CHRIS ALE
Je n'ai garde.
lût ÎA RBÉTOUlQtt. 109
BÈUSE.
n est vrai que ce sont àeê piùés :
tiDute construction est par elle détruite ^ £t des lois du langage on l'a cent fois instruite,
IfÀBTINB.
Tout ce que tous prêchez est , fe crois , bel et bon ; Hais je ne saurais^ moi^ parler votre jargon.
L*impadente ! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bei usage I
XlBTINfi.
Quand on se fait entendre ^ on parfe toujours bien ^ Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.
FHILAMINTB.
Eh bien ? ne voilk pas encore de s^n style?
Ife servent pas de rien !
BEUSE.
O cervelle indocile !
> Faut-îl qu'avec les soins qu'on prend incessamment On ne te puisse apprendre k parler congrûœeut ? Ikpas mis avec rien tu fais la récidive , Et c'est comme on t'a dit^ trop^ime négative.
MARTINE
Mon Dieu f je n'avons pas étugué comme vous j
Et je pu'lons tout droit comme on paorle obeux nous.
PRlLAttlNTE.
Ab ! peut-on y tenir 7
BBLISfi.
Quel solécisine horrible !
PHILAHINTfi.
En voila pour tuer une oreille sensible.
BELISE.
Ton esprit , je l'avoue , est bien matériel, •^e n'est qu'un singulier , w^ns est pluriel.
igS - LEÇONS ÉLÉMENTAIRES Veux-tu , toute ta vie , offenser la grammaire ?
MARTINE
Qui parle d'oflTenser grand'mère ni grand'père.^
PHILÂMINTE.
O ciel !
BÉLISB.
Grand'nière est pris a contre-sens par toi ; Et je t*ai àéfsi dit d'où vient ce mot»
HlliTiS:K»
Ma foi !
Qu'il yienne de ÇhaiIJot, d'Auteuil ou de Pontoise , Cela ne me fait rien.
BEUSE.
Quelle âme villageoise l La grammaire, dû verbe et du nominatif^ Comme de Tadjectif avec le substantif', ^ous enseigne les lois.
MARTINE
" J'ai , madame , h vous dire
Que je ne connais pas ces gens-là.
PHILAMIKTE^
Quel martyre l ~ bëusê.
Ce siDnt les noms des mots, et Ton doit regarder ^ En quoi c'est qu'il les faut faire ensemble accorder*
MARTINE
Qu'ils s'accordent entr'eux, ou se gourment, qulmpoite?
PHILAMINTE, à -B^/f^i?.
Hé , mon Dieu ! finisses un discours de la sorte ,
à Chris aie.
Tous ne voulez pas, vous, me la faire sortir?
CHRISALE.
A part.
Si fait. A son caprice il me laut consentir.
I $t7tt. LA RfiEÉTORlQUÉ. I99
I Va, ne rirrite pointyretire'toi, Martine.
I PHItAMINTB.
Comment \ vous ^vez peur d'^iTenser la coquine : You5 lui parljs^ d'un ton tgut-à-iait obligeaut.
CHÂlSALp.
( d'un tonjerme. ) {d*un ton plus doux» )
iiloil point. Allons , sortez. Ya'^t-en, ma pauvre enfant.
>IX Quelle est Thistoinede la jconaadie?
R. L'invention de la comédie remonte à la Grèce. Nous avons déjà dit qu'elle fut d abord confondue avec la tragédie ;.de*i venue bientôt un genre, à part , la comédie grecquefutensuitedifttinguéeefianc^^nnre, moyenne et nouvelle* L'ancienne tenait beaucoup de. la- licence qii avaient prise les acteurs de Thespis d'injurier les pasdans^ Non seulement ila mettaient en action des faits véritables; ils uotnmaieot encore. le^ fiiersonnes, et les immolaient é - la risée publique. ' .
Une première loi ayant Réprimé ce scandale^ la malignité des peëtcs^tfouva bientôt le secret de se. dédommager d'une telle contrainte. Ils imitèrent si bien des per«sonnes par leurs habits, leurs. gestes, et la ressemblance des masques, qu'il sufTisait de les voiif pour les nommer. Telle fut la comédie .moyenne.
Enfin les magistrats .dé|çi|dirent toutç espèce de persbripalilé au tbéâtre, en ne permettant que ^ y disposer deji sujets 4'i^-
Tcntion , et cics noms supposés. Ge fut alori la comédie nouveUe , qui , renfermée dans les bornes du devoir, devint un miroir agréable, et n'offrit plus qu'un tableau innocent de la vie humaine.
La comédie nouvelle dès Grecs servît de modèle à celle des Romains; ceux-ci en sup-
£ rimèrent seulement les cfeœurs, cl en annirent les médisances perfronnelies. Ils jouèrent cependantplusiear^piècesderan*' eienneetdelù moyienneoùmédie^ique quel^ ques poëtds. avaient tradiMtes. Pline assure en avoir vu représenter eoeore iHiie de son temps.
Voici qu elle fut l'origine de la comédie en France. Il se forma ters lé XV* siècle ^ne société^ eonniiedepuissouslenoindes Confrères de Uv PaiBion tU^ Nùtre-Sei* gnewr^, qui joua desf ièces dont ractionétait prise dans des sujets de piété. Cette non- Teauté plut au peuple. Le goût des drames dévots se répandit dans les provinces^ etce genre bizarre se maintint environ pendant un siècle et demi. Ensuite parurent les pièces de JodeUe et de Gantier. Jodeile, qui vivait sous Henri 11^ eut da moiiis le mérite de distribuer le premier la tragédie et la comédie en actes, les actes en scènes , et de rappeler la règle des trois unités; maïs on n'aperçut dans cet auteur, et ccttx qui le suivirent , que de (aibles
HJR lAr RHitOBIQUS. fiOl
lueurs de vrai comique. Les Espagnôlg con« Durent avant nous la bonne comédie. Nous kur devons même la première comédie de caractère qui se soit soutenue, et qui se soTiiiendra lou)ourssur notre théâtre; c'est le Menteur t que Corneille imita de Lopei de Vega^ Corneille avait donné, quelq^uefl «mnces aoiparavant, Mélile ; mais ce se fat que par Theureuse imitation de la pièce eq>agBole, qu'il eut la gloire de réformer iioti*e scène comique. Molière vint à son tovr l'enrichir de ses chefs-d'œuvre; et c'est par lui que nous finirons l'histoire de la comédie, qu*il a portée â son plus haut degré de perieclion.
' D. Quels auteurs se sont distingués ea ce genre?
A. Aristophane et Ménandre ont eu chez les Grecs la préférence sur tous les autres comiques. Pour donner une idée du talent deces deux poètes, nous offrirons en abrégé le jugement que Plutarque en porte. U ratproche à Aristophane d'outrer la nature^ de s'adresser plutôt à la populace qu'aux honnêtes gens , d affecter un style obscur
et Kcencieux, tragique, sublime, bas, sérieux et badin jusqu'à la puérilité; de ne {>as faire parler les personnages suivant eurs caractères, de fiiçon qu'on ne peut distinguer chez lui le fils du père, le héros du bourgeois , le maître du valet ; au lieu
que Ménandre, dont le style est uniror'mé et pur, sait le proportionner aux différent rôles, sans afl*aiblir le comique, quand il est nécessaire, mais aussi sans ToUtrer et sans perdre ia nature de tue i il faît^ ajoute-t-il, les délices des philosophes fatigués de leurs méditations ; il est à leur égard / comme une prairie émaiilée de fleurs, où Ton aime à respirer un àir pur; tandis qu'Aristophane assaisonne tout d'un sel amer, acre, cuisant; on ne sait âf son ha-^ bileté ne consiste pas plutôt dans des jeux de mots.
n ne faut pas conclure de là qu'Aristophane est sans mérite; on remarque dans" ses ouvrages beaucoup de talent à saisir le ridicule, et encore plus à le faire pet^ raitre. Il a de temps en temps Une critiqkie naturelle, aisée, et délîciïle; on trouve quel-' quefois en lui ce sel Altique si vanté deè anciens, et on regrette souvent de ne pas^ rencontrer dans ses drames autant de dé^ cence et de probité que de gentillesse et d esprit.
La comédie latine n'était encore qu^und farce grossière, lorsque parurent Plante et Térencc. Plante, né avec le mêiiic g^ériitif qu'Aristophane , le prit pour modèle et tomba dans un de ses excès. Il n v a aucune de ses pièces qui ne soit semée de bouffonneries, de turlupinades, et de traita
ÈVR LÀ RHETORIQUE. ^o3
licencieux; mais elles sont toutes pleines d action, de mouvement et de feu. Ce poëtei dont la diction est presque toujours aisée ^ naïve» et coulante, avait toute la force et la vivacité du comique.
Térence fut l'heureux imitateur de Mé«* nandre. On a vu même > en comparant les fragmens du poète grec et les comédies du poêtewlatin, que celui-ci traduisait souvent mot à mot son modèle. Il montre un goût pur dans le choix de ses tableaux, un [art exquis dans la nianière dont il en dis-> pose les objets, qui sont toujours vrais et décens. Les moeurs de la vie bourgeoise y sont peintes avec toutes les grâces imagi-* nables. Son élocution^ pleine de douceur, est d'une élégance achevée. Cicéron et Quintilien y admirent tout ce que la langue latine a de délicatesse; mais César ne trouvait pas dans ce poète si agréable , assez de force comique. On convient, en effet, qu'il manque d'une certaine vivacité de plaisanterie. Il plaîlbeaucoup plus qu'il ne fait rire
Parmi. les Espagnols, LopedeRueda, Lapez de Vega^ et CaUleron, se sont rendus très-fameux , les deux derniers surtout. Ils avaient une abondance prodigieuse, s'il est vrai, comme on le prétend, que Lopez de Vega ait laissé plus de 2000 pièces, et que Calderon en ait composé plus de i5oo.
La plas grande partie des comédies erf ftafie» sont dlntrigue, et refnpHcs de jeux de mots et de bouffonneries. On cité paritii les meilleurs comJ(|iies, le célèbre Gaidû^ ni, qui mérite, à jaste titre, la répulatrott qu il s'est acquise dans toute l'Europe»
Les Anglais vantent leur Congrève* Il a fait peu de pièces, lirais toute» excellentes» et où les règles du théâtre sont «gouteiir-«> sèment ^observées; oià les caractères sont nuancés a^ec une extrême finesise ^ et oà les scènes sont parfaitement filée».
Nous Toici arrivés k Molière^ sorsommé le père de la comédie en France. Son nom seul fait son éloge. Aucun comjque n'a ea une connaissance plus profonde du eœur humain, na pénétré plus^ avant dans le»
repHs d'un caractère, n a saisi avec \Ava de justesse les vices et les ridicules , ne ks ; a présentés avec plus d'art ni sous an jour plus propre à les rendre sensibles et à en faire l'objet de la risée publique; enfiUf il réunit le sel et la gaké A' Aristophane^ la finesse et la vérité de Mènandre , la force et l'abondance dèP/aute, la noblesse et les grâces de Térence.
Ajoutons à la gloire de notre théâtre, que Molière n'est pas le seul poète comique dont nous devions nous énorgueiilin 11 est le premier, dit Voltaire; mais il serait injuste et ridicule de ne pas mettra
W& LÀ RH9BTORIQI7S, 6oS
le Joueur â côté de &es mcîileures pièces.
Réfuser son estime aux Menech/mea^ ne pas s*amu«er beaucoup au Légataire und»
verset, serait d'un homnie sans justice et sans goût; et qui ne se plaît pas ayec R&m fnardj n*est pas digne d'admirer Molière.
Desiouches a succédé à Regnard, et s'if ii*a pa»8a gaité, il a du osoias un comique ftoble et ivii bat toitjours moral. La comédie dû Glorieux et celle du PhUosophô^ marié kii ont assuré un des premiers r»igs parmi 1^ auccesseurs de M olière..
firoTh n'a eu besoi» que de la Mélronkm^ M0 pour s'immortaliser. Le Méchant^ de Gre9$et, fait regretter ^e lailteur ak si peu courtisé Thadie. Ou revoit tou)0isr& avec plaisir le Double Veuvage ^i YEsprit.
de contradiction de Dufresny ^ ainsi que XEo^jnme du jour ^ le Françm^ û Lon* Are» ^t le Baibillard de Boissy ; Dancourt^ le Sage^ Marivaux , Brueù, PaiapraK SL-Foix (ces six derniers n'ont écri4.
qu'en prose ); celles de leurs pièces qui sont restées au théâtre ont eu aussi leur mérite particulier; enfin, deuK poètes plus modernes. Colin d'Harievilleet Faàre d'Églantine^ n'ont pas peu cootrifaué à soutenir parmi nous la gloire de la musa comique.
D. N'y a-t-il pas quelques autres pièdes de ihé^jtrc qui se rapportent a la comédie?
io6 LfiCOKS ilÉMEOTAI&ES
R. Qui; il y en a de quatre sortes, la pièce à scènes détachées, Yopéra comi'' que, la parodie d^^amatique^ et la farce,
D. Qu'appelez-vous pièces à scènes détachées ?
. B. La pièce à scènes détachées, autre* ment à tiroir^ se compose de scènes qui n'ont aucune liaison entre elles. On y fait paraître successivement des personnages épisodiques, qui, ayant chacun leur înté* rét particulier, viennent à raudiencè dua homme ou de quelque divinité, et se retirent après les avoir consultés. On voit que ce genre d'ouvrage n'a ni intrigue ni dénouaient, et qu'un auteur ne peut y réussir qu'à force de bons mots et de saillies.
< D. Qu'est-ce que l'opéra comique?
R. On en distingue de deux espèces, l'opéra comique en vaudevilles, et la comédie à ariettes. L'un et l'autre sont as« su jet lis aux mêmes règles que toutes Les pièces de théâtre. L'opéra comique en vau» j devilles est presque tout entier en chansons I sur des airs connus. Dans la comédie à ariettes, au contraire, le dialogue est mêlé \ de chant, et ce chant n'est composé que sur des paroles nouvelles.
D. Qu'est-ce que la parodie dramatique?
jR. C'est une plaisanterie poétique , où ; Ion tourne un ouvrage sérieux en bur-
SUR 11 EIIETORIQUE. aO'J
jesque; et dont rpbjet doit être de relever, d'une manière comique, les défauts de l'ouvra^ parodié; mais, pour uue pièce de ,ceUe espèce , q\ie le l>on goût a pu auto<riser, combien d'autres ont été dictées par la malignité et le seul désir d'humilier le talent! Cest ce qui a fait dire à Boissy^ dans sa comédie du Temple du goût^ ficène FI :
Ces parodistes ^terneb Dçnt je voudrais exterminer la clique , Portent les coups U;s plus cruels Aux endroijts les plus oeaux d'-un sujet dramatique j ^t ce même public , facile h sëgarer,
Après avoir donne des larmes A ces endroits qu'il devrait révëcer, ^ rii*e à leurs dépens trouve les mêmes charnues Qu'il trouvait a les adn^irer.
