‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 31 sur 34 · DES POESIES FUGITIVES · texte numérisé non relu

DES POESIES FUGITIVES

Du Sonnet

D. Qu'est-ce que le Sonnet?

R. Le sonnet qu'on a long-temps regardé comme le plus bel ouvrage poétique, est composé de quatorze vers, dont les huit premiers roulent sur deux rîmes employées . quatre fois chacune, et rangées en deux quatrains tous semblables. Les six vers restans forment deux tercets, qui doivent

^72 tEÇONâ ÉLÉMEMyriTRES

être sur trois rîmfs<liffiîrerrtes. Il faulque chcique quatrain, et ctiiqie lerct^t, reu* ferme un sens parfait, et (]u ainsi il y ait an repos après les quatrième, huilièuie et onziènie vers,

D. Quel doit en être le style?

R. Toutdoitôtreexact, poli, châtié dans ce petit poëmç; on n y souffre ni un vers faible, ni la répétition d*un même mot.

Les sonnets graves et héroïques exigent les vers alexandrins; mais les vers de dix, et même de huit syllabes, ne conviennent pas mal à ceux qui sont moins sérieux.

Le sonnet le plus f.imeux, en notre lan* gue , est celui de Desbarreaux ^ que voici :

Grand Dieu, tesjugemens sont remplis d'équîté, Toujours tu prends plaisir à nous cire propice 5 Mais j'ai tant fail de niai , que |aiii$ûs ta boulé Ne me pardonnera sans blesser ta justice.

Oui , mon Dieu , la grandeur de mon impiété Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice : Ton ititérêl s'oppose à ma félicité , £t ta clémence môme attend que je périsse.

Contente ton désir , puisqu'il t'est glorieux^ Offense^toi des pleurs qui coulent de mes yeux. Tonne , frappe , il est temps ; reiiiiit muj guerre poor guerre.

Tadore en périssant la raisoti qni t'aigrît.

Mais dessus quel endroit toinb Ta ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus* Christ 7

D. N'y a-t il pas* des sonnets qu'on appelle îrrégullers?

8VA LA EHÉTORIQCE. * 27$

R. Oui : ce sont ceux ou i on diversifie les rimes des deux quatrains, (*t où l*ou emploie aussi des vers de mesure différente. Tel esr celui-ci, du président 114nault sur un avorton :

Toi qui meurs Rvant que de nattre, Assemblage coui'iis de l'ctie et du néant , Triste avorton, informe enfant.

Rebut du néant et de Tctre.

Toi que lamour fît par un crime , Et que l'hoonenr défait par un crime à son tour | Fune>te ouvra,L;e de l'amour, De Thonneur funeste victime :

Donne fin aux remords par qui tu t'es vengé, Et du fotid du néant uù \e t'ai re[>longé , IN'enlreliens point Tborreur dont ma hn}{e ft suiviit Deux tyrans opposes ont décile ton sort, L*aniour nia)t;ré Thonncur t'a fait donner la vie, L'honneur malgré l'amour t'a fait donner la mort.

D. N*y a-t-il pas aussi des sonnets eu bonis rimes?

R. Oui : c'est un pur jeu d'esprit qui consiste à remplir quatorze rimes bizarres»

données en blanc, et rangées à la façon de celles du sonnet. En voici un dont lo sujet est ïor :

Ce métal précieux , cette fatale . . . pluie

Qui vainquit Daiiné , pei.t vaincre. . . t univers

Par lui les grands secreis se lrou\ enf . . . découverte],

Et l'on De répand point de IsvMues (jn'il u'. . . essuie,

lï semble que sans lui tout le honbeur nous. . *Juie, \f*t$ plus vastes cités devienneut des. . . déserts.

374 LEÇOI^S ÉLÉMENTAIRES

Les lieux les plus charmans sont pour nous des,», enfers; Enûu tout nous déplaît , nous choque et nous. . . ennuie,

II fauty pour en avoir, ramper comme un. . . lézard^ Pour le plus grand défaut c'est un excellent. . *Jard ; irpeut, dans un moment, illustrer la. . . canaille.

Il donne de l'esprit au plus lourd . . . animal; II peut forcer un mur, gagner une. . . bataille^ Mais il n'a jamais fait tant de bien que de. . . mal,

D. Quels auteurs se sont distingués en ce genre ?

R. Les sonnets ont été fort en vogue clans ritalie, depuis Pétrarque^ qui est reconnu pour le père de cette espèce de poésie. Ce fut, Dubellay, selon les uns, et Melin de St.-Gelais, selon d'autres, qui apporta le premier usage des sonnets en France. Il en existe plusieurs de Roqsard, de Malherbe, de Maynard, etc.... naais, comme la dit Boileau :

A peine dans Gombaut , Maynard et MâlIe ville , £n peut-on admirer deux eu trois entre mille.

De VEpigramme,

D.Qu est-ce que TÉpigramme?

R. C'est une petite pièce de vers, qui doit se terminer par une pensée vive et brillante, ou par un. mot ingénieusement tourné, dont la pointe, qu'on appelle chute^ ait quelque chose qui pique notre esprit.

sua LA EHETORIQUE. ^3^5

Tintéresse, ou le surprenne agréablement.

