ARTICLE IV
D. Qu'est-ce que l'Histoire littéraire?
R. L'histoire littéraire comprend la naissance , les progrès , la perfection , la décadence et l^renouvellement des sciences, des lettres et des arts, et doit offrir en même-temps ua tableau de ce qu'ils ont produit « dans les différens siècles, de plus agréable, de plus'^rand, de plus utile. Le principal devoir de l'historien est de dis-
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tioguer le ton, le talent, legéoie piirticU" lier de chaque auteur; de les peindre tous et de les caractériser d'après leurs ouvrages, dont il doit donner une analyse exacte avec une critique judicieuse ei impartiale.
Pour remplir avec succès ce dernier objet qui est des plus importans, il faut qu'il joigtie à la finesse de l'esprit , à la justesse du discernement et à la délicatesse du goût , une étude sérieuse des matières' que'ces auteurs ont traitées ; qu'il lise leurs ' écrits sans la moindre prévention ; qu'il ' remonte jusqu'au temps où ils ont vécu, se transporte dans les pays qu'ils onl habités et observe la religion, les mœurs, les usages , le goût dominant de leur siècle. Tel ouvrage justement applaudi dans les âges qui nous ont précédés, est aujourd'hui oublié 9 parce que les njœurs ne sont i plus les mêmes. i
D. Quel style y doit-on employer ?
R. Il faut que le style soit clair et pur, ] mais surtout rapide et précis.
D. Quels auteurs se sont distingués eu | ce genre? 1^.
R. Jv/oenai de Carlencas, a donné, en 4 "^^1- îï^-8% un Essai sur l'Histoire des h elles -lettres 3 des sciences etdesarts, dans lequel il trace en abrégé l'origine et les progrès de chaque science et de chaque
SVh lA HfiiTORIQVE. 1^3
art en particulier, et caractérise presque toujours, d'un seul trait, les auteurs les plus célèbres. Il y a beaucoup d'éruditiou dans ce livre; mais on y désirerait plus d'ordre et de méthode , et que les matières purement littéraires y fussent moins confondues avec les matières scientifiques.
V Histoire Hitéraire de ia France , par dom Rivets lâ yoL in-4''9 est généralement estimée*
Celle des Troubadowrs ^ par labbé MiUot^ est très -exacte, ayant été rédigée d après les matériaux fournis par Lacame de SairUe - Palaye, qui avait fait d'immenses et de profondes recherches sur nos anciens fabliaux.
Dans ï Histoire de € Académie fraU" çaiscj par PelisBon ^ continuée par l'abbé d'Oiivet^ on voit comment ce corps littéraire s'est établi ; quels étaient ses statuts, les lieux^ les jours et la forme de ses assemblées; ce qui s'y est passé de remarquable; ce qu'il a fait depuis son institution , et quels sont ceux de ses membres qui se sont le plus distingués.
On trouve à la tête du recueil des mémoires que V Académie des heUes-lettres a publiés, un précis historique de son établissement, par Boze.
U Histoire de V Académie des Sciences .
a été faite par FonteneUe. Citer le nom de
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l*historîen , c est faire suffisamment l'éloge de Fouvrage.
AETICLB y.
De ia Biographie.
D. Qu'est-ce que la Biographie?
R. Cest une branche de l*histoire littè* raire, qui a pour objet d'écrire la vie d'ua ou de plusieurs personnages , et qui se confond, par cette raison, avec ce qu'on appelle Mémoires^ littéraires.
D. Quels auteurs s'y sont distingués?
R. L'ouvrage le plus curieux peut»-être, en ce genre ^ est celui du P, Nîceron » barnabite, ayant pour titre : Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de ia république des lettres ^ 44 ^^1* in-i 9 1 dont les trois derniers sont posthumes et renferment quelques articles sortis d'une autre plume. C'est une source, où nos nombreux faiseurs de dictionnaires n'ont pas laissé de puiser d'excellens matériaux.
On lit avec plaisir les Trois stades de notre littérature , par Saààthier^ 3 v<"" in-i2< L'ouvrage est bien écrit, mais il règne un peu trop de satire et de pai tialité.