D. Qu'est-ce que la farce ?
R. La farce est, en général, un comique trivial et grossier, propre à divertir la po-^ pulace, mais où l'homme délicat et poli, ne peut rire avec décence. Si Mollèpe nous a laissé des modèles en ce genre, tels que le Mariage forcée le Médecin Vfialgré tui.i.^. c'est que la force de |5on génie ne pouvait Tabandonner, dans les pièces mêmes qu'il composait pour amuser la ;nultitude. Boileau n'en a pas moins dit ;
Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe , }^ ce rieconnfti^.plus Tauteui' du Mi$dQtrope.
1 2^ USÇONS Él.ÊtfE!rrAIReS
En effet, bienséance^ vraisemblance, ' ^oùX et bon sens, tout est sacrifié dans la farce ; en un mot, l'absurde et robscène, -•oiit à la farce» ce <fue le ridiculo est à la véritable congédie* J'aime, à dit eocore Soileau :
.J-aîme^ur le ihëÀtr^ un agnéable auteur
Qui , sans se diffamer aux yeux du spectateur ,
Plaît par la raison ^eiile , et jamais ne la choque ; |
Mais pour un faux plaisant , à grossière équivoque , {
Qui pour me divertir n'a que la saleté , 'i
Qu'il s'en aille , ^i\ veut, sur des tréteaux monté ^ .1
Amusant le Pont**3)îeui'de ses sornettes fades , j
Auslaqjouiis assemblés jeûer ses mascarades.
Du poème Didactique.
D. Qu'est-ce que le poème didactique IJ
R. C'est un -ouvrage consacré à l'instruc^ tloiB , dans lequel le poète s'aertfie la£c(loi il la vérité^ pour s'attacher uniquement exposer les lois de la raison , du Jbton goût,] ^ de la morale^
D. Quel est son objet?
R. II a pour objet les sciences, les arts^j l'histoire, les n>œurs, et la religion : \ei •sciences, comme le poêine de Lucrêi 5ur la nature; les arts, comme les Géor* piques de Virgile^ les Jardins de DetHUi l'histoire, comme la Pharsaie deLucoiA les mœur« , comme les Di»c<m/r9 phiiose)
1 SUR lA HUETORtQUE. aOQ
l fhiques de P'oUairti la religion, comaie 1 le poêtne de ce titre, par Racine le fils.
t). Quel doit en être le style ?
^ fi. Le poète didactique, pour saiiTer la
: sécheresse et Faridité des précepte^ , ne
saurait trop varier les formes de son style,
; ni trop y répandre les grâces ^ la poésie.
Austère et re^nt le Tahi art de séduire y
Belle de Yëntë, satisfaite d'Lnsti'uire ,
La muse didactique k des traités divers ; Prête arec dignité le charme deSL beaux vers ; [ Mais elle fuit alors ^ populaire Uraoie , [ Des chants ambitieux 1 imprudente manie.
I Elle borne son vol , embrasse un seul objet ,.
£t moissonne, en courant, les beautés du sujet.
choix même* pas.
Gardez-^vous de ramper dans un cercle trop ba^, Le vers ne peut descendre a des caricatures; i Le moins uoUe sujet veut de nobles peintures.
Que la raison vous guide , et dès votre début Mesurez la eanière et agnalez le but»
Par la simplicité s'a^andilTordonnance, La beauté des détails naît de leur convenance. I^e donnez au sujet trop ni trop peu d'éclat. Boucher était guindé, le bon Dulard fut plat. 11 faut qu'à son vrai point chaque objet se rattache. placé mal ^ pix^pos, i orueittent forme tache. 1 Yoiis pourrez, élevés sur les sonuncts de Tart , t]£karés savamment , tenter un bel écart.
;^L^>rdre dans ces détours trace une marche sûre } jjJLr détours vont au but^ c'est l'art de la nalwre,
'210 lECONS ÉIÉMENTÀIRES
Admirable , puissante en sa vaste unité 9 Kianté, inépuisable eu sa variété.
Ménagez des repos. Dans un palais antique 9 Si du Laocoon le marbre pathétique Développe soudain ses tragiques douleurs , ' iJu plaisir sombre et doux a fait couler vos pleurs ; II arrête vos pas dans ces lieux pleins de charmes ; Vous lui viendrez souvent redeniander des larmes. . D'un épisode heureux l'artifice touchant |
Prête ainsi plus d'altraits au didactique chant. Qu'Hésiode avec art sut animer Pandore ! 1
Mais combien Euridice est plus touchante encore 1
Dans le style animé jetez la fiction.
Imprimez au précepte une vive action ;
Le vol du vrai poëte est celui de Fabeille. \
D*un pas appesanti , de merveille en merveille
Se traîner, c'est reflforld'un médiocre esprit;
Il n'invente jan)ais et toujours il décrit.
Prenez l'essor. Tentez d'unir en votre style,
Et l'art de Despréaux et le goût de Virgile.
Faites briller 1 ensemble et non pas le morceau^
Sans fin sur l'accessoire égarer le pinceau ,
C'est changer le pcëriie en un vrai commentaire.
Une description n'est pas un inventaire.
Ghaussard.
D. L'Épisode esl-îl absolument nécessaire dans ïe poêiîie didactique?
R. L'Episode, quoique ornement accessoire dans le poênie didactique, y devîeni cependant nécessaire pour rompre la con* linuilé des préceptes , et charmer lenmii qu:ik peuvent occaîjioner. Hésiode et VirgileoBt enrichi d.épisode3 les' diherii
chants de leurs poèmes; ils ont pensé, $ans doulè, que la vérîlé loule nucrchnppait au plus grand nombre des lecteurs; qu une sentence ne persuade qu'un instant; qu'un précepte ne fail souvent qu'effleurer ] âme; au lieu qu'une action présente toujours de quoi attacher l^cœur; quelle l'émeut, qu'eHe rinlércsse, et plaît à rimagination quiatrae à sç la rappeler. En eûTet, qui n'admire dans \es Géovffiqnes les épisodes de la Mort de ,Céèar, de ia peste parmi les animaux, de ia Fable d*Ari^-* tée?.... Mais il y a deux abus à éviter df^ns les épisodes» S'ils ne naissent poirït du sujet, ou s'ils sont trop longs., ils déplaisent au lecteur^ en lui faisant perdre l'objet do vue.
D. Citez-^nous deux épisodes . français exempts de ces défauts?
R. Voici le preniièr que nous empruntons du poème de YAgriculVwre par Ros^ $et. Nous le lirons du cb^mt o\x il traite des arbres.. L'auteur décrit, à propos du mûrier y les travaux des vers à soie, qui.se nourrissent des feuilles de cet arbre pré* cieux.
Lasses d'un vaîn loisir et libres de leurs maux , Les vers veulent alors, commencer leurs travaux* Aidez de tous vos soins un espoir qui vous flatte 5 Dans leurfiicorps tfauspareçs Vor de la soie éclate^' Vous les voyez inoDlti;; ofïi'ez-Ieur des. r,amcanx> Qu'ils puiss^ul y suspeiidie et i^ier Ieur:> loud)eaax«.
21 a ucoirs siKiiEmAms
Sous les anneaux mouvans qu'à vos yeux ils pc^fientent, Dans leur sein deux vaisseaux k long replis serpentent. La soie , en se formant , brute et liquide encor , Dans ses rkhes canaux eoale ses ondes d'or»
La liqueur s'épaissit dans sa route dernière 9 Se transforme en un fil , et sort par la filière. Quand la chenille enfin voit ce temps arnvë f Elle prodigue un suc jusqu'alors réserve.
En longs cercles d'abord , des fils qu'elle ménage ^ Elle forme un duvet , appui de son ouvrage.
Bientôt elle décrit des mouvemens plus courts ^ Et ses fils plus serrés , unis par mille tours , D'un tissu merveilleux composant la structure f D'un œuf d'or où d'argent, présentent fa figure» Venez les admirer ; ce ver dans sa prison Ne commence qu'k peine a former sa cloisoa; Geltti-ci que déjà cache un épais nuage 9 Laisse encore de ses fils entrevoir l'assemblage { D'autres, se renfermant dans les mêmes réseaux , Unis pendant leur vie , unissent leurs tombeaux. Mais, en ces jours, hélas î si du bruit du tonnerre Le ciel dans son courroux épouvante la terre , Ils frissonnent d'horreur , tpmbeat , et peur jamais Laissent en expirant leurs tissas imparfaits.
Le second exemple Ta nous être fotimi par St. Lambert. C'est ainsi qu'il décrit la chasse du cerf, dans la saison de 1 automue.
Entendez-vous quel bruit retentît dans les airs , Et d'échos en échos roule dans ces déserts ?
La Discorde , BeHone , ouïe Dleu^de la guerre ^ Par ce bruit effrayant menacent-ils la terre ? De la vaste fbrét l'espace en est rempli.
^Dans ses sombres buissons le cerf a tr^essailli ; Au monarque des bois la guerre est déclarée.
11 a Vu d'ennemis sa demeure entourée, Et des chiens dévorans en groupe dispersés , De distance en distance autour de lui plaéés. Lk , le coursier fous[ueux lève sa tête altière ; D^un œil impatient il parcourt la bruyère;
Iliroiiâniît de k cdnrie at anccr IssinstMit.
Maïs on part y il s'élance , et des aoos ëclatauf Sur les traces du cerf dont la terre est empreinte Ont conduit tecfaasseor ao centre de l'enceinte. Le timide ammal s'ënouarante et i^enluit ; n Toit dans chaque oojet la mort «piiie poursuitr Sa route sur le sable est k peine tracée ^ Il devanee, en courant , la nie et la pensée ; L'oeil le suit et le cherclw am lieus qu'il a quittés» Sts cruels ennemis , fsar le cor excites, S'élè?ent sur ses pas au sommet des montagnes » fit fondent k erands cris sur les vastes campagnes» Effirayé des dame w*s et des fengs hmleaiens , Sans cesse k son oreille «^portés par les^ vents ,. Vers ces vents importuns il dirige sa fuite : Mais la tronpe im|Macable , ardente k sa ponrsuîtey En saisit mieux alors ses csprks vagabenov* n écoute , et s'élance , et s élève par bands ; D voudrait, ou confondre, ou dérober sa trace , Se détacher du sable , et voler dans Tespace. Hélas ! il chaitge en vain sa vante et acsTeloars f Dans le taillis obscur il fait de long» détours , Et revoit ces grands bois^ théâtre de sa gloire , Où jadis cent rivaux lui cédaient la victoire ; Où couvert de leur sang , consumé de désirs , Pour prix de son courage , il obtint les plaisirs. II force un jeune cerf k courir dans la plaine , Pour présenter sa trace à la mente incertaine .- Mais le chasseur la guide et prévient son erreur» Le cerf est abattu , tremblant , saisi d'horreur ; Son armure l'acoflble , et sa tète est penchée* Sous son palais brûlant sa langue est desséchée ; D entend de plus près des cris plus meaaçans ; Il fait , pour fuir encor , des efforts impuissans ', Ses yeux appesantis laissent tomber des larmes. II chancelé , il s'an*éte , il se sert de ses armes > L'excès du désespoir le soutient un instant ; Il tombe, se rdève, et meurt en combattant.
l Quels auteurs se sont distingués en ce genre?
2l4 I£ÇOIfS £lËM£S^ÀIliId
R. On cite parmi le» Grecs, Hésiode] dont le poème intitulé les OEuvres et les jov/rSj est consacré à Fagriculture ; parmi les Latins , Virgile^ ( Géorgiques ) ; Lur^ crècey ( de la nature ); Horace^ ( Art Poétique ); Ovide, {les Fastes )\ chez les Anglais, Thompson ^ ( les Saisons) ; Pope, ( Essai suri' hommes Essai sur la critique); le comte de Buckingatn^ ( Esr sai sur la poésie ),- et chez nous, Boilea/Uf ( Art Poétique); Racine le fils, (la Religion ) ; St. Lambert, ( les Saisons ); Rosset, ( (Agrieuiture ) ; Delilié, ( les Jardins j les Géorgiques françaises ) ; Roucher^ ( les Mois); Dulard, ( de la Grandeur de Dieu dans lesmervéiMes de la nature ) ; fVateiet^ ( Vart' de la peinture) ; Tabbé deEernis\ [les Quatre parties du jour); et enfin , Lemiérre , ( la Peinture, et les Fastes ou Usages d& l'année ).
CBAPItRE ït
Des petits Poëme»* ']. Des Stances^
D. Qu'^appelez-vous Staùces?
R.Xe qu'on Ê^p.pcllQ âtîinç^es est t|n. puvrage d'un caractère sérieux ou enjouc^
SUE lA EHETO&IQUB. 2i5
qui se compose de plusieurs couplets de vers, grands ou petits, çt souvent tous les deux ensemble, mais arrangés de manière que chaque couplet ou stntice ait un sens fini, et que le même ordre, soit dans le nombre et la mesure des vers, soit dau»
le mélange des rimes, se retrouve dans toutes les stances de la pièce.
D. Y a-t-il plusieurs sortes de stances?
R. Il y en a de deux sortes: les uneis régulières, les autres irrégulières» Les stances qui sont égales par le nombre des vers^ par le mélange des rimes, et parla quantité de syllabes de chaque vers^ sont dites régulières; autrement, elles sont irrégulières.
D. Combien entre-t-il de vers dans une staacc?
R. Le nombre des vers est le plus souvent de 4> 6j 8, 10, et quelquefois de 12. On fait aussi des stances de 5, 7, 9^ et 1 1 vers. On appelle alors les premières, stances dé nombre pair , et les secondes, stances de nombre impair.
D. Quels défauts doit-on éviter dans les stances?
. R. D'abord, on ne doit jamais enjamber d'une. stance à laulre. C est ce que Mal-
2l6 tEÇOirS iLiHKNTÀtRSS
herfoc a eu soiû d'éviter» seloa le témoignage de Boileau.
Par ce M|^ écrivain, ialanm rëpanfe ^'offi*ît plos rien de rude k 1 oreille ëpurëe« Les stances avec grâce apprirent h tomber , Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Ensuite, il convient d« régler ces stances de façon que le premier vers et le dernier y soient d'espèce différente , Yùu masculin, Tautre féminin. S'il en était autre* ment, Toreille serait choquée de trouver, en passant d'une stance à l'autre, deux vers masculins ou deux féminins de suite, qui ne rimeraient pas ensemblcr
Quoique la mesure des rets soif arbt* traire dans les stances, on doit se garder encore d^employer les fers de sept syllabes à la suite de ceux de huit et de six« où ils seraient désagréables; de plus, ne jaBiais revenir qu après un intervalle de six versr au moins, à une rime qu'on a dé^à employée.
Enfin l'harmonie qui caractérise particulièrement les stances, puisqu'elks entrent dans la composition des odes» des cantates...» ne permet pas non plus d'y admettre plus de deux vers masculins ou féminins de suite. Cette licence n'est ail" torisée que dans la fable et le conte.
D. Citez un exemple de stances régu*
liëres?
R. On peut citer comme un modèle, dans le genre grave* ces admirables stances tle Malherbe :
N'espérons pins y mon âme , ans promesses da monde 9 Sa Inmière est un yerre et sa favear une onde Que toujours qadqoe vent empêche de calmer.