D. Quel doit en être le style?

R' Les expressions doivent en être choisies » la versification châtiée , sans la moindre licence. On y pardonne d'autant moins les fautes, que l'ouvrage est court^d qu'on les y découvre plus aisément, ^fr

Boileau a dit, après avoir parlé du sonnet :

'L'épigramme , plus libre en son tour plus borne , D*est souvent qu'un bon mot, de deux rîmes orne

Il s'ensuit, que la brièveté et le sel sont ses deux principaux caractères.

D. Ya-t-il plusieurs sortes d'épigrammesr R. On peut en distinguer de trois espèces : l^ Tépigramme purement moraU^ telle que celle-ci, de Pelisson :

Grandeur, savoir, renomrae'e, Amitié , plaisir et bien , Tout n'est que vent , que fumée; Pour mieux dire , tout n'est rien.

Ou cette antre de Rousseau, qui est moins sérieuse :

Ce monde-ci n'est qu'une œuvre comique ,

Où cbacun fait ses rôles difierens.

La , sur la scène, en habit dramatique ,

Brillent prélats , ministres , conquérans.

Pour nous, vil peuple , assis aux derniers tangâ,

Troiipe futile , et des grands rebutée ,

far nous , d'en*bas la pièce e$t écoutée,

ij6 LEÇONS JËLÉMElfTAIRKS

Mais nous payons, utiles spectateurs, Et quand la larce est mal repréaentëe , Pour notre argeut, nous si£9ons les acteurs.

a*. L'épigramme badine. Daceîlly èxeelle en ce genre, comme on peut inger par celle-ci, qu'il fit à Toccasioa de la perte <l9ko bourse ;

L'autre jour que j'allai chez Dainon pour le voir,

J'y laissai choir ma bourse , en tirant mon mouchoir ,

Et je ne cloute pas que Dnmon ne Tait vue;

Mais de peur de faillir en un tel emharras,

Je ne jurerai point que ma bourse est perdue; -

Mais je jurerais bieu que je ne l'aurai pas*

5®. L'épigramme satirique. C'est l'espèce qui a le plus de \ogue, et il faut avouer que nos poêles n'ont que trop de penchant à servir, en ce genre, la mali- ;:nilé du public. Il serait difficile d'en niul* tiplier les exemples. Nous en choisirons deux anciennes, pour ne blesser l'amourpropre de personne. La suivante est de Boileau, qui la fil à l'occasion d'une satire colportée, sous son nom, quoi qu'elle fût de Colin :

En vain par mille et mille outrages^ Mes ennemis dans leurs ouvrages, Ont cru me rt^ndre «ffreux aux yeux de L'univers : Cotin , pour dt^crier mon st)le | A pris un chemin plus facile.

C'est de m'atlribuer ses vers.

L'autre est de Viron^ qui la fit contre l'abbé Deslonlaîncs :

I SUR LA RHETORIQUE. â*n

I Dans le bassin des fontaines du Pitide «

I YcilU uo scri)ent boursoufle de venin.

' Géant ne suis, ni le dompteur de l'Inde, Et inoÎDS encor le vainqueur de Menin , Mais les r<leui Sœurs in*ont vu d'un œil bénin ; J^aigain de cause, et sans gants, ni mitaines, J'arracherai , moi , qui ne suis qu'un nain , Et langue et dents au serpent des fontaines.

On voit que cette épigramme roule tout à la fois sur une pensée et sur un jeu de mots, et la chute n'en est que plus agréable.

Il y a encore des épigrammes, mises en dialogues, et cette forme ne laisse pas que dy ajouter de l'agrément; témoin celte-ct de Séneoé :

Guillaume n'e'tait point malade ;

Il sotrpa de bon appétit.

Et fit sur le rempart deux tours de promenade: On l'a trouve pourtant roide mort dans son lit.

Est-ce apoplexie? est-ce peste?

Est-ce un coup de quelque assassin?

— Hëlas ! non.-rQu'est-ce donc?-G'est un songe fuuesle

Qui lui fit voir son médecin.

D. Quels auteurs se sont fait un nom en ce genre?

R. L'Anthologie est un recueil de pièces d'auteurs grecs, lesquelles sont appelées ('pigrammes, mais qui consistent seulement en un tour de pensées naturel et dé« licat, et qui n'ont rien de commun ayec les pièces auxquelles on a donné depuis k même nom«

Catulle et Martial sont les meilleurs épigrammatistes chez les Latins, mais il faut les lire avec précaution. On met Âusone autant au-dessous de Martial , qu'il y a de diflFérence entre les siècles où vivaient ces deux poètes.

En Italie, Porcelli et Sannazar se sont fait beaucoup de réputation en ce genre.

Mais ce sont les Français qui Font emporté sur tous les autres , parce que leur esprit naturellement enjoué, envisage assez volontiers les choses du côté delà plaisanterie.

On compte plus de 3oo épîgrammes de Marot , et c'est ce qu'il a fait de mieux.

Saint-Gelais partagea avec lui tous les esprits de la cour et du royaume, pour adjuger le prix au plus habile. Maynard s'y est distingué par la clarté, la noblesse etla précision. Régnier, Malherbe, Rousseau, etc., en ont fait d'excellentes. Piron , à son tour, s'est signalé dans l'épigramme par une originalité piquante; et, en dernier lieu, Le Brun en a composé plus de 600, parmi lesquelles on en trouveunassezgrand nombre qui sont extrêmement heureuses.

