CHAPITRE PREMIER
De iÉloquence eu prose.
D. Qu^sls sont les ob)«ts do ressort de Téloqueuce «n prose?
R. Ces objets sont ï4kiM&irey tout BùM^rée que profane y l'histoire naturelle, Vimtaire littéraire, la éiagraphie , les ourvrages didactiqvss , ceux de la chaire et da i^arreau^ les discours académiques ^
rif ^'^
lia LEÇONS ÉLÉMENTAIRES
les discours politiques , les romans et les lettres y tant philosophiques que fa-mUières. *
AftTICIE PBEniEll.
De l'Histoire sacrée.
D. Qu'est-ce que THistoire sacrée?
R. V histoire sacrée est celle qui expose les mystères, les cérémonies de la j religion et toutes les opérations divines et miraculeuses, dont bien seul est le principe. On la divise en histoire sainte tl en histoire ecclésiastique. • '
L'histoire sainte a été écrite par des hommes inspirés de Dieu même et, pour ainsi dire, sous sa dictée. Elle retrace tout ce qui s'est passé depuis la création du monde, jusqu a la naissance du Messie.
Vhistoire ecclésiastique ^ qui n est au* tre chose que celle du christianisme, renferme tous les faits relatifs à la publica*- j tion et à la propagation de Tévangile; à l'établissement des lois et de la discipline i ecclésiastique; à la manière dont l'église , a été gouvernée par ses pontifes, et am 1 troubles qui ont été excités par les héré* tiques.
D. Quel est le style qui convient à l'histoire ecclésiastique ?
1\. Une gravité imposante , une simpli*
Sira LÀ RHETORIQUE. I I 5
Cité maiestueuse, doii^cnt caractériser le
style de tout historien qui, ayant à nous
eotretenir des augustes mystères de la re-
I ligionet de sa morale sublime, entreprend
i de dérouler les fastes de cette religion ,
que dix-iiuit siècles de persécution n*ont
pu ébranler dans ses foudemens.
I D, Quels auteurs se sont distingués en
ce genre ?
B. Le premier de tous> qui mérite d être cité comme un modèle, est le sage et judicieux abbé Fieury , auteur de YHiS" \ foire eccUsiastique ; ensuite le père Ber- L ï'uyer , jésuite , Histoire du Peuple de Dieu ; labbé Piuquet, Dictionnaire dt?^ ' Hérésies; Bossuet, Histoire des f^aria^ i tiohs des Eglises protestantes ^ avec la défense de ce même ouvrage.
àrugIiE II.
' De {'Histoire profane,
! D. Qu'est-ce que THistoire profane?
R. V Histoire profane nous apprend à connaître Torigine des peuples ; comment les divers empires se sont formes ; par quels moyens ils sont arrivés au plus haut degré de grandeur; ce qui a fait leur bonheur Qt leur gloire; quelles ont été les couses de leuï décadence et de leur chulc.
1 lA LEÇONS £L£M£JSTAiaES
Elle nous instruit des mœurs des nations, de leur géuie, de leurs lois» de leurs usages; elle développe les talens , les ver* tus, les vices de ceux qui ont gouverné.
Elle prend le nom d'histoire universelle, si elle embrasse le monde entier et tous les sièclesqui se sont écûulés jusqu'à nous; on rappelle particulière, lorsqu'elle ue renferme qu'une partie du monde, un royaume, une province^une ville, un événement ou la vie d'un seul homme. Onpeut rattacher à cette dernière espèce d'histoire, les anecdotes des cawrs^ et ks mémoires historiques.
D. Quel style doit'^on employer pour Ihistoire profane?
R. Le style dott-*être proportionné bux sujets, se plier aux circonsLinces , se cou* | former aux caractères et se diversifier se- \ ïon la différcDce des événemens. Rapide et , véhément pour exprimer le5. ravages deJa guerre; nerveux et précis pour dévoiler les secrets de la politique; fort et énergi- , que, pour peindre et faire déplorer lesj suites des guerres civiles , qu'il devienne souple, insinuant et varié pour représenter le manège des courtisans; aisé et naturel, pour détailler les fruits de la pais; enfin doux et coulant pour expirîîticr li joie qu'inspire à tous les cœurs la présence' ou le souvenir d'un grand roi
I sua lA RHETORIQUE. 1 I 5
I D. Quel$ autour!» s*y sont distiogucs?