Quittons ses Tanitës , lassons-noos de les Stuvre ;
C'est Dien qui nous < Tivre ,
C'est Dieu qu'il iàut aimer.
En yaîn pour satisfaire k nos lâches envies »
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
Asouflrlr des mépris^ k plojrer les genoux;
Ce qu'ils peuvent n'est rien, ils sont ce que nous sommes |
y entablement hommes «
Et meurent comme nous.
Lk se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, d« foudres de la guerre. Comme ils n'ont plus de sceptre» ib n'ont plus de flatteurs; fit tombent avec eux , d'une chute conmmne ,
Tous ceux que leur fortune
Faisait leurs serviteurs.
D. Citez un autre exemple de stances irrégulières?
R. nous choisirons une pièce de Pavil*- Ion 9 où respire une morale enjouée. L'au* teur Ta adressée sous le nom de conseils â Iris :
J'ai des conseils k vous donner ; Ce n'est pas Ib moyen de plaire ; Iris p on ne divertit guère Quand on ne fait que raisonner.
SI 8 LEçoiirs éiiiiiMmiËEg
Jkxjsii f atrnrift ^rdë sagement le silè&ee , Ou vous n'<iunez de moi que de vaines chansa|ii,. Si je n'avais connu qu'une heureuse naissance Avait ^«nsvcytréétÉurprëvéna ilieà leçons.
Souffrez donc que ces vers aident à vous conduira £n cet âge charmant dont vous sfnez- jouir | Assez d'autres sau$ moi voudront vous réjouir jl "Maïs pei4 se 6hargerout du soin de vous instniire.
Commencez aujourd'hui le coufs^ D'une longue suite d^annëés :
Sspérez en croissant d'heureuses destinées ^ t qu'une belle humeur anime vos beaux jours.
Il sied mal k quinze ans d'être triste ou rêveuse |
Ittais n'accordez kvos désirs , Si vous avez dessein d'être long-temps heureuse | Que ce que la naturo a d'inoocens piaisits.
Vous n'avez pas besoin. Iris j que je m'arrête A vous montrer quelle est cette sévère loi Qni voua commande d'être honuâte ; Le sang d'où vous soitez le fera mieux que moi : Cet ordre souveraîa n'admet point de iapwitf Et rfaoïmextr en est ai jaloux -^ Que , sur les moindres apparences.
Ce juge rigoureux prononoe contre vous*
Fwez dam vo« dÎAeours l'enflure et la bassesse ; Qaainsi qu'en vos baBits riêh ne soit afiecté. :
Qu'une noble simplicité '
En iasse l'ornentent, la grâce et la richesse* .
Celles dont la témérité De termes trep savams psnrent leur éioqticÉcto j '
Au Keu ds tmonlifec leur aomttt i
Ne font voir que leur vanité»
Evitez la pUisanlerîe , ' Dont les traits medisans percent jusques AU cdaur; Et pour réjouir l'auditeur Ne faites point de raffleriè ! '
Aux dépens de votre pbdèur. ' '
Sî les parolesprendtiliSéM Sont limage^fe nos MtiMSëè ,
Voyez , sans foiw flâner <fitt tnûttlnetlt ««!> délit «
Ce que des t^ëtf hufA settsëe^, Sur ée pardls disecmn^ dôWeirt jngtr A t<m8«
Qu'une sëvère oonteuaiiee Ne condamne jamais la modeste ttoenat
Des propos que vous enlendree :
Aux bons mots que Ton dit joignes plutteki Tteis ;
Mais faites , quand vous en osrtfl^
Que les §«is dont ipoits raillercB ^
Puissent rire comme les aoiresi»
Qui soufire Tassiduitë
De l'amant qu'a fait sa beautë En vain auprès de lui veut passer pour eniaUe ^ Un homme qui se voit d^une femme ëoouté y >
A dt^l dé fout espérer d'elle* {
lî'accoutiritfé^ t>oint vo{ré cœur , Séduit par la vertu de f objet qui le ténfe /" \r
A s'attendrit* par là ooùceur Même d'une amitié qui peut être innocenté j ] i
Ifhonneur dans-cé eommercé est fort mat assuré :
Ne vous y laissez pas surprendre ;
Un ami si sirge et si fendre ,• Est bien plus dangereux qu'un amant déclaré, i
Je ne défetfd^ûôïitt & là ptXiié De prendre un peu de Sûin dtf^ ce qU^dSé & d'attraits ;
Ce sef sfit une ingratitude^ De négliger les dons que' le del tkmk â faits, , ' Mais SI vous prétendez' qu'on vdu^ tôtimé sage , '
A [prenez que le trop grand soin
Deconsërtef efeta^àùntge^ ' ^^
Est un infaillible témoîtt Qui prouve qu'on en fait €(ael<j[i:^'gdÉeM tk^^.
Celui qsiijans'dîscemeièeiit Adresse ^ tout venant ieêhmHOgbÊftgflà JilÉi^y Fait grand toU^WMi fngtlilii y
j920 UÇORS éu&llEKTAlMd
^ El ue fait honneur k {personne ;
Mais aussi d'un cœur inhumain , r^'altez pas insulter aux faiblesses des autMS »
Et que les défauts du prochain Vous donnent seulement du dégoût pour ki, vâtres.
Ne disputez jamais avec trop de chaleur;
Mais jugeant de sang-fioid , ou du Pour ou éa Contre^
Si vous TOUS trompez par malheur , ^
Loin dé soutenir votre erreur , . ^^
Laissez-vous vainere en ce rencontre ; Et par un beau retour , plein de sincérité ,
Revenez k la vérité ,
Qui que ce soit qui vous la montre.
Il DÇ faut point cherchjsr k voir Les intérêts cachés d'une intrigue secrète; Quand on est curieuse ^ et qu on veut tout savoir f
On est sûrement .ii^di;$prâte.
jBi le secret vous pst malgré vous révélé ,
Cachez-le avec un tel. silence , *
Méme'k celui dont rimprudenqe |
Vous en a fait la couQctehce , Qu'il doute quelquefois s'il vous en a parlé.
Celle qui 'souffre en sa présence Qu*on vante en' elle des appas Ou dVs vertus qu'elle n'a pas , M'es^ qu^unekloje qu'on encense :
IJne. juste louaoj^e a de qupi çpus flajtter , (
' ' Maison esprit bien fait , doit pren(d|:6 . Bienmoin? depltisit aP,enten4re^ Que de peÎQ|3 k là mériter* ,
JU) JQU de mille maux est là fatale source ; ^ Iris , ne jouez qhe iprt peu 9 Et ^euljçiçpï*^ fort pe^t jeu ,
jBt nou pas pour rèihplir ou tarir votre bourse^
ijiBlles qui > sans repos ^< de ookamuteinent
Foi|fcj|«l* /(âpit4il<eBenEieti ,< >
Acoupsûcsfi'lweiitMiièQa,} L.ii. ,
ita LÀ HfliTomiQtJB. o^ai
Et sont dans le même inonient y Et toujours sans discernement De justice ni d'injustice , Victimes d'une extrémité , Soit de leur sordide avarice | Soit de leur prodigalité.
lia mode est un tyran dont rien se nous délivre } A son bizarre goût il faut s'accommoder :
St sous ses folles lois étant forcé de viTre^ Le sage n'est jamais le premier à les soîvre , Ni le dernier à les garder.
De ia Poésie iyriquei
D. Qu'entendez vous par poésie lyrique?
R. On comprend sous ce nom général toute espèce de poésie propre à être mise £n chant, et on l'appelle iyrtquôy parce que les premiers poètes chantaient leurs vers en s*accômpagnant dô la Ijrre. Ces vers étaient des hymnes, des cantiques, ou dea ipsaumes en Thonncurde la divinité. Bien^ tôt l'usage de cette poésie devint profane; on l'employa à chanter les faux dieux, Ion héros^ les grands et les belles, ce qui a successivement donné naissance aux odes, aux cantates et aux tragédies en musique, qui sont également du ressort de la poésie lyrique*
D. Qu'est-ce que l'ode?
R. Ce poème est une suite de strophen régulières, composées chacune de quatre, six, sept, huit, neuf, et plus souvent de
dix Ters , souvent d'inégale mesure entre eux, mais dpnf les rimes, arti^tçineol croisées, produisent cette çadeacQ qui frappe si agréablement Voreille.
D. Combien y en a-t-il d'espèces ?
B. On en dUtingue d^ quatre esf^èoM t 1^ YOde sacrée^ qui chante les louanges de l'Être suprême ; 2* VOde hérçïque , qui est consacrée aux événeoiens mémorables, ou à ta gloire des grands rois et des héros; 3" YOde fnoraie, ou philosophique, dont Tobjet est de parer la ^ertu de toiites Ips grâces qui peuvent la rendre aimable, ou d'inspirer l'horreur du ^içe, e» lo peignant sous les plus noires couleurs;
S' vOde armcréontiqu^ que ppil^u d^ nit en ce seul vers ;
Bile peint \es îogXms , les danses et les rîs.
D. Quel est le style de l'ode?
n. Les distinctions qu'on vient d'étabBr i^ndiquent hissez que chaque espèce d'ode yeut être traitée difF^remment; mais jamais la poésie n'est plus digne d'êtro appelée le ^i|gag[e des dieux, que dans les odes def deux premières espèces. Le ton sublime, les images extraordinaires doivent y doudiaer , pqis^que le.poêté lyrique est censé reurgaiie dçs Muses ou d'Apollon lui-même.
Cçst iHWi? noua ^n avertie qu'il enfi^ prefr*
StJK tk tSÉTOafQOft. 22$
({tie, toti}<mrd en matière, $olt par ane in-vocation qui annonce Tapproche de la divinité prèle à faire entenore «a voix , soit par un étonnement subit où le fette la pré* sence même de cette divinité qui l'inspire.
De là ces écarts, ces ravissemeos, cette hardiesse, ces transports» cette noble fu-^ reur dont la poésie lyrique est animées.
D. Citez un exemple de la première eê^ pèce d'ode que vous appelée sacrée? ,
R. Celui qu'on va citer est tiré du second cantiqae de Moîse^ l'un des plus beaux qui soient dans les livres saints^ Le Franc de Pompignan n'a pas craint d'en entre»
prendre la traduction. Il a adopté le vers alexandrin comme le plus noble de tous> et le phis propre à la grande poésie; c'est aussi h plus difficile à mener loin dans toute la pureté et la correction que l'Ode exige. On va toir comment le traducteur a su vaincre cet obstacle , ou plutôt avec quelle énergie et quelle force d'expression il a repdu ce morceau vraiment sublime^ En voici quelques strophes choisies, parmi celles qui nous ont le plus frappé d'admiration.
CienY , icm , écouitz-moî ! Jaodb , Aites sOence ! Que met diseoor» louciiam , que ofia saiBle ^oquence Pénètrent vos esj^rits et retrempent tos cœuri ; Comme du baut des airs la féconde rosée , lUniment tous les fruits' de la terre embrasée , Relève l'herbe tendre et rafrakhk les fleurs.
âd4 u^qom itÈiamAïKÊB
rHendez hommage au Dieu que ma voix tous amKmee j Adorez les arrêts que sa bouche proDouce.
Le sort de l'univers k ses pieds est ëcrit.
Tout ce qu'il fait est bien, tout ce qu'il veut est |u8le: Fidèle observateur de sa parole auguste , 11 tieut ce qu'il promet , faisons ce qu'il prescrit.
De lâches révoltes ont armé sa colère :
Ils furent ses enfans, mais il n'est plus leur père. Peuple ingrat ! peuple vain ! sans raison , sans vertu , Pense donc au néant dont sa voix te fit naître, méconnais -tu ton Dieu, ton protecteur , ton maître? Sans lui, sans Ses bieufaits , parle , que serais-tu ?
Parcours Tordre des ans , des siècles et des âges , Compte de ses bontés les nombreux témoignages ; Ou , si de ta mémoire ils étaient efikcés , Appelle tes aïeux , interroge leur cendre.
Du séjour de la mort leur cri te fait enteudre Qu'ignorés de toi seul , partout ib sont tracés.
Gomme un aifi;le au milieu de ses aiglons timides » Les couvre , les soutient de ses ailes rapides . Dans les ondes de l'air forme leur vol tremblant ^ Tel des fils de Jacob Dieu conduisait la trace | Encourageait leur foi , ranimait leur audace , Et portait devant eux son glaive étincelaut.
Sue deviendraient sans lui les trônes de la terre ? ordonne la paix , il commande la guerre , Par lui seul tout s'élève , et tout est renversé. Le courage , la' peur , la force , la faiblesse y Et l'esprit de vertige et l'auguste sagesse , Sont des présens de Dieu, propice ou courroucé.
K Me voici , vous dit-il } j'ai pitié de vos crimes ^
9 Où sont ces Dieux nourris du sang de vos victimes ,
31 Ces Dieux que vous couvrez d'un nuage d'encens?
» Autour de vos remparts vos torches étincellent j
» Sous les coups redoublés vos derniers murs chanceltenl^
3» Que font sur vos autels ces bustes impuissans ?
Sun u lUToaiQUKr da5
M Je viens tous soulager du poids de vos misôres i » Reconnaissez la voix du pasteur de vos pères j » Rentrez cbios le bercail , troupeau que je chén$ I 9 Rentrez : de'ja la mort de meurtres assouvie ; 9 Voit jaillir sous sa faulz les sources de la vie : » J*6te et je rends le jour , je frappe et je guéris» a • ..•••••••»•••••••••■••••••••••*•••••*
Tremblez , prosteroez-vous , nattons étrangères , £t vous , chefs d'Israël , conducteurs de vos frères | Au Dieu qui vous défend restez toujours unb.
Juste dispensateur des biens et des disgrAces | Eidèle en ses traités , fidèle en ses menaces » n venge ses en£uis , quand il les a punis.
D. Cite2 un exemple de Tode appelée héroïque?
R. Un modèle en ce genre est Tode de J.-B. Rousseau 9 sur la mort du prince de ContL Le poêle commence ainsi :
PeupLeâ dont la douleur aux larmes obstinée | De ce prince chéri déplore le trépas ^ Approcbez et voyez qu'elle est la destinée Des grandeurs d'ici-bas.
Gonti n'est plus. O ciel ! ses vertus > son courage | Ija sublime valeur , le zèle pour sou roi ^ N'ont pu le garantir , au milieu de son â^e , De la commune loi.
U n'est plus ^ et les dieux y en des temps si funestes | N'ont fait que le montrer aux regards des mortels. Soumettons-nous. Allons porter ces tristes restes Aux pieds de leurs autels.
Elevons k sa cendre un monument célèbre ; Que le jour, de la nuit emprunte les couleurs : Soupirons , gémissons sur ce tombeau funèbre Arrosé de nos pleurs. Mais , que dis-je? ah ! plutôt \k sa vertu suprême GoQsacronfi un hommage et plus noble et plus doux.
sâd tsÇoM isÀittttMttiLËé
Ce héros n'est point mort. Le plms beau de lui-mSolcf Vit en cor parmi nous.
