime naturellement ses énfans.

D. D'où l'orateur doît-îl tîr^r ses argumens?

R. Il doit les tirer de la considération des personnes ou des choses. . ,

D. Que faut-il examiner pour trouver les

SUR tA RHÉTOaiQtTE. oj

argumons de là considération de la pfersonne?

R. Il faut examiner, 1"" la naissance ; parce qu'ordînaîrement lès enfains sont censés ressembler à leurs pères et à leurs

aocôlres.

2" La nation; car chaque nation a ses mœurs, et vous ne persuaderez pas la mêrfte chose d'un Romain et d'un Carthaginois.

5"* Le ^^xa; ainsi la violence sera plus croyable (ïans un homme.

4° L'âge; une chose convient à un âgé et non àvunlautre. , .

5"* La fortune ; parceque telle chose est probable dan§ un homme riche et puissant, et qu'elle ne l'est pas dans un homme pauvre et dénué de tout secours.

6** La condition; car la différence est grande entre uu homme connu et un homme obscur; entre un magistrat et ua particulier; lentre, un père et un fils; un citoyen et un étranger. ^ '

. 7** Le naturel et les inclinations ; parce quela varice , la colère , la cruautér, et autres semblables, rendent souvent certaines choses probables. lien est de même de, la manière de vivre, selon qu'elle est, somptueuse, ou sordide, ou réglée.

S"* EnRn 4a profession ; car celui qui vit à la campagne et celui qui fréquente

58 LEÇONS ÉLEMENf AIRES

la vttle» le marchand et rhomme de giierre pensent et agissent différemment.

D. Ne tire-t-oo pas aussi des argtimens de la considération de la chose ?

R. Oui ; car toute action souffre naturel* lement ces questions, pourquoi on Va faite ^ oit^ qtuind^ comment, et par guei moyen on Va faite ?

D. Que faut-il faire pour réussir dans la Confirmation?

R, II faut bien connaître le cœur de rhomme en général, et les di?erses passions dont il est susceptible. Un habile Orateur ne manquera pas de saisir adroitement lendroit sensible de ceux à qui il parle , par leurs inclinations ; un ambitieux, par Fécldt des honneurs; un homme brave, par la honte attachée à la lâcheté; uni ^ avare , par l'appât du gain ; un vindicatif, par les cruelles douceurs de la vengeance ; un sujet zélé et fidèle ^ par sa tendresse pour son prince... • C'est par ce dernier moyen qnHégésippe^ dans Télémaque, ramène Philoclès à la cour d'Idoménée.

t Étes-vous donc insensible au plaisir > de revoir vos proches et vos amis, qu » soupirent après votre retour, et que la » seule espérance de vous embrasser » comble de joie? Mais vous, qui crai- » gnez les dieux et qui aimez votre de- » voir , comptez- vous pour rieu de servir 4

8IIII l RBÊT0R1QI7S* 5g

votre roi, de. laider dans tout le biea quil veut faire, et de rendre tant de peuples heureux. Est-il permis de s'ahiandonnera une philosophie sauvage» de se préférer à tout le reste du genre humain , et d aimer mieux son repos que le bonheur de «es concitoyens? Au resté, on croira que c'est par ressentiment que vous ne voulez plus voir le roi. S'il a voulu vous faire du mal, c'est qu'il ne vous a point connu; ce n'étoit pas le véritable* le bon» le juste Philoclès, qu'il a voulu faire périr , c'était un homme bien différent qu'il vouloit punir» >

ARTICLI IV.

De (a Réfutation,

JD. Qu'est-ce que la Réfutation?

R. C'est la manière de détruire les preuves et les raisonnemens de son adversaire.

Elle se traite comme la Confirmation , c*est à-dire qu'on y eim>loîe les mêmes Argumens» les mêmes Pensées, le même Style et les mêmes Figures.