R. Oq ne peut nier que les anciens bidtorieD9 ne leinporteot sur les modernes.
Leur marche est» en général, plus libre, plus noble, plus naturelle. Ils ont des ts^asUions pliis heureuses, dans le récit et renchaÎBement des f^ts , plus de sagesse, de gravité, de nerf, et en même* temps plus (le siinplicité dans la diction.
Pour ne parler que 4es principaux, oa cite, parmi les Grecs, JU érp^ofe j d(^ut la narration est pette et coulante , et le pty\e facile et pkin de douceur; Diodof^, de Sicile , qu'on accuse ^eujl^ment de n'être pas véridiquQ et ipip^rtlal ; fhiLcidide , le plus parfait de tous , sait pour lexactitude des faits, soit pour U noblesse, la précision et la ç|:l$^)ç^r du style. XÂ^a- Ipfcon charpie par la pureté , Ja ^ouç^ur et tous les agréopens de sa diction ; Viuteryi^e éprît avec fprce et clarté ; sa narration est simple , yive et pleine de feu.
Parmi les Latins, qn admirç TiteUve , f ^i a égalé par la beauté et la noblesse de sonstyle, la grandeur et la gloire du peu- ' pie dont il a écrit l'histoire. S'agit-il de Matières Importantes? il s'élève en quel- %ne manière âu-dçssu s de lui-même, pour les traiter avec un soin particulier et avec ime espèce de complaisance. Il rend prévale I action qu*iî déQrit. H peint d'après
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nature le gétiie et le caractère des personnages qu'il introduit sur la scène /et les paroles qu'il met dans leur bouche sont toujours conformes à leurs sentimens et à leurs différentes situations. Il a surtout le grandartd'attacheretd'intéresser le lecteur.
Une merveilleuse brièveté de style caractérise lesouvrages de SaUuste. Ce grand historien ne semble point penser comme les autres hommes; il puise cependant toutes ses pensées dans le bons sens ; il a une manière qui lui est propre de rendre 1 ses idées toujours naturelles et raisonnables. Sa narration, qui ne s'écarte ni de la vraisemblance ni de la vérité, parait ornée de toute l'élégance dont Thistoire | est susceptible, et s'il pense fortement, il | s'exprime aussi de même.
Quinte-^Curcc a très-agréablement et très-bien écrit; il a excellé dans ses récits ' et dans ses harangues. Il est , dit l'abbé de Vallemont, parmi les historiens ce qu'Alexandre est parmi les conquérans, c'està-dire que le panégyriste est aussi grand que son héros.
(Jn bel éloge de Tacite se trouve dans ce peu de mots de Montesquieu^ Tacite , ditil, fit un ouvrage exprès sur les mœurs des Germains» mais c'est l'ouvrage de Tacite, qui abrégeait tout, parce qu'il voyait tout.
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Parmi nous , les meilleurs modèles à proposer, sont Bossuetj dans son Discours sujilime sur Thistoire universelle, jusqu'au tqmps de Gharlemagne; VAébé Vély , dans les premiers volumes de l'Histoire die France; Montesquieu, dans son chefd œuvre 4es Causes de la grandeur et de la décadence des Romains; la père d'Or-»
iéans et Tabbé (te Ver tôt , dans leurs Révolutions d'Angleterre 9 de la République romaine et de Portugal; l'abbé de Saint- Réai, dans la Conjuration de Venise ; Voitaire f dans son Histoire de Charles XII; dnquetUy dans son Histoire de la Ligue, à laquelle on peut «jouter celle du même auteur, ajant pour titre : Louis XIV, sa Cour et le Régent.
En fait de Mémoires: historiques et anecdotes des tours ^ on distingue les Mémoires de Commines , de JoinviUe,.
de Saint-Simon . etc.
ARTICLE lil.
De l'Histoire naturelle,
B. Qu'est-ce que THistoire naturelle?
R. C'est un tableau abrégé de tous les ouvrages dont. le souveni'n créateur a embelli le globe que nous Habitons; de tontes les prpductionia que la terre étale à nos
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yeux; de tous les trésors quelle oache en son seio. Elle cosaprend ce <}«i'on apfielte le règneanimai, c est-A'ilÎTe, les mœurs et le caractère des différentes espèces d animaux, leur formatioD, leur stru<Ayre, leur manière de wivre, leur industries le régne végétai, c'est-à-^dire , le dénombreraient des plantes qui croissent sur le soramei des moningnes , au milieu des piaioe« , dans le creux des Talléee, â Tcnnbre des forêts; le règne ^mdsUralj c'ost-à^ipe, la divei^ité des métaux ^ des minéraux et de toutes les substances qui se forment dans les entrailles de la terre.