Du Mad/rigaL

D. Qu'est-ce que le Madrigal ?

R. C'est une pièce de vers, quîj par sa

SUR LA RIliTORIQCE 279

forme et son peu crétendue, se rapproche beaucoup de rÉpigrainme, mnis dont h pointe moins vive doit avoir quelque chose de fin, de gracieux et de délicat. C'est ridée qu'en donne le législateur de notre Parnasse.

Le madrigal , plus simple « et plus noble en son tour , Respire la douceur , la tendresse et Tamour.

D. Quel en doit être le style?

R. Plus le Madrigal est court, plus l'expression a besoin d en être polie. On y regarderait évidemment comme faute tout ce qui peut être simplement contesté dans un grand ouvrage, soit pour la rime, soit pour la césure des vers, soit pour la pureté du style. Un autre écueil à éviter dans le Madrigal, c'est que la douceur même qui le caractérise ne dégénère pas en fadeur.

D, Quels auteurs s'y sont distingués?

R. Ceux de nos auteurs qui y ont le mieux réussi, sont madame Deshoulières, et La Sablière. Celui-ci en a composé un livre entier, et n'est connu que par ce genre de poésie : aussi l'a-t-on appelé le grand mad/rigalier.

Voici de quelle manière se termine un de ses plus jolis madrigaux, qui na que huit vers :

Puisque vous répondez a mon amour extrême , y os scrupules , Iris , ne sont pas de saison.

s8o tEÇONS ÉLÉMENTillRES

Tout ce qu'on «lonticà la raison, On le dérobe à ce qu'où aime.

Le madrigal suivant est de Laînez, qui l'adressa à une des plus belles femmes de son temps.

Le tendre Ap<lle un jour, dans ces jeux si vantés Qu'Athènes, sur ses bords, consacrail k Meptune, Vit briller crnt hi-autés.

Il prit quelques traits de chacune.

Et fit de sa Vénus le portrait immortel.

Si de son temps , avait paru Martel , - -

11 n'eu aurait regardé qu'une.

On trouve parnïî nos poésies fugitiTes beaucou p do pirccs de vers, lels que cOmpIn mens, bouquets, billels-doux, placets^etc qui peuvent n ntrer dans la classe des ix^-* drigaux. En effit, ce passage du placet que M. de Roubin adressa à Louis XIV, pour être exempté de la taxe des Ues^ est-il autre chose qu'un madrigal alongc?

Je n'avais qu'un domaine au rivage du Rhône ,

Qui me donnait pour subsister.

On veut m'en dépouiller et me mettre k l'aiimdne,

Si je n'ai de quoi l'acheter.

liait qu'est-ce , hélas ! pour toi, grand monarque dec Gaules»

Qu'uu tas de salîle et de gravier? .

Que faire de mon île? il n'y cn.it que des saules,

Et tu n'aimes que le laurier.

Laisse-m'en donc jouir; la faveur n'est pas grande;

Ne me refuNC pas ce bleu, CTesttout ce qu'uujoutxl^biii ce placet te demande;

Grand roi , ne me dejnaude riço.

SUR LA BHETOElQim. aSt

Ce billet d*invitation de Voltaire à Bernard, peut être regardé encore comme un ' joli madrigal :

Au nom du Pînde et de Cytbère , Gentil Bcrnnrd est ayeni Que VAri â* aimer doit Mimedi Venir souper chez VArl de plaire.

De la Ballade et du Chant royal.

D. Qu est-ce que la Ballade?

R. Ln ballade est une pièce composée ordinairement de trois strophes et d'un en* voî. Ces strophes sont disposées de ma* nière que le dernier vers de la première sert de refrain à la fin des autres strophes f^t de renvoi qui termine la ballade. Boileau a dit:

La Ballade , asservie à ses vieilles maximes , Souvent doit tout son lustre ^u caprice des rimes.

C'est sans doute à cause de ce faible mérite que nos poètes ont renoncé depuis long-temps à ce genre. On ne connaît qu'une ballade de Rousseau et une de Piron.

D. Quel est son style et son caractère?

R. La matière des ballades est arbitraire.

Elle est sérieuse ou badine. Au premier cas, on se sert de huit syllabes, dans le style simple : au second cas on se sert de vers xlissyllabiques et en style marotique.

Les ballades les plus exactes ont un envoi de quatre vers, lorsque les strophes sont de huit; Tenvoi est de cinq, lorsque les strophes sont de dix; et enfin, on retend à six vers, lorsque les strophes sont de douze , ce qui est rare,

D. Citez-en un exemple?

R. Voici la ballade que Piron adressa a Louis XV 5 après la bataille de Fontenoy :

Pour être servi comme il faut ,

Donner l'exemple est d'un roi sage.

Marche-t-il ; tout vole aussitôt ,

Et la victoire est du voyage.

Uœil du maître est un bon adage ^

Attestons-en Sa Majesté'.

Est-ce bien ou mal atteste ?

La question est belle a soudre.

Sire, dites la vérité.

// n^est que d^être à son bled moudre* .

Rien n'élait trop lourd , ni trop chaud

Pour l'Anglais , qui semblait de rage ,

Vouloir avaler tout l'Escaut ,

Et faire ici l'anlropophage.