Ce qu'il eut de mortel s'ëclipse k notre yue j . Mais de ses. actions le yisihle flambeau , jSon nom ^ sa renommée , en centUçu^ vép^jaàiks f Triomphent du tdmbeau.
En dépit dp la niort , l'image de son âme ,.
Ses talens, ses vertus vivantes dans nos cœurs ^ Y^peignent ee héros avec des traits de flamme Ûe la Parque vainqueurs.
Steinkerque , où sa valeur rappela la tictoire j Merwinde , où ses conseils guidèrent nos exploits^ Éternisent sa vie , aussi-bien que k gloire De Tempire irançaisj Ne murmurons donc plus dcrntre les destiUiéçf
Stii livreat sa jeunesse au ciseau d'Âtropos ^ t ne mesurons pciint au nombre de» année»
La courte des hérots«L .
Pour quî compte les jours d'une? vie inutile $ L'âge du vieux Pfiam passe celui^d'Hector :
Pour qui comptiç les faits » iea ans du faine AdaiUet L'égaieot k r4estor# Voici , yoici lé tenfps , 6û , libres de contrainte , t^os vpix peuvent pour lui signaler leurs accens. Je puis k mon héros , sans bassesse et sans crainte i Prodiguer mon encens.
Muse» , préparés^-luî votre plus ricbe offt ande : Placez son nom fiai,meux entre les plus grands noms • Rien ne peut plus faner immortelle guirlande bont nous le couronnons.
Oui , dier prince , ta mort de tant de pleurs suWi9 Met le comble aux grandeurs dont tu fus revêtu > Et sauve des écueils d'une plus longme vie Ta gloire et ta vertu* Au faîte des honneurs , un vainqueur indomptable Voit souvent ses lauriers se flétrir dajos ses mains ; La mort , la seule mort met le sceau véritable Aux grandeurs des humains* Combien avons-nous vu d'éloges unaniipnes Condamnés^ démentis par un honteux retour !
SUft LÀ Rtfi'PORlQITE* aWj
El coçal^ de héros i fjfonenx , nmgmniuKtif
Ont vécu trop d'un jour !
Db Mdi {usqu'k TOurseon vantait ce monarque Qui reipplU tout le Nord de tiunnlte «t de nag^ n fuit : sa gloire tombe , et le destin lui marqiie Son véritable rang.
Ce«'est plus ce héros guidé parla victoire f Pv qui toes les guerriers aQaient Mre efiàeés : G'e$t 1^l no^iveau Pyrrhus oui va grossir FhistQii'e ^ Des fameux insensés.
Ainsi dt aee bienfaits la fortune se venge :
MorteU , dé&oos-nous d'un sort toujours heureux / Et de nos ennemis songeons que la louange £st le plus dangereux.
Nous laissons ici de c6ié une digression un peu longue que certains critiques n'ont point )ugée suffisamment unie au corps du su^et. Le poète y parle de la /laiterie, cette peste dangereuse qui attaque sur tout les personnes du plus haut rang. II peint Né^ mésis , armée contre les flatteurs et leurs idoles ^ menaçant de détruire leur faux eulte; ensuite, revenant i SOU héros, il' termine ainsi ^ pièce :
De cet oracle affreux fu n'as point k te plaindre^ Cher prince 9 ton éclat n'a point su fabuser ; Ëunemi des flatteui's , k force de les craindre , Tu sus les mépriser.
Aussi la renommée, en publiant fa gloire , De sera point soumise à cea fameux revers; Les Dieux t'ont laissé Ttvre assez potir ta ménioiré ^ Trop peu poiir l'univers.
D. Donnez- nous un exemple de Tode morale ou philosophique?
R. Il faudrait citer, de préférence à toute autre, XOde à la Fortune, par le même écrivain; c'est un véritable chef-d'œuvre, 80US le rapport moral; tiiâîs qui n'en a pad appris et retenu les plus belles strophes?
Au défaut de cette pièce, nous choisissons pour exemple l'ode suivante sur la pas-' Bien du jeu. L'auteur est anonyme; sa pièce n'est point sans quelque tache, mais il fait preuve de talent dans beaucoup de strophes. La coupe savante de ses vers décèle, d'ailleurs, une oreille exercée à là cadence poétique :
Quels pâles et sombres ministres Dflns ce temple secret vieDnent de pénétrer?
A-Ulaur de ces flambeaux » quels mystères sinistres
S^empressent-ils de célébrer ?
A l'aspect des dons qu ils présentent ^
Dea aésirs ardens les tournientent :
D'espérance et d'effroi leur coeftir est agité. Quel est ce culte impie ? et quel Dieu peut se plairs
AFencens toujours mercenaire ' Par tme main aTÎde ofibrt et regretté?
Intérêt ^ père des grands crimes y Puis-je te méconnaître k ces traits odieux?
Toi^qui des vils mortels^ (es prêtres ^ tes victimes ,
Promènes la honte en tous lieux :
Pour déchirer leur sein avare ,
Ta voit évoqua du Ténare Le jeu , de leur fureur éternel châtiment. Us accourent , guidés par une main cruelle >
Mais du monstre qui les appelle , Eux-mêmes sont bientôt la proie et l'aliment.
tin sacrificateur déploie Da sort , sur ua autel ^ les décrets souverains :
SUE UL RHiTOlIQPIB. û^g
Qaelsileiice! queb vœux ! la douUorelh joi«
Tottr-k«tour naisBent de m» mains ;
La Uonpe inquiète eltreinblaiite
Fixe sa vue impaticiile Sur un livre bizarre , arbitre dn eombaC.
De ses adorateun la fortune se joue ;
L'instant qui voit tourner sa mue Lesilève cent fois, cl cent fçi^lesabat.
Déesse aveugle , tu décides $ T<m caprice k son vré décerne enfin le prix : Sur les infortunés frappant des coups rapides ,
Tu couropnes tes favoris.
Soudain , à désespoir horrible I
L'œil édocelant , l'air terrible , L'un dévore le Uvre où son sort est écrit , L'autre brise l'autel ; et dao^sa ra^ extrême ^
Tournant son bras contre lui-même , Se punit d'un penchant qu'il déteste et chérit.
Minos, dans son urne effrayante Roule-t-il ^rmi nous les arrêts (ïu Destin 7 Quoi ! l'ivoire écha^^ de sa |>rison bruyante ;
Ya fixer le sort incertain I
Le cube vaf^abond hésite ,
n menace ^ il flatte , il agite Tous les yeux , tous les coeurs dans sa route etitrataés* n s'arrête : les airs de clameurs retentissent;
Les proscrits éperdus' maudissent L'irrévocable loi* qni les a condamnés.
Dans le geuftre qui les dévore , Un téméraire en vain voit périr ses trésors ; Pour les renouveler^ fovw les y peidre encore»
S tente lès derniers efforts.
Insensé l quel démon te çuide !
Connais ta&reur parricide | Vois ton épouse en pleurs de tes maux t'accusef; Vois tes fils langiiissans, privés de nourriture ; .
Entends les cris de la nature : ' ^ -
Bftrb^re j c'^t leur sang^que tvi vsis épuiser.
jiSO UÇQSS ÉliMEm^RgS
A leilr éortemd peu êeoakie^ .
U revole au coj^bafc, et le ci^ Vmm punit :
Il fuit , et [)our jamais par uu aesmnA lan < M gy
Da cirque affreux il m faattMi«
Yain serment I respoîrk xanène
A la voix de cette Sirèae :
Plus ardent^ il se livre k des pënk oonveMOr^ Tel le pilote k peine ëchiqppë du aau^agt ,
Oubliant ses vœux et l'orage , Au cri de rintërét se hiaoê iva le» «ans*
La fortune en&i adeueie^ A Tavidé joueiir prodiguiasesiprëseat ^ Pe son cœur af&iipé l'ardeur se rassasie.
Le succès ëgare ses aeni.
Du bonheur 6 troM^ase iuMige,
O ^nffe enchanteur et v^la^pe, Qu'un réveil désolant va bientôt diss^Msr l Déesse ,.socis des fleurs tu lui oftcliiesxaiLiaBie ^
C'est pour mieux percer ta victinîe Que ta fureur secrète est lenAe a k frapper.
SbxH^ doute au milieu dte rlefaesses n goûte les plaisirs d'un jour pur et selrein^ Il est heureux : non , pon p ces perfides carssies
Sèment le trouble dans sou sein.
Avee le gain sa soif augmente ;
Le retour du sect l'épouvante ; U projette , il i^akule!,, il pousse dea aoafnr5;f. Un funeste poisou se glisse daoi ses Yeiiîfls>
L'enivre d'espérances vaines , Et nourrit dans sou coeur l'hydced^SMi d^sirsi
Les^ reyers ^ foule' reuMsseftty Sa moisson est en butte k de lougueux tbrraes ';- Il s'obstine , et bîe&tât ses IréseÉs tiUMpalMsanfil Changés en remords dévocaiilii Enfin^l'ins^i^focecifueUe^ <'
Traînai^ tous les maux afveC'èlle ^ > Dissipe , mais trop tard , l'elrreuilaui L'a-ftéAnlL Sans asile » cobu^du ,m)i»nde «^ilMbolTftY.
Bini XA mjtirotiQn. «Si
O mort ! îl t'sppcMe, il t'îMfAdre:
Tu serais imbienint d«» ffaorrcv qml» nât.
Dit coup ngMMIBi*^[ai lVi|j|>f faM0 , Heureux, s'il pût , du moins ^ sauver sa prointé 1 Maïs trop souvient alors diins led sentiers du crime ,
Par riorage il est emporté.
fia sort encbatoaut les caprices |
Sa main féconde en artifices Dépouille des rivaux dont- roeil est Asané :
Fatalexc^ d'un cœur oue riat^rèlLsuriiioole !
H grave les traits de h honte Sur un f|>ont que Jliomieur peul>étrt eâl couioonë.
D. Citez tntxa uu exiemple de Tode aM^
R. Horace nous roûrnit cet elempTe dam 0on ode a Sekliûs; voiei rheufeu«9 imitation a^eLa M&m «n d fiiite* On dirdit que Boîkau avoit la pièce oi^igioale sôtis les ycu^, lorsqu'il a décrit, en un seul "vers 9 Je genre de l'ode abacréontiqUe ;
]^o8 bois repnuHiAnt leurs feuillages , Après les noirs frimats, le printemps a son tour ; J^X le soleil plus pur , dissipant les nuages* i
Satis obstacle rëpatid le jour.
I^k da» la plaibe 'tairie^ I<et>erger laisse errer fe^ .tA>upeau3B bondissans , ' tti àa son 'de sa flûte , Écbo mêine attendrie , Bir Wte les ;dou3t Accefis.
. C^lykr^t avec ses «cmpfigiiéss > Le sofr, a un p^s léger, danse aii bord des ruisseaux ^ " Taiîdl^ tju^àin ijJMix^rtniielesr titontagiM» '^ ^
Du bruit fréquent de ses inriMifib^ -: \
^52 UÇORS iLÊHSIITAIRES
CoorcnnoDS-Botts de fleurs nouvelles , Nous en Terroos bientôt Tëclat s'ëvanouir :
Profitons du printemps qui passera comme ^les y
l/smour nous presse d'en youir.
Hfttons-nous , tout nous y confie , Saisissons le présent , sans soin de l'avenir ; Craignons de perdre un jour, un instant d'une vie
Que la mort doit sitôt finir.
Sa rigueur n'épargne personne , Tout refiR>rt des humains U'mterrompt pas ses lois , Et de la même faux la cruelle moissonne
Les jours des bergers et des rois. '
Siiôt que froids et vains fantômes.
Des fleuves redoutés nous toucherons les bords 9 Nous n'aurons plus d'Iris dans ces sombres royaumes ^
Il n'est point d'amour chez les mcMts.
> On n'y sait plus chanter, ni rire, Ils n'ont plus ce nectar q^i comble ici nos vqoiUy Ces festins où , des rois contrefaisant l'empire , Nous nous croyons plus heureux qu'eux^
■ \ Des jours que la Parqué nous file Consacrons donc le cours a Cypris , k Bacchus j Et que faire sans eux d'une vie inutUe?
Il vaudrait autant n'être plus;
D. Quels auteurs 6e soi^t UlustréB dans ce genre?
11. Moïse est le premièl*, comme le plus ancien; et les fragmet)s du cantique qu*pii a cité de lui , font suffisa^]ment ççiinattre toute rélévation de son génie. Après Mot se« il f^ut placer immédiatement i)a^{d\ dopt les psaumes |èt^}ce^ent de$ béaiit^a , lés plus poétiques >
8Y7E LA EH^TORIQUE. 2^3
La Grèce, à son tour , a été féconde on poètes lyriques , tels que Simonicle, Stési*" chore, Alphée, Sapho, Pindare et Ana*créon; mais ces deux derniers sont les seuls qaeje temps ait épargnés. Pindare est celui de tous qui s'est rendu le plus célèbre par la grandeur des idées, la beauté des ima* ges, les écarts et les transports fougueux ae 1 enthousiasme.
Les Latins ne comptent qu'un seul poëte lyrique. C'est Horace, qui a su réunir le sublime de Pindare, la douceur d'Anaeréou , et le feu de Sapho.
. Parmi nous, on cite avec honneur Malherbe^ J.*B. Rousseau, et Le Franc de Pompignan, pour le genre héroïque. Pompignan fut le disciple de Rousseau , dont il a même chanté la mort en vers souvent dignes de son maitre. Tout le moiide a admiré cette magnifique strophe de son ode consacrée à la mémoire de notre grand lyrique :
Le Nîl a vu sur ses rivages De noirs habitons des désertf Insuher , par leurs cris sauvages ^ L'astre éclatant de l'univers.
Grime impuissant ! fureurs bizarres l Tandis que ces monstres barbares Poussaâent d'insolentes dameurs , Le Dieu , poursuivant sa carrière , Versait des ton*ens de lumière Sur ges obscur^ blasphémateuri^
llacaa, élève de Mal^tierb#, ne mâiiqimit pas de géDÎe , mai» ses o^s, e^oenté ee)ie au cdnite de Bussi, sont trop oegUgem- .meni écrites.
Si La Motte, d^t^s sie^s odes héroïques et niorales», a paru frçfd, languissait, monotone , il a du moins réussi daçs cyelies du genre gracieux.
Qn ne narlc plus des odes sacrés <je M. de Bdloçne, quoicjue le, stylo, en soil pur, élégant, hai^mb^iieux et |:^lt^rel« parce que Tauteur manque dç deux qualités essentielles au genre lyrique , ta force et r^nthousiasme.