D. Comment rOrateur réfutera-t-H les ob}ections de son adversaare?

R. On réfute, tantôt m niant formellement, tantôt en excusant, tantôt en opposant despreuves contraires; tan tôt, enfin,

en portant adroitement l'esprit des Aadi-

Ao LEÇONS ÉiÉMENTÀIRES

leurs et des juges sur d'autres luatièrea .qui fout honneur, sans faire attention aux reproches qui sont faits. Ce fut ainsi que le grand Scipion confondit le Tribun dix Peuple qui Taccusait de mauvaise admi-nistration des deniers publics. Le Héros monta dans la Tribune, çl , ne daignant

• pas honorer d'une réponse l'invective de son accusateur , il dit :

Tribrms du peuple^ et vous , citoyens^ c'est à pareil jov/r qusj* ai vaincu An^ nibal et les Carthaginois en Àfriçti^, Un si 1iet4/reux jov/r^ ne doit point se passer en disputes, en discussions et en procès. Ai/nsiyje m'en vais de ce pas au Capitoie rendre mes hommages au grand Jupiter et à tous les autres Dietuc qui président dans ce temple : A ces mots le Peuple le suivit,et le crieur qui lavoît cité en justice, resta seul dans la placepubliqtie. 'Au reste, tout orateur qui possédera bien son sujet, qui sayra quel est sda principal moyen et quel est celui de la partie adverse, ûe pourra pas manquer aussi de Savoir les. endroits sur lesquels il doit insister, et ceux qu'il doit combattre.

' Il faut seulement observer la pratique de Cicéron. Ce grand orateur loue d'abord ^on adversaire, et convient de ce qu'il y ^ a de vrai dans Tobjection, pour réfuter ensuite ce qu'il y a de faux..

SUR tk RBÉTOEIQUE. . 4^.

▲RTICtE V.

De la Péroraison.

D. Qu est-ce que la Péroraison?

R. C'est une espèce d'analyse de tout le discours. On y expose, on y rassemble les points principaux qui ont été agités séparément et d'une manière plus étendue dans le corps du discours.

D. Suffit*il de remettre les principales preuves sous les yeux des Auditeurs? ^

R. Non : il faut encore émouvoir les passions : car, en commençant, on s'insinue modestement dans l'esprit de l'auditeur, parcequ'il suffit, pour ainsi dire, d'avoir sa première entrée. Mais dans la péroraison , il s'agit de mettre les juges et lès auditeurs dans la disposition d'esprit où l'on veut qu'ils soient. C'est alors que l'orateur doit rassembler dans un cercle étroit tout ce que l'éloquence a de tours séduisans et de mouvemens pathétiques, afin d'entratner ses auditeurs par une douce violence .

Telle est cette péroraison de Ciytemnestre, furieuse du dessein que son mari avait conçu» quoique maigre lui, d'immoler Iphîgénie.

- Glytbmnestius à Agamemnon:

Est-ce donc être père? Ah 1 touîe ma raison Cède a la cruauté de cette trcihison.

4a uçeisrs s&isEiarjUsms

Un pr4tre « environné â'unar Ijmie crnelle , Portera sur ma fille une main crimineMe , Déchirera son sein ^ et , d'un œil curieux Dans son cœur palpitant consultera les dieux ! . £t moi qui ramenai tnoiÉ|Fhaote » adorée ; Je. m'en retaumerai seuk et désespérée !

Je verrsA les chemins eucor tout parfumés Des fleurs dont sous ses pas on les avoit semés ! I*lon , )ene l'aurai point amenée au supplice > Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice : ' Ni crainte 9 ni respect ne m'en peut détacher; De mes bras tout sanglaus il faudra l'an acher ; Auasi barbare Époux, qu'impitoyable Père ^ T^neZy si vous l'osez , la ravir "a sa mère : Et vous 4 rentrez^ ma fille ; et du moinf à mes loi$ Obéissez encor pour la dernière fois.

Page 1