"Vous fûtes vous mettre au passage j

Et quand Mylocd eut bien trotté y

Il vous trouva là tout botté.

Alors il en fbllut découdre,

Et Dieu sait qui fut bien frotté.

Il rCest que d'être à Âon bled mqudre»

Aussi Cumberland dit tout haut :

Ma foi ! messieurs , plions bagage , La grue en l!air, après tout^ vaut . i Mieux que le moineau dans ]a cage , Peut-être on fait chez nous tapage ^ Tandis qu-iottoutfest gâté.

De DOS souliers , tout bien compté > Croyez-moi, secouons la poudre, £t regagnons notre côté.

// n'est que d'être à son bled moudre.

Envoi.

Prince , tout a des mieux été j

Revenez dans Totre cité;

Un peu de calme après la foudre.

£n hiver comme en été ,

// n'est que d^étre à son bled moudre,

D. Qu'appelez-vous Chant Royal?

R. Le Chant royal , également tombé en désuétude, comme la ballade, nen diffère que par le nombre des couplets et la mesure des vers. Ces couplets sont toujours au nombre de cinq, composés chacun de onze vers, qui ne peuvent êtrje qu'alexandrins.

Le titre de chant royal indique, au surplus , que cette pièce était exclusivement réservée aux princes ou princesses dont la qualité devait entrer aussi dans le preruier ou le second vers de l'envoi.

Du Rondeau^

D. Qu'est-ce que le Rondeau?

R. Le rondeau est une pièce dont le 5ujet n'est guères qu'un badinage. Une ingénieuse simplicité le caractérise.

D. Quelle en csl la siruclure?

j84 leçons ÉI.ÉMENTAIIl£8

R. Il comprend treize vers qui roulent sur deux rimes seuIemeaU

La première est employée sept fois, et Tautre six. On distribue ces rimes en deux stances de cinq vers, séparées par un tercet, et l'on ajoute au bout du tercet et de la dernière stance un refrain pris du premier hémistiche du rondeau. Ce refrain doit être amené avec esprit et faire un sens avec ce qui le précède; enfin , la chute doit être naturelle et délicate. Le rondeau sera parfait, si, dans les trois endroits où se trouve le refrain , autrement la reprisé, les applications en sont différentes et heureuses.

D. Quels vers emplpie-t-on dans le rondeau?

H, On y emploie d'ordinaire les vers de dix syllabes. Ceux de huit peuvent également y trouver place, mais.il n'est point permis d'en admettre de différente mesure.

D. Citez-nous un exemple?

Jl. En voici un qui fut composé à Toccasiou des Métamorphoses d'Ovide « mises en rondeaux par Benserade :

A la fontaine , où s'ënîvre Boiledu , tje grapd Corneille , et le sacN troupeau De ces auteurs que l'on ne trouve guère , Ûii bon rimeur doit l>oîre a pleine aiî^uière ^ S'il veut donner un boa tour au rondeau.

fiVR Là RHBTOIlfQCE. U^i^

Quoique f en boive aussi peu qu'un moineau Cher Benserade, il faut te Siitisfalre ; T'en écrire un , eh! c'est porter de l'eflu

A lajbnttûne.

De tes refrains un livre totit nouveau A bien des gens n'a pas eu l'heur de platrt.

Mais . quant à moi , j en trouve tout fort beau , Papier, dorure, images, caractère.

Hormis les vers qu'il fallait laisser friire

A La Fontaine*

D. N y a-t-il pas une autre espèce de rondeau?

R. Oui : c'est celui qu'on appelle roadeau redoublée mais il n*cst plus guère en usage; en voici les règles: il comprend six quatrains sur deux rimes; chacun des vers du premier quatrain doit, selon son ordre, terminer les quatre stances qui suivent la première, et à ta fin du sixième quatrain, on répète le premier hémistiche du vers qui commence le rondeau.

Du Triolet.

D. Qu est-ce que le Triolet ?

A* luG triolet est une sorte de rondeau , ■^ puisqu'il se reprend et tourne trois fois sur lui même. Il est seulement composé de huit vers, dont le premier est le même que le 4*« et le 7\ , et doit rimer avec le 3*. et le 5\ , le a*, vers rime avec le 6*. et le 8*., ea sorte que la pièce ne peut avoir

386 lEÇOïfS ÉLÉMENTAIRES

que deux rîmes différentes , qui sont ordî- Dcurement cinq masculines et trois féminines.

D. Quel est son caractère ?

R. Il est de lessence du Triolet d'être plaisant et iin peu badin, ce qui n'empêche pas qu'il n'ait quelque fois toute la grâce et tout l'agrément du Madrigal. On en jugera par cet exemple tiré de l'abbé Maugenot :

Aimables sœurs, entre vous trois ,

A qui mon cœur doit-il se rendre ?

II D^a point encore fait de choix ,

Aimables sœurs , entre vous trois.

Mais il ne se rendra , je crois,

Qu^àla moins fière , à la plus tendre.

Aimables sœurs , entre vous trois, s,

A qui mon cœur doit-il se rendre ?

De VEpithaiame.