Ces^ deui^ c^ualités , au contraîrei caractérisent les odes cle (.e Br\in. C'esjtdommage seulement qu'il n'ait pas mieux conçu ses plans, ni évité cet accoupleivient d^ mots' étonnés d'être ensemble; c^r Ofi * rémarquç par-tout, dïips ses. odes, Fen^preinte du talent lyrique. On se borhçra à citer ici une strophe, celle adressée- à Ruffon , où il compare; l^ r.e,ti^a^t;je i^ni^ieiise du génie à celle de la chrysalide :
Ainsi l'açtiTç chrysaKde , fuyant le jour et le plaisir , Va filer son trësor liquide Dans un mystérieux ibisir ; La nymphe s'enferme av^c' joie Dans ce tombeau d^r et, de soie , Qui la voile aux profanes yeux }
GerUiD»%ue sês aoUoa T«iiie« Enrichiront de leur» merveilles
De la PaMe.
D. Qu ert-M que TApokiguey oa Fable ?
R. C*est mie narpatioo^ qui, »ou8 le voile d'uae fiction agréable, tirée des êtres animés ou inanimés, doués ou privés de raisonnenient , cache une inslructioB propre à corriger les mœurs des liommes, sans blesser Itttr amour^propre.
D. Quélte est lactiofi de ler foMe?
R. Son action eçt fondée sur un fait imaginaire, que le fiftbuliste attribue tantôt ous dieux 9 tantôt aux honimfKi , plu« souvent aux animauxj quelquefois è des êtres privés, de sentimen^ky ou méuie à des» êtres puro»
ment intellectuels , mais qu'il personnifie, comme la vertUs le talent^ la VMdesUCf etc.
D. L'emploi de oes. divers personnages n'établlt-ït pas di fie^enles^espèces de Cable»?
R. On en distingue de trois espèces. La prenïière qu'on appellis raiêOMMMex la â* morale i et la?*" mùçte.
D. Qu appelez-vouâ feble raisonnable?
R. On appelfe ainsi ht fable dont les interlocuteurs sont des dieux pudes hommes; par exemple^ cellomci c^La Fontaina, intitulée, Le BMt^eroft et IIÊ4rcwrei à M.
le G. de B.
Votre goût a sei-vi de règle k mon ouvrage r J'ai tenté les moyens d'acquérir son suffrage* Vous voulez qu'on évite un soin trop curieux f Et des vains ornemens l'effort ambitieux.
Je le veux comme vous : cet effort ne peut plaire. Un auteur çâte tout quand if veut trop bien faire. I^on qu'il ûiille bannir certains traits aélicats : . Vous les aimez ces traits ; et je ne les hais pas. Quant au principal but qu'Esope se propose ,
J'y tombe au moins mal que je puis.
Enfin , si dans ces vers , je ne plais et n'instruis j- 11 ne^tîent pas k moi ; c'est toujours q^uelque chose* Comme la force est un point ^ Dont je ne me pique point , Je t&che d'y tourner le vice en ridicule^, r^e pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule* C'est Ik tout mon talent : je ne sais s'il suffît. .
Tantôt je peins en un réck La sotte vanité jointe avecque l'envie , Deuxpivots sur qui roule aujourd'hui tiotre vie.
Xel est ce chétif animal Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal. J^oppose quelquefois , par une double image ^ Le vice k la vertu, la sottise au bon sens ,
Les agneaux aux loups ravissans , Ijâ mouche k la fourmi f faisant de cet ouvrage Une ample comédie k cent actes divers ,
Et dont la scène est Funivers.
Hommes y dieux, animaux , tout y fait quelque rdle^ Jupiter comme un autre. Introduisons celui Qui porte de sa part aux belles lalparole , Ce h est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.
Un bûcheron perdit son gas^e-pain, J
C'est sa cognée, et la chercSiant en vatu y <
Ce fut pitié Ik-dessus de l'entendre.
Il n'avait pas des outils k revendre ;
^ur celui-ci roulait tout son avoir.
(ie sachant donc où mettre son espoir^
Sa face était de pleurs toute baignée :
O ma cognée I o ma pauvre cognée l
S'éciiait-U ; Jupiter ^ rends-k moi ;
SUR LJL ftaiTORiom. ^37
Je tiendrai Yètre encore un coup de toi.
Sa plainte fut de l'Olympe entendue.
Mercure; vient. Elle n'est pas perdue j
Lui dit ce Dieu; la conniutras-tu bien 7 ^
Je crois l'avoir près d*ici rencontrée.
Lors une d'or k l'homme étant montrée ^
Il répondit : Je n'y denuindc rien.
Une d'argent succède k la première.
Il la refuse. Enfin une de dois.
T(n& , dlt-4l , la mienne cette Ibis :
Je suis content si J'ai cette dernière.
Tu les auras , dit le Dieu, toutes trois :
Ta bonne-foi sera récompensée.
En ce cas-là , je les prendrai , dit-il.
L'histoire en est aussitôt dispersée;
Et boquillons de perdre leur outO ,
Et de crier pour se le faire rendre.
Le roi des dieux ne sait auquel entendre.
Son fils Mercure aux criait vient encor r
A chacun d'eux il en montre une d'or.
Chacun eût cru passer pour une bète
De ne pas dire aussitôt : la voilà.
Mercure , au lieu de donner celle-fii ,
Leur en décharge un grand coup sur la têler»
Ne point mentir, être content du sien, G^est le plus sûr : cependant on s'occupe A dire uiux pour attraper du bien.
Que sert cela 7 Jupiter n'est pas dupe.
D» Qu'est-ce que la fable morale?
I R. G est celle dans laquelle on ne fait agir ou parler que les animaux, les plantes, et enfin totis les êtres distingués de ceux tti sont raisonnables. Telle est cette fablo e Florian»
2S& tw^ém iiàimxiJttWiè
t^ RhinoçévM et ta Dv^nyadaire*
Un rhinocéros , |eUQ^ ç< ^0fti
Disait un jour au dromadjure :
Explique:&-moi , s'il vous plal( ^ nioil fSaçv. fir^ | lyoûfpeut venir pour nou^ Vinjusticq du sort, L*homnie » cet animal} puisiapt par son «doçsft» , Vous recherche avec soin^ vous loge, voMAcbiiritf,
De son pain même vous Qonrri||
Et croit augmenter sa richessis
En multipliant irolye espèce*
Je sais bien que sur votre dos % Vous porteuses enfatift, sia femoie , ses.firdi^i»(; Que vous êtes léger ^ doui;, sobra, iofatig^Ua ; ^en conviens francbiemeoJL : maille rhioac^ro»
Des mêmes verMis est capable- « Je crois même , soit dit saoj» voxu mettce en ÇQWTOUZ'^
Que toutlWantage est poyr qqus :
I9otre corne et notre cuuiass^
Dans les combalspoiicsaieiiil servir ^
Et cependant Vhomm€ n/oua chasse ,, Mous méprise , nous hait , et nous force a le fuir.
Ami , répond b dromadaire ,^ »
De notre sort ne soje2< point jalou^i^ ;, Cest peu de servir L'homme, il faut eueor lia. pbjra. Vous êtes étonné qu'il nous préfère à vous:
Mais de cette faveur voici tout le mystère ,
JNous 8a«Q«A plies ks
D. Qili'appele^YOttfr fable nûtte?
R. La fiable esÉ imxfB^ loorsqii'bQ y kir?
ivodait easemUe les dilBora persooMi^sf) qui figurent dans les espèces pcéoé^lBiitcMii. En Voici un heureux exemple, tiré des fables de M. Le Bailly, dont le joli recueil f
8VE i.i EttitoAion;. aS^
nn au jaur depuis peu« a été A foTora-
£e5 Métarnorphoêûf eu Singe.
GA^e , histrion de fçlve , vi^ jpor par ayeotDre^ Trouva sous sa patte un miroir ;
-r Q,}^ mHf9f^ grolesqw ! ô la plaW %\ri; !
S'dçria-'t-il , (]ue je suis laid !
Pnissaxit maître des dieux, f ose implofer tes grâoea^
Laisi^rmoi b l9^<tas griiWMe».:
J^^ df^i^^d? an i:e9tf i^n c.ba^gçipen^ coaijfW^ Jnpm Veotend , ^t dit: tt* Jç consens k la c^ose : Regarde ; es-^tu coQtent de ta mëtumorphofle? Et GiHe Àail âé}^ dayeofk PiBmq(|ii0t^ S^ G^ QpayeliHbit i|¥>P d) 4k s'examine^»
Âime assez son plumage , et sur-tout ^n caqu/et p^ Mais il n'a pas tout vu : — Peste , la sotte wme Que me donne, dkriU Uk\f>wg hifi qP4 iv«pUJ
Jupin., Tois-4«nc«.f • qtiel bec inoxme 1
De er&Qe yite une autre forme. —
Fir Donheur en ce mor^ent-^k Ld aa%n9iir Jqpiter é$f(iik dlfaun^ms k lîm} Il en* fait dppi; m pa.oi\; çt cttte fpi^le ^re^^ Proipen^nt sur son corps des yeux ëmerveillés f
S^enfle , se pavane , et s*admîre :
Ma» V ks I ]| wt s^9 v^laipf. jfi^ifi y
Çt. i(^n iiwpçrtipentft bOte  Jupmdie rechef adresse une requête^ -^ Wà bonté', dit le Dîen, commence k atlaSMP^ Cependant j'ai trop fait pour ret^t^ en, ajwiibrQi
Te conserver le caractère.;
Mais aussi poini d'autre prières .
QMflf^ t^'f Q(f ope flvuk tpp b4)ft ûvif^rtop,. -«* A, <^ ipql? 4"PiMîr lui dqnftp va^ nQux^ ^tf%9
Et qu'en fait-iV? un petit-maître.
I)epakeetempâr^dil*eD> k»^ cpiatea b^ fentit^km*
a4o tEGOirS ÉLÉMEirTAIRKS
D. La fable tadmet-elle indifféremment tous les personnages que tous avez dési* gnés dans ces trois espèces ?
R. Les vrais acteurs de l'apologue sont les animaux; et le motif de celte préférence est sensible : c'est qu'à voir tous leurs mouvemens qui ^décèlent du sentiment , quelque connaissance, on dirait qu'il ne leur manque que la parole. Il suffit, d'ailleurs, de mettre en scène un iov/p^ un agneau^ pour éveiller sur-le-champ dans notre esprit, l'idée de la férocité et de la douceur. L'analogie de l'objet avec nous en devient plus frappante, et le plaisir du lecteur s'augmente alors en proportion de cette analogie.
Il faut ranger dans la seconde classe des acteurs de l'apologue, les arbres, les plan^ tés, les fleurs, parce que ce sont des corps organisés; que leur végétation est une espèce de vie, qui établit également des rapports entre eux et nous. La modestie peut*elle être mieux représentée que par la timide violette; la pudeur par la tendre sensilive; et la jeune beauté^ par la rose dans tout son éclat?
On se prête bien moins facilement au langage des êtres matériels, comme l'or, la pierre, etc., où à celui des objets d'arts tels que la lime, le soc, etc...«.; mais si ce^e fiction est déjà outrée , combien doit-elle le
SUR LA RHÉTOBTQUE. 2^%
psrattre davantage lorsqu'on fait parler des êtres métaphysiques? Quell^ figure donner àujtigenieni ? sous quelles couleurs pein* drela mémoire^ etc...? Le fabuliste doit donc user sobrement de ces sortes de per« sonnages, et leur préférer les hommes et les dieuaOf quoique dans ce dernier cas sa leçon devienne trop directe, et que la fable ne soit plus alors qu'une parabole.
D. Quel style doit- on employer dans la feble? ^
R. Une simplicité ornée, une élégante naïveté , sont les qualités essentij^Hes au style de la fable. Qu'on soit attentif à no point prendre le bas pour le fanailier; les expressions trop communes et trop proverbiales , qui sont ordinairement dans la bouche du peuple, nepeuventétre réputées des expressions naïves. Il faut prendre garde encore de confondre l'aisance du style avec la négligence. Quelques fabulistes se sont piqués d'écrire sans façon ; mais Desfontaines comparait ce style aux repas sans cérémonie; le lecteur, comme les convives , aime mieux un peu d apprêt qu'une aride simplicité. Rien de plus opposé, d'ailleurs, au simple et au naïf, que cet étalage ambitieux et recherché qui annonce la manie du bel esprit.
D. Quelle place doit occuper la moralité?
R. La Motte pense qu en plaçant la mo-
2^2 LEÇONS ÉtisfENTAIRES
ralité à la tête de la fable, on émouftse le plaisir de Tallégorie; que le lecteur se trouvant dispensé par-là d'en pénétrer le sens, peut être fâché, en secret, qu*on ne l'en ait pas jugé capable. Qu ciie soit ren- TOyée, au contraire, à la fin, a)oute*t*iI; lesprit fait dans le cours de la fable tout lexercice qu'il peut faire, et )e suis bien aise, en finissant; dé me rencontrer avec le fabuliste , ou je lui suis obligé de m'apprendre mieux que je nepensais.— A cela, on peut répondre que la moralité mise au commencement de l'apologue, procure au lecteur la satisfaction d'examiner et de confronter son rapport avec la maxime établie, qu'il ne perd point de vue; et peut* être ce plaisir aonne-t*il à l'esprit un exer» cice qui a son mérite autant que celui de la suspension et de la surprise. La Fontaine, au reste, place sa moralité au commencement ou à la fin de la fable; et cette variété, dans un ouvrage, ne laisse pas que d'avoir son agrément. Le mieux, cepenr dant, c'est lorsque le corps de la fable emporte avec lui la moralité qui en est Tome, et que cette moralité s'explique d'elle-même sans avoir besoin d'être ex<* primée.
D. Quels auteurs se sont distingués en ce genre?
Rs Parmi les:Gr6CS, onaihe Ésope , qui
SUE LK RHÊTORTQUC. • 2^5
est généralement regardé comme Tinven* teur de Tapologue. On ne peut rien imaginer de plus juste et de plus spirituel que le recueil des fables qui lui sonlattribuées. Parmi les Orientaux, on cite Lockman, PUpay j Sdadi.
Phèdre, en traitant les fables d'Esope dans sa tangue , s'est placé au rang des meilleurs écrivains du siècle d'Auguste.
Faemôs Abstemius^ Desbiilons, etc.. , occupent aussi une place assez distinguée parmi les fabulistes de la latinité moderne.
L'Allemagne vante ses F.^essing , ses Litwer, ses GeUert, ses Pfeffel^ ses Hagedoim ^ etc....
L'italie abonde en poètes de ce genre', tels quePignotti^ Gerard-de-Rossij GriUo^ Roberti, Bertola^ Passeroni^ Lodoii, etc..
On estime en Espagne les fables de D.
Iriarte , de Tecceda, éUbanès de la Ren^ ieria , etc..
L'Angleterre a dans le poète Gay un fabuliste très-original, mais qui a le défaut de surcharger ses récits, d'introduire souvent des acteurs qui parlent sans agir , et parlent toujours d'un ton trop sérieux', ou s'égarent dans des idées sublimes qui sont évidemment au-dessus d eux*
La- nation française est peut-être celle qui a produit le plus de fabulistes. Il serait facile d'en citer au-delà de cent. Le pre*
a44 lEÇONS ÉLÉMENTilRES
mier de tous, le conteur par excellence, -est ce bon La Fontaine, a qui on a donné le surnom ^Inimitable , non seulement pour avoir surpassé Ésope ^ Phèdre^ et autres fabulistes lès plus renommés de l'antiquité, mais à cause de la distance infinie qui le sépare de ses nombreux élèves.
