‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 13 sur 34 · Qu'eBlendez-Tous par qualités permanentes · texte numérisé non relu

Qu'eBlendez-Tous par qualités permanentes

B. J^eatends, la vérité , la clarté , la précision, la justesjse, la correction ^ la. facilité, Tabondance, l'élégance, le naturel et rharmonie, «

D. Quand est-ce que le style, est vrai ?

' R. Quand les, pensées, sont conformes à l'objet, quelles représentent : telle est celle-ci : . , ,

Laisser le crime en paix, c'est s'en rendre con[j^>lice.

Les pensées sont encore vraies, quand elles sont conformes à des idées reçues, quoique fausses. Telles sont les fables des païens.

• D. En quoi consisté la clarté?

R. Elle consiste à présenter une pei nture nette. et .claire de ce qu'on a voulu faire concevoir.

D. Que doit faire la précision?

R. Elle doit exprimer, avec le ii)oins: de termes qu'il est possible, une idée, une image, un sentimeat,f sans les mutiler ni les affaiblir. IL ne faut pas cependant que cette précision aille jusqu à la sécheresse.

SUR LÀ aHÉTORIQUE. 49

D. En quoi consiste la justesse?

R. Elle consiste dans le choix des termes propres à exprimer une pensée conforme à son objet.

D, A quoi s'attache la correction ?

R. Elle doit s'attacher à l'observation scrupuleuse des règles.

D. Qu entendez-y ous par la facilité?

R. C'est de n'admettre aucun tour trop recherché ; il faut au contraire qu'il semble couler de source, et qu'il soit moins le fruit du travail et de l'art, qu'une suite des dispositions naturelles.

U. En quoi consiste l'abondance?

R. Elle consiste à rassembler dans une seule image plusieurs qualités de l'objet qu'on veut peindre. Un cœur de marbre, par exemple, nous représente la froideur et la dureté d'un homme.

D, Qu'est-ce que l'expression?

R. C'est le talent de peindre un objet.

Telle est la peinture que fait La Fontaine , de la mort du juste.

Rien oe trouble sa lia ^ c'est le soir d'un beau jour.

D. En quoi consiste l'élégance?

R. Elle consiste dans le mérite des paroles; elle est encore plus nécessaire à la poésie» parcequ'elle est une partie de cette harmonie si nécessaire aux vers.

p. Qu'est-ce qui constitue le naturel?

5o MÇONS' ÉLÉMENTAIRES

R. Cestlechoix de certaines expressions simples , qui paraissent nées d elles-mêmes, plutôt que choisies. Cest ce qui fait le principal mérite des Poésies Pastorales.

D. Qu'est ce que Tharmonie?

R. C est un rapport de sons et de mots avec Tobjet de la pensée. L'une peint à Toreille, par une sorte de mélodie, ce qu'elle peint à l'esprit par les mots; l'autre est l'accord des sons avec la chose signijfiée. C'est ce qu'on appelle harmonie imitative.

D. Qu'appelle-t-on qualités accidentelles du style?

R, Ce sont celles qui varient et qui le distinguent de lui-même, comme ses tours, fies mouvemens , et le ton que le sujet lui donne. Telles sont l'énergie, la véhémence, la délicatesse, la naïveté, et la sim* plicité. C'est de là que nous distinguons trois sortes de style , comme nous 1 avons déjà dit, le style simple, le tempéré, et le sublime.

Du Styic êimpte."

D. Qu'est-ce que le style simple?

R. C'est une manière de s'exprimer , pure , facile , naturelle , précise ,*et où lart ne paraît pas.

D. Est-il ennemi des ornemens?

R.Non; mais il n'en peut souffrir que

SUE LA RHÉTaEIQUE. 5l

de simples , et rejette ceux qui sentent raffûct^tion e^t le fard. Ce nest pas une beauté vive et éclatante, mais douce et modeste, accompagnée d'une certaine négligence qui en relève encore le prix.