D. Qu'est-ce queJ'Epithalame?

R. C'est un chant nuptial qui renferme deux parties, les louanges des nouveaux rpoux, et les vœux pour leur bonheur.

D. Quelles en sont les règles?

R. Il serait difficile d'en prescrire de" particulières , soit pour la manière de le traiter, soit pourla coupe ou la mesure des vers. Le choix dépend beaucoup de l'état, des qualités, et du caractère des époux; mais comme rÉpit|ialame est destiné à peindre les trauKports do :1a joie, il doit

offrir, en général,. des idées agréables, des peintures riantes, des images qui caracté-i risent la décence enjouée de la fête qui les inspire.

L'Amour, THymen, Lucine, sont lesdivinités que le poète a coutume d'invo* qiier. Sa pièce reçoit beaucoup d agrément de la pensée qui exprime le vœu principal , lorsqu'elle est répétée dans des vers intercalaires; teh sont ceux-ci, qui terminent chaque stance d un épithalame de Rousseau :

De voire fête , hymen , voici le jour ; î^'oubliezpas d'en avertir l'amour.

texemple qu'on va citer est de. Voltaire. Son épithalame, quoique renfermé dans un cadre très-étroit, exprime avec une grande délicatesse le plus doux vœu qu'on puisse former à l'occasion d'un mariage.

Que Thymèn et l'amour se rassemblait pour vous l Soyez encore aman^ en devenant e'poux.

Vos désirs satisfçiits doivent toujours renaître.

Brûlez totijc^urs des mêmes feux.

Que le droit de vous rendre heureux ^

Wote rien au plaisir de Têtre.

De VEpitaphe.

J>, Qu'est-ce que l'Épitaphe?

R. rÊpitaphe n'était /dans le principe^ .

S88 LEÇONS ELÉMtNTAIBCS

qu'un hommage rendu à la mémoire de ceux qui s'étaient illustrés par dc^ veitus ou par des talens; mais depuis, elleatcnu le milieu entre le Madrigal etTKpigramme; et elle devient Tun ou l'autre , suivant la matière que le sujet fournit, ou la manière dont le poète l'envisage. Cependant, si rÉpitaphe est à la louange du mort, elle doit avoir quelque chose de plus relevé que dans le Madrigal, puisqu'il s'agit de transmettre à la postérité un monument qui retrace le caractère, et fasse à jamais la gloire de la personne qui en est l'objet.

Celle-ci, du grand Turenne, par Chevreau, est peut-être la plus belle qui existe dans notre langue :

Turenne a son tombeau parmi cetix de nos rois. 11 obtint cet honneur par ses fameux exploits. Itoins voulut ainsi consacrer sa vaillance,

Afin d'apprendre aux biëcles à venir

Qu'il ne met point de différence Entre porter le sceptre et le bien soutenir.

Nous avons un plus grand nombre d'ëpitaphes dans un genre propre aux Français, c'est-à-dire enjouées et ingénieuses.

Telle est celle-ci, d'un homme enterré près de sa femme, et mort de chagrin dé l'avoir perdue.

Contemple ici , passant, le sort de deux ëpouz. L'amour qui le? uiiil , les tue et les sépare j ' £t par un même amour , dans ce saint rendez-voiu , Il 'amour les réunit: l'elenaple est assea rare.

817 A LA EUETORTQUE. ^189

L'an pour l'amour de Tautre expire de chagrin ; 11 faut brûler le cœur de ce man si tendre. i

Un amour si constant me paraît plus qu'humain : It est bon aujourd'hui d'en avoir de la cendre.

Ce dernier trait n'est qu'un badinage^ uiiie plaisanterie tout au plus déplacée; mais il est des épitaphes satiriques , insultantes , et calomnieuses. C'est de tçus les genres de Satires, le plus noir et le plus lâche; il n'y a que les scélérats connus dans l'histoire, dont l'honnête homme puisse se permettre de faire la satire sur leur tombeau. Telle est l'excuse de Maynard, qui a composé ainsi l'épitaphede i'Aretin :

Le temps par qui tout se consume , Sous cette pierre a mis le corps De I'Aretin , de qui la plume Blessa les vivans et les morts.

Son encre noircit la mémoire De vingt monarques dont la gloire* Est vivante après le trépas ; Et s'il n'a pas contre Dieu même Vomi quelque horrible blasphème , C'est qu'il ne le connaissait pas.

On fait quelquefois encore des épitaphes jsur des sujets qui semblent s'y prêter le moins, c'est-à-dire sur un perroquet, uu chat, un serin, etc.... En voici une de Bernard, composée en l'honneur d^une petite chienne de madame la duchesse de Che« vreuse : ^

flgO lEÇONS élBMEIfTAtMS

Sëvère k tout le inonde , k mon maître fidèle » M'aîmant que lui , pour l'aimer mieux ,

J'avais de mon amour 1 exemple sous les yeux : Ma maîtresse lut mon modèle.

De l'Inscription.

D. Qu'est-ce que rinscription ?

R. rinscrîptioD, en matière de poésie, consiste dans un très-petit nombre de vers, destinés à être gravés sur quelque édifice public, au pied de quelque statue, etc....

Elle a le même objet que TÉpitaphe, avec cette différence qu elle s'attache à perpétuer également la ménioire des hommes et des choses.

Noble amante du temps , fille de Mnëmosine^ L'inscription des faits proclame l'origine:

Sacrée , annonce un Dieu , consde les tombeaux ; Morale , avertit l'homme et des biens et des maux; Héroïque , k la gloire instruit les grands courages.