Cependant, parmi ces derniers, on peut en citer plusieurs avec honneur, et en restreignant plus ou moins les éloges. Les principaux sont : MM. La Motte, Atibert^ Florian, Grenus^ Du Tramhlày ^Niver^ nois, Imàertj Boisard^ Le BaiUy, Gin^ guenés etc...
Il a toujours paru surprenant que Boi* leaut lami de La Fontaine, n'ait rien dit dans son Art poétique de ce grand écri- Tain qui a fait tant d'honneur à sa patrie.
C'est pour réparer , autant que possible, cette omission étonnante, qu'on croit deyoir placer ici le morceau suivant, tiré de la nouvelle épilre sur la poétique.
La Fontaine iîent seul le sceptre de la Fable 5
Il semble l'ignorer 5 et ce sublime enfant
Au sommet du Parnasse arrive en se jouant.
Lk sa Muse ingénue a retrouvé les traces
De la simplicité , la première des grâces.
Le timide apologue , esclave en Orient ,
Va prendre un air plus libre, un aspect plus riant.
De ce genre d'abord expliquons Toiieine;
Du fabuleux récit la faiblesse est voisme :
Ïoyez un tendre élève , emporté dans ses jeux , aûiner d'un Argus et l'oreille et les jneux 5
Déjà ce jeune esprit k la feinte s'exerce ,
Accuse chaque objet de sa faute diverse :
« Raton est le voleur , Bertrand est le gourmand^
9 Ce meuble , qu'il brisait , Ta frappe mëchainment. »
Du fabuliste adroit l'obligeante malice
Transporte aux grands enfans un pareil artifice f
£t charge devant eux, de leurs propres méfaits
L'innocent animal , bêlas ! qui n'en peut mais.
Ésope court au but; il conte en philosophe.
Des récits Phrygiens brodant la simple étoffe , A sa Muse correcte interdisant l'écart , Phèdre achève avec goût et polit avec art.
Bien moins imitateur qu'il n est inimitable , La Fontaine créa le style de la fable , Et , de Molière émule , étala dans ses vers Une ample comédie à cent actes divers.
Que j'aime à parcourir ces poétiques mondes, . Ces exemples vivans et leurs leçons fécondes , £l ces avis couverts de voiles délicats!
A ce guide attrayant abandonnons nos pas; Il conduit aux vertus par une pente douce ; La pointe du reproche entre ses mains s'émousse : La Fontaine est pour nous le véritable ami.
L'enfant dans la carrière encor mal affermi Sur le bras du bon homme ingénument s'appuie i Le sage qui termine une innocente vie Redit ces mots touchans : C'est le soir éCun beau jour* Heureux amans ! il est votre maître en amour. C'est lui qui du lettré charme la solitude ; Au politique même il fournit une étude.
Ah 1 puisse de ses vers l'instructive douceur Des esprits h jamais bannir la sombre erreur^ La folle ambition , la stupide avarice:
Et des simples vertus leur faire un pur délice ! O champs ! 6 doux loisirs ! ô médiocrité !
Plaisir de ne rien faire 1 aimable liberté !
Long dormir ! vrais trésors, volupté souveraine ^ Je vous goûte bien mieux , grâce au bon La Fontaine
D*art et de bel-esprit La Motte est infecté : A.uteurs ^ songez-y Lien , la fable est vérité.
J240 UÇOirS BLÉBIENTÀIRE8
Mettez en action la morale commune ,
Les faibles et les forts , leur diverse fortune :
Un masque industrieux offre des animaux ;
Mais sous ce masque est l'homme avec tous ses défauts ;
Ijui-mérae en a souri. Qu'un profond badinage
Échange finement noms , lettres et langage :
L* Allusion agite un mobile miroir ,
Et chaque caractère a son tour peut s'y voir.
Le drame , k votre choix, se forme et se dënoue.
En détails égayés que le style se joue.
En vain gronde Lessing : ce peintre en raccourcis
Prit pour une beauté la maigreur des récits.
La Fontaine est modèle , et de cette matière
Son livre est li lui seul la poétique entière.
Si Terreur de Boileau, dont il fut oublié j Offense le génie, et surtout l'amitié, Plaignons ce grand talent, dont la muse instructive y Hélas ! fut étrangère à la grâce naïve I Ce pauvre bûcheron , par Boileau corrigé , A fait dire aux neuf sœurs : « La Fontaine est vengé. »
De VÉglogue et de l'IdyUe.
D. Qu'est-ce que Téglogue?
R. L'églogue est ua tableau de la Vie champêtre, où Ton peint les entrctieos et les actions des bergers, et dont le plus sou<vent ils sont eux-mêmes les personnages.
D. Quelle différence y a-t-il entre l'églogue et Tidylle?
K. Plusieurs écrivains se sont attachés à reconnaître cette différence. On prétend qu'elle consiste en ce que, dans Véglogue^ on fait dialoguer les bergers; qu'ils racontent entre eux leurs aventures, leurs peines, leurs plaisirs; qu'ils comparent la vie tran-
dO& lA RUÉTORIQUS. !à^J
quille et heureuse dont ils jouissent, avec les passions dont la nôtre est traversée, et les chagrins qui altèrent notre bonheur; au lieu que dans XidyjUe^ c'est nous qni comparons le trouble et les travaux de notre vie avec la tranquillité des bergers « et les passions qui nous tyrannisent avec la simplicité de leurs mœurs. Quoiqu'il eu soit , ces deux poèmes traitent des sujets de même nature; ce qui les fait confondre ensemble, comme on en jugera par cette charmante définition , où Boileau se sert indifféremment des mots idylle et églo* gUfC, pour exprimer la même chose :
Telle qu'une berbère au plus beau jour de fête ,
De superbes rubis ne charge point sa tête ;
Et sans mêler à l'or Téclat des diamans ,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux omemens :
Telle , aimable en son air , mais humble dans son style ,
Doit éclater sans pompe une élégante idylle.
Son ton simple et naïfn^a rien de fastueux ,
Et n'aime point l'orgueil d'un vers présomptueux.
U faut que sa douceur flatte , chatouille , éveilte ,
Et jamais de grands mots n'épouvante Toreille.
Mais souvent dans ce style un rimeur aux abois ,
Jette la , de dëpit , la flûte et le haut bois ;
Et follement pompeux dans sa vente indiscrète ,
Au milieu d'une Églogue entonne la trompette.
De peur de l'écouter, Pan fuit dans les roseaux 9
£t les Nymphes , d'efiroi , se cachent sous les eaux.
Au contraire , cet autre , abject en son langage , Fait parler ses bergers comme on parle au village ; Ses vers plats et grossiers , dépouillés d'agrément y Toujotirs baisent la terre et rampent tiistement..
j43 leçons £LEHEI«TAIRES
Ou dirait que Ronsard sur ses pi|>eaux rustiques Tient encor fredonner ses idyles gothiques , Et changer , sans respect de l'oreilIe et du son , Licidas en Pierrot et JPbiiis en Toinon.
Entre ces deux excès la route est difficile : Suivez, pour la trouver, Thcocrite et Yirgile. Oue leurs t<;ndres dcrits, parles Grâces dictés, ISe quiUeut point vos mains , jour et nuit feuilletés ^ Seul», dans leurs doctes vers , ils pourront vous apprendre Par quel art, sans bassesse , un auteur peut descendre^ Chanter Flore , les champs , Pomone , et les vex^ers ^ Au combat de la flûte animer deux bergers ; Des plaisirs de l'amour vanter la douce amorce^ Changer Narcisse en fleur , couviir Daphnë d'e'corce ; Et par quel art encor Féglogue quelquefois , Rend dignes d'un consuila campagne et les bois. Telle est de ce poëme et la force et là grâce.
D. Quelle doit être l'action de leglogue?
R. Laction de Téglogue étant cham* pétre , le lieii de la scène doit être la campagne. Ses acteurs, qui sont des bergers, ne connaissent d'autre science que le soin de leurs troupeaux, et la culture de leurs terres; d autres trésors que ceux qu'ils retirent de leur travail, d'autres plaisirs que ceux où la nature même les invite. 11 s ensuit que le sujet de l'églogue ne doit représenter que des mœurs pures et innocentes.
D. Quel doit être son style?
K. Boileau, dans le passage qu'on vient de rapporter, a donné tout* à-la-foi s le précepte et l'exemple. 11 suffit donc d'opposer ici les défaiiis qu'on doit éviter dans le
SUR I^ EUÉTORTQUB. ^49
Style de Téglogue aux beautés qu'il est né*cessaire d*y répandre. C'est ce que Grèsset a fort bien exprimé , dans celte plainte que forme Ëuterpe, muse de la poésie pastorale : ce morceau, qui est sur le véritable ton, et dans le véritable style de Téglcgue et de rid}llei peut servir en même temps de modèle :
Lorsque le paisible Élysëe
Posséda Racan et Segrais,
Lorsaue leur flûte fut brisée «
L'Idylle perdit ses attraits*
A peiue la muse fleurie
D'un nouveau berger de Neostrie ( Fontanelle^
En aauva-t-elle quelques traits.
La bergëre , outrant sa parure , I^'eut plus que de faux agrdmens^ Le berger , quittant la nature y I^'eut plus que de faux sentimens; Et ce qu'on appelle J'églogue f^e fut plus qu'un froid dialogue , D'acteurs dérobes aux romans.
Leur voix contrainte ou doucereuse Mit les Driades aux abois 5 Leur guitare trop langoureuse Endormit les oiseaux des bois :
Les amours en prirent la fuite , Et vinrent pleurer k ma suite La perte des premiers haut bois.
Nous retranchons ici quelques strophes pour en venir à celles où le poète prescrit les règles à suivre pour composer une bonne églogiie :
Affiancbis l'églo^uf* captive , Tire-la dis chaineii deVart.
flSô L£CO]!rS ELEMEfrrAlRËS
Qu'elle soit tendre , mais naïve , Belle sans soin , vive sans fard ; Que dans des routes naturelles ^ Elle cueille des (leurs nouvelles , Sans les chercher trop- a l'écarté
En industrieuse bergère s
Su'elle dépeigne les forêts , ais sur une toile légère ^ Saus des coloris indiscrets ; Et que jamais le trop d'étude M'y contraigne aucune attitude Ni ne charge trop les portraits.
La nature , sur chaque image 4 Doit guider les traits du pinceau \ Tout doit y peindre un paysage , Des jeux^ des fêtes sous l'ormeau^ L'œil est choqué s^il voit reluire Les palais , l''or et le porphyre, Où l'on ne doit voir qu'un hameau <
Il veut des grottes , d[es fontaines , Des pampres , des sillons dorés , Des prés fleuris , de vertes plaines 1 Des Dois , des lointains azurés.
Sur Ce mélangé de spectacles , Ses reeards volent sans obstacles , Agréablement égarés*
La , dans leur course fugitive , Des ruisseaux lui semblent plus beaux Que ces ondes que l'art captive Dans un dédale de canaux , Et qu'avec faste et violence Une Sirène au ciel élance Et fait retomber en berceau^.
Sur cette scène toute inculte , Mais par la plus charmante aux yeux , On aime k voir, loin du tumulte > Un peuple de bergers heureux.
Le cœur^ sur l'aile deTidylle^ Porté loin du bruit de la viUe , Vient être berger avec eux.
SUR LA BHÉTOmQUE. ^5 I
D. Quels auteurs se sout disliugués eu ce genre?
R. On cite parmi les Grecs, Théocrite , Moschus exBion; parmi les Latins, Vir- ^i/e^ quia été rtieurcux imitateur de Théocrite; parmi les Anglais, AmbroisePhil^ Upsy fFaishf et Pope; chez les Allemands, Gessner , non moins célèbre par ses Idyile5 que par sa Mort d'Abel ; et chez BOUS, Racarij Segrais, madame Deêhaur^ Itères^ Léonard^ et Berqvin.
De l'Élégie.
D. Qu'est-ce que l'élégie?
R. L'élégie est un poème d*UQ caractère triste, plaintif et touchant. Les sujets où elle s'exerce communément sont des regrets sur la mort ou l'absence des personnes chéries. On l'emploie aussi à exprimer les infortunes^ des amans maltraités, ou les transports de )oie des amans heureux. Boileau la définit ainsi» après avoir parlé de Yéglogue.
D'un ton un peu plus haut , mais pourtant sans audace ^ La plaintive élégie , en longs habits de deuil , Sait y les cheveux épars , gémir sur un cercueil. Elle peint des araaus la joie et la tristesse , Flatte, menace , irrite , apaise une maîtresse ; I Mais pour bien exprimer ses caprices heureux ,
C'est peu d'être poëte , il faut être amoureux. I Je nais ces vains auteurs dont la muse forcée
' M'entretient de ses feux , toujours froide et glacée ^
doa LEÇONS ELEMENTAIRES
Qui s'affligent par art, et fous de sens rassis f tS'ërîgent pour rimer en amoureux transis :
LcuM transports les plus doux ne sont que phrases Tainct* Ils ne savent jamais que se charger de chaînes; Que bénir leur martyre ^ fidorer leur prison , Et faire quereller les sens et la raison.
Ce n'était pas jadis sur ce ton ridicule ,
8ti'Ainour dictait les vers que soupirait Tîhulle ; u que du tendre Ovide animant les doux sons | Il donnait de son art les charmantes leçons.
Il faut que le cœur seul parle dans l'élégie.
D. Quel doit être son style?
R. L'élégie étant un ouvrage de pur sen« liment, il s en suit que son style doit être simple, facile, naturel et délicat. Trop de coloris lui ôterait cet air touchant qui forme son caractère. Une douleur vraie cherche à attendrir, à exciter la pitié, el elle est d'autant plus sûre d'y réussir, qu'elle parait moins occupée du soin de plaire.
Le sentiment ne domine pas moins d^ns le genre passionné que dans le genre triste, mais il prend un caractère de vivacité qui ' n'est pas compatible avec la tristesse; cependant, s'il permet quelque essor à l'i* magination, ce n'est qu'autant qu'elle se , cache, en cherchant à l'embellir.
D. Citez pour exemple une de nos belles
élégies?
R, Un chef-d'œuvre, en ce genre, est la pièce que nous a laissée La Fontaine,
SUR lA nHETORSQUC. ^53
sur la disgrâce de Fouqtiei, qu'il désigne par le nom d'Oronte. Voici celte élégie :
Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes ;
Pleurez , Nymphes de Vaux , laites croître vos ondes ,
Et que Lanqueil enflé ravage les trésors
Dont les regards de Flore ont embelli les bords.
On ne blâmera point vos larmes innocentes ;
Vous pouvez donner cours a vos douleurs pressantes :
Chacun attend de vous ce devoir généreux ;
Les destins sont contcns , Oronte est malheureux.
YonsFavez-vu naguère aux bords de vos fontaines ,
Qui , sans craindre du sort les faveurs incertaiiics,
Plein d*éclat , plein de gloire , adoré des morlels .