D. Quel style doit»op employer dasis ce geure?
R. Tous les st}1es conviennent, à ce genre , parce qu'il a po^r objet de décria toutes les merveilles de la nature, et qu*il ofire le plus beau et le plus varié des spectacles;mais c'est à l'écrivain, <iigQe appréciateur de tanttle merveilleSi qu'il appartient de discerner et de choisir les couleurs les mieuxapproprioQsà cliacuo def ahjeiSifjont il veut retracer une peinture vive et fidèle.
D. Quels auteurs ry saut 4i$Ungu4s ?
R. jkristote avait fait une bisloir^ ^s atilmaux ; elle éi;ait comppsée d^ qu^ra^te livjTQs.; il n'en ost parvenu que din jusqu'à nous. Mais le précepteur d'AIenLancire, moins jaloux d'arracher son secret à la
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1 nature, que de la plier au caprice de ses idées, la vit telle qu'il voulait la voir et uon telle qu elle est en effet; ce qui doit diminuer la perte d'une grande partie de son ouvrage.
Théophraste , un de ises disciples, avait composé un traité des plantes ; il ne nous est resté qu'un fragment de cet ouvrage curieux et utile.
P4£fie, Tancien, a laissé une histoire na* tarelie qui a été fidèlement traduite par Poilhsinet de Svvry, et dont le plan semble surpasser les forces humaines. Cet qïh vrage, dîtBuffon, comprend indépendam<ment de rhistoire des animau:^^ des plantes et des minéraux, l'histoire du ciel et de hk terre, la médecine, la navigation, rhistoire des arts libéraux et mécaniques; Torigine des usages; enfi^n toutes les sciences naturelles et les arts humains, et, oe qu*il y a d'élOEkuaiit , c'est que dans chaque partie, Pline est également grand; sou ouvr^^ est aussi Tarie que la nature. On remarque dans son style , la ibrce, Ténergie, ia vivac^ , la hardiesse , tant pour les ex* pressions que pour les pensées^ et surtout une merveilleuse fécondité peur peindre et rendre sensibles les x)b|ets qu il décrit.
La Suède s'honore d'avoir, au siècle dernier, donné naissance au célèbre Utn^ n4ej qui fut professeur de Jbotaoique à
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Upsal , à l'âge de vingt-trois ans. II a » dit ,M. de Leuze, dans une de ses notes sur le poème de \Am<ywr des Plantes, qu'il a traduit de TAuglois de Darwin ^ il a nommé, décrit et classé tous les Tégétaux connus de son temps : sa nomenclature a été adoptée, et sa manière de décrire a fait une révolution dans la science. L'admirable phénomène de la fécondation i avait été annoncé par Burchard, Geof- ^ froi et Vaillant ; mais îl restait à l Métayer de prcuVes nombreuses, à en faire la base d'une classification générale. Linnée a démontré , par des observations et des expériences rigoureuses, que toutes les planter contiennent les organes des deux sexes, réunis dans la même fleur, ou séparés dans des fleurs différentes; et ccst sur le nombre, la situation et la proportion de ses organes, qu'il a établi son système ingénieux, si connu sous le nom de Système seooueL
Un botaniste, aussi ingénieux qu'estimable, M^ JolyclerCf a traduit depuis peu cet ouvrage. 11 y a joint des notes i*t une concordance avec la méthode de Tour^ nefort et les familles naturelles de Jussieuj ce qui rend cet ouvrage très-utile et même indispensable aux personnes qui veulent acquérir des connaissances en botanique.
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Parmi nous, Piuche a fait le Spectade de ia natvo'e, ouvrage très^instructif et dont la lecture est agréable, malgré les négligences du style.
iiuffon^ est, dans son histoire naturelle, un des plus grands peintres de la nature qui ait paru. M« Dauhenton a traité la partie anatomique avec un succès qui répond parfaitement à loLjet de aon travail.
Le dictionnaire de Valmcnt de B(h mare sur cette matière, embrassant uni- Tersellement l'histoire de la nature, offre â la curiosité des lecteurs^ des tableaux aussi iutéressans qu'ils sont variés. Il peut même tenir lieu de l'ouvrage dé Buf* Ton, a ceux qui n ont pas le moyen de se le procurer. G est l'éloge que nous parait mériter l'auteur de ce dictionnaire.