Chaussaud.

L'Inscription demande beaucoup de précision et de clarté. On peut citer comme modèle celle-ci, de Piron, qui a été gravée sur une pyramide au village d'Arcy, lequel ayant été réduit en cendres fut'rebâti aux frais du seigneur du lieu.

La flamme avait détruit ces lieux > Grassin les rétablit par sa munificence.

Que ce marbre k jamais serve k tracer Élu: jfiùx £• malheur, le bienfait^ et la reconnû^nce.

wm LÀ RHiTOEiQui. S91

De la Chanson.

D. Qu'est-ce que la Chanson?

R. C'est une espèce de petit poème lyrique, qui roule ordinairement sur des sujets agréables, et auxquels on ajoute un air qui se chante dans des occasions familières, soit à table avec des amis, soit même étant seul, pour se distraire de Tennuiy de la peine, ou du travail.

Les Français remportent sur toute l'Europe, dans lart de composer des chansons, par le sel ou la grâce qu'ils savent y répandre.

D. Quelle est la matière des chansons ?

R. C'est communément Tamour , le vin, et la satire ; ce qui en établit de trois sortes :

D. Faites connattre ces différences par des exemples?

V R. Les premières, dites érotigy^s, exigent beaucoup de finesse dans 1 esprit, et de délicatesse dans le sentiment. Le €0U« plet suivant réunit ces qualités :

Oiseaux , si tous les ans tous changez de climats , Dès que le triste hiver dépouille nos bocages , de n est pas seulement pour changer de leuillage»

Mi |[X)ur éviter nos frimats ;

Mais votre courte destinée Ke vous permet d'aimer qu'en la saison des fleurs , Etquanci elle a passée vous la cherchez ailleurs,

Afin d'aimer toute l'année.

Cette espèce de chanson prend le nom.

Ugi LEÇOKS £L£MRNTAI1tES

de Romance, lorsqu'elle contient une historiette damour. '

Les chansons que Ton appeUehachiqtieSf se distinguent par l'enjouement, l'abançlon, et un certain délire, qui tient presque de l'enthousiasme. Nous citerions volontiers comme un modèle de celte espèce, la fameuse chanson d'Adan^, menuisier de NeVers, qui commence ainsi : Aussitôt que la lumière. Mais cette chanson étant trop connue, nous lui préférons la suivante, qui Test beaucoup moins. Elle est mise dans la bouche d'un Roi de la fève :

Chers enfans du Dieu de la tonne , A mon tour le sort m'a fait roi.

De pampre vert qu'on me couronne , Je m'en vais Vous donner la loi.

Le seul trône où f ose'prëtendre,

Est un tonneau rempli de vin :

Pour mon sceptre je ne veux prendre ^ .

Gomme Bacchus y qu'un tbyrse en main.

Les limites de mon empire Seront de la table au cellier :

Et l'unique gloire jOÙ j'aspire C'est de bien boire , et le premier.

Après quoi je ne veux pour gage

Et serment de fidélité ,

Pour tout respect , pour tout hommage ,

Que vous voir boire à ma sauté.

Armez- vous donc d'une bouteille y Qu'elle soit vidée en deux coups ) Voyons qui du Dieu de la treille Tient mieux la place parmi nous.

' SUA LÀ aHÉTORIQtlE. i^S

Buvez y cesi tout ce que j'ordonne ; ' Que cfaacuQ s'enivre en ces lieux.

Je veux bien céder ma couronne i A celui qui boira le mieux.

I La troisième espèce de chanson s appelle

BaiiriquCy autrement vaudeville. Elle est

I partagée pour Tordinaire en stance^ ou

couplets,, dont le sujet est simple, le style

familier et les pensées satiriques.

Ce sont les actions répréhensibles, les mœurs irrégulières, les événemens remarquables par leur singularité ou leur importance, qui fournissent la matière des vaudevilles. Il en résulte que les uns sont moraux^ les autres historiques.

Parmi les premiers, il faut en distinguer ceux dont les traits mordans et caustiques .attaquent, en général, le vice ou le rididicule. Us peuvent n'être pas moins utiles, sans donner dans lodieux des personnalités- Panard s'est fait en ce genre une réputation brillante. On lui a donné avec justice le glorieux surnom du La Fontaine du Vaudeville. C est de lui que notisempruntoDsla pièce suivante, qui peint sibieni les

charmes du vaudeville, à table :

Qne ferait-on dans un repas ,

Si la chanson n'en était pas ?

Happelez-vous ce qui s'y passe.

Malgré la quantité des mets appétissans, Qu'aTec un ordre exquis sur la table on entasse , Bient^le sombre ennui vi)BDt assoupir les sens*

2p4 LEÇOffS ELEH£2ITÀIftE9

Dans UDe laneueur insipide , Sur Fassiette baissant les yeux , ^ Tous les gens du festin gardent le sërîeut ; ^ Les hommes sont pesans , le beau sexe est timide r Point de galtd , cela dure jusqu'au dessert.

Aussitôt qu'on le sert , Le joyeux vaudeville arrive.