Recevoit des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels.
Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprôme !
Que vous le trouveriez différent de lui-même !
Pour lui les plu» beaux jours sont de secondes nuits :
Les soucis dévorans , les regrets , les ennuis ,
Hôtes infortunés de sa triste demeure ,
En des. gouffres de maux le plongent k toute heure.
Voilà le précipice où l'ont enfin jeté
Les attraits enchanteurs de la prospérité.
Dans le palais des rois cette plainte est commun^ ;
On n'y connaît que trop les jeux de la fortune >
Ses trompeuses faveurs , ses appas iuconstans ^
Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps.
Ix>rsque sur cette mer on vogue a pleines voiles ^
Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles ,
Il <;st bien mal aisé de régler ses désirs :
Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs.
Jamais un favori ne borne sa carrière :
U ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière ;
Et tout ce vain
Ke le saurait
Tant d'exempîes fameux que
We suffisaient-ils pas sans la perte d'Oronte ?
Ah l si ce faux éclat n'eût pas fait ses plaisirs , Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs , Qu'il pouvait doucement laisser couler son âge ! Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage ,
5i54 LEÇONS ÉLÉMENTÀTRES
Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour Saluer k grands flots le soleil de la cour :
Mais la faveur du ciel vous donne en récompense Du repos , du loisir , de Tordre et du silence , Un tranquille sommeil, d'innocens entretiens. Et jamais a la Cour on ne trouve ces biens.
Mais quittons ces pensers ; Oronte vous appelle. Vous , dont il a rendu la demeure si belle ^ M^mphes, qui lui devez vos plus charmans appas 9 Si le long de vos bords Louis porte ses pas , Tâchez de l'adoucir , fléchissez son courage : Il aime ses sujets , il est juste , il est sage ; Du titre de clément rendez-le ambitieux.
C'est par-là que les rois sont semblables aux dieux.
Du magnanime Henri qu'il contemple la vie :
Dès c[u il put se venger , il en perdit 1 envie. Inspirez a Louis cette même clouceur : La plus belle victoire est de vaincre son cœur. jOronte est a présent un objet de clémence ^ S'il a cru les conseils d'une aveugle puissance , Il est assez puni par son sort rigoureux •f £t c'est être innocent que d'être malheureux.
D. Quels auteurs sont célèbres en ce ^ genre ?
R. Il ne nous reste des Grecs aucun poème de cette espèce; mais on peut y rapporter Tidylle de Bion^ intitulée le Tombeau d'Adonis.
On y rapporte aussi Téglogue de Virgile^ sur la mort deDaphnis. Les autres poètes élégiaqucSy parmi les Latins, sont Ovide j Catulle, TiéuUe, et Properce; les deux derniers surtout y ont excellé.
Si Ion excepte l'élégie de La Fontaine, citée plus haut, la pièce de Malherbe, dont on a rapporté un fragment , et un petit
SUR LA RHÉTORIQUE. âtt
nombre d'autres élégies qu'on doit à mesdames de la Suze et Deshoulières, tous les essais de nos poêles, en ce genre» ont été malheureux. Ce genre était même absolument perdu chez nous, si deux Muses modernes n'avaient pris soin de le faire revivre; c'est nommer madame de Vanhove et M. de Tresneidls qui se sont exercés avec succès sur le même sujet, la profanation des tombeaux de St. Denis.
Comment résister au plaisir de faire connaître un morceau de ce dernier? Le poète , après avoir décrit , avec Tindigiialion la plus énergique, l'odieuse violation des tombes royales, s'écrie :
Digne prix de ma foi , quelle auguste merveille
Vint charmer tout ^ coup ma vue et mon oreille !
Frappé d'un jour nouveau , je vis du haut des cieu}(
Un essaim d'immortels descendre vers ces lieux.
De leurs corps trànsparens , vctus de légers voiles ,
Où Tor parmi l'azur rayonnait en étoiles ,
Le soleu nuançait Tondoyante vapeur.
Ils suspendent leur vol , et, réunis en chœur.
Sur l'orgue et la cithare ils chantent ces prières
Qui soulageut des morts les peines passagères.
Ils pleurent de nos rois l'exil et l'abandon ,
£t pour leurs assassins implorent le pardon.
a O rôîs ! dans vos débris la France vous outrage ;
3» Mais tandis qu'elle exhale une impuissante rage ^
» Nos esprits satisfaits régnent dans uu séjour
» Qu'habitent et la gloire , et la paix , et l'amour :
39 Au sein de ce tonineau , corruptible matière ,
» Dans le ciel , plus brillans , plus purs que la lumière ,
>• Le jour que daos sonvul doit s'arr<^ter le temps ,
» Dieu dira : Levez-vous ^ arides ossemens.
j|56 LEÇONS ELËMENTAfKES
» Et tos corps glorieux, rappelés à la vie ,
» Iront des immortels habiter la patrie^
» Sans craindre désormais les orages du sort,
» Les traits de la douleur , ni la faux de la mort. »
De VÉpttre.
D. Qu'est-ce que Tépilre?
R. C'est, de tous les genres de poésie, celui qui laisse le plus de liberté dans le choix du sujet et dans la manière d'écrire; il n'est point de matière sur lesquelles il ne puisse s'exercer avec succès' :
Ce genre ingénieux et souple dans son style ; Plaît sans art , suit les pas d'un caprice l'erlile ;- Son tour facile et vif, heureux négligemment , Respire l'abandon , la grâce , renjoûment.
L'épître sait atteindre , élevée ou badine , Dans l'olympe Newton , et sur les priés Claudine ; Des Trajan , des Henris peint la haute vertu , Et crayonne en riant et les vous et les tu.
Dans un grave sujet badinez noblemçnt f .
lia raison a son tour ornera l'agrément.
La vérité plaît moins quand elle est annoncée , Et la surprise ajoute au prix de 1^ pensée.
J'aime a (^^ueillir des fleurs sur un aride fonds. Hoi*ace mêle aux jeux des préceptes profonds. Le bon sens et le goût composèrent son livre. Horace est maître en l'art et d'écrire et de Tivre* Vrai sage , il ne vient point, de la dispute épris i Dans la nuit d'un système égarer nos esprits. Au ibnd de notre cœur il descend, s'insinue , En dévoile soudain la faiblesse connue, Sourit et nous console , et nous servant d'appui ^ Partage nos faux pas» nous relève avec lui.
C'est un pilote instruit par son propre naufrage j Qui reconnail recueil et de loin voit l'oragç :
SUR LA RHErOEIQUË. uS'J
II le fuît ou le brave ; il cède au temps , au lieu |
Et place la vertu dans un juste milieu.
Mais j'entends Desprëauz , que le vrai seul enûammf .
Son vers pur est empreint des beautés de son âme.
Suivons ae ces auteurs les pas judicieux.
L'un et l'autre ils ont su , railleurs ingénieux .
Blâmer , même en louant, rire, narrer, décrire |
Et donner k Pépître un faux air de satire.
Que le trait délicat n'effleure qu'en passant:
Le sarci^^nie est coupable et le rire innocent.
Chaussaad.
D. Quelle mesure de vers s'emploie dans Tépttre?
R. Quoique la mesure qu*oa y emploie nedécidepastoujoursdutonqu'ony prend, il est cependant ordinaire de se servir d'une certaine mesure de vers, par préférence a une autre, pour rendre certains sujets.
D. Il y a donc des épitres de diJBférentes es]3èces r
K. Oui : on peut en distinguer de quatre espèces. La première, composée de vers héroïques, tient beaucoup de la satire, parce qu elle renferme toujours une criti«* que de mœurs ou d'ouvrages d esprit; maïs, le poète , en ce cas , doit moins paraître un censeur sévère qu'un philosophe aimable qui s'amuse et instruit. Boileau est un mo^ dèle en ce genre. Qu'on en juge par ce passage de son épitre à M. de Lamoignon^ où il décrit les douceurs dont il jouit à la campagne , et les chagrins qui lattendcnt à la ville :
a58 ICÇ0N9 ^LÉBiENTÀIRES
C'est Ik , cher Lamoignon , que mon esprit trancpiille
Met h profit les jours que la Parque me nie.
Ici , aaDS un valon bornant tous mes désirs ,
J'achète a peu de frais de solides plaisirs.
Tantôt , un livre en main, errant dans les prairies ,
J'occupe ma raison d'utiles rêveries ;
Tantôt , cherchant la fin d'un vers que je construî ^
Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait fui.
Quelquefois y a l'appât d'un hameçon perfide ,
J'amorce en badinant un poisson trop avide ,
Ou d'un plomb que suit l'œil , et part avec l'ëduir ,
Je vais faire la guerre aux habitans de l'air.
Une table , au retour, propre et non magnifique ,
Nous présente un repas agréable et rustique.
La , sans s'assujettir aux dogmes de Broussain ,
Tout ce qu'on boit est bon , tout ce qu'on mange est sain.
La maison le fournit , la fermière l'ordonne ,
Et mieux que Bergerat l'appétit l'assaisonne.
O fortuné séjour ! ô champs aimés des cieux î
Que pour jamais foulant vos prés délicieux,
INe puis-je ici fixer ma course vagabonde ,
Et connu de vous seuls oublier tout le monde !
Mais à peine du sein de vos vallons chéris Arraché malgré moi , je rentre dans Paris ,
Su'en tous lieux les chagrins m'attendent au passage, n cousin , abusant d'un fâcheux parentage , Veut qu'encor tout poudreux , et sans me débotter , Chez vingt juges pour lui j'aille solliciter. Il faut voir de ce pas les plus considérables : L'un demeure au Marais , et l'autre aux Incurables. Je reçois vingt avis qui me glacent d'efii oi : Hier, dit'-on , de vous on park chez le roi , Et d'attentat horrible on traita la satire.
Et le roi, que dit-il P le roi se prit à rire. Contre vos derniers vers on est fort en courroux : Pradon a mis au jour un livre contre vous ; Et chez le chapelier du coin de notre place > Autour d'un caudebec j'en ai lu la préiace.
L'autre jour sur un mot la cour vous condamna. Le bruit court qu'a vant-hier on vous assassina.
SUR LA aHETORiQÙB» âÈ^
Un écrit scandaleux sous TOtre nom se donne.
D'un Pasquin qu'on a fait au Louvre on vous soupçonne. Moi ? Tous ; on nous Ta dit dans le Palais-Royal. Douze ans sont écoulés depuis le jour fatal , Qu'un libraire imprimant les essais de ma plume ^ Donna , pour mon malheur , un trop heureux volume ; Toujours , depuis ce temps , en proie aux sots discours ^ Contre eux la vëritë m'est un famle secours.
Vient-il de la province une satire fade , D'un plaisaflt du pays insipide boutade , Pour la faire counr on dit qu'elle est de moi ; £tle sot campagnard le croit de bonne foi.
D. Quelle est la seconde espèce?
R. La 8econdeespèced*épltresecompo8e de vers dissyllabes , et le fond en est à peu près le même que celui de la précédente, mais traité d'une manière moins grave. C'est sur le ton du badinage que le poète monte sa lyre, et quelquefois son ton devient plus amer par lemploi du style marotique. Témoin ce fragment de Tépitre de Rousseau au baron de Breteuil :
J'ai vu le temps , roais^ dieu merci ! tout passe ^ Que CalJiope , au sommet du Parnasse , Chaperonnée en burlesque docteur > Ne savait plus qu'étourdir le lecteur D'un vain ramas de sentences usées, Qui , de l'olympe, excitant les nausées Faisaient souvent, en dépit de ses soeurs, Transir de frOid jusqu'aux applaudisseurs.
Nous avons vu , presque durant deux lustres ^ Le Pihde en proie a de petits illustres , Qui, traduisant Sénëque en madrigaux , Et rebattant des sons toujours égaux , Fous de sang froid , s'écriaient : Je rrCésareé Pardon f messieurs i f imite trop Pinaare*
u6o uçoNS iiixENTÀius
Et suppliaient le lecteur morfondu De faire grâce à leur feu prétendu #
Sur le Parnasse , ainsi que dans la chaire ,
C'est peu d'instruire, il (fauteur) doit instruire et plaire.
Et je ne vois dans son air emprunté , Qu'un charlatan sur des tréteaux monté , Qui , pour duper une foule grossière f Lui jette aux yeux une vaine poussière , Et qui , toujours sans âme et sans vigueur , Parle a Fesprit et ne dit rien au cœur,
D. Que dites-vous de l^a troisième espèce?
R, Je dis que toutes sortes de sujets peuvent entrer dans Tépître de la troisième espèce parce qu'elle est d'un genre plus familier et plus aisé. Peu importe encore que les vers soient d'inégale mesure, et les rimes croisées ou suivies. PaviUon, Cha%^ iieu. Voltaire^ Grasset, offrent de nombreux exemples de cette espèce. En voici un tiré de l'épîlre de ce dernier sur sa con- Talescence. Le poëte l'a adressée à sa sœur, qui avait volé vers lui à la première nouvelle de sa maladie. Après lui a^voir payé un juste tribut de reconnaissance, il ajoute :
Par les songes du sombre empire £nf»is tumultueux du bizarre délire,
Mon es|>rit si long-temps noirci Pourra-l-il retrouver sous ses épais nuî^es Les pinceaux du plaisir, les brillantes images, Et lever Iç bandeau qui le tient obscurci ?
Quand sur les champs de Syracuse Un Volcan vient au loia d'eiercer ses fureurs ,
Aux bords dësol^s d'Ârëtbuse
Daphoë dierche-t-elle des fleurs f
Sur de mâles et sages rimes ,
Si de l'inflexible raison I) ne fallait qu'offrir les stoïques mazimei. Ici plus que jamais j'en trouverais le ton.
Je sors de ces iostans de forée et de lumière
Où Tëcla tante vérité , Telle que le soleil au bout de sa carrière , Donne k ses derniers feux la plus vive clarté* J ai vu ce pas fatal où Vim» plus hardie ,
S*élaDcat)t de ses tristes fers, Et prête a voir finir le songe de la vie.
Au poids du vrai seul apprécie
Le néant de cet univers.