D. A quel genre de poésie ce style con^ Tient-il particulièrement?

R. Ce style convient surtout à la fable et à Téglogue.

D. Donnez-nous une peinture simple de la tranquillit^ champêtre.^

R. En voici une qui caractérise parfaitement les m^urs champêtres.

Heureux aui seDounit du Uitde ses brebis.

Et qui de leur toison voit filer ses habits j

Qui ne sait d'autres noerS^ <jue la Marne ou la Seine ,

Et croit que tout finit où finit son domaine !

D. Ce style peut«il s'employer dans d'autres ouvrages?

R. Oui : ce syle trouve place dans les

ouvrages qui paraissent moins le supporter, j ronime Iode et Tépopéc, Voici une stance de Malherbe, qui est d'une i^implicité ad<* mirable:

En vain , poorsatislaiFek nos lâches envies ,

'Nous passons près des rois» tout le tems de nos vies ,

l A sounrir, des mépris , a ployer les genoux :

Ce qu'ils peuventn'est rieq i ils sont ce qtie nous sommes ,

Véritableinent' hommes > i Et meurent comme nous.

Du Style tempéré.

D. Quest-cf que le style tempéré? .

5â lEÇONS iiÉttEHTAIRES

R. C'est celui où les grâces et ks ornemens se présedtent de toutes parts» et néanmoins sans excès. 11 tient comme le milieu entre les deux autres, cest pour quoi on l'appelle le genre tempéré. H na ni la délicatesse du simple, ni la force foudroyante du sublime. Il admet tous les ornemens de l'art, la beauté des figures, Téclat dés métaphores. Il cherche a plaire par de riantes digressions , par le brillant des pensées, et par Télégançe delà corn- ; position. I

, D. Quels sont les ouvrages susceptibles :

du style tempéré? i

B-. Ce sont tous ceux qui peignent les passions qiii portent un caractère de dou- .

ceur. L amitié, la compassion, la tristesse, j la douleur , Tamour , lorsqu'il gémit ten- | drement dans l'élégie, sont du ressort de | ce genre.

D. Donnez-nous quelques exemples du :

sjtyle tempéré ?

Il, La réponse de Zaïre aux reproches de Nérestan .a cette douceur tendre qui i fait le charme du style tempéré.

Arrête , mon cher frère; arrête : connais-moi !

Peut être que Zaïre est digpe encor de toi.

Mon frère , épargne-moi cet horrible langage;

Ton courroux , ton reproche est un plus^rand outrage ,

Plus terrible pour moi , plus d^ir que ce trépas ,

Que je te demandais , etquejeu-oblieiispas.

L'ëtat où tu me vois accable ton courage :

Tu soufireS; je le vois : je soufire davantage ; Je voudrais que du ciel le barbare secours , De mon san^ dans mon coeur eût arrête le cours • Le jour, qu empoisonné d'une flamme profane , Gepur sang des chrétiens brûla pour Orosinane; Le ]our, que de ta sœur Orosmane charmé....

Pardomre2*moi , chrétiens : qui ne Taurait aimé ? Il faisait tout pour moi ^ son cœur m'avait choisie ; Je voyais sa fierté pour moi seule adoucie :

C'est lui qui des chrétiens a ranimé l'espoir ; C'est k lui que je dois le bonheur de le voir ; Bftrdonne : ton courroux , mon père , ma tendresse , Mes sermens , mon devoir , mes remords , ma faiblesse , Me servent de supplice ; et Zaïre en ce jour Meurt de son repentir , plus que de son amoiur.

Combien doit-on admirer la tendrcàse I dans ces expressions de sentimeas dVln* f drômaque pour son fils !

Quoi I Géphise , j'irai voir expirer encor

Ce filS| ma seule joie etl'itnage d^Hector !

Ce fils que de sa flamme il me laissa pour gngc!