Quel changemeut ! sa voix récrëative De tous les conviés excite les transports ; Rend la prude moins fière , et Tagnès moins craintÎTc; La liberté renaît , on s'épanche au dehors :

Plus de ccsitraintc. C'est alors Que l'hôte plus aimable , et l'hôtesse plus vive, Font couler k longs traits les liquides trésors Que la Seine , pour nous , conduit sur cette rive. C'est alors qu'un joyeux convive , Saisissant un flacon scellé , Qui de Reims et d'Ai tient la liqueur captive , Fait sauter jusqu'à la solive Le liège déGcelé.

Tout le cercle attentif porte un regard avide Sur cet objet qui les ravit.

Ib présentent leur verre vide , Le nectar pétillant aussitôt le remplit.

' On boit, on goûte, on applaudit; On redouble , et par l'assemblée La mousse champenoise a plein verre est sablée. De là naissent les ris, les transports éclatans^ La sève et tout son feu , jusqu'au cerveau montans , Font naître des débats , des querelles polies , Qui réveillent l'esprit de tous les assistans. On attaque , on répond 5 les traits et les saillies S'enchaînent l'un k l'autre, et partent sur le tcmps.^ bn voit paraître alors ces sornettes jolies , , Ces contes amusans , ces riens dits à propos , Badinage, impromptu j leureltcs^ petits mots, Enfin tout ce recueil d'agréables folies , Qui , du temps fugitif semblant fixer le cours , - Prolongent les repas, et les font trouver courts»

CHAPirRE IV.

Dm Qu'est-ce que TAcrostiche ?

R. C est une pièce composée d'autant de Ters qu'il entre de lettres dans le nom de la personne ou de la chose qui en est le sujet. Et le nom se trouve placé de manière que chacune des lettres qui le forment est la lettre initiale de chaque vers; ce qui offre aux yeux le même nom écrit en marge de la pièce. En voici un exemple sur le niot de Louis.

t^ouis , astre des rois , incomparable Mars l Oracle de la paix , arbitre de la guerre , -^ous surpasses! la gloire et le sort des Cësars. ^^nlssez da repos , n'allez plus aux hasards , cci ce n'est pour soumettre aux lis toute la terre.

Nos anciens poètes, à la renaissance des lettres, sous François P', s'attachèrent beaucoup aux acrostiches. Ils furent même en vogue jusqu'au siècle de Lonis XIV, époque où Ion couvrit enfin de ridicule ce genre d'ouvrage, et les auteurs qui s'y exerçaient.

On ne peut voir sans pitié les efforts qu'on a faits pour augmenter les difficuhés de ces jeux d'esprit. Il existe clés acrostiches qui commencent ou finissent par les lettres fixées; d'autres, où elles se trouvent ^. la fin du premier hémistiche, ou au commencement du second} d'jautres.

2g6 LEÇONS ELEMENTAIRES

OÙ les mots pris à rebours, commencent par la dernière lettre et finissent par la première; d'autres, enfin, où ils sont répétés jusqu'à cinq fois, et rangés sur diverses lignes.

De l'Anagramme»

D. Qu'est-ce que l'Anagramme?

R. C'est une transposition et un arrangement nouveau des lettres d'un ou de plusieurs noms, desquels se forme un autre nom, ou même une phrase pour ou coqtre cehii qui porte le véritable nom.

Il faut mettre au nombre des meilleures «nnagrammes, celle-ci, qui fut faite sur Louis de Boucherai, chancelier de France. On trouve dans son nom décomposé , est la bouche du roi ;

Ce qui fit naitre le distique suivant :

Oracle de la France et soutien de la loi , Louis de Boucherat est la bouiche du roi.

De la Devise.

D. Qu'est-ce que la Devise ?

.R. La Devise est une métaphore, qui représente un objet p^^r un autre avec lequel il a de la ressemblance. Elle se forme de deux parties ; savoir , une figure qu'on appelle corps^ et des paroles qu'on appelle

SUR LA nHÉT0RIQ17£. 297

Ame. Elle diffère de rénigme , en ce que cclle-cî représente un objet, en offrant des idées qui doivent le rappeller, au lieu que la devise représente des idées en offrant des corps ou des symboles qui rendent l'objet sensible aux yeux.

La devise que nous allons décrire est du père Boubou rs. Il la fit pour un riche seigneur, qui faisait de grandes charités, mais fort secrètement.

Corps de la Devise t

Un grand Ûeuve qui , roulant sans bruit , fertilise la campagne.

Ame de la Devisez

Fert tacitus , qu6 fertur , opes.

Par^tout sans bruit il porte l'abondance.

Explication de la Devise :

Je suis au peuple heureux, pour qui Dieu m'a produit.

De tous biens une ricne source;

Mais , rëglë toujours dans ma course , Plus je lui fais de bien , et moins je fais de bruit.

De f Emblème.