Éclairé sur les vœux frivoles
Et sur les faux biens des humains j Je pourrais k tes yeux renverser leurs idolef, Les Dieux de leur folie y ouvrage de leurs lèains ^
Et , dans mon ardeur intrépide
De la vérité moins timide
Osant rallumer le flambeau , Juger et nommer tout avec cette assuitinee Que fai su rapporter du sein de la sou&ance
Et de Técole du tombeau , etc . . •
D. Que dites-vous de la quatrième espèce ?
R. Elle ne diffère des autres que par le mélange des vers et de la prose. L'ingénieux auteur des mémoires de Grammont, va nous en fournir un exemple. Quoique Téptlre d'Hamil^pn soit très-jolie, nous n'en citerons qu'un léger fragment, parce que la pièce entière excéderait les bornes quHl convient de donner à cet article* £lle
a6fl LEÇONS ÉlélfENTAIlLES
est adressée à son héros, cest-à*dîre au comte deGrammont; on ne peut manier la louange avec plus de finesse et des tours plus délicats :
Honneur des rires éloignées Où Gorisandre vit le jour , De Ménodore heureux séjour , D'où vos errantes destinées Semblent vous bannir sans retour ^ Et d'où l'astre du jour, passant les Pyrénées^ Voit tant de faces basanées , Et va finir son vaste tour Devers les îles fortunées ; Vous , qui dans une auguste cour , Fameux depuis maintes années , Sans prendre aucun mauvais détour ^ Avez signalé vos menées Et dans la guerre et dans l'amour*
c C'est à vous, monsieur, que cet écrit » s'adresse, car , à quel autre pourrait-il > convenir? Mais vous aurez de la peine à » vous imaginer qui vous l'adresse, puis*- » qu'il n'est plus question de nous depuis » un temps infini, et qu'une longue absence doit nous avoir effacés de votre sou- » venir. Cependant oserions nous un peu * » nous flatter que cela n'est pas, puisque
Vous n'oubliez jamais personne , ^ Témoin dom Brice a Lérida , Dona Raguez a Barcelone , Gaspard Boniface à Bréda , Ënnn Catalane et Gasconne , Depuis Bordeaux jusqu'à Baïonne , De Perpignan à Puycerda, £t non» j yos^ aew^&mis des bords de la Garonne^
SUR t4 KHÉTORIQtC. 363
» C'est dans ces lieux écartés et paisibles que nous apprenons » chaque jour, que vous êtes plus agréable, plus rare, et plus meryeilleux que jamais. Nos voisins, grands nouvellistes, informés des viva-* cités dont vous surprenez la cour, nous demandent si vous n'êtes pas le petit-fils de ce fameux chevalier de Grammont dont on lit tant de merveilles dans This* toire. Indignés que votre caractère soit si peu connu dans des provinces ou votre nom Test tant, nous avions formé le dessein de donner ici quelque idée de votre mérite ; mais qui sommes-nous pour l'entreprendre ? Médiocres pour le génie, et rouilles par une longue interruption de commerce avec la cour, comment serait-il possible que nous eussions ce goût et cette politesse qui ne se trouvent point ailleurs et qu'il faudrait pour-
» tant trouver pour bien parler de vous?
» car,
B ne faut pas un talent ordinaire y Pour réussir dans une affaire Où les talens succombent tous ; Et quelque empressement que l'oa ait de vous plaire ^ Dés qu'il la ut écrire pour vous, Le projet devient téméraire , Et des campagnards comme nous, Sont bientôt réduits à se taire.
» Ainsi, nous ne songions plus qu a rar
^64 LEÇONS ELÉMENTiiaCS
p masser toirt ce que notre mémoire pourrait nous fournir des particularilés de votre vie, pour les communiquer aux plus habiles des lieux où vous êtes; mais le choix nous embarrassa. Tantôt, nous voulions adresser nos mémoires à TAca* démie, persuadés qu'ayant autrefois sou« tenu des thèses de logique, vous en savez assez pour être reçu dans cctillustre corps et pour y être loué des pieds )usqu a la tête à voire réception. Tantôt, nous voulions que, commo il n'y a pas d'ap-* parence qu'il reste quelqu'un sur la terre quand vous n'y serez plus, les 1\R.
pères Massillon ou de La Rue vous entreprissent par avance; niais nous jugedmes que le premier de ces partis ne convenait point à votre caractère, et qu'à l'égard de l'autre, il étoit contre l'usage de vous développer tout vif dans les figures d'une oraison funèbre. Le fameux Despréaux s'offrit ensuite à notre imagi* nation , et nous crûmes d'abord que c'était ce que nous cherchions; mais quelques momcns de réflexion nous firent comprendre que ce n'était pas notre
fait.»
Des ouvrages d'esprit arbitre souverain , 1] jouît en repos de sa première gloire.
Si du plus grand des rois il compose Tiiistoire , Phébus est attentif a conduire sa main , Et c'est Tiuiique ;soin de$ filles de Mémoire.
I 8Ca LA KHÉTORIQUS. sGS
I Lui seul peut consacrer à riiniiioi'talitë , •
I Un inët'he comme le NÔlre ;
Mais sa muse a toujours nncl'ine malignilé,
£t, Yotis caressant d'un rôtë,.
Vous dévisagerait de l*au(re.
t L'expédient qui nous vint en tête, » après celui Ici, fut de vous mettre tout » de votre long dans le recueil où Ton voit » depuis peu crtie brlle lettre de Tillustre » chef de votre maison; et voici Tadresse » qu'on nousavoit donnée pour cela :
r^on loÎD des superbes lambris
Qu'habitiiieiil los Bois à Paris,
Dans un^ertair reeoii<du t. ouvre.
Est un bureau fccoiid qui .s'ouvre
A tous auteurs , à tous écrits ,
A des ouvrat^es de lout prix ,
Sur tout à ceux des heaux esprits,
Quand par hasard il sVu découvre, etc. . .
D. Quels auteurs se sont signalés dans répttre?
R. Les meilleurs modèles pour Tépîtrc philosophique sont , Horace, chez les La«tins; Boileau, Rousseau et Voltaire, parmi ^Dous; et dans le g<*nre gracieux et familier, il faut joindre à Volt;iire, qui a su réunir tous les genres, Chaulieu, Gresset, Bernard, Desuiahis, le cardinal de BeralSi ''•v»^» • eic«»*»
De (a Satire.
D« Qu'e»b>ice que la Satire?
q66 leçons ELEMENTAIRES
41. C'est un poëme qui, renfermé dans ses justes bornes, est très-utile à la société, puisque son objet est d attaquer les vices et les ridicules pour les corriger; mais écoutons Boileau :
La Satire, en leçons , en nouveautés fertile ,
Sait seule assaisonner lé plaisant et Futile ,
Et d*un vers , qu'elle épure aux rayons du bon sens ,
Détromper les esprits des erreurs de leur temps;
Elle seule, bravant l'orgueil et l'injustice ,
Va , jusques sous le dais , faire pâlir le vice ,
Et souvent , sans rien craindre , a l'aide d'un bon mot
Sait venger la raison des attentats d'un sot.
D. Y a-t-il plusieurs espèces de satires ?
R. Oui : la satire des mœurs ^ et celle des ouvrages d'esprit; car on ne peut regarder comme une troisième espèce, cet odieux libelle, qui, usurpant le nom de satire, cherche à flétrir la vertu ou à déprimer le talent. Il résulte de la distinction établie, que la satire de la première espèce est presque toujours sérieuse, et celle delà seconde, ordinairement badine. Quelquefois l'une va jusqu'à l'emportement, quand l'autre se borne â la simple raillerie.
D. Quel doit être le style de la satire ?
R. Il doit être toujours libre et aisé, mais tantôt ferme et jperveux , lorsqu'elle est dirigée contre le vice; tantôt fin et enjoué, lorsqu'elle embrasse la défense du bon goût. Quelque ton que prenpe le poëte,
SUR lÀ RHÉTORIQUE. 267
ses pensées veulent êlre vives ^ pressées »
dune vérité frappante, enchaînées avec grâce, et ses préceptes, surtout, sages»
solides y et lumineux.
D. Qu elle sorte de vers doit-on employer dans la satire ?
R. Le vers alexandrin est celui dont la mesure parait être le mieux appropriée â la satire. C'est aussi cette mesure que les meilleurs satiriques ont généralement adoptée.
D. Citez un exemple de la satire des mœurs?
R. Il suffira de citer ce début de la onzième satire de Boileau , sur le vrai et le faua> honneur :
Oui, FLonneur^ Valincôurt, estchëri daDsle;nonde*. Chacun pour Fexalter en paroles abonde ; A s'en voir revêtu , chacun met son bonheur : Et tout crie ici-bas : L'honneur! vive Thônneur ! Entendons discourir sur les bancs des galères Le forçat abhorré même de ses confrères: ' Il plaint} par un arrêt injustement donne, '. ; L'honneur en sa personne k ramer condamnd.
En un mot , parcourons et la mer et la terre : Interrogeons marchands , financiets » gtsns de euerre , Courtisans , magistrats } chez eux , si je les croi , L'intërêt ne peut rien , l'honneur seul fait la loi. Cependant , lorsqu'aux yeux leur portant la lanterne , ' J'examine au grand jour l'esprit qui les gouverne , Je n'aperçois par-tout que foUe anibition , Faiblesse, iniquité, fourbe, corruption 5 Que ridicide orgueil de soi-même idolâtre.
Le monde , k mûn avis , est conmie un grandthj^AUro^
l68 lEÇONS ELÉMElfTAIRES
Où ichacan en public , l'un par Paulre abuse f Souvent k ce qti'il est yme un rôle opposé.
Tous les jours on y voit , orné d'un laux visage^ Iinpudeinilient le tou représenter le sage., L'ignorant s'ériger en savant fastueux, Et le plus vil faquin trancher du vertueux.
Mais , cp)i'lquc loi espoir dont leur orgueil les berce, Bientôt on les connaît, et la vérité perce.
On a beau se farder aux yeux de Tunivers, A la fin , sur quelqu'un de nos vices couverts, Le public inalin jette un œil inéviinbie y £t bientôt la censure, au regard fbnnidjibie. Sait. le crayon en main, marquer nos endroits faux, fit nous développer avec tous nos défauts.
Du mensonge toujours le vrai demeure maître.
Pour paraître lionnête homme, eu un mot, il faut l'être : Et jamais, quoi qu'il fasse, uu mortel ici-bas, Ne peut aux yeux du monde être ce qu'il n'est pas. En vain ce miisantrope, aux yeux tristes et sombres. Veut par un aîr riant en écluicirles ombres.
Le ris sur son visage est en mauvaise humeur ; L'agrément fuit ses traits , ses caresses font pear } Ses mots les plus flatteurs paraissent des rudesses, Et la vanité brille en toutes ses bassesses.
Le naturel toujours sort , et sait se montrer ; Vainement on (arrête , on le force a rentrer :. II rompt tout, perce tout, et trouve enfin passage. . .
D. Citez un exemple de la seconde espèce de sa lire?
R. Nous leaiprunlerons de Gilbert. Ce poêle, enlevé é la fleur de son âge, était né avec un talent marqué pour l'une et pour Taulre espèce de.salires. Il n'en a composé que di ux, le Dix-^iuitiéme siè" clôj et son Jpcdogie, où l'on troui?e de* Ters de la plus grande beauté.
Voici un fia^ssage de la seconde que
SUR LA RHÉTORIQUE. St&iJ
I auteur a mise en dialogue. Psaphon, son interlocuteur, et philosophe du )our, Tcxhorte,dan8 une longue tirade, à abjurer le genre satirique. Sa tirade finit par ces paroles, qui ont été malheureusement prophétiques ;
Un }oar vous pleureras d'avoir trop o§è rirc^ Cessez de critiquer. . .
Sur quoi Gilbert répond :
Ch ! cessez donc d'écrire* Tant qu'une lëgîon de pédans novateurs Imprimera reiinui , pour le vendre aux lecteurs y Et par in-ociavo publiera l'Athéisme; Fanatiques criant contre le fanatisme; Dussent tous Ifs commis k vos muses si cberSi De leur protection déshériter mes vers :
Quand même des Cotins la colère unanime, Sans pitié m'oterait l'honneur de leur estime. Et qu enfin mon courage aurait plus de censeurs Que les sages du temps n'ont de sots défenseuis ; Appelez-moi |h1oux, froid rimeur, hypocrite; DonneE-moi tous les noms qu'un sof. biste mérite ; Je veux , de vos pareils ennemi sans retour, Fouetter d'un vers sanglant ces grands hommes d*un jour. Philosophe, excusez ma candeur insolente:
Je crois > plus je vous lis, la satire innocente* Quoiqu'on blâme le vice, on peut avoir des mccars. Et l'on n'est point méchant , pour berner des auleurf. Auriez-vousseul le droit de critiquer sans crime? Vous vantez l'écrivain dont l'audace anonyme | Interrogeattt les rois, sur leur trône insultés , Leur dit obscurément de lâches vérités. Et vous osez noircir celui dont la franchise Fait aux pédans du siècle une guerre permise ; Qui , d'un style d'airain, tlétril ces corrupteun^ Ëi signe hardiment ses vers accusateurs I
2nO LEÇONS ELEMEI^AIKEâ
Eh ! quel autre intérêt peut dicter ces censures,
Qu'un généreux désir de voir les mœurs plus pures ^
Refleurir sur nos bords, de vertus dépeuplés.
Et nés froids écrivains au bon gO|ût rappelés ;
Orner d*un style heureux une saine inorale ,
De leurs partis rivaux étouflfer le scandale,
Et, Tun et l'autre amis , noblement s'occuper
De mériter la gloire , et non de l'usurper?
Parlez: au bien public s'immolant par malice ,
Vengerait-il le goût, proscrif ait-il le vice ,
Pour l'étrange plaisir de perdre son repos ,
D'être gratifié de la haine des sots ? , ^
Doté sur vos journaux d'une rente d'injures ,
Ou clandestinement diffamé par brochures?
Non: s'il fait darts ses vers parler la vérité.
C'est qu'au fond de son cœur la franche probité'
Ne sait point retenir la haine vertueuse
Que porte au vice heureux l'équité courageuse,
Et cette impatience et ce loyal mépris.
Que tout mauvais auteur inspire aux bons esprits.
A la satire , enfin , quel poëte fidèle ,
Vengeur de la vCrtu, n'en fut pas le modèle ?
Perse qui vécut chaste^en mérita le nom.
Là reposent Condé , Colbert et Lamoignon ,
Et toute cette cour de héros et de sages,.
Que Boileau, pour amis, obtint par ses ouvrages;
Interrogez leur cendre , et du fond des tombeaux
Leur cendre véridique honorant Despréaux ,
Justifiera son art que vous osez proscrire.
Et ses mœurs , de son siècle éternelle satire , etc . . .
D. Quels auteurs se sont distingués dans la satire?
R. Boileau, qui est lui-même un maître en ce genre, va nous faire connaître les divers auteurs qui y ont excellé avant et jusqu'à lui :
L'ardeur de se montrer , et non pas de médire ^ Arma la vérité du vers de la satire ^
I Lucile, le premier, psa la faire voir;
■ Aux vices des Romains présenta le miroir ; ^ Vengea l'humble vertu de la richesse altière , Et rhoonéte homme b pied du faquin en litière. Horace à cette aigreur mêla son enjoûment.
On ne fut plus ni fat , ni sot impunément :
Et malheur à tout nom qui , propre k la censure,. . Put entrer dans un vers sans rompre la mesure. , Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressans, Afiecta d'enfermer moins de mots que de sens. Juvénal , élevé dans les cris de Fécole , Poussa jusqu'à Texcès sa mordante hyperbole.
Ses ouvrages, tout pleins d'affreuses vérités, Etincellent pourtant de sublimes beautés.
Soit que sur un écrit arrivé de Gaprée , II brise de Séjan la statue adorée ; Soit qu'il fasse au conseil courir les sénateurs. D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs ;
De ses maîtres savant , disciple ingénieux,
Régnier , seul parmi nous , K>rmé sur leurs modelés,
Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles, etc..