Hélas ! u m'en souvient; le jour que son courage

Lui fit chercher Achille ^ ou plutôt le trépas ,

demanda son fils et le prit dans ses bras :

Chère épouse , dit-il , en essuyant mes larmes ,

J'ignore quel succès le sort garde k mes armes ;

Je te laisse mon fils pour gage de ma foi ;

S'il. me perd , je prétends qull me retrouve en toi ^

Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère ,

Montre au fils k quel point tu chérissais le père.

Et je puis voir répandre un sang eî piécieux !

£t je laisse avec lui périr tous ses aïeux !

Roi barbare ! faul-ifque mon crime t'entraîne ?

Si je te hais , est-il coupable de ma haine ?

T'a-t-il de tous les siens reproché le trépas ?

S'est-il plaint à tes yeux des maux qu'il ne sent pas ?

Et cependant , mon nls> tumeurs , si je n'arrête i lie fer que le cruel tient levé sur la tète ,* 1 Je l'en puis détourner] et je t'y vais offi'ir !

fton ; tu ne mourras point : je n'y puis consentir.

54 LEÇOirS ÉLÈIEENTAIRES

Voici encore un autre exemple, où il entre beaucoup d'imaginatioa et de seotiment. C est l'Idylle de madame Deshou* lières , intitulée ies Moutons.

Hélas ! petits moutons , que vous êtes keureui !

Vous paissez dans nos champs , sans soucis sans , alarmes ^

Aussitôt aimés qu'amoureux :

On ne vous force point k répandre des larmes ; Vous ne formez jamais d'inutiles désirs ; De vos tranquilles cœurs l'amour suit la nature : iSans ressentir ses maux , vous avez ses plaisirs : L'ambition ^ l'intérêt, l'honneur et Timposture , Qui font tant de maux parmi nous, Ne se rencontrent point chez vous.

Cependant nous avons la raison pour partage ,

Et vous en ignorez l'usage.

Innocens animaux , n'en soyez point jaloujK;^

Ce n'est pas un grana avantage :

Cette fière raison dont on fait tant de bruit ^ Contre les passions n'est pas un sûr remède^ Uu peu de vin la trouble , un enfant la séduit ; Et déchirer un cœnr qui l'appelle k son aide ,

Est tout l'effet qu'elle produit.

Toujours impuissante et sévère Elle s'oppose k tout , et ne surmonte rien.

Sous la garde de votre chien , Vous devez beaucoup moins redouter la colère

Des loups cruels et ravissans , Que ,' sous l'autorité d'une telle chimère ,

Nous ne devons craindre nos sens.

Ne vaudrait 'il pas mieux vivre , comme vous faites.

Dans une douée oisiveté 5 Ne vaudrait-il pas mieux être comme vous êt^s ,

Dans une heureuse obscurité ,

Que d'avoir sans tranquillité

Des richesses , de la naissance ,

De l'esprit et de la beauté ?

Ces prétendus trésors , dont on fait vanité , Valent moins que votre indolence.

Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;

SLR LA RUÊrORÏQUE. 55

Par eux plus d'un remords nous ronge.

Wous voulons les rendre éternels , Sans songer qu'eux et nous passerons cotnme un songe.

n n*esl dans ce vasle univers

Rien d'assuré , rien de solide ; Des choses d'ici-bas la fortuné décide

Selon ses caprices divers.

Tout l'effort de notre prudence Ne peut nou9 dérober au moindre de ses coups. Paissez , moutons , poissez, sans règle et sans science :

Malgré la trompeuse apparence y Vous éfes plus heureux et plus sages que nous.

Du Style suMime.

D. Qu'est-ce que le style sublime?

Q. Le style sublime est celui qui , par la majesté et Téiév^tion des pensées, la richesse et la force des expressions, la vivacité des mouvemens, la noblesse et la beauté des images , élève Tame au-dessus des sens, et la remplit d'un certain enthousiasme mêlé de plaisir , de respect et d admiration.