D. Qu est-ce que TEmblême?

R. C est une représentation symbolique,

qui, étant expliquée par une sentence ou

'quelques vers, sert, tantôt à exprimer les

actions et les qualités de quelquegrand per-

sonnage, et tantôt à donner une instnu!tîon» 8oU morale, soit politique. On ar souvent confondu rEmbléme avec la Devise, parcequ'tls ont beaucoup de rapport ensemble; mais la Devise n'admet point la figure humaine, et rEmbiéme, au contraire, en fait son ornement; Tun ne permet quel emploi d'une figure, lautre en souffre plusieurs à la fois. Celui-ci a un sens plein ^ indépendamment de la figure; tandis que le sens ne peut être achevé dans la Devise « parcequ il doit être composé de paroles et de figures et qu elle ne résulte que de ce qu'on appelle le corps et l'âme de la figure. D'ailleurs, la Devise est un symbole déterminé à une personne, et TEmbléme peut être commun à tout le monde. En voici un exemple :

Corps de r Emblème :

La fortune caressant un singe yâtu d'habits rnagni&pies.

uime de V Emblème:

Fortuna non mutât genus,

( La fortune ne change pas Findividu. )

Explication :

Mange , bois sous un dais , et dors dans un baittstm | Sois fils de raille rois , et petit fils des dieux f Si tu n*as la vertu qui les met dans les ciéux | Tu ne seras qu'un sQt illustre.

êVK £à RHETORIQUE. ùpg

De (^Énigme, de la Charade ^ ei du

Logogryphe.

D. Qu'est-ce qu'une Éaigme, une Charade, et un Logogryphe?

R. Ce sont, en général » de petits ouvrages en ver», où, sans nonn mer une chose, on la propose à deviner, en la dépeigaiant par ses causes , par ses effets , ou par ses propriétés. L'équivoque fait le principal mérite de ces pièces ; mais il faut que les explications qu'on donne de la chose soient si justes, prises ensemble, qu'elles ne puissent s'appliquera un autre objet que celui en question, quoique chaque trait, pris séparément, convienne à différens objets.

D. Quelle différence y a-t-tl entre les trois pièces?

R. Il y a cette différence, que, dans l'È« nigmé, on se borne à donner l'explication seule-du mot; dans la Charade, au con* traire le mot principal doit être partagé en deux autres mots qu'il faut également expliquer; enfin, le Logogryphe diffère à son tour de la Charade^ en ce qu'après avoir expliqué le mot principal , on le décompose, pour trouver, dans une nouvelle combinaison des lettres dont il est formé»

de nouveaux mots qu'on donne à devinén

3oO LEÇONS ÉLÉMENTAIRES

D. Rendez ces différences sensibles par des exemples?

R. Voici une énigme dont le mot est salière.

Rien n^est plus in constant que. mon port , ma figive. Tantôt on aime ma rondeur, Et tantôt on veut ma carrure.

Aux uns plait ma bassesse , aux autres y ma hauteur. Celui-là me veut grande , et celui-ci petite ;

Mais tous épargnent mon orbite.

L'un me donne des pieds , l'autre ni pieds, ni bras, Et les estime un. embarras.

Je suis souvent en compagnie , Et lorsque je suis bien garnie 5 On me donne à Tenvi tant de coups de couteau |

Quoiqu'ils ne soient qu'à fleur de peau , Qu'ami lecteur , ta peur serait extrême , Si quelqu*un t'en faisait de même.

^ Mon destin devrait être heureux , ^ Puisque je suis toujours en fête.

J'ai cependant le ventre creux ; On ne donne rien qu'à ma tête.

Qui me traite de la façon 7 C'est loi-même , lecteur , peut-être , Qui cherches tant à me connaître , Et qui veut deviner mon nom.

Cette pièce a tous les artifices des belles Énigmes. Elle commence par les ressemblances communes et générales avec divers vases^ ou meubles ; et le mot d'orbite seul donne une première révélation de la chose* Les pieds et les bras qu'on lui attribue sont métaphoriques; mais les coups d« couteau approchent du sens naturel. La question faite au lecteur ressent les an-

SUR LÀ EHSTOEIQUE. 3oi

ciennes Énig'mes qui se proposaient dans les festins. Enfin, être toujours de fête, avoir le ventre creux , et n'avoir rien qu'à sa tête, voilà autant d'explications plus claires, qui déterminent l'objet dont on a voulu parler.

Passons à la Charade : en voici une qui roule sur le mot vertu.

On trouve dans ce mot, ver et tu; ce qui motive l'explication suivante ;

Un insecte rampant compose mon premier.

Moins honnête que vous , mon second est plus tendre.

Dans Tun et l'autre , on chérit mon entier.

A des traits si frappans, qui pourrait se méprendre ?

On voit par cet exemple, que to us les mots ne peuvent servir à une Charade. Il faut que ce mot employé puisse se couper en deux moitiés, qui offrent chacune un sens complet , sans altération des lettres ni de l'orthographe.

Le Logogryphe le pi lis parfait est celui qui, outre l'indication des différens mots que sa décomposition fait rencontrer, pré> sente une explication détaillée du motprin^ cipal. Néanmoins^ on se contente souvent de le désigner par le nombre de ses pieds, c'est-à-dire de ses lettres. C'est ainsi que se trouve composé le suivant, dont le mot est drame, dans lequel on trouve rame, dame et âme.

3aS UCOnS SUbtENTAIRES

Avec cinq pieds , ma structure est entière ;

De deux muses , lecteur , je suis Tenfaiit bâtard. Le fou , le sage , le yieijlard , Le jeune bomme, la tendre mère , En me voyant^ versent des pleurs ,

Et me cfuittent souvent pénétrés de douleur.

Sans tête, un bras nerveux me tient k la galère.

Rends-moi mon chef, coupe mon second pié , Je me métamorphose en dame.

Sttpprane-lcs tous detiit, 6 douleur ! à pitié ! Il ne reste plus que rime* ■

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