‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 12 sur 34 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Z>a i'Éiocution.

Qu est-ce que TÉlocution?

R« L'ÉlocuUoD consiste à orner de pensées nobles et d'expressions choisies, lès raisons que Ton a inventées et disposée^ dans un ordre naturel, à leur donner dés grâces et un tour qui gagne Tesprit et le cœur.

D. Quels sont les moyens principaux d y parvenir?

R. Ces moyens sont, la pureté du lan^ gage; la beauté des expressions; le nombre et rfaarmonie des périodes ; le choix heureux des styles » et lusage judicieux des figures.

D. En quoi connste la parebé du lao^gage?

R. Elle consiite à fuir toute expression basse , trimle « déshonuéte , iausîtée ; à saisir le terme propre. Mais de tous les Tices du discours» delui qui est le jblûs ridicule et qu'il faut éviter avec le plus de soie , c'est la sotte affiectation d'un langage gigan^^ tesque, hyperbolique, qui trouve à peine des termes assez forts pour exprimer des minuties.

D« En quoi consiste la beauté des expressions?

R. Les expressions doivent -être nobles »

fortes , justea, vives et sublimes selon les circonstances.

D. Qu'est-ce qu'une période?

R. C'est un petit discours composé de parties tellement liées les unes a«rx autres, que le sens demeure toujours raspendu jusqu'à la fin.

Ô. Combien la période a-^^elle de par-*

ties^

R. Elle est composée de deux parties , le Membre et la Section/

D. Qu'est*ce qu'un membre de Période?

R. Cest une proposition qui renferme en eHe-méme un certain sens» mais un sens imparfait , suspendu et dépendant des autres parties de la Période. En voici un exemple :

44 lEÇONS £t.£H£HTAttES .

t Si fermer les yeux aux preuves écla- » tantes du christianisme » est une extra va» » gance monstrueuse. . . • >

Voici Un membre complet, et qui rehferine un sens bien marqué^ et cependant l'esprit ni Toreille ne sont point encore satîsfaUs : il faut nécessairement, si Ton T6Qt mrmer un sens parfait, ajouter le Membre quisuit:

« C'est encore un plus grand ren:i^ersè- » ment de raison, d'être persuadé dé cette » vérité,' et de vivre comme si Ton ne dôu- 9 tait pas quelle ne fût fausse. » * ,

D. Qu'est-ce que la Section d'une période?

R. C'est une partie du membre qui ren- ' ferme aussi en elle-même un certain sens, et qui, pat cette raison', ferait un Membre fit elle était seule, mais qui, étant associée à diverses autres parties qui aboutissent i au même point, concourt avec elles à for- j mer ce qu'on appelle le Membre. En voici un exemple tiré des poésies de M*""*. Deshoulières.

Première section. .> '^

Vous de qvii les prudens coDseîïs Veulent soulager ma tristesse ;

Deuxième section,

V^ous^ hëlas ! dont les maux aux miens furent pareils ;

Troisième section, ^

Vous qui savez d'un cosur jusqu'où va la -tendiiesse ,

SGR £A BHiTORIQUE. 4^

Quatrième sectiorif

Et qui vîtes ravir à la clarté du jour Une aimable et jeune roaitre^se^

Uuç de ces quatre sectjqûs sufiiroit seigle pour ^faire.un Membre, comme. on le voit évldeipmeDt;.c^enddnt toutes les quatre n en. forment qu'up , parcequ ell(es.abouli8sent toutes ensemble au même points qui est le membre suivant :

Sage Cëlîmëdon 9 regardez ma faiblesse

£d homme qui conDoît le pouvoir de l'amour.

D. Combien y a-t-^il de sortes de Périodes?

R. il y II des périodes d.e4eux, de trois et de quatre Membres. Ces dernières se nomment quarrées, lorsque les Membres sont égaux. Nous avons, déjà donné un exemple d'une période, à deux membres.

En voici Une à trois membres :

'i*', S*îly a une occasion au monde où Tâme,. pleine d elle-même, soit en danger d oublier son Dieu ; â*. c'est dans ces. postes éclatans où un homme, par la sagesse de sa conduite, par la grandeur de son courage , par la force de son bras et par le nombi?e de ses soldats, devient comme le Dieu des autres. hommes; 3*. et rempli de gloire en lui-même» remplit tout le reste du monde, etc.

46 uçoBis i&ivEirrÀi&fi6

Voici un aulre exemple d'une {)ériode à quatre membres.

r'. Si le héros dont je faip Téloge n*a-voit su que combattre et ijae Taloche; '2*^ sans que sa prudence et sa yaleur fussent animées d'un esfMrit de foi et de cha^ rite; 3* content de le mettre au rang des Scipions et de» Fabius, je laisserois â- la vanité le soin de louer la vanité; 4^ ^ J^ ne parlerois de sa gloire que pour déplorejc^ son malheur.

D. Quelles sont les règles de la période ?

R. Les règles de toute période, c'est, en premier lieu , de déterminer le s^ns; secondement, d'être claire , enfin dese faire entendre aisément; troisièmement, c'est d'être nombreuse; enfin c'est d'être d'une )uste longueur. Un membre de période trop long sera traînant ; trop court, il n'aura ni poids, ni soutien.

D. En q^oi consiste le Nombre Pério-^ dique? . *"

R. Il consrstedansone^^ertaine harmonie douce et majestueuse, qui charme l'oreille et qui résulte du choix judicieux , et de rhenreux arrangement des expressions.

0» L'Orateur peut-il employer par tout le style périodique?

A. Lonsqu'il feut qu'il se montre véhément, pressant, opiniâtre , il doit employer un style coupé. Notre composition doit se

8UB. LA BMXTOIUQI». 4?

e^nformcr aux choses dout aoim parlons »

afin que l'auditeur prenne Timpretsion de celai qui parle.

Mais le style périodique aura beaucoup de grâce daii» TExorde d'un discours , lors« qu'il faudra marquer de la efainte et de ' l^îoqViiétude; donner une idéeavantaffeuse delà personne où de la chose dont il s agit; disposer les jugesà prendre des sentimens de Compassion. Elle sera encore fort propre pour les lieux communs et pouvtoutcequi s'ajppelle amplification. Mais le vrai tems de lui donner toute la pompe qu'elle peift airoir, c'est lorsque l'auditeur, pleinement instruit et déjà persuadé, commencée se laisser chantier par la beauté du discours .

et que*, plein d'admiration pour l'orateur , ii s'abandonne au plaisir de i entendre.

Du Style.

D. Qu'est-ce que le Slyle? . «

•R.. Le Style» dana l'usage ordinaire, se prend pour la ^manière dont chacttii s'exprime ; c'est dans ce sens qu'on dit que chaque aut€»ir a son style. Mais comme tovtes.les diverses manières de s'exprimer ne s'appliquent qu'à trois sortes de ma*^ ttèresv l'une simple, l'autre un peu plus élevée, la troisième grande et sublime , on peut dire aiiMi qu'il n'y a que trois

48 LEÇONS ÉLÉMEKTAiaES

sortes destyk, le simple, le tempéré, et le sublime.

D. Qu'y a-t-il à distinguer dans le style?

R. On y . distingue ses qualités permanentes et accidjentellès.

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