D. Combien y a-t-il de sources d'où peuvent naître le sublime ?

R. De quatre sources principales ; des images, des pensées, des sentimens, et des expressions»

D. Qu entendez-vous par images?

R. J'entends tout ce qui représente avec des couleurs vives et fortes un grand objet, une grande action. Racine, par exemple, a exprimé la toute-puissance divine par les images les plus sublimes.

tEÇOnS ELEMENTAIRES leurent contre Itiî tous les rois de la terre 7 in il9 l'unii'aienl pour lui faii'e la guerre i dissiper leur ligue , il q'b qu'h se montrer : le , et dans la poudre il les fait tous rentrer, ul son de ta ïoii , la iner fuit , le ciel tremble , t cororae un séant tout l'utiivers ensemble.

. Qu'est-ce qui forme te aublime des

lées?

. Ce sont des maximes forte», vraies ,

lîesetnoblemeDt exprimées. C'eslainsi

Voltaire peint cette grandeur passa-

dontserepait la Taoité des hommes.

isecte insensible , enseveli sous l'herbe ,

igle audacieux , qtii plane au baut du ciel ,

'eut dans lendant aux jeux de t' Eternel. ,

nortels sont égaux : ce n'est point la naissance ,

la seule vertu qui fait leur diaérence.

de oea morteb lavorisés des cieux

UDt tout par cux~mâme , et rien par leurs aïeiii.

. Que marque le sublime des seuii-

. Il marque un mouvement du cœur; t fondé sur une vertu qui parait être queau-dessusdelaconditionhumaine.

B est la réponse de Curiace allant comre pour sa patrie , à Camille qui voulait .

îtenir,

; que d'être 'a voua , je suis k mon pays .

Qu'enlend-on par le sublime d'exjion?

C'est celui qui sait répandre un ca- :re de sublimité sur des images , des -

su* LA BHÉTOEIQUE. 67

pensées et des sentimens, par la vivacité, l'énergie et la noblesse des expressions.

Tel est cet exemple tiré de Voltaire :

Regardez dans Denain l'audacieux Villa rs ,

Disputant le tonnere à Taiffle des Césars ; A«u:» j 1 • 1 ^ . ^ X '

remparts , C'est Vanban ; c'est l'ami des vertus et des arts., malheureux à la cour , invincible k la guerre , Luxembourg fait trembler l'Empire et F Angleterre.

D. Le poète peut-il employer indifféremment tous les styles?

R.Xl ne dépend point du poète de les employer indifféremment ; mais il doit considérer ce que le sujet qu'il a à traiter comporte, et y conformer son style. Les grands sujets demandent un style grand et magni^ fique; les petits, un style simple et naïf; et les sujets riants, un style tempéré.

Du Style laconique.

D. En quoi consiste le style laconique?

R. Il consiste ordinairement dans un trait court , précis , frappant , qui dit beaucoup en peu de mots.

D. Est-ce un genre d'éloquence distingué du précédent?

R. Non; il se rapporte toujours d l'un ou à l'autre des trois styles dont nous venons de parler, mais plus particulièrement au sublime qu'aux deux autres.

58 LEÇONS ÉLEMEiHTAiftcs

D. D'où ce style a-t-il pris son nom ?

K. Il a pris son nom des Laconiens ou Lacédémoniens, dont la gravité naturelle, regardant comme superlTus les ornemens du discours, 6*accommodoient fort de ces traits vifs et courts, qui, en un seul mal, esprimoient toutes leurs pensées.

D, Donnez-nous quelques exemples du style laconique?

R. Porus , le plus brave et le plus vaillant des rois de llnde, obligé de céder à la fortune d'Alexandre, qu'il avoit balancée pendant quelque temps par des prodiges de valeur, est amené vaincu et désarmé devant ce jeune héros. Il ne lui parle que d'un ton fier et menaçant. Alexandre en est étonné, et lui dit:

Votre fierté , Porus , ne se peut abaisser ; Jusqu'au dernier soupir vous m'osez menacer: £n effet, ma victoire en doit être alarmée ; Votre' nom peut encor plus que toute une armée : Je m'en dois garantir. Parlez donc , dites-moi Gomment prétendez- vous que je vous traite ?

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