On remarque moins ce défaut dans fe( Mém.oi/res pour servir à V Histoire notre Littérature, par M. Palissât
ÈVti LA RHÈfORlQUË. IsS
Montenoi^ a vol in-S*. Ce critiqne fait toujours pieuve d'un goût très - délicat, lorsqu'il n'eiltre point de malignité dana ses jugemens.
Le Nécrolaffe rfes Hommes célèbres^ auquel le même auteur a concouru avec MM. Bret, Castillhon^ etc., est aussi un ouvrage piquant , et qu'on peut consulter avec fruit.
L'abbé Irailh , a trouvé aussi le secret d'attacher les lecteurs , par son Histoire des Querelles littéraires depuis Homère jusqudnosjours, 4^^^* in- 12. C'est qu'il s'est borné à celles que leur singularité a sauvées de cet çubli profond > auquel le»
écrits polémiques sont d'ordinaire con-* damnés. Il a eu aussi un but très-louabie»
enexposant ces querelles ;c*estd'apprendre aux gens de lettres à user mieux des dons ^u ils ont reçus de la nature, et à ne point se rendre le jouet dWin public malin, toujours prêt à humilier Thomme de talent, parce quil lui porte secrètement envie.
On lira encore, avec intérêt, quelques articles biographiques dans les Mém^oires de Ldttérature , par Sabugre, en 4 vol.
C'est dommage que Fauteur, mort très»
jeune, n'ait pas pu donner plus d'étendue à son ouvrage. Il a été continué par le P. Desmpllets , et celte suite forme treize autres volumes.
126 lEÇOm iBÉlIBNTAIRES
AEtlCLE.YI»
Des Ouvrages didactiques.
. D. Qu appelle -^t -on Ouvrages didactiques ?
R. Ce sont ceux oijt récrtTain expose les principes et les règles d'un art. On conçoit qu*ici le génie n'a rien à créer pour le fond. Les règles de Téloquence » de U poésie et des autres, arts , ont été prises dans la nature du cœur humain ; elles ont toujours été et seront toujours aussi invariables que la raison même.
D. Quel doit être le style de cette sorte d'ouvrages?
R. Un écrivain didactique ne saurait trop s'appliquer à rendre nettement ses idées 9 et à- mettre de la simplicité» de la darté et de la précision dans son style, sans négliger toutefois les ornemens con*' venables au genre , et propres à faire disparaître la sécheresse de l'instruction?
D. Quels auteurs s'y sont signalés?
R. Les ouvrages didactiques que les Grecs nous ont laissés, sont la rhétorique A'Aristote^ traduite par Cassand/re, et sa Poétique qui contient les règles les plus exactes pour juger du poème épique et du théâtre.
Le Traité du Sublima de Longin,
dont Boilcau nous a donné la traduction, est adaiirablc par la sagesse et la jtistesse des réfle^iions, les agrémens et rélégaûce du style.
On trouve dans Lucien ^ un petit traité sur la manière d'écrire V Histoire , qui est un i^^er-d'œuvre. Il fait partie des dialogues de l'auteur, traduits pajr Perrot A'Ahlaticourt^ tome i*'* page ^72, édi* tion d'Amsterdam, i683.
. Parmi les Latins, il faut placer au pré** mîer rang, le Traité de i* orateur^ par Cicéron, et les Institutions oratoires, par QjjiintHien.
En Franc^e on compte une foule d'ouvrages de ce genre, dont les principaux sont le Traité des Études , de RoUin ; les RéflesQions sur la Poésie et la Peinrturcj de l'abbé Dubos; la Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit , }>ar le père Souhours ; le Cours des Belles ~ Lettres ^ par labbé Le Batteux; XArt de sentir et déjuger en matière de goût • par Seran de Latour ; les Principes pour (a lecture des poètes^ et pour celle des orateurs^ deux ouvrages séparés, par l'abbé Mallet; le Traité du Èeau^ par le père Andréa la Poétique, par Marmontel; le Traité de ÏArt d^éi^ri/re correctement la langue française , par Condillac , etc. ^ -•
lâS LEÇOms ÉLÉMENTAIRES